AFFAIRE LAUREN GIDDINGS


Macon, Géorgie, été 2011. Une étudiante en droit disparaît quelques semaines après sa remise de diplôme. Son voisin se présente devant les caméras comme un ami éploré. Ce qu'il ne sait pas encore, c'est qu'on vient de retrouver le corps qu'il a lui-même tenté de cacher.
La disparition
Le mercredi 29 juin 2011, les proches de Lauren Giddings commencent à s'inquiéter. Cela fait trois jours que le week-end est terminé, et toujours aucun signe de vie. Pas de réponse aux appels, ses messages restent non lus et personne n'a de nouvelles d'elle. Lauren avait prévenu tout le monde : elle se coupait du monde le temps d'un week-end pour se préparer à l'examen du barreau. Rien d'inhabituel pour elle. Sauf qu'elle ne coupait jamais complètement son téléphone. Et depuis le lundi, elle aurait dû reprendre contact.
C'est Katie, l'une de ses meilleures amies, qui tire la première sonnette d'alarme. Sa sœur Kaitlyn, en lune de miel, réalise que Lauren n'a même pas vu les photos qu'elle lui a envoyées. Le père de Lauren prend alors sa voiture. Il y a plus de 1 000 kilomètres entre lui et Macon. Ashley, une camarade de faculté munie d'un double des clés, se rend sur place en premier. La porte est fermée à clé. La voiture de Lauren est là. Elle frappe. Pas de réponse. Alors elle entre.
L'appartement est en léger désordre. Lauren devait déménager dans quelques jours. Mais sur la table : ses clés, son téléphone, son ordinateur portable, sa carte d'identité, son sac à main. Tout est là. Mais Lauren, elle, n'est nulle part.
Qui était Lauren Giddings ?
Lauren Teresa Giddings naît le 18 avril 1984 à Takoma Park dans le Maryland. Fille aînée de Karen et Bill Giddings, elle grandit aux côtés de ses deux sœurs, Sarah et Kaitlyn. C'est la première de sa famille à fréquenter l'université. C'est une fierté pour tous ses proches. Excellente élève, elle hésite d'abord entre médecine et sciences politiques avant de trouver sa voie lors d'un stage dans un cabinet d'avocats à Atlanta. Elle s'y fait immédiatement remarquer, pas seulement par ses compétences, mais par sa personnalité. Elle refuse de se plier aux codes sombres du milieu juridique et instaure un "Pink Wednesday" : chaque semaine, ses collègues doivent venir habillés en rose.
En 2008, elle déménage à Macon pour intégrer la faculté de droit de l'Université Mercer. Elle s'installe à Barrister's Hall, la résidence universitaire la plus proche du campus. Elle y sympathise rapidement avec ses voisins, participe à des associations, court le dimanche matin avec un groupe d'amateurs, invite régulièrement ses amis à dîner chez elle. En parrallèle, elle entretient une relation à distance avec David Vandiver, un avocat d'affaires rencontré à Atlanta. Le couple envisage de se marier dès qu'elle aura décroché son premier poste. David a même prévu de lui proposer d'emménager ensemble, mais ça, elle ne le sait pas encore.
En juin 2011, Lauren vient de décrocher son diplôme. Il ne lui reste plus qu'une étape : l'examen du barreau. Elle veut absolument réussir cette dernière étape. Alors elle se confine pour réviser. Elle prévient famille et amis qu'elle sera peu disponible et elle laisse son chien, Butterbean, chez ses parents pour le week-end.
Si elle fait ça, c'est parce qu'elle est perturbée depuis quelques semaines. Elle a l'impression d'être observée. Que des objets se déplacent dans son appartement. Dans un mail envoyé à David le 25 juin, le dernier qu'elle enverra, elle lui confie qu'elle a un mauvais pressentiment, comme une présence chez elle. David lui répond qu'elle est probablement fatiguée. Elle s'était aussi confiée à sa soeur en parlant de son voisin, Stephen :
« S'il devient fou un jour, je serai en sécurité car je suis l'une des rares personnes qu'il aime. »
Elle ne savait pas à quel point elle avait raison.
La macabre découverte
Dans la nuit du 29 au 30 juin, le père de Lauren et Kaitlyn arrivent à Macon après 1 000 kilomètres de route. Il est 1 heure du matin. Les policiers sont déjà sur place.
Des bénévoles rejoignent les recherches. Les journalistes arrivent. Parmi les voisins interrogés devant les caméras, il y a le voisin, Stephen McDaniel, qui se présente comme un ami éploré. Il décrit Lauren comme quelqu'un que personne ne pouvait détester. Et surtout, il partage son inquiétude. Il a peur qu'elle ait fait une mauvaise rencontre lors d'une sortie de jogging.
Mais en entrant dans l'appartement de Lauren pour photographier et analyser les lieux, les enquêteurs sont frappés par une odeur. Une odeur qu'ils reconnaissent immédiatement. Ils la suivent. Elle les mène jusqu'à une poubelle à roulettes garée à l'extérieur du bâtiment. À l'intérieur, enveloppé dans un sac plastique : le torse d'une femme. C'est à ce moment précis, en direct devant une caméra de la chaîne locale WGXA, que la journaliste annonce à Stephen McDaniel qu'un corps vient d'être retrouvé. Son visage change. Il s'assoit sur le sol. Il comprend que le camion poubelle n'est jamais passé.
Quelques jours plus tard, l'ADN confirme ce que tout le monde savait déjà : c'est bien le torse de Lauren Giddings.
L'enquête
Dans la salle de bain de Lauren, le luminol révèle un carnage. Les murs, le sol, la baignoire, tout s'illumine. Lauren a été démembrée ici. Les chiens de recherche sortent de l'appartement et se dirigent immédiatement vers la porte voisine. Celle de Stephen McDaniel. Stephen, 25 ans, est le voisin que personne n'affectionne vraiment. Introverti, solitaire, rarement sorti de chez lui. Son appartement est encombré d'épées, d'armures de chevalier, de cartons jamais déballés. Il se fait livrer ses repas, ne boit que des boissons énergétiques, passe ses soirées sur des forums consacrés à la torture et aux crimes. Certains camarades ont remarqué ses réactions étranges, des sourires maladroits, des comportements déroutants. Un ancien colocataire décrit une fascination troublante pour les actes violents.
Quand les enquêteurs se présentent à sa porte, Stephen refuse de les laisser entrer sans mandat. Il s'y connaît en droit. Les enquêteurs obtiennent le mandat le 1er juillet 2011. Et ce qu'ils trouvent à l'intérieur dépasse leurs attentes.
Ce que contenait l'appartement
Dans la chambre de Stephe, il y a deux clés. Un passe-partout qui donnent accès à tous les appartements de la résidence et une clé taillée sur mesure pour l'appartement de Lauren. Il y aussi des sous-vêtements appartenant à Lauren qui sont retrouvés dans sa commode et l'emballage d'une scie à métaux correspond exactement à la scie retrouvée plus tard dans le local de maintenance. Sur son ordinateur, les enquêteurs retrouvent des recherches de photos nues de Lauren datant du 28 avril 2011, des visites de ses profils de réseaux sociaux, des vidéos de femmes endormies subissant des agressions, des fichiers pédopornographiques. Un historique de navigation révèle qu'au mois de mai, Stephen a cherché comment s'évader de prison, puis comment maintenir quelqu'un inconscient. Sur des cartes SD se trouvent des vidéos filmées depuis l'extérieur de l'appartement de Lauren, montrant l'intérieur de son salon. Les enquêteurs estiment qu'il utilisait une perche pour filmer par la fenêtre.
Sur le corps de Stephen lors de son interrogatoire : des égratignures fraîches sur le ventre, longues de plusieurs centimètres. Aucun doute, ce sont des marques de lutte.
L'aveu
La veille de son interrogatoire officiel, Stephen a posté sur un forum un message décrivant son crime avec une précision glaçante. Il y raconte avoir préparé un cocktail pour faire perdre connaissance à sa voisine, avoir fait un "barbecue" avec certains membres, et avoir jeté le torse à la poubelle. Il avait l'habitude de poster des scénarios de ce type en ligne. Celui-là n'était pas un scénario.
Le 2 août 2011, Stephen McDaniel est inculpé pour le meurtre de Lauren Giddings, ainsi que pour trente chefs d'exploitation sexuelle de mineurs.
Ce qu'il s'est passé
Lors du procès en 2014, dans le cadre d'un accord de plaidoyer, Stephen McDaniel raconte enfin ce qu'il s'est passé.
Il était environ 4h30 du matin quand Stephen est entré dans l'appartement de Lauren avec la clé qu'il avait copiée. Il est habillé en noir, porte des gants et un masque. Il se rend directement dans sa chambre et l'observe dormir. Mais Lauren se réveille. Paniquée, elle lui arrache le masque, le griffe et le frappe. Et elle le reconnaît. À cet instant, Stephen n'a plus le choix. Il serre ses mains autour de son cou. Il serre pendant quinze minutes. Quand c'est terminé, il tire le corps de Lauren par les pieds jusqu'à la salle de bain et le place dans la baignoire. Puis il rentre chez lui, regarde un film, mange, dort. Le lendemain, il se rend dans un magasin de bricolage et achète une scie à métaux. Les caméras de surveillance l'enregistrent. Il revient le soir, une fois la nuit tombée, pour démembrer Lauren dans sa salle de bain. Il jette la tête et les membres dans différentes poubelles autour de la résidence. Le torse, dans la poubelle à roulettes à l'extérieur du bâtiment. Il avait fait des recherches sur le passage du camion de collecte. Il savait qu'il passait le lendemain matin. Ce qu'il ne savait pas, c'est que la foule rassemblée pour chercher Lauren l'en empêcherait.
Le procès
Le procès s'ouvre en avril 2014 en Géorgie, un État où la peine de mort est en vigueur. La famille de Lauren s'y oppose, fidèle aux convictions de leur fille. Un accord de plaidoyer est conclu : Stephen plaide coupable pour le meurtre de Lauren uniquement, en échange de l'exclusion des autres charges, cambriolages des appartements voisins et possession de contenu pédopornographique. Il est condamné à la réclusion à perpétuité, avec possibilité de liberté conditionnelle après 30 ans, soit en 2041.
Mais Stephen ne s'arrête pas là. En 2018, il fait appel, seul, sans avocat. Ses parents n'ont pas réussi à réunir les fonds nécessaires via une cagnotte. Il argue que rien ne prouve qu'il a tué Lauren : l'accusation peut prouver qu'il l'a démembrée, pas qu'elle était encore en vie à son arrivée. Selon lui, profanation de cadavre, au pire. Lors de l'audience, son ancien avocat témoigne. Il explique avoir été tellement choqué par les aveux de Stephen, qui lui avait décrit comment il avait découpé chaque doigt et jeté les parties dans les toilettes, qu'il l'avait lui-même conseillé d'accepter le plaidoyer. La demande d'appel est rejetée.
En 2022, Stephen réitère sa demande. Nouveau refus.
Où en est Stephen McDaniel en 2026 ?
Stephen McDaniel est incarcéré dans la prison d'État de Géorgie. Ses deux demandes d'appel ont été rejetées, en 2018 et en 2022. Il ne peut formuler de demande de liberté conditionnelle avant 2041.
La tête et les membres de Lauren Giddings n'ont jamais été retrouvés. Sa famille se recueille sur une tombe qui ne contient que son torse. Chaque année, ses proches organisent des courses à pied en sa mémoire et collectent des fonds pour l'association Lauren Giddings, qui soutient les étudiants en droit de l'Université Mercer.
RÉSUMÉ DES FAITS
— Victime : Lauren Teresa Giddings, 27 ans, étudiante en droit à l'Université Mercer
— Date du meurtre : 26 juin 2011, vers 4h30 du matin
— Lieu : Barrister's Hall, résidence universitaire, Macon, Géorgie
— Mode opératoire : étranglement, puis démembrement à la scie
— Auteur : Stephen Mark McDaniel, 25 ans, voisin et camarade de faculté
— Verdict : plaidoyer de culpabilité en 2014 — réclusion à perpétuité, liberté conditionnelle possible après 30 ans (2041)
— Seul le torse de Lauren a été retrouvé. Sa tête et ses membres n'ont jamais été localisés
Sources principales
• Wikipedia « Murder of Lauren Giddings » (référencée)
• Dateline NBC — « The Smoking Gun » (NBC)
• All That's Interesting — dossiers Lauren Giddings et Stephen McDaniel
• Courthouse News Service — acte d'accusation officiel (2011)
• The Macon Telegraph, Oxygen.com, WGXA News — archives et reportages

