AFFAIRE LAUREN GIDDINGS

Nous sommes à l'été 2011, à Macon, une ville de Géorgie, aux États-Unis. Dans une résidence étudiante proche de la faculté de droit, une jeune femme de 27 ans s'est enfermée chez elle pour réviser l'examen du barreau. Elle s'appelle Lauren Giddings, et depuis plusieurs jours, plus personne n'a de ses nouvelles. L'affaire Lauren Giddings, c'est d'abord une disparition sans explication, puis une découverte d'une violence rare, et enfin le visage d'un tueur que personne n'avait vu venir, alors qu'il vivait juste de l'autre côté du mur. Voici le récit, du début à la fin, de l'une des affaires criminelles les plus troublantes du true crime américain.

Une disparition qui n'a aucun sens

Fin juin 2011, Lauren prévient ses proches qu'elle sera injoignable quelques jours. Elle veut réviser sans distraction, et ça n'a rien d'inhabituel. Sauf qu'au fil des jours, le silence s'installe, et il finit par inquiéter. Le mercredi 29 juin, sa famille et ses amis n'ont plus aucune nouvelle. Pas de réponse aux appels, pas de messages. Lauren ne coupe jamais totalement le contact, même en pleine révision, et cette fois, plus rien.

Sa sœur contacte une camarade de faculté, Ashley, qui possède un double des clés. Quand Ashley entre dans l'appartement, tout paraît normal au premier regard. La porte était fermée à clé, la voiture de Lauren est garée devant. Et pourtant, quelque chose cloche. Son sac à main, son téléphone, son ordinateur et ses papiers sont restés là, posés à leur place. Aucune trace de lutte, aucun signe d'effraction. Une femme ne s'évapore pas en laissant tout ce qui compte derrière elle. La famille alerte la police, et les recherches commencent.

Qui était Lauren Giddings ?

Lauren Giddings naît le 18 avril 1984, dans le Maryland. Aînée de 3 sœurs, elle est la première de sa famille à faire des études supérieures, une fierté immense pour ses parents. Elle étudie d'abord à l'université Agnes Scott, puis s'installe à Macon en 2008 pour intégrer la faculté de droit de l'université Mercer. Son objectif est clair, devenir avocate, et plus précisément défenseure publique, du côté de ceux qu'on ne défend pas toujours.

Ceux qui l'ont connue en parlent comme d'une jeune femme solaire. Elle aime le rose, organise des journées à thème dans le cabinet où elle fait son stage, elle court, s'investit dans des associations, va à l'église le dimanche. Elle vit loin des siens, mais reste très proche d'eux. Au sein de Mercer, elle préside même la section locale de la Federalist Society, une société de débat juridique. Et parmi les étudiants qu'elle y côtoie, il y a le vice-président de cette même section, un voisin de palier discret nommé Stephen McDaniel. Retenez ce nom.

Lauren est en couple à distance avec David, un compagnon installé à Atlanta, et le couple envisage de se marier une fois ses études terminées. Mais depuis quelques semaines, la jeune femme n'est pas tranquille. Elle a l'étrange sensation d'être observée, elle croit remarquer que des objets bougent dans son appartement. Elle en parle à son compagnon, qui met ça sur le compte de la fatigue des révisions. Personne ne le sait encore, mais cette sensation ne sortait pas de son imagination.

La découverte derrière Barrister's Hall

Pendant que les proches se mobilisent, les enquêteurs fouillent les environs de la résidence, Barrister's Hall. C'est une odeur qui les arrête, une odeur de décomposition, tenace, qui les guide jusqu'à une poubelle à roulettes, dehors, près des appartements. À l'intérieur, enveloppé dans du plastique, il y a le torse d'une femme. Il manque la tête, les bras et les jambes.

Quelques jours plus tard, les analyses ADN confirment l'insoutenable. Ce torse est celui de Lauren Giddings. Le reste de son corps, lui, ne sera jamais retrouvé. De retour dans l'appartement, les techniciens passent la salle de bain au luminol, un produit qui révèle les traces de sang invisibles à l'œil. La baignoire s'illumine presque entièrement. C'est là que le corps a été découpé. La disparition vient de devenir une affaire de meurtre, et une question s'impose. Qui a pu faire ça à une étudiante que tout le monde décrivait comme sans histoires ?

Stephen McDaniel, le voisin de palier

Dès les premières heures, un voisin se montre particulièrement présent. Stephen McDaniel, 25 ans, vit juste à côté de Lauren depuis 3 ans. Lui aussi est diplômé en droit de Mercer, lui aussi révise le barreau. Devant les caméras, il joue les voisins inquiets et décrit Lauren comme quelqu'un de gentil, sans le moindre problème.

Dans les faits, Stephen est un solitaire. Il vit seul dans un appartement en désordre, passionné d'univers fantastiques, collectionneur d'épées et de couteaux, et il passe une grande partie de son temps sur internet, y compris sur des recoins très sombres du web. Lauren fait partie des rares personnes à lui adresser la parole et à tenter de le sortir de son isolement. Une gentillesse qu'il aurait mal interprétée. Il aurait développé des sentiments pour elle, et elle aurait décliné poliment, rappelant qu'elle était déjà en couple. Sur le moment, personne n'y voit rien d'anormal. C'est un voisin un peu étrange, rien de plus.

L'interview qui fait tout basculer

Le 30 juin, alors que les médias couvrent la disparition, un reporter interroge Stephen devant la résidence. Il répond calmement, toujours dans son rôle de voisin peiné. Et puis le journaliste lui apprend une information qui n'est pas encore publique, un corps vient d'être retrouvé. En une seconde, le visage de Stephen change. L'inquiétude polie laisse place à quelque chose d'autre, une panique brute, filmée en direct. Cette séquence deviendra l'un des moments les plus commentés de toute l'affaire.

Ce jour-là, les voisins sont invités au commissariat pour livrer leur témoignage. Tous acceptent que la police visite leur logement. Tous, sauf un. Stephen refuse, en expliquant, je cite, que c'est l'avocat en lui, qu'il est protecteur de son espace. Il finira par tolérer un passage rapide, à condition d'être présent. Les enquêteurs remarquent aussi de fraîches griffures sur son ventre, qui ressemblent à des marques d'ongles. Il assure s'être blessé en dormant. Enfin, au détour de l'interrogatoire, qui dure plus de 12 heures, il affirme être puceau, alors qu'une fouille a révélé chez lui des préservatifs neufs. Confronté, il finit par avouer les avoir volés. Ce vol suffit à le placer en détention, dans un premier temps pour cambriolage. La véritable enquête, elle, ne fait que commencer.

Ce que cachait l'appartement d'à côté

En examinant son logement et son ordinateur, les enquêteurs comprennent l'ampleur de ce qu'ils tiennent. Stephen possédait un passe volé, une clé capable d'ouvrir tous les appartements de la résidence, y compris celui de Lauren. On retrouve aussi une scie à métaux portant son ADN, ainsi que des sous-vêtements appartenant à la jeune femme.

Mais le plus accablant est sur son ordinateur. Des recherches en ligne sur Lauren, menées depuis des mois. Et surtout, des vidéos qu'il a filmées lui-même, de l'extérieur, en train de l'observer chez elle. L'une d'elles date de la nuit du 24 juin, quelques heures avant le drame, prise sous un angle si particulier que les enquêteurs pensent qu'il a utilisé une longue perche pour atteindre la fenêtre. Ces images prouvent une chose, le meurtre n'a rien d'un geste impulsif, il a été préparé. Le procureur David Cooke décrira par ailleurs un homme fasciné par des contenus d'une extrême violence. La sensation d'être observée qu'éprouvait Lauren n'était pas de la fatigue. C'était la réalité, et elle venait de l'autre côté du mur.

Les aveux et la condamnation

En août 2011, Stephen McDaniel est inculpé de meurtre. La justice envisage d'abord la peine de mort. Mais en février 2013, ce sont les parents de Lauren eux-mêmes qui demandent au procureur de retirer cette option, pour que l'affaire avance plus vite et cesse de s'éterniser. En 2014, plutôt que d'aller au procès, Stephen plaide coupable et livre des aveux écrits.

Il raconte être entré chez Lauren vers 4h30 du matin, le 26 juin, masqué et ganté, à l'aide de son passe. Il l'a observée pendant son sommeil, puis l'a étranglée. Il a ensuite laissé le corps dans la baignoire, a passé une partie de la journée sur son ordinateur, et il est revenu pour découper le corps à la scie. Il a dispersé la plupart des restes dans une benne du campus, et jeté le torse dans une poubelle derrière Barrister's Hall. Le juge Howard Simms qualifie le crime de véritablement démoniaque, et une amie de Lauren, face à lui, lui lance simplement qu'il est le diable. Stephen McDaniel est condamné à la prison à vie, avec une possibilité de libération conditionnelle qu'il n'atteindra pas avant 2041. Il est aujourd'hui incarcéré à Hancock State Prison, en Géorgie.

Les zones d'ombre qui demeurent

L'affaire est jugée, le coupable est derrière les barreaux, et pourtant tout n'a pas été refermé. Depuis sa cellule, Stephen McDaniel a multiplié les recours, se représentant lui-même, dénonçant des vices de procédure et l'incompétence de ses avocats. Toutes ses demandes ont été rejetées. Une partie du corps de Lauren n'a jamais été rendue à sa famille. Et il reste cette question que personne ne pourra vraiment trancher, celle du chemin exact qui a mené un étudiant en droit, poli et effacé, à préparer pendant des mois le meurtre de la voisine qui, justement, avait été gentille avec lui.

Lauren Giddings n'aura pas eu le temps de devenir l'avocate qu'elle rêvait d'être. Mais ceux qui l'ont connue continuent d'en parler comme d'une lumière, et c'est peut-être là l'essentiel, le souvenir d'une vie qui refuse de se réduire à la façon dont elle s'est arrêtée.

Affaire Lauren Giddings : Il avoue son meurtre en direct à la télévision