Affaires non élucidées en Belgique : 9 crimes sans coupable
En novembre 2024, dans un livre, un père belge, Eric Geijsbregts, s'adresse directement au ravisseur de sa fille, Nathalie, qui avait 10 ans quand elle a disparu à un arrêt de bus, près de Louvain, en 1991. Il lui demande quel âge il a aujourd'hui, 80 ans peut-être, et il lui demande de faire en sorte que la famille puisse retrouver Nathalie, où qu'elle soit, parce qu'il n'aurait pas peur, écrit-il, de voir le squelette de sa fille. Comme lui, en Belgique, des familles attendent encore une réponse, des tueries du Brabant au Dépeceur de Mons, et aucune de ces affaires non élucidées n'a de coupable.

À lire aussi :
Sources :
Parquet fédéral via Belga, repris par La Libre, les comparaisons ADN de la piste française sont négatives (tueurs du Brabant), 30 juillet 2026 : https://www.lalibre.be/dernieres-depeches/2026/07/30/tueurs-du-brabant-les-resultats-des-comparaisons-adn-relatives-a-la-piste-francaise-sont-negatifs-EOHRDT4IFZDC7NOTM6FA2D7KGY/
RTBF, tueries du Brabant, 40 ans après la dernière attaque d'Alost, 9 novembre 2025 : https://www.rtbf.be/article/tueries-du-brabant-40-ans-apres-la-derniere-attaque-d-alost-des-crimes-sans-reponse-ni-prescription-11628206
RTBF, tueurs du Brabant, 3 corps exhumés à Charleville-Mézières, 28 mai 2026 : https://www.rtbf.be/article/tueurs-du-brabant-trois-corps-exhumes-a-charleville-mezieres-pour-des-prelevements-11730714
BX1, tueurs du Brabant, la piste française va être explorée, 25 avril 2025 : https://bx1.be/?p=752129
La DH, Dépeceur de Mons, 25 ans après, le tueur reste introuvable, 22 mars 2022 : https://www.dhnet.be/regions/mons/2022/03/22/vingt-cinq-ans-apres-les-faits-le-depeceur-de-mons-reste-introuvable-EBGYHR26JFBW5ANVSDEHCWE5SY/
RTBF, le Dépeceur de Mons, la première fois qu'on a parlé d'un serial killer en Belgique, 5 octobre 2024 : https://www.rtbf.be/article/le-depeceur-de-mons-la-premiere-fois-qu-on-a-parle-d-un-serial-killer-en-belgique-11443391
Paris Match Belgique, Dépeceur de Mons, une affaire bientôt prescrite, 23 juillet 2026 : https://www.parismatch.be/actualites/societe/2026/07/22/tueur-en-serie-cette-affaire-non-elucidee-sera-prescrite-dans-quelques-mois-en-belgique-B2I46SXRTZGVZHJH25ICPMP4XA/
La Libre, le mystère de la disparition de sœur Gabrielle reste entier, 21 octobre 2021 : https://www.lalibre.be/belgique/judiciaire/2021/10/21/le-mystere-autour-de-la-disparition-de-soeur-gabrielle-reste-entier-F2BPNXAVR5DNNCABHQPZSXTNPE/
La DH, Herman Van Hiel, l'aumônier de prison disparu en 1982, 21 avril 2019 : https://www.dhnet.be/actu/faits/2019/04/21/il-a-disparu-en-1982-et-la-police-belge-le-recherche-encore-lhistoire-de-cet-aumonier-de-prison-qui-sest-evapore-avec-ses-secrets-MSU4EKDD7VEHVKLGNASZ26XCZA/
VRT NWS, le meurtre de Christine Van Hees, 40 ans après, 13 février 2024 : https://www.vrt.be/vrtnws/nl/2024/02/13/de-moord-op-christine-van-hees-al-veertig-jaar-een-brusselse-co/
La Libre, on ne percera pas le mystère de la champignonnière (prescription), 2014 : https://www.lalibre.be/belgique/on-ne-percera-pas-le-mystere-de-la-champignonniere-52eaa41c3570d7514c2d4d61
The Christian Science Monitor, les documents irakiens saisis et la mort de Gerald Bull, 10 octobre 1991 : https://csmonitor.com/1991/1010/10032.html
Smithsonian Magazine, l'histoire du supercanon de Saddam Hussein (cite le New York Times sur la mort de Gerald Bull), 2017 : https://www.smithsonianmag.com/smart-news/bizarre-story-saddam-husseins-failed-supergun-180962820
Police fédérale belge, avis de recherche de Nathalie Geijsbregts : https://www.police.be/avis-de-recherche/fr/avis-de-recherche/personnes-disparues/mineurs/nathalie-geijsbregts
La DH, 34 ans après la disparition de Nathalie Geijsbregts, son père s'adresse au ravisseur, 27 novembre 2024 : https://www.dhnet.be/actu/faits/2024/11/27/je-naurais-pas-peur-de-voir-son-squelette-34-ans-apres-la-disparition-de-nathalie-geijsbregts-son-pere-sadresse-au-ravisseur-de-sa-fille-V2SBEUBPOFDO7JGMEDIKWRRL2M/
VRT NWS, fouilles à Rotselaar pour retrouver Nathalie Geijsbregts, 11 octobre 2023 : https://www.vrt.be/vrtnws/en/2023/10/11/big-search-operation-for-the-remains-of-a-girl-that-disappeared
VRT NWS, dernier appel des parents d'Ingrid Caeckaert avant la prescription, mai 2020 : https://www.vrt.be/vrtnws/nl/2020/05/15/bijna-30-jaar-na-haar-mysterieuze-dood-doen-ouders-een-laatste-o/
VRT NWS, Kim et Ken, 30 ans après, 3 janvier 2024 : https://www.vrt.be/vrtnws/nl/2024/01/03/kim-en-ken-30-jaar-geleden-wat-is-er-gebeurd/
VRT NWS, lien ADN entre la disparition de Kim et Ken et le meurtre de Tania Van Kerkhoven, 26 février 2026 : https://www.vrt.be/vrtnws/fr/2026/02/26/lien-entre-la-disparition-de-kim-et-ken-et-le-meurtre-de-tania-v/
Police fédérale belge, avis de recherche de Ken Heyrman : https://www.police.be/avis-de-recherche/fr/avis-de-recherche/personnes-disparues/mineurs/ken-heyrman
Wikipédia (en anglais), Gerald Bull : https://en.wikipedia.org/wiki/Gerald_Bull


#1 Les tueries du Brabant, 28 morts sans un seul procès
Le samedi 9 novembre 1985, c'est la Saint-Martin et le début d'un long week-end, alors au Delhaize d'Alost, il y a beaucoup de monde. Peu après 19h30, Jan Palsterman arrive avec sa fille, Irena, 20 ans, et son fils, Diderick, 12 ans. Il reste à la voiture pour faire le plein, et ce sont les 2 jeunes qui entrent dans le magasin.
Ils sont encore à l'intérieur quand des hommes armés arrivent sur le parking, et tout de suite, ils tirent sur les clients qui sortent et sur ceux qui essaient de repartir en voiture. Près des caisses, les coups de feu éclatent, une vitre vole en éclats, et Irena et Diderick se cachent derrière le rayon des bouteilles. Un peu plus loin, un couple est abattu à bout portant avec l'un de ses enfants, et l'autre enfant ne survit que parce qu'il s'est réfugié près d'un rayon. Au bout d'une dizaine de minutes, les tueurs repartent avec leur butin.
Irena et son frère restent environ 4 heures dans le magasin, et vers minuit, elle apprend que son père fait partie des victimes. Jan meurt peu après à l'hôpital. Ce soir-là, à Alost, 8 personnes sont tuées, et c'est la dernière attaque attribuée aux tueurs du Brabant, qui font 28 morts entre 1982 et 1985, surtout dans des grandes surfaces.
En 40 ans, des suspects sont inculpés, mais les charges sont toujours trop faibles pour un procès, et ils obtiennent un non-lieu. En juin 2024, le parquet fédéral annonce qu'il n'enquêtera plus de lui-même, alors que la même année, une loi permet d'échapper à la prescription de 40 ans pour les crimes qui ont gravement touché la société. Ce sont donc les familles qui continuent, et fin 2025, à leur demande, la justice de Mons fait vérifier une piste française, celle de 2 frères du grand banditisme ardennais, morts depuis des années. Le 27 mai 2026, à Charleville-Mézières, 3 corps sont exhumés pour des prélèvements d'ADN, et pendant 2 mois, les familles attendent.
Le 30 juillet 2026, le parquet fédéral leur donne enfin le résultat, et les comparaisons sont négatives.


#2 Le Dépeceur de Mons, une main dans un sac-poubelle
Le 22 mars 1997, à Cuesmes, tout près de Mons, dans le Hainaut, Olivier Motte, un policier de la brigade équestre, fait sa patrouille à cheval rue Émile Vandervelde. En contrebas, le long du rail de sécurité, il remarque des sacs-poubelle, et dans le premier, il y a une main couverte de sang. Dans ces sacs, il y a les restes de 3 femmes, découpés à la scie.
Dans les jours qui suivent, d'autres sacs apparaissent autour de Mons, le 24 mars sur le chemin de l'Inquiétude, près de la cité administrative, puis le 12 avril le long de la Haine, près de Havré, et au total, les enquêteurs comptent 37 morceaux de corps, qui appartiennent à 5 femmes. Carmelina Russo, 42 ans, est la première à disparaître, le 4 janvier 1996, puis viennent Martine Bohn, 43 ans, le 21 juillet 1996, Jacqueline Leclercq, 33 ans, le 22 décembre 1996, et Nathalie Godart, 22 ans, en mars 1997, quelques semaines à peine avant qu'on retrouve ses restes. Begonia Valencia, elle, a 38 ans, et elle disparaît le 3 juillet 1997, alors que l'enquête a déjà commencé.
Ces 5 femmes ont un point commun, elles fréquentent toutes le quartier de la gare de Mons. C'est la première fois que la Belgique parle d'un tueur en série, et une cellule d'enquête spéciale est créée, la cellule Corpus. Sauf que les pistes tombent les unes après les autres. Un petit ami est mis hors de cause par l'ADN, et la piste des sacs-poubelle imprimés "Knokke-Heist" est abandonnée. Grâce à un profil dressé par le FBI, les enquêteurs s'intéressent aussi à un habitué du quartier de la gare, qui aurait été vu avec au moins 2 des victimes dans des cafés de Mons, mais cet homme n'est jamais inculpé.
En 2026, le tueur n'a toujours pas de nom, et en théorie, dans un an, en 2027, son dossier sera prescrit.


#3 Sœur Gabrielle, partie avec un seul manteau
Le 4 mars 1982, au matin, dans un couvent de Termonde, en Flandre-Orientale, sœur Gabrielle ne vient pas à la messe. Dans la vie civile, elle s'appelle Germaine Robberechts, elle enseigne dans une école, et ce jour-là, elle n'y arrive pas non plus. Dans sa chambre, il ne manque qu'un manteau, alors qu'elle n'a pas pris d'argent et que sa voiture est toujours au garage.
Quand quelqu'un décide de partir, il emporte au moins de quoi tenir quelques jours, sauf que sœur Gabrielle n'a rien pris. Pourtant, 2 jours plus tard, 2 religieuses se rendent chez sa famille pour dire qu'elle n'est pas là, et qu'il ne faut pas s'inquiéter. Au couvent, on aurait même affirmé qu'elle avait jeté sa coiffe pour partir avec un homme, si bien que la famille cherche cet homme, et elle le retrouve, chez lui, avec sa femme.
À l'époque, le parquet ne fait presque rien, et il faut attendre octobre 1990 pour que des caves soient fouillées, puis d'autres endroits en 1991, sans résultat. Avec le temps, l'hypothèse d'un meurtre est privilégiée, et les soupçons se portent sur un religieux du couvent, qui a toujours nié, et qui meurt en 2011 sans avoir jamais été jugé. Le 20 octobre 2021, juste avant que des bâtiments du couvent soient démolis, des spécialistes de l'identification des victimes et la protection civile fouillent les lieux une dernière fois.
Ils ne trouvent aucun corps.


#4 Herman Van Hiel, l'aumônier qui voulait voir un avocat
Le 7 mai 1982, au matin, Herman Van Hiel prend le train de Gand pour Louvain. Il a 44 ans, il est aumônier de prison, il a fait des études de criminologie, et ce jour-là, il doit assister à une réunion de criminologues, qu'il quitte plus tôt que prévu. Il téléphone à un avocat, Jef Vermassen, pour lui demander un rendez-vous en urgence, sauf que l'avocat ne peut pas le recevoir avant le lendemain soir, et Herman Van Hiel ne rappelle pas.
Ensuite, il retire 3 000 francs belges, il achète une bouteille de whisky, et il la laisse sur la table du salon. Ce jour-là, il devait aussi retrouver un surveillant de prison, qui avait des informations à lui donner seul à seul, dans un endroit inhabituel, mais au dernier moment, il renonce, et plus tard, on retrouve dans sa corbeille un croquis de ce lieu, chiffonné. Vers 17h30, ses voisins le voient partir à pied, d'un pas pressé, sans son vélo ni sa voiture, et personne ne le revoit jamais.
Un aumônier de prison écoute les détenus, et forcément, il entend des choses que d'autres ignorent, et les enquêteurs pensent à un règlement de comptes dans le milieu, ou à un départ à l'étranger, peut-être avec une femme, même si refaire sa vie avec 3 000 francs belges paraît difficile. Ils n'écartent pas non plus l'idée qu'il ait mis fin à ses jours, ce que 2 de ses nièces refusent de croire. Aucune de ces pistes n'a jamais été confirmée, et aujourd'hui encore, la police fédérale belge publie son avis de recherche, avec 2 portraits vieillis.
Des années plus tard, Jef Vermassen dit qu'au téléphone, ce jour-là, il avait eu l'impression que Herman Van Hiel était "en panique".


#5 Christine Van Hees, le feu dans la champignonnière
Christine Van Hees a 16 ans, elle vit à Etterbeek, à Bruxelles, et elle fait du patinage au club Poseidon, à Woluwe-Saint-Lambert. Pour son amie d'enfance, Nathalie Giernaert, c'est une fille très ouverte. Le dimanche 12 février 1984, au soir, on la voit pour la dernière fois à Anderlecht, alors qu'elle se dirige vers la station de métro Saint-Guidon, et le lendemain matin, Christine ne va pas à l'école.
Ce lundi 13 février 1984, la police d'Auderghem reçoit un appel pour un incendie près du boulevard du Triomphe, à côté du campus de l'ULB et de la VUB. Le feu vient d'une ancienne champignonnière occupée par des squatteurs, un endroit dont tout le monde connaît la réputation, d'après Didier Gosuin, l'ancien bourgmestre d'Auderghem. Dans la cave, il y a le corps d'une jeune fille, nu, allongé sur le ventre, avec du fil de fer autour des mains, des jambes et du cou. Le corps est carbonisé, et l'autopsie montre qu'elle a été étranglée avant d'être brûlée.
Ses parents ne peuvent pas voir le corps, alors c'est grâce à ses bijoux que Christine est identifiée, quand son frère les reconnaît dans le journal. Ensuite, un suspect passe 3 ans en détention, avant d'être libéré en 1987, faute de preuves. Avec les années, ce meurtre est rapproché d'autres grandes affaires belges des années 1980 et 1990, mais aucun de ces liens n'est jamais confirmé, et en 2014, 30 ans après les faits, le dossier est prescrit sans que personne ait jamais été jugé pour la mort de Christine.
Pour son amie Nathalie, Christine ne serait jamais entrée seule dans ce bâtiment.


#6 Gerald Bull, 20 000 dollars encore dans sa poche
Gerald Bull est un ingénieur canadien, spécialiste de l'artillerie à longue portée, et il travaille pour l'Irak, sur un projet de canon géant que la presse appelle le "supercanon". Le 22 mars 1990, à Uccle, au sud de Bruxelles, il rentre chez lui, et au moment où il essaie d'entrer dans son appartement, il est abattu par balles, touché au cou.
Dans sa poche, les enquêteurs trouvent environ 20 000 dollars en liquide. Un voleur qui tue un homme devant sa porte repart avec son argent, alors si les billets sont encore là, c'est que le vol n'était pas le but, et pour la presse de l'époque, c'est sans doute l'œuvre d'un tueur professionnel.
3 semaines après le meurtre, au Royaume-Uni, les autorités saisissent un chargement de tubes d'acier de haute précision destiné à l'Irak, et ces tubes sont des éléments du supercanon de Gerald Bull. Son fils, Michael, est convaincu qu'un agent israélien a tué son père, parce que selon lui, un ami de Gerald Bull en contact avec le Mossad l'avait prévenu qu'il était visé. Cette version n'a jamais été confirmée par la justice, et plus de 36 ans après les coups de feu d'Uccle, personne n'a jamais été inculpé pour le meurtre de Gerald Bull.


#7 Nathalie Geijsbregts, 10 ans, et la Toyota grise de l'arrêt de bus
Nathalie a 10 ans, elle a les cheveux blonds aux épaules et les yeux bleus. Le 26 février 1991, entre 7h15 et 7h30, à Leefdaal, dans la commune de Bertem, entre Tervuren et Louvain, ses parents la déposent en voiture à l'arrêt de bus de la Foksweg, à 200 mètres de chez eux. Elle porte son manteau d'hiver et son cartable, et avant de descendre, elle leur dit "À ce soir".
Ce matin-là, une mère qui dépose son fils au même arrêt voit Nathalie assise dans une vieille Toyota Corolla grise, qui semble en panne, avec un homme chauve d'une cinquantaine d'années penché sur le capot, et Nathalie lui fait un petit geste, comme un bonjour. Quand cette mère repasse, la voiture n'est plus là. Nathalie ne monte pas dans le bus, elle n'arrive jamais à l'école, et comme en 1991, il n'y a pas de téléphones portables, l'alerte n'est donnée qu'après 8h.
Les enquêteurs doivent vérifier plus de 10 000 Toyota Corolla, et au bout d'un an, ils ont reçu 920 dénonciations et interrogé plus de 120 délinquants sexuels, sans résultat. Le 10 octobre 2023, après un renseignement, ils fouillent pendant toute une journée un terrain de Rotselaar, près de la maison d'un homme qui avait déjà été soupçonné, et ils ne trouvent rien.
Le corps de Nathalie n'a jamais été retrouvé, et en novembre 2024, son père, Eric Geijsbregts, s'adresse directement au ravisseur dans un livre. Il lui demande quel âge il a aujourd'hui, 80 ans peut-être, et il lui demande de faire en sorte que la famille puisse retrouver Nathalie, où qu'elle soit.
Il n'aurait pas peur, écrit-il, de voir le squelette de sa fille.


#8 Ingrid Caeckaert, une empreinte de sang sur la porte
Ingrid Caeckaert a 26 ans, ses parents sont boulangers, et elle travaille dans une agence immobilière sur la digue de Heist-aan-Zee, sur la côte belge. Le samedi 16 mars 1991, vers midi, elle quitte l'agence, et avant de rentrer, elle passe voir une amie. Vers 12h45, elle arrive à son immeuble, sur la Heldenplein.
C'est une voisine de l'étage du dessous qui la découvre, dans la cage d'escalier, entre le 6e et le 7e étage. Ingrid a reçu 62 coups de couteau. On ne lui a rien volé, et elle n'a pas été violée.
Une traînée de sang mène jusqu'au 8e étage, où le tueur se serait peut-être caché, puis elle s'arrête à 170 mètres de l'immeuble, dans la Kardinaal Mercierlaan, à l'endroit où une petite voiture rouge, probablement japonaise, était garée. Une partie de ce sang est celui du tueur, ce qui veut dire qu'Ingrid s'est défendue. Sur la porte de l'appartement, il y a aussi l'empreinte d'une main ensanglantée, et grâce à elle, les enquêteurs obtiennent un profil ADN, celui d'un homme.
Mais ce profil ne correspond à personne. Son petit ami est mis hors de cause, et en 2010, les enquêteurs comparent même l'ADN avec celui de Ronald Janssen, l'homme qui avoue cette année-là le meurtre d'une jeune fille de Diest, dans l'affaire Annick Van Uytsel, sans résultat. Ils s'intéressent aussi à une histoire passionnelle, à des fleurs envoyées sans nom, à une visite en pleine nuit quelques jours avant le meurtre, et même à une fraude dans l'immobilier de Knokke, sans jamais remonter jusqu'au tueur. En mai 2020, à 10 mois de la prescription, ses parents, Georges et Marie-Josèphe, lancent un dernier appel à témoins.
Le 16 mars 2021, 30 ans jour pour jour après la mort d'Ingrid, l'homme de l'empreinte n'a toujours pas de nom, et l'affaire est prescrite.


#9 Kim et Ken Heyrman, partis en tram et jamais arrivés
Le 4 janvier 1994, à Borgerhout, un quartier d'Anvers, Kim Heyrman, 11 ans, et son petit frère, Ken, 8 ans, montent dans le tram en direction de Merksem, parce qu'ils doivent aller jouer et dormir chez des amis. Ils n'y arrivent jamais.
Le 11 février 1994, plus d'un mois plus tard, un batelier découvre le corps de Kim dans l'Asiadok, un bassin du port d'Anvers. Elle a subi de graves violences sexuelles, et d'après l'enquête, elle a été tuée le soir même de sa disparition. Pendant plusieurs jours, des plongeurs fouillent le même bassin pour retrouver Ken, sans succès, et en 2014, 20 ans plus tard, le tribunal le déclare officiellement décédé.
Pendant 30 ans, des pistes vers d'autres grandes affaires sont vérifiées, sans résultat, et le parquet d'Anvers garde le dossier ouvert, avec un expert médico-légal qui réexamine régulièrement les traces grâce aux techniques récentes. Fin 2025, dans un autre dossier, celui de Tania Van Kerkhoven, une jeune fille de 17 ans retrouvée assassinée à Berchem le 17 juillet 1993, la justice diffuse le portrait-robot d'un suspect, parce qu'un lien ADN relie ce meurtre à 2 viols commis près du terminus du tram, sur la rive gauche d'Anvers. En février 2026, le même ADN apparaît dans le dossier de Kim et Ken, ce qui laisse supposer que l'auteur pourrait être le même, et après cette annonce, une trentaine de nouveaux signalements arrivent au parquet d'Anvers, sans piste décisive pour l'instant.
L'homme du portrait-robot n'a toujours pas de nom.
Des avis de recherche toujours en ligne
Ces 9 affaires sont belges, mais en France aussi, des familles attendent encore une réponse, et leurs histoires sont dans notre liste des affaires criminelles non élucidées en France. Chaque mercredi et chaque dimanche, je vous raconte une nouvelle affaire en entier sur la chaîne YouTube Dark Stories, et si vous préférez les écouter, vous les retrouvez aussi dans le podcast Dark Stories.
En Belgique, sur le site de la police fédérale, les avis de recherche de Ken Heyrman, de Nathalie Geijsbregts et de Herman Van Hiel sont toujours publiés, avec le numéro gratuit 0800 30 300, pour tous ceux qui auraient une information à donner. Ken avait 8 ans quand il est monté dans le tram pour Merksem, et 32 ans plus tard, personne n'a jamais retrouvé son corps.
