Affaire Sylvia Likens : brûlée plus de 100 fois à 16 ans

Photos d'archive en noir et blanc, dont Sylvia Likens, 16 ans, à Indianapolis, affaire Sylvia Likens
Photos d'archive en noir et blanc, dont Sylvia Likens, 16 ans, à Indianapolis, affaire Sylvia Likens

Dans la nuit du 25 au 26 octobre 1965, à Indianapolis, une voisine entend des coups qui viennent du sous-sol d'une maison du 3850 East New York Street, et elle les écoute jusque vers 3h du matin. Ces coups, c'est Sylvia Likens, 16 ans, qui les donne avec une pelle pour qu'on l'entende, elle qui loge là depuis l'été avec sa petite sœur. Puis le bruit s'arrête, et la voisine n'appelle pas la police. Le lendemain, vers 18h30, quand les policiers arrivent, Sylvia est morte sur un matelas, et on leur tend une lettre de sa main qui accuse une bande de garçons.

Sylvia Likens, un sourire bouche fermée

À la patinoire, Sylvia tient sa petite sœur par la main, pour que Jenny puisse patiner elle aussi. Jenny a eu la polio, et depuis, l'une de ses jambes est plus faible que l'autre, si bien qu'elle boite et qu'elle porte une attelle en acier. Comme elle est aussi beaucoup plus timide que sa sœur, c'est Sylvia qui veille sur elle.

Sylvia Marie Likens est née le 3 janvier 1949 à Lebanon, une petite ville de l'Indiana, au nord-ouest d'Indianapolis. Ses parents, Lester et Betty, ont 5 enfants, et Sylvia est la troisième, coincée entre 2 paires de jumeaux, Daniel et Dianna, qui ont 2 ans de plus qu'elle, et Benny et Jenny, qui ont un an de moins. Pour faire vivre tout ce petit monde, Lester et Betty travaillent dans les foires et les fêtes foraines, où ils vendent des bonbons, de la bière et des sodas. L'argent manque souvent, alors la famille suit le travail, au point qu'entre 1949 et 1965, elle vit à 19 adresses différentes.

Quand les parents partent sur les routes, les garçons les accompagnent, mais les filles restent en arrière, pour leur sécurité et pour qu'elles puissent aller à l'école. Pendant ce temps, Sylvia et Jenny passent de chez un proche à chez un autre, et bien souvent, chez leur grand-mère.

À l'adolescence, Sylvia garde des enfants, fait des courses et repasse du linge pour gagner quelques dollars, et il lui arrive d'en donner une partie à sa mère. Ses amis l'appellent "Cookie". C'est une fille souriante, aux longs cheveux châtain clair, qui adore la musique, et surtout les Beatles. Quand elle sourit, elle garde quand même la bouche fermée, parce qu'en chahutant avec l'un de ses frères, elle a perdu une dent de devant.

Une maison pour l'été

Le 3 juillet 1965, Betty Likens est arrêtée pour vol à l'étalage, et Lester, qui doit repartir travailler, a besoin de quelqu'un pour s'occuper de ses filles. Cet été-là, Sylvia et Jenny vont au lycée Arsenal Technical, à Indianapolis, à une quarantaine de kilomètres de Lebanon, et elles s'y sont fait 2 amies, Paula et Stephanie Baniszewski. C'est vers leur mère, Gertrude Baniszewski, que Lester se tourne, et ils se mettent d'accord. Il lui versera 20 dollars par semaine pour loger et nourrir ses filles, jusqu'à son retour, prévu en novembre. D'après ce qu'il racontera au procès, Gertrude lui dit en discutant qu'elle s'occupera des enfants et qu'elle les traitera comme les siens.

Pour Lester, c'est une bonne solution, parce que Gertrude est mère de famille et que ses filles sont les amies de Sylvia et de Jenny. Juste après le 4 juillet, les 2 sœurs emménagent chez elle, au 3850 East New York Street, et leurs parents repartent avec la fête foraine.

Gertrude a 36 ans. Elle est née à Indianapolis le 19 septembre 1928, et elle avait 11 ans quand son père est mort d'une crise cardiaque. À 16 ans, elle a quitté le lycée pour épouser John Baniszewski, qui en avait 18, et ils ont eu 4 enfants. Son mari la frappait, mais ils sont restés ensemble une dizaine d'années avant de divorcer. Après un second mariage de 3 mois, elle est retournée avec lui, ils ont eu 2 autres enfants, et ils ont divorcé une seconde fois en 1963. Ensuite, elle a vécu avec un soudeur de 20 ans, Dennis Lee Wright, qui la frappait lui aussi, et qui l'a quittée peu après la naissance de leur fils, en mai 1964.

En 1965, Gertrude élève donc seule 7 enfants, Paula, 17 ans, Stephanie, 15 ans, John, 12 ans, Marie, 11 ans, Shirley, 10 ans, James, 8 ans, et le petit Dennis, qui a un an. Elle pèse environ 45 kilos, elle est asthmatique, elle fume beaucoup, et pour vivre, elle compte sur l'argent que son premier mari, un ancien policier, verse quand il le verse, et sur quelques travaux de couture et de ménage. Le loyer de la maison est de 55 dollars par mois, alors les 20 dollars de Lester comptent.

Les premiers jours, tout se passe bien. Sauf qu'au bout de 2 semaines environ, l'argent de Lester arrive en retard.

Le prix d'un retard

L'argent finit par arriver, mais pas à la date prévue, et Gertrude décide de faire payer ce retard aux filles, alors que Sylvia et Jenny n'ont rien à voir avec cet accord passé entre adultes. Elle les frappe sur les fesses nues avec une planche en bois, une sorte de pagaie.

Fin août, Paula accuse les 2 sœurs d'avoir trop mangé à un repas organisé par l'église, et pour ça, chacune reçoit une quinzaine de coups de pagaie dans le dos. À partir de là, c'est surtout Sylvia qui est visée. Elle a parlé d'un petit ami qu'elle aurait eu à Long Beach, en Californie, et Gertrude s'en sert pour l'accuser d'être enceinte, avant de lui donner un coup de pied dans le bas-ventre. Paula, qui a 17 ans et qui est elle-même enceinte de 3 mois, la frappe aussi.

Un soir, Gertrude et Paula, avec un garçon du voisinage, forcent Sylvia à manger un hot-dog couvert de condiments, jusqu'à ce qu'elle vomisse, puis elles l'obligent à manger ce qu'elle vient de vomir.

Peu après, une rumeur arrive aux oreilles de Stephanie. Au lycée, Sylvia aurait raconté que Paula et Stephanie se prostituent. Rien ne prouve qu'elle l'ait dit, mais le petit ami de Stephanie, Coy Hubbard, un garçon de 15 ans, s'en prend violemment à Sylvia. Gertrude ne l'arrête pas, et au contraire, elle prend la pagaie et frappe Sylvia à son tour.

Plus personne ne la voit

Paula, elle, frappe Sylvia au visage si fort qu'elle se casse le poignet, et une fois qu'elle a un plâtre, elle s'en sert pour continuer à la frapper. Gertrude oblige aussi Jenny à frapper sa sœur, et Jenny sait très bien que si elle refuse, ce sera son tour.

Bientôt, Coy Hubbard et d'autres enfants du quartier se mettent à venir dans la maison, et Gertrude les encourage. Ils frappent Sylvia, ils s'entraînent sur elle à des prises de judo, ils la poussent dans l'escalier de la cave, et ils la brûlent avec des cigarettes, plus de 100 fois au total. Un jour, dans le salon, devant les autres et sous les yeux de la seule adulte de la maison, Sylvia est forcée de se déshabiller et de s'introduire une bouteille de Pepsi en verre.

En septembre 1965, Sylvia est accusée d'avoir volé une tenue de sport au lycée. Quand Gertrude l'apprend, elle la fouette avec une ceinture de policier, en cuir épais, d'environ 7,5 cm de large, puis elle lui donne des coups de pied entre les jambes et lui brûle le bout des doigts avec des allumettes. À partir de ce jour-là, Sylvia n'a plus le droit d'aller au lycée, si bien qu'en dehors de la maison et du quartier, plus personne ne la voit.

Quelques jours plus tard, c'est Jenny qui est fouettée avec la même ceinture, parce qu'elle a pris une chaussure de sport. Et chaque fois, on répète aux 2 sœurs la même chose, si elles parlent à quelqu'un de ce qui se passe dans la maison, ce sera encore pire.

Une infirmière à la porte

En septembre, dans un parc, Sylvia et Jenny croisent leur grande sœur, Dianna, qui vit de son côté, en froid avec la famille, et pour la première fois, elles lui racontent ce qu'elles vivent. Une mère de 7 enfants qui ferait des choses pareilles, Dianna a du mal à y croire, et elle pense d'abord que ses petites sœurs exagèrent. Elle donne quand même un sandwich à Sylvia, qui a faim, mais dans la maison, l'une des filles de Gertrude le raconte, et pour ce sandwich, Gertrude accuse Sylvia de gourmandise, avant de la frapper avec Paula.

À peu près au même moment, le père d'un garçon du quartier appelle le lycée, sans donner son nom, pour signaler qu'une adolescente qui vit chez les Baniszewski a des plaies ouvertes sur tout le corps. Une infirmière scolaire se rend à la maison, et Gertrude lui explique que Sylvia est partie, qu'elle a fugué, et que ses plaies viennent de son manque d'hygiène. Une adolescente de 16 ans couverte de plaies, dont la femme qui la garde ne sait même pas où elle est, ça devrait suffire à inquiéter. Pourtant, l'infirmière repart, et le lycée n'en fait pas plus.

Au procès, le pasteur de la famille, Roy Julian, dira lui aussi qu'il savait qu'une adolescente était maltraitée dans cette maison, mais que Gertrude lui avait raconté que Sylvia faisait des avances à des hommes contre de l'argent, et qu'il avait cru qu'elle était punie pour ça. Pour Forrest Bowman, l'un des avocats de la défense, Sylvia n'avait tout simplement pas appris à croire que quelqu'un viendrait l'aider. En Californie, dans l'affaire Gabriel Fernandez, c'est aussi à l'école qu'un enfant revenait avec des bleus, et son institutrice dira avoir passé plus d'appels pour lui que pendant tout le reste de sa carrière.

Les voisins d'à côté, Raymond et Phyllis Vermillion, viennent 2 fois dans la maison pendant ces semaines-là. La première fois, ils voient Paula frapper Sylvia, et la seconde fois, Sylvia a un œil au beurre noir, et Paula se vante de le lui avoir fait. Pourtant, ni l'un ni l'autre ne prévient personne.

Une visite sous surveillance

Vers le 1er octobre, Dianna finit quand même par se présenter à la maison, mais Gertrude refuse de la laisser entrer et lui demande de partir. 2 semaines plus tard, elle croise Jenny dans la rue, et quand elle lui demande des nouvelles de Sylvia, Jenny répond qu'elle ne peut rien lui dire, parce que sinon, elles auront des ennuis.

Pendant ces 3 mois, Lester passe plusieurs fois voir ses filles, et le 5 octobre 1965, il vient avec Betty, qui est sortie de prison. Dans la maison, il ne voit que le salon, et une fois la cuisine, et comme Gertrude reste dans la pièce, aucune des 2 sœurs ne montre devant elle qu'elle a peur ou qu'elle a mal. Lester et Betty repartent sans se douter de rien, et c'est la dernière fois qu'ils voient Sylvia vivante.

À peine sont-ils partis que Gertrude se tourne vers elle. "Qu'est-ce que tu vas faire maintenant, Sylvia ? Maintenant qu'ils sont partis ?"

La porte du sous-sol

Le lendemain, le 6 octobre, Sylvia, qui ne contrôle plus sa vessie, est descendue au sous-sol et attachée. Elle y reste le plus souvent nue, avec très peu à manger et presque rien à boire, et parfois, on l'attache si haut à la rampe de l'escalier que ses pieds touchent à peine le sol. Un jour, Gertrude et son fils John, 12 ans, lui mettent dans la bouche le contenu de la couche sale du bébé. On la plonge dans des bains d'eau brûlante, et on lui frotte du sel sur ses plaies.

Une autre fois, Gertrude brandit un couteau et la défie de se battre. Sylvia lui répond simplement qu'elle ne sait pas se battre, alors Gertrude lui fait une entaille à la jambe.

Le 22 octobre, John tend un bol de soupe à Sylvia, qui meurt de faim, puis il le lui retire au moment où elle essaie de manger. Ce soir-là, Gertrude l'autorise à dormir à l'étage, à condition qu'elle ne mouille pas son lit, et pendant la nuit, Jenny lui apporte en cachette un verre d'eau. Au Canada, dans l'affaire Phoenix Sinclair, c'était aussi un enfant de la maison qui apportait en cachette du pain et de l'eau à une petite fille privée de tout.

Le lendemain matin, le 23 octobre, le lit de Sylvia est mouillé. Pour la punir, devant les enfants, on la force à s'introduire une bouteille de Coca-Cola vide, et on la renvoie au sous-sol.

Des coups contre le mur

Quelques jours avant sa mort, Gertrude prend une aiguille, que l'une de ses filles a fait chauffer, et elle commence à graver une phrase sur le ventre de Sylvia, "Je suis une prostituée et j'en suis fière". D'après le témoignage de Richard Hobbs, un garçon du voisinage de 14 ans, elle dit à Sylvia en commençant qu'elle a marqué ses enfants, et que maintenant, c'est Sylvia qu'elle va marquer. Comme elle n'arrive pas à finir, elle demande à Richard Hobbs de terminer, et il le fait. Ensuite, avec l'une des filles de Gertrude, qui a 10 ans, il essaie de lui marquer un S sous le sein gauche avec un boulon chauffé. Le trait est raté, et la marque ressemble plutôt à un 3.

Le soir, Sylvia doit montrer son ventre à des enfants du quartier, et Gertrude leur explique que cette inscription lui a été faite pendant une soirée avec des garçons. Cette nuit-là, Sylvia parle à sa sœur. "Jenny, je sais que tu ne veux pas que je meure, mais je vais mourir. Je le sens."

Le 24 octobre, Gertrude dicte à Sylvia une lettre pour ses parents, où Sylvia écrit qu'elle a suivi une bande de garçons, et qu'ils l'ont frappée et marquée. Sylvia entend aussi la suite du plan, puisque John et Jenny doivent l'emmener les yeux bandés dans un bois des environs, Jimmy's Forest, et l'y abandonner. Ce jour-là, quand on lui tend des crackers, elle les refuse. "Donne-les au chien, je n'en veux pas", répond-elle, et Gertrude et John la frappent.

Le 25 octobre, Sylvia essaie de s'enfuir par la porte d'entrée, mais elle n'a plus de forces, et Gertrude la rattrape avant qu'elle ait pu sortir. Elle la frappe au visage avec une tringle à rideau, si fort que le métal se tord, puis Coy Hubbard prend la tringle à son tour et la frappe jusqu'à ce qu'elle perde connaissance. On la redescend au sous-sol.

Dans la soirée, quand elle revient à elle, Sylvia frappe les murs du sous-sol avec une pelle, pour que les voisins l'entendent. Une voisine entend bien ces coups, et elle les écoute jusque vers 3h du matin. Puis le bruit s'arrête, et elle n'appelle pas la police.

Le dernier jour de Sylvia Likens

Le matin du 26 octobre, Sylvia n'arrive plus à parler clairement, et ses bras et ses jambes ne lui obéissent plus. Gertrude la monte à la cuisine et essaie de lui faire manger un beignet et boire un verre de lait, mais Sylvia n'y arrive pas, et Gertrude la jette par terre et la renvoie au sous-sol. Dans la journée, Paula lui demande de réciter l'alphabet, et Sylvia ne va pas plus loin que la quatrième lettre.

L'après-midi, plusieurs de ceux qui s'en sont pris à elle se retrouvent au sous-sol, et Sylvia essaie encore de dire leurs noms. Elle dit aussi qu'elle sent sa dent de devant bouger, et Jenny lui rappelle qu'elle l'a perdue il y a longtemps, quand elle avait 7 ans. Ensuite, Jenny part faire du jardinage chez des voisins. Pendant ce temps, John arrose Sylvia avec un tuyau d'arrosage, et quand elle essaie de sortir du sous-sol, elle s'effondre avant les marches, et Gertrude lui piétine la tête.

Vers 17h30, Richard Hobbs revient à la maison, et au sous-sol, il trouve Stephanie qui pleure à côté de Sylvia. Ensemble, ils la remontent, ils la lavent, ils l'habillent, et ils l'allongent sur un matelas, dans une chambre. Sylvia murmure qu'elle voudrait que son père soit là, et elle demande à Stephanie de la ramener chez elle. Quelques minutes plus tard, Stephanie se rend compte que Sylvia ne respire plus, et elle essaie de lui faire du bouche-à-bouche, pendant que Gertrude crie qu'elle fait semblant. Mais Sylvia est morte, et c'est seulement à ce moment-là que Gertrude envoie Richard Hobbs appeler la police, depuis une cabine téléphonique.

Le secret de Jenny

Quand les policiers arrivent, vers 18h30, Gertrude les conduit jusqu'à la chambre et leur tend la lettre. Elle leur explique que Sylvia s'est enfuie avec des garçons, qu'elle est rentrée blessée, et qu'elle l'a soignée en lui mettant de l'alcool sur ses plaies. Paula, elle, leur dit que cette mort devait arriver, et elle propose à Jenny de rester vivre avec eux. Jenny commence par répéter la version qu'on lui a préparée, puis elle s'approche des policiers et leur souffle "Sortez-moi d'ici, et je vous dirai tout."

Une fois dehors, Jenny raconte tout, et le soir même, Gertrude, Paula, Stephanie et John sont arrêtés, tout comme Richard Hobbs et Coy Hubbard. Le lendemain, Gertrude reconnaît que les enfants frappaient Sylvia, mais elle accuse Paula et Coy Hubbard d'avoir fait le plus gros, et elle admet seulement avoir fait dormir Sylvia au sous-sol environ 3 fois.

Jenny à la barre

L'autopsie relève plus de 150 blessures, dont plus de 100 brûlures de cigarette, des brûlures d'eau bouillante, des ongles retournés, des lèvres en lambeaux, et des signes de malnutrition. Sylvia est morte d'un hématome sous-dural, causé par un coup à la tempe, aggravé par le choc et la malnutrition, et son corps avait été lavé, sans doute après sa mort.

Le 29 octobre 1965, ses obsèques ont lieu à Lebanon, sa ville natale, devant plus de 100 personnes. Dans son cercueil ouvert, on a placé un portrait d'elle pris avant l'été, et elle est enterrée au cimetière Oak Hill. Le même jour, 5 autres enfants du quartier, âgés de 11 à 13 ans, sont poursuivis pour coups et blessures, puis rendus à leurs parents, et ils seront cités comme témoins de l'accusation.

Le 30 décembre 1965, un grand jury du comté de Marion inculpe de meurtre au premier degré Gertrude, Paula et John Baniszewski, ainsi que Richard Hobbs et Coy Hubbard, alors que les poursuites contre Stephanie sont abandonnées. Le procès s'ouvre le 18 avril 1966, à Indianapolis, devant le juge Saul Isaac Raab. Les avocats ont demandé plusieurs fois des procès séparés, et un autre tribunal, loin d'une ville où l'affaire fait la une, mais les 5 accusés sont jugés ensemble. Le procureur, Leroy New, réclame la peine de mort contre les 5, parce que pour lui, c'est le crime le plus terrible jamais commis dans l'Indiana.

À la barre, le coroner adjoint, Charles Ellis, explique que Sylvia était en état de choc depuis 2 ou 3 jours avant sa mort. Jenny témoigne contre les 5 accusés, et elle dit au jury que Sylvia n'avait jamais rien fait pour provoquer tout ça, et qu'à la fin, elle était tellement déshydratée qu'elle ne pouvait même plus pleurer. Une adolescente du quartier raconte avoir vu frotter du sel sur les plaies de Sylvia, puis une autre témoin, Grace Sargent, rapporte que Paula s'était vantée devant elle de s'être cassé le poignet en frappant Sylvia, avant d'ajouter "J'ai essayé de la tuer."

La version de Gertrude

Le 11 mai, Gertrude témoigne à son tour. Elle dit que sa maison était une maison de fous, qu'elle était malade, qu'elle n'arrivait pas à tenir ses enfants, et qu'elle n'a frappé Sylvia qu'une seule fois. Pourtant, le psychiatre désigné par le tribunal, le docteur Dwight Schuster, conclut qu'elle était saine d'esprit au moment des faits. Dans sa plaidoirie, la procureure adjointe, Marjorie Wessner, rappelle que Sylvia n'a reçu aucun soin, à part un peu de margarine étalée sur ses brûlures. L'avocat de Gertrude, William Erbecker, plaide la folie, et celui de John et de Coy Hubbard, Forrest Bowman, demande qu'on ne condamne pas à mort des garçons de 13 et 16 ans.

Le 19 mai 1966, après environ 8 heures de délibéré, le jury déclare Gertrude Baniszewski coupable de meurtre au premier degré, et Paula coupable de meurtre au second degré, tandis que Richard Hobbs, Coy Hubbard et John sont reconnus coupables d'homicide involontaire. Le 25 mai, Gertrude et Paula sont condamnées à la prison à vie, et les 3 garçons à des peines de 2 à 21 ans.

Sauf que pour la Cour suprême de l'Indiana, la publicité autour de l'affaire justifiait un autre tribunal, et des procès séparés auraient dû être accordés, puisque les déclarations écrites de coaccusés qui n'ont pas témoigné ont été lues au jury. Le 1er septembre 1970, parce qu'elles n'ont pas eu un procès équitable, la Cour annule les condamnations de Gertrude et de Paula.

Le nom de Sylvia

En 1971, Paula plaide coupable d'homicide volontaire, et elle est condamnée à une peine de 2 à 21 ans. Elle tente 2 fois de s'évader, et elle sort de prison en 1972. Gertrude, elle, est rejugée en 1971, et elle est de nouveau reconnue coupable de meurtre au premier degré et condamnée à la prison à vie. Quant aux 3 garçons, ils sont libres depuis 1968, après moins de 2 ans de détention.

En prison, Gertrude travaille à l'atelier de couture, et de jeunes détenues l'appellent "maman". En 1985, elle demande sa libération conditionnelle, et plus de 40 000 personnes signent une pétition contre sa sortie. À l'audience, elle dit prendre l'entière responsabilité de ce qui est arrivé à Sylvia, tout en expliquant qu'elle ne sait pas exactement quel rôle elle a joué, parce qu'elle était sous médicaments. Elle est libérée le 4 décembre 1985, et sous le nom de Nadine Van Fossan, elle s'installe dans l'Iowa, où elle meurt d'un cancer du poumon le 16 juin 1990.

En 2012, on découvre que Paula, sous un autre nom, travaille depuis 1998 dans un district scolaire de l'Iowa, et elle perd son poste. John meurt en 2005, Coy Hubbard en 2007, et Richard Hobbs dès 1972, à 21 ans.

Jenny se marie, elle a 2 enfants, et toute sa vie, elle défend ses parents, en répétant qu'ils n'avaient rien à se reprocher puisqu'ils avaient fait confiance à Gertrude. Elle meurt le 23 juin 2004, à 54 ans. Leur mère, Betty, est morte en 1998, et leur père, Lester, en 2013. La maison du 3850 East New York Street, longtemps restée vide, est démolie le 23 avril 2009, et à sa place, il y a aujourd'hui un parking.

En juin 2001, un monument en granit de 1,80 m est inauguré en mémoire de Sylvia à Willard Park, à Indianapolis, et son affaire est souvent citée comme l'une des raisons pour lesquelles, dans l'Indiana, toute personne qui soupçonne qu'un enfant est maltraité est obligée de le signaler. Le 26 octobre 2015, pour les 50 ans de sa mort, sa grande sœur, Dianna, participe à une cérémonie à Lebanon, et l'année suivante, le centre d'aide aux enfants maltraités du comté de Boone, ouvert en 2010, prend le nom de Sylvia's Child Advocacy Center.

Sylvia avait 16 ans. Sur son matelas, quelques minutes avant de mourir, elle a demandé son père.

L'affaire Sylvia Likens en vidéo ⬇️

Sources :

Cour suprême de l'Indiana, Baniszewski v. State (annulation de la condamnation de Gertrude Baniszewski), 1er septembre 1970 : https://law.justia.com/cases/indiana/supreme-court/1970/256-ind-1-1.html
NBC News, l'ancienne condamnée Paula Baniszewski suspendue de son poste dans l'Iowa, 23 octobre 2012 : https://www.nbcnews.com/news/us-news/iowa-teachers-aide-suspended-after-role-65-torture-death-revealed-flna1c6643498
The Indiana Lawyer, le livre de l'avocat Forrest Bowman sur le procès de 1966, 21 octobre 2014 : https://www.theindianalawyer.com/articles/35446-lawyers-book-retraces-indys-infamous-sylvia-likens-murder-case
Indianapolis Monthly, l'affaire Sylvia Likens 50 ans après, 21 octobre 2015 : https://www.indianapolismonthly.com/longform/looking-back-indianas-infamous-crime-50-years-later
Encyclopedia of Indianapolis, Sylvia Likens Murder Case, révisé en juillet 2024 : https://indyencyclopedia.org/sylvia-likens-murder-case/
Wikipédia (en anglais), meurtre de Sylvia Likens : https://en.wikipedia.org/wiki/Murder_of_Sylvia_Likens