AFFAIRE NICOLE NACHTMAN


Tampa, Floride, 20 août 2015. Un voisin entend des détonations et découvre un corps dans son allée. À l'intérieur de la maison voisine, un second corps dissimulé sous une couverture. Derrière ce double meurtre : Nicole Nachtman, 21 ans, étudiante en première année, qui avait passé deux jours dans la maison avec les cadavres en regardant Netflix et en mangeant des chips.
Des détonations
Wesley Roe est chez lui à Carrollwood, en banlieue de Tampa. Il est environ 21h, il discute avec sa belle-fille dans sa chambre quand il entend des détonations. Il pense d'abord à des pétards. Puis un cri — pas un cri d'enfant. Un cri de douleur. Il se lève, se penche par la fenêtre et aperçoit une petite silhouette sombre courir en direction du lac derrière les maisons.
Il appelle le 911. Une fois l'appel terminé, il retourne à la fenêtre. Dans son allée, quelque chose attire son regard. Il distingue d'abord des chaussures, puis un jean. Et en une fraction de seconde, il comprend. Un corps. Allongé face contre sol.
Il rappelle immédiatement le 911.
Quelques minutes plus tard, le sergent Michael Pislak arrive sur les lieux. Le corps est celui d'une femme. Une balle à la tête, deux dans l'abdomen. Sous l'allée voisine, les lumières sont allumées, la porte est entrouverte. Les enquêteurs entrent. Sur la table de cuisine : un sac à main, des clés. La télé est allumée dans le salon, le film est en pause. Une poche de chips est posée sur le fauteuil. Quelqu'un était là il y a quelques minutes à peine.
Au fond du couloir, une porte verrouillée. Le sergent Carr force l'entrée. Sur le sol, une couverture avec quelque chose en dessous. Un orteil visible. En soulevant la couverture : le corps de Robert Deans, tué d'une balle dans la tête, allongé sur le dos. Aucun signe de lutte. Il n'a jamais compris ce qui l'attendait. Selon le médecin légiste, il a été tué la veille — le 19 août — d'une balle tirée par derrière.
Qui était Nicole Nachtman ?
Nicole naît le 11 février 1994. Sa mère, Miriam Dienes, est une ancienne capitaine et infirmière dans la Navy — rigueur militaire, autorité, tout doit être parfait. Son père biologique, Ronald Nachman, s'en occupe dès sa naissance et finit par obtenir informellement sa garde. Mais en 1995, Miriam engage une bataille judiciaire pour la récupérer. Elle l'emporte. À partir de ses quatre ans et demi, Nicole ne reverra plus son père.
L'enfance de Nicole est marquée par l'instabilité — la famille déménage si souvent qu'elle fréquente 13 écoles différentes avant de terminer le lycée. Décrite comme joyeuse petite, elle devient de plus en plus réservée à l'adolescence. Miriam la presse constamment sur son poids, lui impose du sport, et finit par lui faire subir une liposuccion. Sa mère la rabaisse régulièrement avec des remarques sur son corps, ses vêtements, sa vie en général.
Son frère aîné Joseph, issu du premier mariage de Miriam, confirme avoir lui aussi été régulièrement humilié par sa mère, qualifié de "honte de la famille". Il a fui en rejoignant l'armée de l'air. Son autre frère Kevin est mort dans un accident de voiture en 2003.
En 2014, Nicole intègre Florida State University à Tallahassee. Elle étudie l'Histoire, puis bascule vers les Relations Publiques. Sa colocataire Jacqueline remarque des comportements étranges — une fascination pour Elsa de La Reine des Neiges, un isolement marqué, une absence totale pendant les vacances scolaires, comme si Nicole refusait de retourner chez sa mère.
Les 100 dollars qui ont tout déclenché
À l'été 2015, Nicole retourne vivre chez sa mère et son beau-père Robert Deans le temps des vacances. Elle rend visite à Joseph dans l'État de Washington pendant trois semaines. Puis la rentrée approche. Problème : elle a déposé son dossier de logement trop tard. Plus de place dans les dortoirs. Tallahassee est à quatre heures de route — impossible de faire l'aller-retour tous les jours.
Quelques jours plus tard, l'université lui trouve une solution : un dortoir temporaire. Mais pour réserver, il faut verser 100 dollars. Nicole ne les a pas. Le 19 août, elle appelle son cousin David Lear. Il accepte de lui prêter l'argent immédiatement. Elle passe chez lui, récupère les billets, échange quelques banalités. Elle lui dit qu'elle rentre à l'université le 24 août et passera le voir à Thanksgiving.
Elle repart. Mais pas vers Tallahassee.
Ce qui s'est réellement passé
Nicole rentre chez ses parents en sachant que sa mère est en voyage. Robert, le beau-père, est seul à la maison. Elle s'introduit sans bruit, se rend dans la chambre de Robert et prend son pistolet dans sa table de nuit. Elle revient dans la cuisine. Robert est en train de se préparer à manger, il lui tourne le dos.
Elle lui tire une balle dans la tête. Il s'effondre. Elle traîne le corps jusqu'à la chambre du fond, le recouvre d'une couette, verrouille la porte de l'intérieur. Puis elle nettoie le sang sur le sol de la cuisine.
Ensuite, elle consulte son téléphone. L'université a confirmé la place dans le dortoir provisoire. Elle a besoin des 100 dollars — ce qu'elle vient d'aller chercher chez son cousin. Elle scanne les formulaires, paie la caution. Avec le cadavre de Robert dans la chambre fermée à clé.
Elle attend le retour de sa mère. Toute la nuit du 19, toute la journée du 20 août. Elle regarde la télé, mange des chips. Elle accède à la boite mail de Robert pour envoyer un message à Miriam afin de lui faire croire que tout va bien à la maison.
Le 20 août au soir, la voiture de Miriam se gare dans l'allée. Nicole a déplacé sa propre Prius rouge dans un autre quartier pour ne pas être repérée. Miriam descend, s'approche de la porte. Nicole sort et tombe nez à nez avec elle. Sa mère crie en lui demandant ce qu'elle fait là.
Nicole tire. Une balle dans l'abdomen. Miriam essaie de fuir par la porte. Nicole la poursuit et tire deux fois encore — une balle dans la tête, deux dans l'abdomen. Miriam s'effondre dans l'allée du voisin.
Nicole marche jusqu'au lac, retrouve sa voiture garée à quelques centaines de mètres et prend la route de Tallahassee. En chemin, elle jette l'arme du crime. Elle s'enregistre au dortoir à 9h du matin le 21 août. Dès son arrivée, elle demande à une camarade de prétendre qu'elle est là depuis la veille si quelqu'un pose la question.
« J'ai tiré sur eux »
Quand le détective Messer la joint par téléphone, Nicole dit être à Tallahassee depuis deux jours. Elle apprend la mort de sa mère par son oncle. Ses réponses sont décalées — elle ne pose aucune question sur l'état de santé de Miriam, hésite sur les dates, dit qu'elle va bien puis se reprend.
Joseph, son demi-frère, l'appelle. La conversation commence normalement. Puis Nicole s'arrête. Un silence de quelques secondes. Et d'un ton étrangement calme :
« Tu vas me manquer, Joseph. »
Joseph croit qu'elle est en détresse, qu'elle pense à se faire du mal. Il lui demande. Elle répond que non. Puis elle lâche :
« Je suis désolée d'avoir dû le faire. Mais j'ai tiré sur eux. J'ai tiré sur maman et sur Bob. »
Elle parle vite, elle pleure, elle enchaîne les phrases. Elle explique avoir entendu depuis un voyage à Londres des hurlements dans sa tête — des cris stridents en permanence qui l'empêchaient de dormir. Quand elle a tué Robert, dit-elle, le hurlement a diminué. Elle explique avoir vu des panneaux motivants à l'université — "Tes rêves sont sur le point de se réaliser" — qu'elle a interprétés comme des signes de Dieu l'invitant à finir ce qu'elle avait commencé.
Avant de raccrocher, elle dit à Joseph :
« Tu peux me traiter de bête si tu veux… mais ne me traite pas de monstre. »
L'enquête
La version de Nicole s'effondre rapidement. Elle prétend que son oncle l'a appelée — faux, il ne l'a pas fait. Elle dit être retournée au dortoir après avoir tué Robert — faux : les données GPS de sa voiture montrent qu'elle n'a rejoint le campus que le 21 août à 9h du matin.
Surtout, les enregistrements GPS placent sa voiture au moment précis du meurtre de Miriam dans le quartier de Fox Hunt Drive, à l'intersection avec Houndstooth — à quelques mètres de chez son cousin David Lear. Elle s'y était garée pour que sa Prius rouge ne soit pas visible depuis la maison familiale.
Dans la chambre de Nicole à l'université, une empreinte digitale rose pâle avait été retrouvée dans le couloir de la maison des victimes — du sang dilué, qui lui appartient.
Nicole est arrêtée immédiatement. Elle ne dit rien, sinon demander un avocat. En interrogatoire, elle passe son temps à parler d'Elsa, la princesse de La Reine des Neiges.
Le procès
Le procès s'ouvre en février 2019, trois ans et demi après les faits. La défense tente d'abord de faire juger les deux meurtres séparément — l'un serait un acte de folie, l'autre de la légitime défense contre une mère abusive. Le juge accepte dans un premier temps, puis revient sur sa décision sous la pression de l'accusation.
La raison : Nicole elle-même a dit "j'ai tiré sur eux". Pas "ma mère". Pas "mon beau-père". "Eux." Au pluriel. Un seul mot qui rend impossible toute séparation des deux affaires.
La défense invoque alors le syndrome de l'enfant maltraitée. Miriam est décrite comme une figure dominante et abusive — remarques constantes sur le poids de Nicole, humiliations, claques, coups de pied. Une pression psychologique accumulée pendant des années qui aurait fini par exploser. Joseph confirme avoir lui aussi été régulièrement rabaissé par leur mère.
Pour le meurtre de Robert, la défense plaide une crise de schizophrénie. Mais la psychiatre principale, le Dr Emily Lazaru, est catégorique : Nicole ne présente aucun symptôme de schizophrénie, aucune trace de délire ni d'hallucinations. Elle savait exactement ce qu'elle faisait. Elle a organisé, planifié, exécuté. Elle a menti à plusieurs reprises, manipulé ses camarades, construit un alibi. Entre les deux meurtres, elle a reçu la confirmation de son logement étudiant et a immédiatement envoyé les formulaires complétés — avec le cadavre de Robert dans la chambre fermée à clé.
Le 3 août 2019, à 1h03 du matin, Nicole Nachtman est reconnue coupable de double meurtre avec préméditation. Elle est condamnée à la prison à vie sans possibilité de liberté conditionnelle. Elle a 25 ans au moment du verdict.
Nicole Nachtman n'avait aucun antécédent judiciaire. Aucun passé violent connu. Elle était étudiante en première année, elle avait rendu visite à son frère trois semaines plus tôt, elle avait emprunté 100 dollars à son cousin en promettant de le voir à Thanksgiving.
Est-ce qu'une mère abusive, des années de pression psychologique et une enfance fracturée peuvent construire les conditions d'un meurtre planifié ? La question est légitime. Mais la préméditation est là, documentée, factuelle — les données GPS, les recherches, les mensonges construits à l'avance, l'alibi préparé.
Ce qui reste troublant, c'est ce qu'elle dit à son frère avant de raccrocher. Pas une explication. Pas une justification. Juste une demande.
« Tu peux me traiter de bête si tu veux… mais ne me traite pas de monstre. »
Ce jour-là, deux personnes ont perdu la vie. Et une troisième a brisé la sienne.
Pour vous, la maltraitance subie par Nicole change-t-elle quelque chose à la lecture de ses actes ? Ou la préméditation efface-t-elle toute circonstance atténuante ? Dites-le en commentaires.
RÉSUMÉ DES FAITS
Victimes : Robert Deans (beau-père), tué le 19 août 2015 ; Miriam Deans (mère), tuée le 20 août 2015
Auteure : Nicole Nachtman, 21 ans, étudiante en Relations Publiques à Florida State University
Arme : pistolet appartenant à Robert Deans, dérobé dans sa propre table de nuit
L'arme du crime n'a jamais été retrouvée
Verdict (3 août 2019) : coupable de double meurtre avec préméditation — prison à vie sans liberté conditionnelle
Élément déclencheur supposé : impossibilité de loger au dortoir universitaire faute de 100 $ de caution
Sources principales
Fox 13 News Tampa — couverture de l'arrestation, du procès et du verdict (2015-2019)
Documents judiciaires — Hillsborough County, Floride
Enregistrements d'interrogatoires et appels 911 (archives publiques)
Tampa Bay Times — reportages d'audience

