Affaire Valérie Pape : un torse sans tête dans une benne

Ira Pomerantz et Valérie Pape le jour de leur mariage, en 1995, à Scottsdale, affaire Valérie Pape
Ira Pomerantz et Valérie Pape le jour de leur mariage, en 1995, à Scottsdale, affaire Valérie Pape

Le jeudi 27 janvier 2000, à Mesa, en Arizona, un chauffeur-livreur décharge sa marchandise derrière un supermarché quand une Jaguar vient se garer près des bennes. Une petite femme blonde en descend, elle sort du coffre un paquet enveloppé de plastique, elle le jette dans une benne et elle repart, et le chauffeur note la plaque. Un peu plus tard, il va voir ce qu'il y a dans ce paquet, et dans le plastique, il y a un torse d'homme, nu, sans tête, sans bras et sans jambes. Ces morceaux-là, personne ne les a jamais retrouvés.

Ira Pomerantz épouse une Française

La Française qu'Ira épouse s'appelle Valérie Pape. Lui approche de la soixantaine, elle a un peu plus de 40 ans, et ils s'installent à Scottsdale, la ville chic collée à Phoenix. Valérie est née en France, elle a gardé sa nationalité française, et dans le Vieux Scottsdale, elle tient un salon de coiffure haut de gamme.

Ce salon a une particularité, parce qu'il sert aussi de galerie, et que Valérie y expose les œuvres d'artistes de la région. Parmi eux, il y a un homme politique de Mesa, Rusty Bowers, qui peint, et qui est sénateur de l'État d'Arizona. Chez Valérie, on vient se faire coiffer, mais on y croise aussi des peintres et des élus, et pour une coiffeuse arrivée de France, c'est une belle réussite.

Sur le papier, le couple a tout pour vivre tranquillement à Scottsdale, entre le bar d'Ira et le salon de Valérie. Sauf que 4 ans après le mariage, ça ne va plus du tout, et un autre homme s'est installé dans leur maison.

Un Français sous le même toit

L'homme qui vit avec eux s'appelle Michel Sauvage. Il est français, comme Valérie, et il partage la maison du couple, à Scottsdale. Pour Ira, cette présence pose un vrai problème, alors il demande à sa femme de le mettre dehors, et il insiste, mais Valérie refuse.

À la maison, l'argent est l'autre sujet qui fâche. Ira a perdu le bail de son bar, et pour un homme que tout le monde connaît justement grâce à ce bar, c'est un coup dur. Il demande à Valérie de lui avancer de l'argent sur ce que rapporte son salon, et là encore, elle refuse. Les disputes s'enchaînent, au point que la police de Scottsdale est appelée plusieurs fois chez eux pour des violences conjugales, et au moins une fois, c'est Ira qui est arrêté.

Michel Sauvage, lui, voit tout ça de l'intérieur. Plus tard, quand les policiers l'interrogent, il leur décrit un homme qui s'emporte, et une femme qui ne s'en va jamais. "Ira s'énerve et il crie fort", leur explique-t-il, "mais elle reste toujours, je ne comprends pas."

Quand une femme a peur de son mari, on s'attend à ce qu'elle finisse par partir, ou au moins par demander de l'aide, et à l'automne 1999, c'est justement ce que fait Valérie.

Des couteaux lancés dans la maison

En octobre 1999, Valérie obtient une ordonnance du tribunal qui interdit à Ira de l'approcher, parce qu'elle dit craindre pour sa vie. Selon ce qu'elle raconte, son mari casse des objets, il lui a déjà mis un pistolet sur la tempe, et un jour, il lui a lancé des couteaux.

Ces couteaux, Valérie en parle aussi à une amie, Merle Bianchi, qui habite Paradise Valley, une petite ville résidentielle voisine de Scottsdale. "Elle m'a appelée un soir et elle m'a dit qu'Ira lui avait lancé des couteaux", racontera Merle, et d'après elle, Valérie s'est enfuie par la porte de derrière. Pendant la séparation du couple, Valérie va d'ailleurs habiter quelque temps chez Merle, à Paradise Valley.

Quelques jours seulement après avoir obtenu l'ordonnance, Valérie retourne devant un juge, cette fois pour lui demander de l'annuler. "J'ai reçu des excuses, et je veux lui donner une autre chance", explique-t-elle. Pourtant, rien ne s'arrange vraiment entre eux, et autour d'Ira, des amis savent qu'il compte demander le divorce.

3 mois plus tard, Ira Pomerantz est mort.

Un paquet derrière le supermarché

Le jeudi 27 janvier 2000, à Mesa, à plus de 30 kilomètres de la maison de Scottsdale, un chauffeur-livreur décharge sa marchandise derrière le supermarché Bashas' du carrefour de Power Road et McDowell Road quand il voit la Jaguar se garer près des bennes. La femme qui en sort est petite et blonde. Elle ouvre le coffre, elle en sort le paquet enveloppé dans du plastique, elle le jette dans la benne et elle repart. Le chauffeur note la plaque, et un peu plus tard, il va voir ce qu'il y a dans ce paquet.

Dans le plastique, il y a un torse d'homme, nu. D'après les documents judiciaires, la tête a été coupée à la base du cou, les 2 bras ont été coupés au niveau des épaules, et le bas du corps a été sectionné à la taille. Le médecin légiste trouve une blessure par balle à l'arrière du cou, et selon les enquêteurs, la balle a été tirée dans le dos et elle est remontée vers la tête. Pour le légiste, la tête et les membres ont été coupés avec un outil électrique.

Ce torse, c'est celui d'Ira Pomerantz, 60 ans. Dans tout l'est de Mesa, les habitants sont sous le choc, et très vite, les journaux parlent du "meurtre du torse". Les policiers, eux, ont la plaque que le chauffeur a notée, et cette plaque les mène tout droit à Scottsdale, chez la femme d'Ira.

La version de Valérie

La Jaguar appartient à Valérie Pape, la femme dont Ira est séparé. Quand les policiers l'interrogent, elle commence par nier, alors les enquêteurs lui expliquent qu'un témoin l'a vue jeter le paquet dans la benne, et là, elle reconnaît qu'elle s'est bien débarrassée du corps de son mari. Valérie est arrêtée, et avant la fin du mois, elle est inculpée de meurtre au premier degré, ce qui veut dire qu'on la soupçonne d'avoir tout prévu.

Devant les policiers, elle donne sa version. Le lundi 24 janvier au matin, chez eux, elle trouve Ira par terre dans la cuisine, sur le dos, habillé, dans une mare de sang. Il a reçu une balle dans le dos, et une arme est posée à côté de lui. Elle panique, parce qu'elle est sûre qu'on va l'accuser de l'avoir tué, alors elle recouvre le corps de plastique, et elle part travailler à son salon, comme si de rien n'était.

Quand on découvre son mari mort chez soi, le premier réflexe, c'est d'appeler les secours, et même quand on a peur d'être soupçonnée, on finit par prévenir quelqu'un. Sauf que Valérie, elle, ne prévient personne. Le soir, en rentrant du salon, elle n'appelle pas la police, et 4 jours plus tard, c'est elle qui conduit la Jaguar jusqu'à la benne de Mesa. Sur la tête, les bras et les jambes d'Ira, en revanche, elle ne dit pas un mot.

Un ticket de caisse dans le sac à main

Les enquêteurs fouillent ensuite les affaires de Valérie, et dans son sac à main, ils trouvent un ticket de caisse. Quelques semaines avant la mort d'Ira, elle a acheté une scie sabre électrique et des lames dans un magasin de bricolage de Scottsdale. Plus tard, des experts concluront que cette scie et ces lames "auraient pu être utilisées" pour découper le corps, mais ni la scie ni les lames ne seront jamais retrouvées.

Dans la cuisine de la maison, les policiers trouvent aussi une balle, et ils pensent qu'elle a été tirée par une arme cachée derrière la banquette arrière de la Jaguar. Pourtant, pour la balle qui a tué Ira, c'est une autre histoire, parce qu'elle n'a jamais été récupérée, pas plus que l'arme qui l'a tirée, ni sa tête. Dans la maison comme dans la voiture, aucune trace de sang ne relie Valérie au crime.

Pour l'accusation, c'est un vrai problème. En Arizona, un meurtre aussi sanglant, avec un corps découpé et caché, aurait pu valoir à Valérie la peine de mort, mais pour aller jusque-là, il faudrait des preuves, et ces preuves manquent.

Surtout, il y a 4 jours que personne n'arrive à expliquer, parce qu'entre la mort d'Ira et le jeudi 27 janvier, son corps a forcément été quelque part.

4 jours sans explication

Pour les enquêteurs, le corps d'Ira n'est pas resté tel quel pendant ces 4 jours. Selon eux, il a probablement été congelé, peut-être dans la chambre froide du bar de Chandler, avant d'être découpé. Un corps congelé se découpe plus facilement, et il se conserve, ce qui expliquerait comment le torse a pu attendre jusqu'au jeudi.

Seulement, les policiers ont du mal à imaginer qu'une femme aussi menue que Valérie ait pu découper seule le corps de son mari, puis porter ce paquet jusqu'au coffre, et du coffre jusqu'à la benne. Pour eux, elle a forcément eu de l'aide.

Sauf qu'aucun complice n'est jamais identifié. Personne d'autre n'est arrêté, personne n'est poursuivi, et Valérie ne donne aucun nom aux enquêteurs. Elle reconnaît avoir jeté le torse, et c'est tout. Où sont la tête, les bras et les jambes, comment le corps a été découpé, et par qui, elle refuse d'en parler, et pendant ce temps, à Scottsdale, ceux qui la connaissent n'arrivent pas à y croire.

Une femme si douce

Merle Bianchi, l'amie chez qui Valérie a habité pendant la séparation, la décrit comme "la personne la plus gentille, la plus chaleureuse, la plus douce" qu'on puisse rencontrer de sa vie. "Elle était naïve, elle faisait confiance aux gens", ajoute-t-elle, et pour elle, Valérie avait "terriblement peur" d'Ira.

Le sénateur Rusty Bowers, l'artiste qui expose ses toiles au salon, prend lui aussi sa défense. "C'est une personne très douce, très convenable, et je suis stupéfait", dit-il. "J'ai une très haute opinion de Valérie, et ça me rend malade de penser qu'une chose pareille ait pu lui arriver." Il affirme même qu'il savait qu'Ira la battait, et qu'il a vu le visage de Valérie juste après. D'autres amis disent avoir vu des bleus sur elle.

Valérie, elle, décrit Ira comme un alcoolique, qui aurait souvent des retours en arrière de la guerre du Vietnam, où il a servi, et qui deviendrait violent sans prévenir. Elle dira plus tard qu'elle se sentait plus en sécurité dans sa cellule de la prison d'Estrella qu'à la maison.

Seulement, du côté de la famille d'Ira, le portrait n'a rien à voir. Avant Valérie, Ira a été marié 17 ans, et l'un de ses enfants le dit sans détour. "Il n'a jamais frappé ma mère en 17 ans de mariage, et il n'a jamais frappé les enfants non plus." Ce sera à un tribunal de trancher entre ces 2 portraits, et pendant 2 ans et demi, Valérie attend ce procès en prison.

Un aveu, 2 ans et demi plus tard

Le mardi 20 août 2002, Valérie Pape se présente devant la cour supérieure du comté de Maricopa, à Phoenix, et ce jour-là, par la voix de son avocat, elle reconnaît enfin qu'elle a tiré sur Ira, pendant une dispute, le dimanche 23 janvier 2000. Sa première version, celle du mari qu'elle aurait trouvé mort un matin dans la cuisine, tombe. Elle plaide coupable de meurtre au deuxième degré, c'est-à-dire d'un meurtre sans préméditation, alors que depuis 2 ans et demi, on l'accusait d'avoir tout prévu.

Si les procureurs acceptent cet accord, c'est en partie à cause de ce qu'ils ont appris du couple et de ses disputes. "Ces informations nous ont conduits à conclure que le meurtre n'était pas prémédité", explique leur porte-parole, Bill FitzGerald. Pour l'accusation, tout tient à un couple qui se déchire, à des dettes, et à une relation que Valérie aurait eue avec un autre homme. Avec cet accord, Valérie risque de 10 à 16 ans de prison, et surtout, personne ne pourra l'obliger à dire si quelqu'un l'a aidée à découper son mari.

Pour la famille d'Ira, cet accord a au moins un avantage, puisqu'il n'y aura pas de procès. "Maintenant, on n'a plus à affronter un long procès ni à voir toutes ces photos atroces", dit sa fille, Stacy. Dans l'Utah, dans l'affaire Kouri Richins, il a fallu au contraire un procès devant un jury pour qu'en mars 2026, une femme soit reconnue coupable du meurtre de son mari. La peine doit être prononcée en octobre, et ce jour-là, le juge a une question à poser à Valérie.

La question du juge Galati

En octobre 2002, dans la salle d'audience de Phoenix, la famille d'Ira est là. Depuis 2 ans et demi, l'une de ses filles fait des cauchemars, toujours les mêmes, dans lesquels elle cherche les morceaux du corps de son père.

En face, les amis de Valérie se succèdent devant le juge Frank Galati, de la cour supérieure du comté de Maricopa. Ils lui racontent quelle femme gentille et généreuse elle est, et ils lui demandent d'être clément. Le juge se tourne ensuite vers Valérie, et il lui pose la question que tout le monde se pose depuis janvier 2000. "Où est le reste de M. Pomerantz ?"

Valérie ne répond pas.

Le juge Galati, lui, ne cache pas sa colère. "Si elle était si gentille que ça, elle le leur dirait", lance-t-il, en parlant de la famille d'Ira. Il condamne Valérie Pape à 16 ans de prison, la peine maximale prévue par l'accord, sans possibilité de libération conditionnelle. Elle a 50 ans, et la tête, les bras et les jambes d'Ira sont toujours quelque part.

Un avion pour la France

À la prison de Perryville, à l'ouest de Phoenix, Valérie reprend son métier. Elle coupe les cheveux des autres détenues, et même ceux du personnel, elle peint, elle donne des cours, et dans son dossier, il n'y a presque aucune sanction. En 2004, depuis sa cellule, elle réclame même environ 16 000 dollars d'affaires personnelles, de la lingerie de créateur, des photos de famille et des souvenirs, que la police de Mesa aurait remis à tort, selon elle, à Stacy, la fille d'Ira.

En 2006, Valérie demande à finir sa peine en France, le pays où elle est née, ce qu'un traité entre les 2 pays permet. La directrice des prisons de l'Arizona, Dora Schriro, dit oui, et le ministère américain de la Justice aussi. Le 7 novembre 2006, Valérie quitte sa prison d'Arizona, escortée par les US Marshals, et quelques jours plus tard, elle arrive à Oklahoma City, au centre fédéral d'où partent les détenus transférés, pour y attendre l'avion qui doit la ramener en France.

Seulement, les filles d'Ira apprennent la nouvelle. "Je n'avais pas pensé à Valérie depuis des années, mais l'idée qu'elle sorte, c'est irréel", dit Robyn, qui a 35 ans et qui vit à Long Beach, en Californie. Elles s'inquiètent, parce qu'en France, rien ne garantit que les 16 ans sans libération conditionnelle seront appliqués, et selon les autorités de l'Arizona, une fois en France, Valérie pourrait effectivement être libérée sous condition.

Le lundi suivant, Dora Schriro revient sur sa décision. "On va examiner ce dossier de très près, et j'espère qu'elle ne quittera pas le pays", dit une porte-parole des prisons, Katie Decker. Valérie Pape ne prend jamais l'avion pour la France, et elle est renvoyée en Arizona.

Ce qu'on n'a jamais retrouvé d'Ira Pomerantz

Valérie Pape termine donc sa peine en Arizona. Le 25 janvier 2016, quand elle sort enfin de prison, elle ne retrouve pas la liberté pour autant, parce que depuis 2008, à cause de sa condamnation, un juge de l'immigration a ordonné son expulsion des États-Unis. On l'emmène au centre de rétention d'Eloy, entre Phoenix et Tucson, et c'est là qu'elle attend son départ.

Le 7 mars 2016, Valérie Pape, 63 ans, est renvoyée en France, le pays où elle est née. Elle a purgé ses 16 ans de prison, elle a reconnu avoir tué son mari, mais elle n'a jamais expliqué comment son corps a été découpé, ni si quelqu'un l'a aidée, si bien que la question du juge Galati est restée sans réponse. En Géorgie, dans l'affaire Lauren Giddings, c'est la même absence, puisque la jeune femme a elle aussi été démembrée, et que la majeure partie de ses restes, jetée dans une benne, ne sera probablement jamais retrouvée.

Ira Pomerantz avait 60 ans. De son corps, on n'a jamais retrouvé que le torse, jeté dans une benne derrière un supermarché de Mesa.

L'affaire Valérie Pape en vidéo ⬇️

À lire aussi :

➡️ Affaire Abby Choi
➡️ Affaire Nicole Nachtman

Sources :

Arizona Daily Sun (Associated Press), "Woman pleads guilty in torso murder case", 20 août 2002 : https://azdailysun.com/woman-pleads-guilty-in-torso-murder-case/article_c9702e4b-a9f7-58a5-acf9-7a5ed4f86403.html
12News, "Scottsdale's 'Torso Murder': Where is the rest of the body?", Brahm Resnik, 14 novembre 2017 : https://www.12news.com/article/news/local/valley/scottsdales-torso-murder-where-is-the-rest-of-the-body/75-491744009
Arizona Daily Star (Associated Press), "State reneges on deal to transfer killer to France", 22 novembre 2006 : https://tucson.com/news/state-and-regional/state-reneges-on-deal-to-transfer-killer-to-france/article_cea8b098-f0bc-5693-a1a5-1d3f47c97012.html
Phoenix New Times, "Torso Murderer Valerie Pape Released From Arizona Prison, Will Be Deported to France", Ray Stern, 26 février 2016 : https://www.phoenixnewtimes.com/news/torso-murderer-valerie-pape-released-from-arizona-prison-will-be-deported-to-france-8088712/
ABC15 Arizona, "Beautician dismembers husband's body in 2000", Joe Enea : https://www.abc15.com/news/crime/old-time-crime-scottsdale-man-dismembered-by-beautician-wife
Phoenix New Times, "Arizona's 10 Deadliest Deadly Women", 2016 : https://www.phoenixnewtimes.com/news/arizonas-10-deadliest-deadly-women-8465460/