Affaire du cannibale de Skara : il cuisine sa compagne


Au téléphone, l'homme qui appelle les secours, le 14 novembre 2010, à Skara, dans l'ouest de la Suède, explique qu'il a tué sa compagne, Helle Christensen, 40 ans, et il prévient qu'il est "aussi calme que possible", qu'on n'aura pas besoin de lui sauter dessus. 2 jours plus tôt, pendant un repas, Helle avait dit à Jamie-Lee, la fille de 9 ans de son compagnon, de bien en profiter, parce que c'était la dernière fois qu'elle cuisinait pour elle. Quand les policiers arrivent, il se laisse arrêter sans résistance, et dans la cuisine, les enquêteurs emportent une poêle, parce que ce qu'il a fait après le meurtre va donner son surnom à toute l'affaire.
Helle Christensen, une nouvelle vie à Skara
À l'automne 2010, Helle Christensen emménage avec son compagnon, Isakin Jonsson, dans un appartement de Skara. Helle a 40 ans, elle est maman de 5 enfants, et la vie ne l'a pas épargnée, au point qu'elle a fait plusieurs séjours en psychiatrie. D'ailleurs, c'est dans une clinique psychiatrique de Borås, dans l'ouest du pays, qu'elle a rencontré Isakin en 2009, parce qu'il y était soigné lui aussi. Ils sont d'abord devenus proches, et ensuite, ils sont tombés amoureux.
Isakin a une petite fille de 9 ans, Jamie-Lee, née d'une précédente histoire, et comme la garde est partagée, elle passe une partie de son temps avec eux. Très vite, elle s'attache à Helle, au point qu'elle la voit comme une deuxième maman.
Sauf que pour Jamie-Lee, la vie avec son père ressemble déjà à "un film d'horreur".
Des visages dans les murs
Quand Jamie-Lee est chez lui, son père lui parle du diable et des démons. Cet homme-là n'a pas toujours porté le nom d'Isakin. Il est né en 1978 à Köping, dans le centre de la Suède, sous le nom de Jimmy Daniel Isaksson, et il avait 2 ans quand sa famille est partie vivre à Västerås, à une quarantaine de kilomètres de là. Sa jeunesse a été chaotique, il en a passé une partie en institution, il a été condamné plusieurs fois pour des affaires de drogue et de vol, et un jour, il a changé de nom, si bien que Jimmy Isaksson est devenu Isakin Jonsson.
Avec sa fille, il ne se contente pas de lui raconter des histoires de démons. Il lui demande de chercher des visages dans les murs, jusqu'à ce qu'elle finisse par en voir.
Un dernier repas
Le vendredi 12 novembre 2010, Helle et Isakin font des courses ensemble, et ce jour-là, Jamie-Lee est chez eux. Pendant le repas, Helle lui dit "Profite de ton repas, parce que c'est la dernière fois que je cuisine pour toi... parce qu'Isakin va me tuer".
Cette phrase, Jamie-Lee ne l'oubliera jamais. Sauf qu'elle n'a que 9 ans, alors elle ne comprend pas, et elle repart chez sa mère.
Le soir, Helle va s'allonger sur le matelas de la chambre pour se reposer, et Isakin la rejoint avec un couteau. Il lacère d'abord le matelas, puis il s'assoit sur ses épaules et il l'égorge. Ce qu'il fait ensuite donne son surnom à l'affaire, puisque selon le procureur, il démembre le corps de sa compagne, puis il en cuisine et en mange une partie.
Un appel très calme
2 jours plus tard, le dimanche 14 novembre 2010, c'est Isakin lui-même qui appelle les secours. Au téléphone, il explique qu'il a tué sa compagne, et il ajoute "Quand vous arriverez, vous n'aurez pas besoin de me sauter dessus, je suis aussi calme que possible". Quand les policiers arrivent, il se laisse arrêter sans résistance.
Dans l'appartement, les enquêteurs emportent notamment une poêle de la cuisine et des DVD de films d'horreur. Aux États-Unis, dans l'affaire Lawrence Anderson, un homme a lui aussi cuisiné le cœur de l'une de ses victimes, selon les autorités. À Skara, les analyses faites à l'arrestation d'Isakin montrent qu'il a bu, 1,35 gramme d'alcool par litre de sang, et qu'il a pris du tramadol, un antidouleur opioïde, et une grande partie de l'enquête reste confidentielle. Les enquêteurs retrouvent aussi le journal intime d'Helle, et dans ces pages, elle a écrit la peur que lui faisait son compagnon.
Aucun mobile
Dès le 15 novembre 2010, au lendemain de son arrestation, des psychiatres sont chargés de l'examiner, et pour eux, Isakin souffre de troubles mentaux graves. Alors une question se pose, celle de savoir s'il doit répondre de ses actes comme n'importe qui, la même qu'au Québec, dans l'affaire Guy Turcotte.
Pourquoi il a fait ça, personne ne le sait vraiment. Isakin dit qu'il ne peut pas l'expliquer, et au tribunal, il déclare "Il n'y avait absolument aucun mobile".
Sauf qu'un peu plus tard, il donne aux journalistes une autre version, bien plus inquiétante. Il affirme qu'il n'a aucun remords, et qu'il a fait ça pour paraître malade, afin d'être envoyé en psychiatrie plutôt qu'en prison.
Un procès sans remords
Le procès a lieu devant le tribunal de district de Skaraborg, à Skövde, et Isakin reconnaît les faits. Devant la cour, sans montrer le moindre remords, il raconte "Je me souviens comment je lui ai tranché la gorge. Puis je suis allé dans la cuisine et j'ai commencé à cuisiner".
Le 8 mars 2011, Isakin est reconnu coupable de meurtre, et il doit verser 75 000 couronnes aux parents d'Helle, et autant à chacun de ses 5 enfants. Seulement, à cause de ses troubles mentaux, le tribunal ne l'envoie pas en prison. Il est condamné à des soins psychiatriques fermés, et il ne pourra sortir qu'après un contrôle spécial, si bien qu'au lieu d'une cellule, c'est une chambre de l'hôpital de psychiatrie légale de Karsudden, à Katrineholm, qui l'attend.
Une fiancée à Karsudden
À Karsudden, Isakin rencontre une autre patiente, Michelle Gustafsson, que la presse suédoise a surnommée "la femme vampire". Elle a été condamnée pour le meurtre de Daniel Stenman, un jeune homme de 24 ans égorgé en 2010 à Jakobsberg, près de Stockholm, et sur internet, elle avait posté des photos d'elle déguisée en vampire, la bouche en sang.
Le 13 novembre 2011, un an et un jour après le meurtre d'Helle, Isakin lui écrit sur une messagerie "Veux-tu être ma copine ?", et elle dit oui. Moins d'un mois plus tard, le 9 décembre 2011, ils se fiancent.
Un blog depuis l'hôpital
En janvier 2012, quand Isakin et Michelle annoncent leur histoire, ce que la presse appelle le couple du "cannibale et de la vampire" fait le tour du monde. Le mois suivant, en février 2012, les journaux suédois révèlent qu'ils tiennent un blog depuis un ordinateur de l'hôpital. Personne ne le leur interdit, parce qu'à Karsudden, les patients ont le droit d'utiliser internet et un téléphone portable, tant qu'ils ne commettent pas d'infraction.
Sur ce blog, Isakin parle de sa vie, de son couple et de son crime. Il écrit qu'une fois qu'on a tué, "ce n'est plus un problème", il explique qu'on peut le condamner, mais pas le punir au-delà de son traitement, et il demande si les gens ont compris qu'il avait "délibérément fait en sorte" de se retrouver là.
En lisant ça, la sœur d'Helle a l'impression de "bouillir de l'intérieur". Elle le confie au journal Borås Tidning, parce que pour elle, la société laisse insulter les proches des victimes.
4 heures dehors par semaine
En Suède, la psychiatrie légale cherche d'abord à soigner, et ensuite à faire revenir les patients dans la société. Alors en 2015, Isakin a le droit de sortir 4 heures par semaine dans les rues de Katrineholm, et en mai-juin 2016, on lui accorde même 3 jours de permission, pour aider un proche à déménager et pour assister à un mariage.
En 2016, 2 députés suédois demandent au Parlement de limiter l'accès des patients de psychiatrie à internet. La même année, Isakin publie des vidéos sur YouTube, où il parle de "lutte pour la survie", et il affirme "Le sens de la vie, c'est la survie, rien de plus".
Une lettre furieuse
À l'automne 2016, Isakin veut encore changer de nom de famille. Il veut laisser tomber Jonsson pour s'appeler Drabbad, un mot suédois qui veut dire "frappé" ou "touché", comme par le malheur. Pour l'obtenir, il écrit à la main une lettre furieuse à l'Office suédois des brevets et de l'enregistrement. Elle commence par une insulte, il y écrit "Tu t'en prends au mauvais gars", et il prévient qu'il ne lâchera rien tant qu'il n'aura pas ce qu'il veut. Le changement de nom finit par être accepté, et Isakin Jonsson devient Isakin Drabbad. La lettre, elle, reste dans son dossier.
Début 2017, Isakin demande une nouvelle permission de 3 jours, et la justice administrative la lui refuse. Le procureur s'appuie notamment sur cette lettre, parce que pour lui, elle prouve qu'Isakin reste agressif, et il estime le risque qu'il commette à nouveau un crime grave "très élevé". En avril 2017, la cour d'appel administrative refuse aussi de mettre fin à ses soins fermés, parce qu'elle considère qu'il souffre toujours d'un trouble psychiatrique, si bien qu'il reste à Karsudden.
Des poupées vaudou
Dans le courant de l'année 2017, la presse suédoise révèle que depuis l'hôpital, Isakin vend des poupées vaudou et des œuvres d'art, dont certaines contiendraient son propre sang et ses cheveux. À la même période, son histoire avec Michelle Gustafsson s'arrête, et il se rapproche d'une soignante de Karsudden.
La direction de l'hôpital a des soupçons, et en juillet 2017, la soignante démissionne. Comme on la considère comme un risque pour la sécurité, le conseil régional lui interdit de rendre visite à Isakin, et la justice confirme cette décision. À l'été 2017, Isakin demande une permission pour l'épouser à la mairie de Katrineholm, et on la lui refuse, parce qu'en octobre 2017 encore, son médecin estime qu'il n'est pas question pour l'instant de sortie ni de permission.
La fille du cannibale de Skara
En août 2020, Isakin Drabbad quitte les murs de l'hôpital. Il est toujours suivi en psychiatrie, mais il vit dans un appartement à Katrineholm, et fin 2024, le tribunal administratif décide qu'il n'a plus à être privé de liberté. En juillet 2025, il habite son propre logement, un appartement d'entraînement, avec une liberté qui a ses règles. Il doit vivre à l'adresse fixée, aller à ses rendez-vous de psychiatrie, ne toucher ni à l'alcool ni à la drogue, fournir des analyses d'urine et n'avaler que les médicaments autorisés par ses soignants.
Sa fille, Jamie-Lee Arrow, a choisi de raconter son histoire dans un livre, "Skarakannibalens dotter", c'est-à-dire "La fille du cannibale de Skara". En octobre 2024, pour la première fois en 4 ans, elle retourne voir son père. "Je lui ai fait savoir que je l'aime et que je lui pardonne", dit-elle. Or après quelques visites, il lui envoie un message menaçant, et pour Jamie-Lee, c'est fini. En avril 2025, elle apparaît dans l'épisode "My Father, The Cannibal" de la série documentaire "Evil Lives Here: The Killer Speaks", diffusée sur Investigation Discovery. Aujourd'hui, Jamie-Lee est maman de 2 enfants, et elle a tranché, "Je dois accepter que je l'aime, mais il ne pourra jamais, jamais faire partie de ma vie."
Helle Christensen avait 40 ans, et le dernier repas qu'elle a préparé, c'était pour une petite fille qui la considérait comme sa deuxième maman.
L'affaire du cannibale de Skara en vidéo ⬇️

À lire aussi :
➡️ Affaire des cannibales de Garanhuns
➡️ Affaire Dominique Cottrez
Sources :
The Local Sweden, condamnation d’Isakin Jonsson, 9 mars 2011 : https://www.thelocal.se/20110309/32480
The Local Sweden, la relation avec la “femme vampire”, 30 janvier 2012 : https://www.thelocal.se/20120130/38798
The Local Sweden, le blog depuis l’hôpital, 24 février 2012 : https://www.thelocal.se/20120224/39308/
SVT Nyheter, maintien à Karsudden, 19 avril 2017 : https://www.svt.se/nyheter/lokalt/sormland/skarakannibalen-tvingas-kvar-pa-karsudden
AOL, témoignage de Jamie-Lee Arrow, avril 2025 : https://www.aol.com/father-cannibal-daughter-speaks-dad-120000682.html
The Nightly (via Albany Advertiser), le dernier repas raconté par Jamie-Lee Arrow, juin 2025 : https://www.albanyadvertiser.com.au/news/world/isakin-drabbad-daughter-recalls-last-conversation-before-devil-loving-cannibal-dad-killed-step-mum-ate-her-c-18982077
SVT Nyheter, sa vie en dehors de l'hôpital et le documentaire, 25 juillet 2025 : https://www.svt.se/nyheter/lokalt/vast/skarakannibalens-liv-i-frihet-visas-i-ny-tv-dokumentar
