Affaire Suzanne Sevakis : 27 ans enterrée sous un faux nom


Au printemps 1990, à Tulsa, en Oklahoma, les amies d'une danseuse du Passion's, Tonya Hughes, veulent lui offrir des obsèques, parce qu'elle vient de mourir à 20 ans, 5 jours après avoir été retrouvée inconsciente au bord d'une route d'Oklahoma City. Pour prévenir sa famille, le patron du club ressort sa fiche d'embauche, où sont notés son nom de jeune fille, Tadlock, et l'État d'où elle vient, l'Alabama. Il obtient un numéro, et il appelle, persuadé qu'il va annoncer la mort de leur fille à des parents qui ne savent rien. À l'autre bout du fil, ce sont les Tadlock qui lui apprennent quelque chose, parce que leur fille est morte depuis 20 ans.
Suzanne Sevakis, l'aînée de Sandra
Suzanne Marie Sevakis naît le 6 septembre 1969, dans le Michigan. Sa mère, Sandra, est encore très jeune, et son père, Cliff Sevakis, ne reste pas avec elles. Sandra se remarie, et de ce deuxième mariage naissent 2 autres petites filles, Allison, en 1971, et Amy, en 1972.
Au printemps 1974, en Caroline du Nord, Sandra n'a plus rien. Les services sociaux lui ont retiré ses 3 filles, et elle est enceinte d'un quatrième enfant. D'après ce qu'elle racontera bien des années plus tard, une tornade vient de lui prendre presque tout ce qu'elle avait, et un jour, alors qu'elle pleure dans une église, un homme vient s'asseoir près d'elle. Il lui demande ce qui ne va pas, alors elle lui explique qu'elle risque de perdre ses enfants, et il lui propose de l'épouser et de les élever avec elle. Il s'appelle Brandon Cleo Williams, et en 1974, Sandra l'épouse.
Pendant sa grossesse, à l'hôpital, Sandra a rencontré une femme du même comté, Mary Patterson, qui venait de perdre son bébé. Quelques semaines après la naissance de son fils, Philip, Sandra sonne chez elle avec le nourrisson dans les bras. Elle explique qu'elle quitte la ville avec son nouveau mari et ses 3 filles, et qu'elle ne peut pas s'occuper d'un bébé, alors Mary le prend. Au même moment, un peu plus loin, Brandon Williams regarde la scène sans s'approcher.
Une maison vide à Dallas
La nouvelle famille part pour le Texas, et en 1975, à Dallas, Sandra est condamnée à 30 jours de prison pour des chèques sans provision, selon Newsweek pour acheter des couches. Pendant sa peine, elle laisse Suzanne, Allison et Amy à leur beau-père.
Quand Sandra sort, la maison est vide. Brandon Williams a disparu, et les 3 petites aussi. Elle se met à chercher, et elle finit par retrouver Allison et Amy, confiées à un service social tenu par une église. Suzanne, elle, n'y est pas, et elle a 5 ans. Sandra veut porter plainte pour enlèvement. Seulement, on lui répond que son mari est le beau-père de l'enfant, et qu'il a donc le droit de l'emmener. Résultat, la disparition de Suzanne n'est jamais signalée officiellement, et à part sa mère, personne ne la cherche. Une petite fille de 5 ans qui disparaît sans qu'aucune autorité ne s'en inquiète, c'est aussi ce qui arrive au Canada, où pendant des mois, personne ne remarque que Phoenix n'est plus là, dans l'affaire Phoenix Sinclair.
Pour le FBI, qui ne l'établira que bien des années plus tard, Brandon Williams a laissé les 2 cadettes dans un foyer pour enfants, et il est parti avec Suzanne vers le nord, jusqu'à Oklahoma City. Justement, la même année, une petite fille entre à l'école à Oklahoma City sous le nom de Suzanne Davis, et son père s'appelle Trenton Davis.
Une adolescente au lycée de Forest Park
Pendant des années, le père et la fille déménagent d'un État à l'autre, en changeant de nom, et partout où ils passent, ils fréquentent une église baptiste. En 1984, ils s'installent dans la région d'Atlanta, en Géorgie. Le père se fait appeler Warren Marshall, et sa fille, Sharon Marshall, entre au lycée de Forest Park, dans le comté de Clayton. Ses professeurs se souviennent d'une adolescente populaire, qui excelle en classe. Elle se présente aux élections des délégués, et pour ses affiches de campagne, elle se fait faire des photos glamour.
Lors d'un camp pour les délégués des lycées de la région, Sharon se lie avec une autre élève, Jennifer Fisher. Après le camp, Jennifer appelle chez les Marshall, et c'est un homme qui décroche. Il se présente comme le père de Sharon, et il est furieux qu'on ait leur numéro. "Je me disais juste que son père était sévère", racontera Jennifer en 1997. Avec le temps, Warren laisse pourtant les 2 filles se voir, alors que les petits amis, eux, il les décourage.
Un jour, Sharon fait entrer Jennifer dans sa chambre et lui montre de la lingerie, en lui expliquant que c'est son père qui la lui achète. Warren parle sans arrêt de la beauté de Sharon, et il la prend souvent en photo. Bien des années plus tard, Jennifer racontera aussi une nuit passée chez les Marshall. Selon elle, Warren serait entré dans la chambre une arme à la main, et il aurait violé Sharon devant elle, des faits pour lesquels personne n'a jamais été jugé. "Je n'ai jamais rien dit à personne, parce que j'avais peur", explique-t-elle. Au lycée, pendant ce temps, Sharon a toujours les meilleures notes.
Une bourse pour Georgia Tech
En 1986, Sharon finit le lycée avec les honneurs, et elle décroche une bourse pour Georgia Tech, la grande université d'ingénieurs d'Atlanta, parce qu'elle rêve de devenir ingénieure en aérospatiale.
Sauf que Sharon tombe enceinte. À une amie, elle confie que de toute façon, son père ne la laissera pas aller à l'université, et c'est pour ça qu'elle fait une chose qu'elle n'a jamais faite. Elle s'enfuit en Alabama, pour rejoindre un petit ami.
Un matin, ce garçon se réveille seul. Sur place, il trouve un mot de Sharon, qui lui explique que son père est venu la chercher.
Le bébé, lui, est confié à l'adoption. Sharon ne va pas à Georgia Tech, et le père et la fille reprennent la route. Des années plus tard, quand on l'interroge sur cette période, Warren résume ce qu'il lui répétait. "Il faut toujours oublier le passé."
Une amie au Mons Venus
En 1987, à Phoenix, en Arizona, Sharon sort avec un jeune homme, Gregory Higgs, et elle tombe de nouveau enceinte. Elle ne lui dit rien, et avant la naissance, le père et la fille quittent Phoenix. Au printemps 1988, à Tampa, en Floride, Sharon accouche d'un petit garçon qu'elle appelle Michael Gregory Marshall, Gregory comme Gregory Higgs. Sur l'acte de naissance, Warren Marshall figure comme le grand-père.
Pour faire vivre la famille, Sharon danse au Mons Venus, un club de strip-tease de Dale Mabry Highway, et c'est là qu'elle rencontre Cheryl Ann Commesso, 18 ans. Cheryl a grandi à Brandon, où elle a participé au concours de Miss Brandon. Elle conduit une Corvette rouge dont elle est très fière, et elle rêve de poser pour Playboy. Les 2 jeunes femmes se ressemblent de façon frappante, et elles deviennent amies. Au début de 1989, les Marshall s'installent dans un mobile home près de Pinellas Park, où une adolescente du voisinage garde Michael.
Au printemps 1989, Sharon perd la couverture médicale Medicaid de son fils, et Warren en rend Cheryl responsable. Peu après la Saint-Patrick, il appelle une collègue des 2 jeunes femmes, Diana Rife, il exige l'adresse des parents de Cheryl, et il prévient qu'elle "le regrettera". Un peu plus tard, devant le club, Diana doit s'interposer entre Cheryl et lui, et fin mars, elle remarque un bleu sur le visage de Cheryl, qui lui explique qu'il l'a frappée.
Début avril 1989, Cheryl quitte la maison de son père avec un sac, en promettant d'appeler le lendemain. Le téléphone ne sonne jamais. Le 15 mai, sa Corvette est retrouvée sur le parking de l'aéroport de St. Petersburg-Clearwater, où elle est garée depuis le 7 avril. Au même moment, Warren annonce à une voisine qu'il part en vacances, et qu'il sera de retour le 15 juin.
Des noms pris sur des tombes
Le 15 juin 1989, Warren et Sharon ne sont pas en vacances. Ils sont à La Nouvelle-Orléans, en Louisiane, et ils se marient. Sur l'acte, le marié s'appelle Clarence Marcus Hughes, né le 13 octobre 1948, et la mariée Tonya Dawn Tadlock, née le 19 septembre 1967, 2 noms relevés sur des pierres tombales.
Le lendemain, à Pinellas Park, leur mobile home prend feu. La gazinière est allumée, une conduite de gaz a été desserrée, des objets inflammables sont posés sur un brûleur, et les enquêteurs remarquent que les vêtements, l'électroménager et une partie des meubles avaient déjà disparu. Une semaine plus tard environ, Clarence appelle la voisine qui relevait son courrier, et il lui demande de brûler ses lettres.
Quelques mois plus tard, Tonya accouche d'une petite fille, qui est confiée à l'adoption, puis la famille s'installe à Tulsa, en Oklahoma, où Tonya danse au Passion's, un club de strip-tease. Elle passe beaucoup de temps au travail, et elle dit à ses collègues qu'elle ne veut pas rentrer chez elle. Elle a commencé à sortir avec un videur du club, et un jour, elle arrive bouleversée, parce qu'elle vient de trouver une assurance-vie à son nom. "Elle avait toujours peur de le quitter", raconte sa meilleure amie à Tulsa, Karen Parsley, qui lui propose de mettre son argent de côté chez elle. En avril 1990, Clarence emmène Tonya à Oklahoma City, à 2h30 de route, pour un rendez-vous chez le médecin, selon lui.
Une nuit au bord de la route
À Oklahoma City, ils prennent une chambre dans un motel. Toujours d'après Clarence, ce soir-là, Tonya sort à pied et traverse la route pour aller jusqu'à un restaurant. Plus tard, des passants la découvrent au bord de la chaussée, inconsciente, et pour les policiers, c'est un chauffard qui l'a renversée avant de prendre la fuite.
Tonya est transportée à l'hôpital presbytérien d'Oklahoma City, et elle ne reprend jamais connaissance. Le 30 avril 1990, 5 jours après avoir été retrouvée, elle meurt, à 20 ans.
La police s'intéresse au mari. Or il a un alibi, puisqu'il affirme qu'il attendait au motel. En 2015 encore, pour le FBI, cette mort reste suspecte, et elle n'a jamais été élucidée. Personne n'a jamais été poursuivi.
Quelques jours après la mort de sa femme, début mai, Clarence dépose Michael, 2 ans, au service de l'aide sociale de l'Oklahoma, en se présentant comme son père, et il repart sans lui. À Tulsa, les amies de Tonya veulent lui offrir des obsèques, et elles persuadent Clarence de les laisser tout payer, et il ne leur reste plus qu'à prévenir sa famille.
Une fille morte depuis 20 ans
Au club, le patron ressort la fiche d'embauche de Tonya. Son nom de jeune fille y est inscrit, Tadlock, et elle vient de l'Alabama. Il appelle les renseignements, il obtient un numéro de téléphone, et il compose, persuadé qu'il va annoncer la mort de leur fille à des parents qui ne savent rien.
Sauf qu'à l'autre bout du fil, ce sont les Tadlock qui lui apprennent quelque chose. Leur fille est morte depuis 20 ans.
Les amies de Tonya préviennent la police, et le jour des obsèques, les enquêteurs arrivent en nombre, ils bloquent les sorties et saisissent le corps. Ils relèvent les empreintes du veuf, et elles ne sont pas celles de Clarence Marcus Hughes. Ce sont celles de Franklin Delano Floyd, né le 17 juin 1943 en Géorgie, un fugitif recherché par la justice fédérale depuis 17 ans.
Franklin Floyd a grandi dans un foyer pour enfants tenu par l'Église baptiste, à Hapeville, près d'Atlanta. En 1962, à 19 ans, il enlève une petite fille de 4 ans dans un bowling de Hapeville, et il est condamné. Placé dans un hôpital psychiatrique pour être examiné, il s'évade, il braque une banque à Macon, en Géorgie, et il passe des années en prison fédérale. En février 1973, alors qu'il est en liberté conditionnelle, il est arrêté à Atlanta pour une tentative d'enlèvement, et le jour de son procès, il ne vient pas, si bien que la police perd sa trace.
Pendant presque toutes ces années, la jeune femme qu'il présentait comme sa fille, c'était Suzanne.
Un petit garçon chez les Bean
En juin 1990, Franklin Floyd est arrêté et renvoyé en prison fédérale. Michael, lui, est placé dans une famille d'accueil de Choctaw, près d'Oklahoma City, chez Ernest et Merle Bean. Quand il arrive, il ne parle pas, il contrôle mal ses gestes, il fait des crises incontrôlables, et petit à petit, chez les Bean, il fait des progrès remarquables.
Depuis sa cellule, Floyd affirme qu'il est le père biologique et réclame ses droits. Le 23 août 1990, le tribunal confie la garde de Michael aux services sociaux, comme le feront en 2015 ceux de Géorgie pour une fillette de 2 ans, dans l'affaire Laila Daniel. Le tribunal ordonne aussi à Floyd de verser une pension, et en 1991, il accepte que l'enfant vienne le voir chaque mois au pénitencier fédéral d'El Reno, "pour réunir la famille". Depuis, une fois par mois, ce sont des travailleurs sociaux qui conduisent ce petit garçon jusqu'à la prison, pour qu'il voie l'homme qui se dit son père.
En février 1991, un test sanguin est ordonné, mais Floyd traîne pour les prélèvements, et les services sociaux refusent de transmettre le dossier médical de la mère, si bien qu'il faut attendre novembre 1992 pour avoir la réponse. Floyd n'est pas le père. En décembre 1992, le tribunal lui interdit de revoir Michael, sans audience, et Floyd fait appel, et le 6 juillet 1993, la Cour suprême de l'Oklahoma lui donne raison. Pour les Bean, tout est à refaire.
En 1993, Floyd sort de prison. Il devient gardien d'un immeuble, où il blesse une locataire avec un couteau. Chez les Bean, Merle prépare Michael à l'idée qu'il devra peut-être un jour aller vivre avec cet homme. Pendant 2 nuits, le chien aboie férocement vers les bois, et pendant des semaines, Floyd vient rôder derrière la maison.
Une nouvelle audience est fixée au 23 septembre 1994. Le lundi 12 septembre, il reste 11 jours.
Un directeur menotté à un chêne
Ce matin-là, Floyd gare son pick-up à environ 180 mètres de l'école élémentaire Indian Meridian, à Choctaw, et il entre dans le bureau du directeur, James Davis. "Je crois que je ferais mieux de vous dire que j'ai une arme dans ma poche", lui dit-il, avant d'ajouter "Je suis prêt à mourir, et si vous ne m'aidez pas, vous ne vivrez pas". James Davis va chercher Michael dans sa classe, puis ils sortent tous les 3 et montent dans le pick-up Ford du directeur. James conduit, et sa jambe tremble tellement qu'il arrive à peine à garder le pied sur l'accélérateur.
Ils s'arrêtent dans les bois, derrière la maison des Bean. Michael attend dans le pick-up en écoutant la radio, pendant que Floyd fait descendre le directeur. Il lui scotche la bouche avec 3 épaisseurs de ruban adhésif, il lui menotte les mains derrière le tronc d'un chêne, et il lui retire son appareil auditif. "Puisque vous coopérez, vous allez passer à la télévision", lui dit-il. Avant de partir, il lui demande comment démarrer le pick-up, et James le lui explique par signes.
Dos au pick-up et sans son appareil, James ne voit pas Floyd partir, et il ne l'entend pas non plus. Il reste attaché 4h30, jusqu'à ce qu'en début d'après-midi, la sueur finisse par décoller le ruban adhésif, et qu'un homme qui fauche un pré, un peu plus loin, entende ses cris.
Le 23 septembre, l'audience se tient en présence de l'avocat de Floyd, et le tribunal conclut qu'il n'est pas le père de Michael. À la mi-octobre, le pick-up de James Davis est retrouvé à Dallas, au Texas, sur le parking d'une boulangerie industrielle, intact et pas même fermé à clé, avec la radio et la caisse à outils du directeur à l'intérieur.
Michael n'est pas dedans.
Un vendeur de voitures à Louisville
En novembre 1994, à Louisville, dans le Kentucky, un homme vend des voitures d'occasion sous le nom de Warren Marshall. La nuit, ses voisins l'entendent marcher dans son appartement. Il ne leur parle jamais d'un fils. Il leur parle d'une fille, il leur montre ses photos, et il leur raconte qu'elle se prostituait.
Le 10 novembre 1994, les agents du FBI l'arrêtent sur le parking où il travaille, et Michael n'est pas avec lui. Dans ses affaires, il y a un plan d'Atlanta, et face aux enquêteurs, Floyd propose un marché. Il dira où est l'enfant si on lui signe un papier qui promet qu'il ne sera pas poursuivi, mais personne ne signe. Un ancien collègue de Louisville raconte que Floyd lui a avoué avoir enlevé un petit garçon, et que l'enfant était avec lui à Atlanta.
En 1995, à Oklahoma City, Floyd est jugé par un juge seul, parce qu'il a renoncé au jury. Son avocate, Susan Otto, mène la défense, et lui pose ses propres questions aux témoins. James Davis décrit à la barre un petit pistolet chromé, un Raven calibre .25, qu'il est allé identifier dans une armurerie. Floyd, lui, soutient qu'un parent qui part avec son enfant ne commet pas d'enlèvement. Il est reconnu coupable de l'enlèvement de Michael et du vol du pick-up sous la menace d'une arme, et il est condamné à 627 mois de prison, plus de 52 ans. En appel, en 1996, la décision raconte d'où vient la jeune femme de cette histoire, telle que Floyd l'a présentée, une certaine Linda Williams, qui avait une fille prénommée Sharon, et qui avait refusé de l'épouser.
Sauf que cette Linda Williams n'a jamais existé.
Une enveloppe sous le réservoir
En mars 1995, dans le Kansas, le propriétaire d'un garage répare un pick-up qu'il vient d'acheter aux enchères. C'est celui de James Davis. Coincée entre le plancher de la benne et le réservoir, il trouve une grande enveloppe pliée, et à l'intérieur, il y a 97 petites photos découpées. Selon les enquêteurs, certaines montrent la mère de Michael dans des poses sexuelles, le regard vide, de l'enfance à l'adolescence. D'autres montrent une jeune femme en bikini, attachée et battue.
Le même mois, en Floride, un paysagiste qui débroussaille le bord de l'Interstate 275, près de St. Petersburg, aperçoit un crâne près d'une clôture. Les enquêteurs retrouvent 90 % d'un squelette, avec des vêtements, des bijoux, des faux ongles dont un orné d'une pierre, et des implants mammaires, mais personne ne sait qui elle est. En 1996, le FBI fait le lien avec les photos, et à St. Petersburg, les enquêteurs remontent les avis de disparition d'une année de plus. Le dossier dentaire confirme qu'il s'agit de Cheryl Ann Commesso.
Elle a été tuée de 2 balles à l'arrière du crâne, et sa pommette droite a été fracturée peu avant sa mort, une blessure qui correspond à celle qu'on voit sur les photos. Sur l'une d'elles, il y a un pouce dans le cadre, et un analyste du FBI y relève environ 9 caractéristiques communes avec celui de Floyd. Le 27 septembre 2002, en Floride, un jury le reconnaît coupable du meurtre de Cheryl, et le 22 novembre, il est condamné à mort. La jeune femme des autres photos, elle, n'a toujours pas de nom.
Le vrai nom de Suzanne Sevakis
En 2004, le journaliste Matt Birkbeck publie un livre sur l'affaire, et l'année suivante, il est contacté par la mère adoptive d'une adolescente née en 1989 à La Nouvelle-Orléans, Megan, la petite fille confiée à l'adoption, qui découvre ainsi qui était sa mère biologique. En 2013, le FBI et le Centre national pour les enfants disparus et exploités rouvrent le dossier, et en 2014, 2 agents, Scott Lobb et Nate Furr, passent plusieurs jours à interroger Floyd dans le couloir de la mort. Il finit par parler d'une femme épousée en 1974 en Caroline du Nord sous le nom de Brandon Williams, et de sa fille aînée, Suzanne Marie Sevakis, née le 6 septembre 1969. Les actes de mariage et l'ADN confirment tout, et en octobre 2014, 24 ans après sa mort, Tonya Hughes retrouve son vrai nom.
Floyd affirme aussi avoir tué Michael le jour de l'enlèvement, sur la route de Dallas. "Je lui ai tiré 2 balles à l'arrière de la tête, pour que ce soit rapide", dit-il à Scott Lobb. En 2015, pendant 2 jours, les enquêteurs fouillent près de la dernière sortie de l'Oklahoma avant le Texas, et ils ne trouvent rien. Floyd n'a jamais été jugé pour la mort de Michael, qui figure toujours parmi les enfants disparus.
En 2017, en Oklahoma, la pierre tombale qui portait le prénom de Tonya est remplacée par une autre, au nom de Suzanne. En 2019, un homme élevé en Caroline du Nord, Steven Patterson, apprend par sa mère adoptive qu'il est né Philip Brandenburg, et en février 2020, l'ADN confirme qu'il est le petit frère de Suzanne, le bébé que Sandra avait confié à Mary Patterson. Franklin Floyd, lui, meurt de causes naturelles en janvier 2023, dans le couloir de la mort. Selon le FBI, la mort de Suzanne était la seule chose dont il refusait de parler.
Suzanne avait 20 ans. Pendant 27 ans, sa tombe a porté le prénom d'une autre.
L'affaire Suzanne Sevakis en vidéo ⬇️

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Sources :
FBI, Cold Case Investigation, l'identification de Suzanne Sevakis et les aveux sur Michael Hughes, 3 août 2015 : https://www.fbi.gov/news/stories/cold-case-investigation
Cour d'appel fédérale du 10e circuit, United States v. Floyd, 81 F.3d 1517, 18 avril 1996 : https://law.resource.org/pub/us/case/reporter/F3/081/81.F3d.1517.95-6305.html
Cour suprême de l'Oklahoma, Matter of M.A.H. (Floyd v. State), 855 P.2d 1066, 6 juillet 1993 : https://law.justia.com/cases/oklahoma/supreme-court/1993/15752.html
Cour suprême de Floride, Floyd v. State, 913 So. 2d 564, 12 octobre 2005 : https://caselaw.findlaw.com/court/fl-supreme-court/1298501.html
Tampa Bay Times, Man of mystery knew them all, 2 novembre 1997 : https://www.tampabay.com/archive/1997/11/02/man-of-mystery-knew-them-all/
Tampa Bay Times, A tortured trail, la mort de Cheryl Ann Commesso, 7 juin 1997 : https://www.tampabay.com/archive/1997/06/07/a-tortured-trail-how-police-think-cheryl-ann-commesso-wound-up-in-muck-along-i-275/
Newsweek, qui était Suzanne Sevakis, juillet 2022 : https://www.newsweek.com/suzanne-sevakis-sharon-marshall-tonya-hughes-girl-picture-1722295
