Albert Fish, Zodiac, Lizzie Borden : 7 crimes qui fascinent

Portrait d'Albert Fish, affaires criminelles qui fascinent
Portrait d'Albert Fish, affaires criminelles qui fascinent

Le Dahlia noir, on en a presque tous entendu parler un jour, sans toujours savoir qu'il y a derrière ce surnom une jeune femme de 22 ans, Elizabeth Short. Le 15 janvier 1947, au matin, à Los Angeles, une mère qui marche avec sa petite fille vers le cordonnier aperçoit son corps dans un terrain vague, et elle le prend d'abord pour un mannequin de vitrine. Près de 80 ans plus tard, on ne sait toujours pas qui l'a tuée, et parmi les 7 affaires criminelles qui fascinent encore aujourd'hui, elle est loin d'être la seule à garder son mystère.

Sources :

Ministère de la Justice, le procès de Landru (publié le 13/08/2012, mis à jour le 16/07/2024) : https://www.justice.gouv.fr/actualites/actualite/proces-landru
NBC News, des amateurs déchiffrent le message de 340 symboles du Zodiac, confirmation du FBI, 11 décembre 2020 : https://www.nbcnews.com/news/us-news/i-am-not-afraid-gas-chamber-codebreakers-solve-old-zodiac-n1250948
CBS News, le message du Zodiac déchiffré après 51 ans, décembre 2020 : https://www.cbsnews.com/news/zodiac-killer-cipher-solved-amateur-codebreakers-51-years
KOAA (E.W. Scripps), le FBI confirme le déchiffrement du 340, décembre 2020 : https://www.koaa.com/news/national/fbi-confirms-1969-zodiac-killers-340-cipher-solved
RetroNews (BnF), l'affaire Troppmann en 1869, 20 mars 2018 : https://www.retronews.fr/faits-divers/long-format/2018/03/20/laffaire-troppmann-en-1869
Criminocorpus, "Le Crime de Pantin", 1870 : https://criminocorpus.org/fr/bibliotheque/doc/4669/
HeinOnline, "Heinous Histories: The Arrest and Trial of Lizzie Borden", Lauren Mattiuzzo, 22 septembre 2023 : https://heinonline.com/blog/2023/09/heinous-histories-the-arrest-and-trial-of-lizzie-borden
Famous Trials (Douglas O. Linder, UMKC), chronologie de l'affaire Lizzie Borden : https://www.famous-trials.com/lizzieborden/1441-chronology
Encyclopedia.com, le procès de Lizzie Borden (1893) : https://www.encyclopedia.com/law/law-magazines/lizzie-borden-trial-1893
History.com, l'exécution d'Albert Fish le 16 janvier 1936 : https://www.history.com/this-day-in-history/January-16/the-moon-maniac
EBSCO Research Starters, Albert Fish : https://ebsco.com/research-starters/history/albert-fish
Crime+Investigation UK, Elizabeth Short, le Dahlia noir : https://www.crimeandinvestigation.co.uk/crime-files/elizabeth-short-black-dahlia
What's on Netflix, date de sortie de Monster saison 4, consacrée à Lizzie Borden : https://www.whats-on-netflix.com/news/monster-season-4-lizzie-borden-netflix-release-date/
Wikipédia (en anglais), Albert Fish : https://en.wikipedia.org/wiki/Albert_Fish
Wikipédia (en anglais), Zodiac Killer : https://en.wikipedia.org/wiki/Zodiac_Killer
Wikipédia (en anglais), Jack the Ripper : https://en.wikipedia.org/wiki/Jack_the_Ripper

Portrait de Jean-Baptiste Troppmann
Portrait de Jean-Baptiste Troppmann

#1 L'affaire Troppmann, une fosse dans un champ de Pantin

Le 20 septembre 1869, à l'aube, à Pantin, aux portes de Paris, un cultivateur remarque une trace de sang dans son champ, et juste à côté, une terre fraîchement retournée, alors il se met à creuser. Dans la fosse, il y a une femme, Hortense Kinck, enceinte d'environ 6 mois, et 5 de ses enfants. C'est l'étiquette d'un tailleur de Roubaix, cousue sur les habits des garçons, qui permet au chef de la sûreté, Antoine Claude, de leur rendre un nom. Sauf que dans la famille, il en manque 2, le père, Jean Kinck, et le fils aîné, Gustave, presque 16 ans, et personne ne sait où ils sont.

Le 23 septembre, au Havre, un jeune mécanicien de 19 ans qui s'apprête à embarquer pour l'Amérique se jette dans l'eau du port au moment d'un simple contrôle d'identité. Il s'appelle Jean-Baptiste Troppmann, il a sur lui des objets qui appartiennent aux victimes, et il accuse les 2 absents, le père et le fils aîné.

Pendant ce temps, à Paris, Le Petit Journal raconte l'enquête au jour le jour, comme un roman à épisodes, et la France entière suit l'affaire dans ses pages. Au printemps, il tirait à environ 250 000 exemplaires, et le 28 septembre, 2 jours après la découverte du corps de Gustave, il en vend 448 000, au point que c'est l'un des premiers faits divers suivis en temps réel par la presse française.

Le 13 novembre, piégé par Antoine Claude, Troppmann avoue, et il conduit les enquêteurs en Alsace, jusqu'au corps de Jean Kinck, empoisonné bien avant la nuit de Pantin. Toute l'enquête est racontée dans l'affaire Troppmann. Le 19 janvier 1870, devant la prison de la Roquette, on parle d'environ 25 000 personnes venues le voir guillotiner, et le numéro du Petit Journal qui raconte l'exécution approche les 600 000 exemplaires.

Portrait d'Albert Fish
Portrait d'Albert Fish

#2 Albert Fish, une lettre arrivée 6 ans plus tard

Fin mai 1928, à Manhattan, un homme se présente chez les Budd. Il dit s'appeler Frank Howard, fermier à Farmingdale, et il vient pour la petite annonce qu'Edward, un des fils, a fait paraître dans le New York World pour trouver du travail. Le 3 juin, il revient, et cette fois, il demande aux parents la permission d'emmener leur fille Grace, 10 ans, à une fête d'anniversaire. Les parents acceptent, et Grace part avec lui. Elle ne rentre jamais, et pendant 6 ans, personne ne sait ce qu'elle est devenue.

En novembre 1934, une lettre sans signature arrive chez les Budd. La mère de Grace ne sait pas lire, alors c'est son fils qui la lui lit, et dans cette lettre, l'auteur raconte comment il a tué la fillette. Sur l'enveloppe, il y a un emblème, celui d'une association de chauffeurs privés de New York, si bien que le détective William King interroge ses membres, jusqu'à ce que l'un d'eux lui explique qu'il a laissé du papier à lettres dans une pension où il logeait, au 200 East 52nd Street. C'est là que King trouve Albert Fish.

Le 13 décembre 1934, quand King vient l'arrêter, Fish sort une lame de rasoir, mais il est désarmé, et il avoue. Il conduit les policiers jusqu'à Wisteria Cottage, une maison abandonnée du comté de Westchester, où il leur montre les restes de Grace, et il reconnaît avoir mangé une partie de son corps. Il avoue aussi d'autres meurtres d'enfants.

Le 11 mars 1935, à White Plains, son procès s'ouvre, et le psychiatre de la défense, Fredric Wertham, affirme que Fish est fou. Les jurés, eux, le déclarent sain d'esprit et coupable, et le 16 janvier 1936, à 65 ans, Albert Fish meurt sur la chaise électrique de la prison de Sing Sing. Tout avait commencé par la petite annonce d'Edward, et d'après sa confession, au départ, c'est Edward qu'il voulait tuer.

Portrait-robot du tueur du Zodiaque
Portrait-robot du tueur du Zodiaque

#3 Le tueur du Zodiaque, un appel depuis une cabine de Vallejo

Le 20 décembre 1968, un peu après 23h, sur Lake Herman Road, près de Benicia, en Californie, 2 adolescents sont garés dans leur voiture, David Faraday, 17 ans, et Betty Lou Jensen, 16 ans, quand un homme tire. David est touché à la tête, et Betty Lou dans le dos, alors qu'elle essaie de s'enfuir.

Le 4 juillet 1969, peu après minuit, sur le parking de Blue Rock Springs, à Vallejo, on tire sur une autre voiture garée, et Darlene Ferrin, 22 ans, meurt, alors que Michael Mageau, 19 ans, survit. Après 0h40, la police de Vallejo reçoit l'appel d'une cabine téléphonique, et l'homme au bout du fil revendique l'attaque, mais aussi le meurtre des 2 jeunes de l'an dernier.

Moins d'un mois plus tard, le 1er août, 3 journaux reçoivent ses lettres, avec un message codé de 408 symboles qu'il exige de voir publié en une, et dès le 5 août, un couple de Salinas le déchiffre. Sauf que le message ne donne pas son nom. Le 27 septembre 1969, au bord du lac Berryessa, un homme cagoulé attaque au couteau Bryan Hartnell, 20 ans, et Cecelia Shepard, 22 ans, qui meurt 2 jours plus tard, et sur la portière de leur voiture, il dessine son symbole. Le 11 octobre, à San Francisco, un chauffeur de taxi de 29 ans, Paul Stine, est tué d'une balle dans la tête, et 2 jours plus tard, le San Francisco Chronicle reçoit une lettre avec un morceau de sa chemise taché de sang.

Un autre message, de 340 symboles, résiste pendant 51 ans, jusqu'en décembre 2020, quand 3 passionnés le déchiffrent et que le FBI confirme. L'auteur y écrit qu'il n'a pas peur de la chambre à gaz, parce qu'elle l'enverra plus vite au paradis. Officiellement, il a tué 5 personnes, aucun suspect n'a jamais été jugé, et le dossier est toujours ouvert. Pourtant, dans sa dernière lettre confirmée, en janvier 1974, il revendique 37 victimes.

Portrait de Lizzie Borden en 1890
Portrait de Lizzie Borden en 1890

#4 Lizzie Borden, une robe déchirée à Fall River

Le jeudi 4 août 1892, à Fall River, dans le Massachusetts, Lizzie Borden, 32 ans, appelle Bridget Sullivan, la domestique, qui est montée sous les toits. Son père, Andrew Borden, est allongé sur le canapé, mort, alors qu'elle dit lui avoir parlé 20 minutes plus tôt. Une voisine, Adelaide Churchill, prévient la police, puis elle monte à l'étage avec la domestique, et dans la chambre d'amis, elles trouvent Abby, la belle-mère de Lizzie, morte elle aussi.

Pour le Dr Bowen, l'arme est une hache. Abby a été frappée par-derrière, puis 17 fois encore, et Andrew a reçu environ 13 coups à la tête. D'après le médecin, Abby est morte environ 2 heures avant son mari.

Le lendemain, la police emporte des vêtements, 2 haches et une tête de hachette au manche cassé. Un employé de pharmacie affirme que Lizzie est venue lui demander de l'acide cyanhydrique, et une amie de la famille, Alice Russell, la voit déchirer une robe qu'elle veut brûler, parce que d'après Lizzie, elle est tachée de peinture. Le 11 août, Lizzie est arrêtée.

Le 5 juin 1893, son procès s'ouvre au tribunal de New Bedford. Lizzie ne témoigne pas, elle dit seulement à la cour qu'elle est innocente et qu'elle laisse ses avocats parler pour elle. Le médecin légiste n'a trouvé aucune trace de sang sur les hachettes de la cave, ni aucun poison dans l'estomac des victimes, et le 20 juin, après 1h10 de délibéré, les jurés la déclarent non coupable. La salle applaudit.

Personne d'autre n'est jamais jugé, et officiellement, le double meurtre de Fall River n'est toujours pas élucidé. En septembre 2026, l'affaire devient la 4e saison de la série Monster, et elle rejoint les autres séries Netflix tirées d'une histoire vraie. Lizzie, elle, ne quitte pas Fall River, et elle y meurt le 1er juin 1927, sans avoir jamais été condamnée.

Gravure de 1888 sur Jack l'Éventreur
Gravure de 1888 sur Jack l'Éventreur

#5 Jack l'Éventreur, un nom sorti d'une lettre

Le vendredi 31 août 1888, vers 3h40 du matin, dans Buck's Row, une rue de Whitechapel, dans l'est de Londres, on découvre le corps de Mary Ann Nichols, et une semaine plus tard, le 8 septembre, vers 6h, celui d'Annie Chapman, près de la cour du 29 Hanbury Street, à Spitalfields.

Le 27 septembre, une agence de presse, la Central News Agency, reçoit une lettre datée du 25 qui commence par "Dear Boss", et qui est signée d'un nom que personne n'a encore jamais lu, Jack the Ripper. L'agence la transmet à Scotland Yard le 29, et la nuit suivante, le 30 septembre, vers 1h, on retrouve le corps d'Elizabeth Stride dans Dutfield's Yard, puis environ 45 minutes plus tard, celui de Catherine Eddowes, à Mitre Square.

Le 3 octobre, Scotland Yard publie des fac-similés de la lettre, et le nom se répand. Le 16 octobre, George Lusk, qui dirige le comité de vigilance de Whitechapel, reçoit à son tour un courrier qui porte en tête "From Hell", c'est-à-dire "de l'enfer", et avec ce courrier, il y a une moitié de rein humain conservé. Aujourd'hui encore, on ne sait pas si ce rein était celui de Catherine Eddowes ou une mauvaise blague.

Le 9 novembre, à 10h45, Mary Jane Kelly est retrouvée morte dans sa chambre, au 13 Miller's Court. Pendant ces mois-là, la police, les journaux et le public reçoivent des centaines de lettres, et comme la plupart sont des canulars, beaucoup pensent que la lettre "Dear Boss" en est un aussi. Le nom de Jack l'Éventreur viendrait donc peut-être d'un canular, et 138 ans plus tard, on ne sait toujours pas qui a tué ces 5 femmes.

Photos d'identité judiciaire d'Henri Désiré Landru en 1919
Photos d'identité judiciaire d'Henri Désiré Landru en 1919

#6 Landru, un carnet et 283 noms de femmes

Le 12 avril 1919, rue de Rivoli, à Paris, un homme sort d'un magasin quand un proche d'une des disparues croit le reconnaître. Les inspecteurs l'interpellent, il se fait appeler monsieur Guillet, et sa maîtresse, Fernande Segret, assiste à la scène. Ce jour-là, il essaie de se débarrasser d'un petit carnet noir, où il note tout, ses rencontres, ses déplacements et ses dépenses, et dans ce carnet, il y a 283 noms de femmes.

Il s'appelle Henri Désiré Landru. Dans les journaux, il passe des petites annonces où il promet le mariage à des femmes seules qui ont quelques économies, et sous plus de 90 noms d'emprunt, il en rencontre près de 300. Parmi les noms du carnet, il y a ceux de femmes qui ont disparu, et ses reçus de billets de train confirment ses trajets.

Il loue d'abord une maison isolée à Vernouillet, puis une autre à Gambais, et au village, on le voit arriver avec une femme, toujours différente, puis repartir seul. Quand les enquêteurs fouillent les villas, ils trouvent des morceaux de corset, des boutons, des chaussures, des restes d'os humains, et des cendres dans le hangar, dans la cheminée et dans la cuisinière.

L'enquête lui impute 11 disparitions depuis 1915. Le 7 novembre 1921, son procès s'ouvre devant la cour d'assises de Seine-et-Oise, à Versailles, avec Vincent de Moro-Giafferi pour le défendre, et le 30 novembre, Landru est condamné à mort. Le président Alexandre Millerand rejette son recours en grâce, et le 25 février 1922, à 6h05, Landru est guillotiné à la prison Saint-Pierre de Versailles. De ses 11 victimes, on n'a jamais retrouvé un seul corps.

Portrait d'Elizabeth Short, le Dahlia noir
Portrait d'Elizabeth Short, le Dahlia noir

#7 Le Dahlia noir, Elizabeth Short dans un terrain vague

Le 15 janvier 1947, au matin, à Los Angeles, Betty Bersinger marche avec sa fille de 3 ans vers le cordonnier, dans le quartier de Leimert Park, quand elle aperçoit dans un terrain vague ce qu'elle prend pour un mannequin de vitrine jeté là. Quand elle comprend que c'est un corps, elle court appeler la police depuis une maison voisine, et elle raccroche sans donner son nom.

C'est le corps d'une jeune femme, nu et coupé en 2 à la taille, et comme il a été lavé de son sang, les enquêteurs comprennent qu'elle a été tuée ailleurs. Pour l'identifier, la police envoie ses empreintes au siège du FBI, à Washington, et elles correspondent à celles d'une arrestation pour consommation d'alcool avant l'âge légal, mais aussi à celles d'un ancien emploi au bureau de poste d'une base militaire.

Elle s'appelle Elizabeth Short. Elle est née le 20 juillet 1924 à Hyde Park, dans le Massachusetts, elle a 22 ans, et on l'a vue pour la dernière fois le 9 janvier, dans le hall de l'hôtel Biltmore, en plein centre de Los Angeles. Très vite, les journaux l'appellent le Dahlia noir, et plus tard, une enquête du bureau du procureur du comté conclut que ce surnom, c'est la presse qui l'a inventé.

Le 24 janvier, 9 jours après la découverte, un paquet anonyme arrive au Los Angeles Examiner. Il sent fort l'essence, qui aurait servi à effacer les empreintes, et à l'intérieur, il y a son acte de naissance, sa carte de sécurité sociale, des photos et un carnet d'adresses avec les noms de 75 hommes. La police en soupçonne plusieurs, sans jamais inculper personne, et près de 80 ans plus tard, le dossier est toujours ouvert à la police de Los Angeles.

Une maison de Fall River, 37 ans après

Ces affaires ne se referment jamais tout à fait, et des dizaines d'années plus tard, il y a toujours quelqu'un pour chercher. Les tueurs qui ont fait le plus de victimes reconnues par la justice sont dans notre classement des plus grands tueurs en série du monde, et les affaires françaises toujours sans coupable dans notre article sur les affaires criminelles non élucidées en France. Et chaque mercredi et chaque dimanche, je vous raconte une nouvelle affaire en entier sur la chaîne YouTube Dark Stories, que vous pouvez aussi écouter dans le podcast Dark Stories.

En 1929, 2 ans après la mort de Lizzie Borden, les nouveaux habitants d'une maison où elle a vécu trouvent un marteau sous la porte de la grange. Le comté de Bristol dépense 200 dollars pour le faire examiner, et le résultat tombe, ce n'est pas l'arme du crime.

L'affaire Troppmann en vidéo ⬇️