Affaire Sophie Elliott : tuée de 216 coups, puis accusée
Le mercredi 9 janvier 2008, à Ravensbourne, près de Dunedin, en Nouvelle-Zélande, Sophie Elliott, 22 ans, remplit ses derniers cartons, parce que le lendemain, elle part à Wellington pour le poste au Trésor qu'elle a tant travaillé à obtenir. Peu après midi, sa mère, Lesley, ouvre la porte à un homme qui dit avoir "quelque chose pour Sophie", et pendant qu'il monte avec elle dans sa chambre, Lesley reste dans la cuisine, juste en dessous, et elle éteint la radio pour pouvoir entendre s'ils se disputent. Un peu plus tard, la porte de la chambre se referme, et presque aussitôt, Sophie se met à crier. Lesley court à l'étage, mais la porte est fermée à clé, et elle redescend chercher une brochette à viande pour débloquer la serrure, puis elle remonte en appelant les secours sur son portable.
Sophie Elliott, la fille qui raconte tout
Quand Sophie Elliott rentre à la maison, sa mère sait tout de suite comment s'est passée sa journée, parce que Sophie lui raconte tout, absolument tout, au point que Lesley finit parfois par lui dire, en riant, "trop d'informations, Sophie". Chez les Elliott, à Ravensbourne, dans la banlieue de Dunedin, dans le sud de l'île du Sud, c'est la petite dernière. Son père, Gil, est scientifique, et ses 2 grands frères, Nick et Chris, ont quitté la maison depuis longtemps. Pendant des années, Sophie et sa mère se retrouvent souvent toutes les 2.
Sophie est née le 11 juin 1985. Pour Lesley, c'est une fille pétillante, pleine de vie, qui saute et danse dans toute la maison. Elle a de jolis cheveux bruns, longs, dont elle prend grand soin. C'est aussi une élève qui n'a que des A, et pour les obtenir, elle se met énormément de pression. Ses amis lui connaissent un trait de caractère bien à elle, elle déteste être fâchée avec quelqu'un, alors après une dispute, c'est toujours elle qui envoie le premier message le lendemain, pour proposer d'aller boire un café.
À l'université d'Otago, elle étudie l'économie, et elle va jusqu'au diplôme avec mention, qui demande un mémoire de recherche. Au bout, il y a un poste très convoité au Trésor, le ministère des Finances, à Wellington, la capitale, et elle doit commencer en janvier 2008. Elle a tout fait pour en arriver là, et il ne lui reste plus qu'à partir, comme Lauren, cette jeune diplômée de Géorgie qui n'avait plus que l'examen du barreau à passer avant sa nouvelle vie, dans l'affaire Lauren Giddings.
Sauf qu'en 2007, pendant sa dernière année d'études, Sophie tombe amoureuse de l'un de ses tuteurs.
Un tuteur très sûr de lui
Il s'appelle Clayton Weatherston, il a 31 ans, et il donne des cours au département d'économie, où il termine son doctorat. Robert Alexander, maître de conférences en économie, supervise le mémoire de Sophie et examine aussi la thèse de Clayton, et pour lui, c'est un homme qui se voit comme un intellectuel de très haut niveau. Il est obsédé par ses résultats, il ne vise que les meilleures notes, et avec ses collègues, ça se passe mal.
En 2007, il accuse plusieurs collègues de plagiat. Christine Haig, l'administratrice du département, s'entend plutôt bien avec lui, et pourtant, cette année-là, elle est mal à l'aise, parce qu'elle le découvre beaucoup plus arrogant avec ses collègues qu'elle ne le pensait. Dans l'une de ces histoires de plagiat, elle est choquée de le voir insister encore et encore pour obtenir gain de cause, et elle le décrit comme "trop insistant et arrogant".
Sophie et Clayton commencent à se fréquenter dans le courant de l'année 2007, et leur histoire dure environ 6 mois. Au département, Christine Haig les voit parfois se faire du charme, et parfois s'ignorer complètement, au point que pour elle, entre eux, c'est soit tout, soit rien.
Lesley, elle, voit autre chose, parce que de plus en plus souvent, sa fille rentre en larmes.
"Pourquoi il me déteste autant ?"
Dans son bureau, Robert Alexander voit régulièrement Sophie pour son mémoire, et petit à petit, elle lui parle de Clayton. Il lui dit des choses blessantes, il la traite de "stupide, grosse et moche", et en cours, il la rabaisse devant les autres. À sa meilleure amie, Jessica Smith, Sophie confie qu'il ne la traite pas bien, et surtout, qu'elle a peur de ne pas le satisfaire au lit, si bien qu'elle a sans arrêt besoin d'être rassurée sur son poids et sur son physique. Jessica, elle, lui conseille de le quitter.
Elle raconte aussi à Robert Alexander qu'un jour, à l'université, dans un escalier, Clayton s'en est pris physiquement à elle, et qu'après cette agression, il lui a dit qu'il voudrait qu'elle soit morte. À Robert Alexander, Clayton répète la même chose, parce que d'après lui, Sophie a ruiné ses chances d'obtenir un poste à l'université. Mais Robert Alexander lui répond que de toute façon, avec ou sans cette relation avec une étudiante, il a peu de chances d'être recruté.
Sophie, elle, ne comprend pas, et un soir, elle demande à sa mère pourquoi il la déteste autant.
Fin 2007, elle finit par rompre, puis elle part en vacances en Australie. Pendant ce temps, Clayton obtient son doctorat, et comme Sophie aime la photo et qu'elle a pris des clichés de sa remise de diplôme, elle en fait un album, pour le lui offrir.
Un album photo et un tableau du Titanic
Le 27 décembre 2007, Sophie se rend chez Clayton, à Dunedin, avec son album. Lui aussi a quelque chose pour elle, un tableau du Titanic, mais Sophie lui explique qu'elle n'aura pas la place de l'accrocher dans son futur appartement de Wellington. Clayton lui dit qu'ils doivent "régler ça", et Sophie lui répond que c'est fini.
D'après ce que Sophie raconte le soir même à sa mère, puis à ses amies, Clayton ne l'entend pas. Il se montre tendre, il lui propose d'aller dans la chambre, et quand Sophie lui fait remarquer qu'il n'a visiblement pas compris, il devient méchant d'un coup. Il l'attrape, il la jette sur son lit, il lui appuie l'avant-bras sur la gorge et il lui met la main sur la bouche, et pendant ce temps, il l'insulte, il lui dit qu'elle est "grosse", "moche", et il la traite de "pute".
Sophie se débat, elle hurle, et elle finit par se libérer. En partant, elle claque la porte si fort que la vitre se brise. Clayton la suit dehors, et quand Sophie s'excuse pour la vitre, il lui répond que quand elle est rentrée d'Australie, il espérait que son avion s'écrase et qu'elle meure.
Ce jour-là, Sophie rentre chez ses parents en pleurs, et devant sa mère, elle refait les gestes de Clayton pour lui montrer ce qu'il lui a fait. Plus tard, dans le journal qu'elle tient sur son ordinateur, elle ne l'appelle plus par son prénom. Elle l'appelle "Norman Bates", comme le meurtrier de Psychose, parce que c'est le surnom que Clayton se donne lui-même.
Une vitre à rembourser
Après le 27 décembre, ses amies insistent pour que Sophie aille voir la police, et sa mère aussi le lui conseille. Sophie, elle, ne voit pas l'intérêt, parce qu'elle n'a pas de bleus, et que dans 2 semaines, elle sera à Wellington, loin de lui. Pour elle, le plus simple, c'est de partir.
Sauf que Sophie déteste laisser une histoire en suspens, et il y a cette vitre qu'elle a cassée. Elle ne veut pas que Clayton puisse le lui reprocher, alors le 7 janvier 2008, elle va à l'université pour lui donner un chèque, alors que son amie Erin van der Water l'a fermement mise en garde contre tout nouveau contact.
Quand Clayton voit Sophie, il passe un bras autour d'elle, il lui dit "il faut qu'on parle", et il l'emmène dans un bureau. Là, Sophie lui dit qu'elle a peur de lui, à cause de ce qu'il lui a fait le 27 décembre. Clayton nie, et d'après ce que Sophie raconte ensuite à sa mère, elle perd son sang-froid et lui fait la même chose que lui, le bras contre le cou et la main sur la bouche. Clayton lui dit qu'elle ne peut plus aller voir la police maintenant, à cause de ce qu'elle vient de lui faire. À Erin, Sophie raconte aussi qu'il lui a dit que ça ne servait à rien de parler du 27 décembre, puisqu'elle était "complètement folle". Sophie a dit non, clairement, et aux États-Unis, c'est aussi après avoir dit non qu'une adolescente de 17 ans est tuée, dans l'affaire Bianca Devins.
Le 8 janvier, Sophie passe voir Robert Alexander dans son bureau. Elle est de bonne humeur, elle a hâte de commencer à Wellington, et quand ils parlent d'aller voir la police, elle ne veut toujours pas, parce qu'elle part de toute façon, et qu'il ne lui reste plus qu'une journée à Dunedin. Le lendemain, le mercredi 9 janvier, Clayton Weatherston fête ses 32 ans.
"Quelque chose pour Sophie"
Le 4 janvier, Clayton a confié à Christine Haig qu'il était sorti d'une "mauvaise relation", qu'il se sentait bien, et qu'il n'aurait plus rien à voir avec Sophie. Le 9 janvier, pour son anniversaire, elle lui écrit "joyeux anniversaire" sur son tableau blanc, et elle l'aperçoit dans la salle de pause. Vers midi, elle le voit se diriger vers l'ascenseur, et elle ne remarque rien d'inhabituel.
À Ravensbourne, ce midi-là, Sophie fait ses cartons, parce qu'elle part le lendemain, et le soir, elle a organisé un dîner d'adieu avec ses amis. Peu après midi, on frappe à la porte, et quand Lesley ouvre, Clayton est là. Il dit qu'il a "quelque chose pour Sophie", donc Lesley le laisse entrer. Il monte avec Sophie dans sa chambre, à l'étage, avec une petite sacoche d'ordinateur, et dans cette sacoche, il y a un couteau de cuisine.
Lesley, elle, reste dans la cuisine, juste en dessous, sans se sentir tranquille. Elle sait ce qui s'est passé le 27 décembre, alors elle éteint la radio, pour pouvoir entendre s'ils se disputent fort.
Au bout d'un moment, Sophie redescend. Elle explique à sa mère que Clayton est juste assis là, en silence, et qu'elle ne sait pas ce qu'il veut. Puis elle remonte, et Lesley entend la porte de la chambre se refermer.
Une brochette dans la serrure
Presque aussitôt, Lesley entend sa fille crier "Arrête, Clayton, arrête", ou "Non, Clayton, non". Elle court à l'étage, mais la porte de la chambre est fermée à clé, parce que Gil a fait installer des verrous sur la porte de Sophie et sur la sienne, pour leur sécurité. Lesley redescend en courant à la cuisine, elle attrape une brochette à viande pour essayer de débloquer la serrure, et elle remonte, en appelant en même temps le 111 sur son téléphone portable.
Derrière la porte, Sophie hurle. Puis elle s'arrête de crier, et Lesley entend un bruit régulier, comme une tête de lit qui cogne contre le mur, et quelque chose qui ressemble à un soupir. Pour elle, à ce moment-là, il n'y a qu'une explication, Clayton est en train de violer sa fille.
Elle finit par réussir à ouvrir la porte. Dans un coin de la chambre, Sophie est allongée sur le dos, couverte de sang, et Clayton est à califourchon sur elle. Son bras monte et descend, parce qu'il continue de la frapper avec le couteau. Le visage de Sophie est d'une blancheur mortelle, ses yeux fixent le vide, et beaucoup de sang coule de l'un d'eux, si bien que Lesley comprend tout de suite que sa fille est morte. "Toute la pièce semblait rouge", dira-t-elle plus tard devant le jury.
Lesley hurle, et Clayton se penche pour lui refermer la porte au nez.
"Je l'ai tuée"
Moins de 7 minutes après l'appel, l'agent John Cunningham arrive devant la maison. Lesley lui dit que sa fille est morte, et que celui qui l'a attaquée est en haut, dans la chambre. La porte est toujours verrouillée, donc le policier prévient qu'il va l'enfoncer, et elle s'ouvre.
Sur le sol, il y a le corps de Sophie, le cou et le haut du corps couverts de sang, et Clayton est debout, près de ses pieds. Le policier lui demande ce qu'il a fait, et Clayton lui répond "Je l'ai tuée", d'un ton calme, normal. Il ne tremble pas, et pour John Cunningham, il a l'air "calme, réservé et maître de lui". Quand on lui ordonne de s'allonger face contre terre, il obéit sans résister, et il est menotté.
Le policier lui demande pourquoi il l'a tuée. "À cause de la douleur émotionnelle qu'elle m'a causée depuis un an", répond Clayton. Il dit qu'il a utilisé "un couteau", qui est "probablement sous elle", et qu'il s'est aussi servi des ciseaux, posés par terre, "à la fin". La brochette, elle, est restée sur le sol, devant la porte. Clayton a du sang jusqu'aux coudes, sur le visage et à l'arrière de son short en jean, et il a 2 griffures sur le côté gauche du cou. Quand on lui demande si c'est le sang de Sophie, il répond que c'est "surtout" le sien, et qu'il y en a "un peu" à lui.
Sophie est morte vers 12h30, dans sa chambre, au milieu de ses cartons. Au commissariat central de Dunedin, Clayton refuse d'être interrogé, sur les conseils de son avocat, mais il accepte un examen médical, et l'inspecteur John McDade apprend qu'il voit un psychothérapeute et qu'il prend une faible dose de Prozac. Le lendemain, un médecin légiste commence à compter les blessures de Sophie.
216 blessures
Le 10 janvier 2008, le docteur Martin Sage pratique l'autopsie. Sophie est morte d'une hémorragie, et elle porte 216 blessures distinctes, faites surtout au couteau, certaines aux ciseaux, plus 7 blessures causées par des coups. 2 coups ont traversé son cœur et un poumon, et au cou, l'artère principale et une grosse veine sont tranchées. Sur ses bras, il y a des blessures de défense, parce que Sophie a essayé de se protéger.
Il y a aussi ce que l'accusation détaillera au procès. Les oreilles de Sophie et le bout de son nez ont été coupés, et il y a des coups de couteau ou des entailles aux yeux, à la gorge, à un sein et au sexe. Plusieurs mèches de ses longs cheveux ont été coupées. Pour la procureure, Marie Grills, ce n'est "pas une coïncidence" si certaines séries de blessures visent ce qui faisait sa beauté, et pour le légiste, ces blessures montrent une attaque "obstinée, ciblée et déterminée".
Clayton Weatherston est inculpé de meurtre. En mai 2008, la remise des diplômes de l'université d'Otago a lieu à l'hôtel de ville de Dunedin, et ce jour-là, c'est Chris, le frère de Sophie, qui traverse la scène pour recevoir à sa place son diplôme d'économie avec mention très bien. Pour la famille, Sophie était "quelqu'un de très positif".
Le même mois, à Dunedin, pendant l'audience préliminaire, Jessica Smith raconte en pleurant le 27 décembre, les insultes, et ce que Sophie lui a répondu quand elle l'a suppliée d'aller voir la police, non, parce qu'elle n'avait pas de bleus et qu'elle partait bientôt. Clayton, lui, plaide non coupable. Il ne nie pas avoir tué Sophie. Seulement, il a une autre explication.
Des ciseaux et une provocation
Le procès s'ouvre le 22 juin 2009, devant la Haute Cour de Christchurch, loin de Dunedin, avec la juge Judith Potter et un jury de 8 hommes et 4 femmes. Clayton Weatherston reconnaît un homicide involontaire, mais il nie le meurtre, parce qu'à l'époque, en Nouvelle-Zélande, la loi prévoit une défense partielle de provocation. Si un accusé prouve qu'il a perdu le contrôle de lui-même parce qu'il a été provoqué, le meurtre devient un homicide involontaire, et la peine n'est plus la même.
Lesley vient raconter ce qu'elle a vu, et la défense, menée par Judith Ablett-Kerr et Greg King, la décrit comme un témoin "peu fiable", à cause de ce qu'elle a vu ce jour-là. Pour Greg King, invoquer la provocation, ça ne veut pas dire que Sophie est responsable. Sauf que pendant 5 semaines, c'est bien d'elle qu'on parle. Ses journaux intimes sont cités au procès, avec, en mars 2007, son béguin pour son directeur de mémoire, et en juillet, une page où elle trouve Clayton "exigeant". Pour Lesley, ces journaux contiennent des choses que Sophie n'avait aucune intention de faire lire à qui que ce soit.
Le 8 juillet 2009, Clayton témoigne, d'une voix calme et claire. Il parle de son enfance, de sa myopie, des lunettes qu'il ne voulait pas porter parce qu'il était "terrifié" à l'idée qu'on se moque de lui. Puis il raconte sa version du 9 janvier. Le couteau était dans sa sacoche, parce qu'il dit en porter toujours un caché, pour se défendre, et quand il est arrivé, Sophie l'aurait embrassé sur la bouche. Dans la chambre, elle lui aurait crié une insulte, puis elle aurait ramassé une paire de ciseaux par terre et se serait jetée sur lui, en faisant tomber ses lunettes, et sans elles, selon un optométriste, il ne voit pas au-delà de 15 centimètres. 2 psychiatres appelés par la défense expliquent aussi qu'il souffre d'un trouble de la personnalité narcissique.
Le 21 juillet, Judith Ablett-Kerr dit aux jurés que son client "n'est pas normal", et que les ciseaux ont été "la goutte d'eau qui fait déborder le vase". Le procureur Robin Bates, lui, résume tout le dossier en une phrase. "Au fond, c'est les ciseaux ou rien."
Un verdict, puis une loi
Le 22 juillet 2009, le jury rend son verdict. Clayton Weatherston est reconnu coupable de meurtre, et la provocation est rejetée.
Le 15 septembre 2009, dans une salle silencieuse, la juge Judith Potter le condamne à la prison à vie, avec une période de sûreté de 18 ans. Pour elle, c'est un meurtre "extrêmement brutal et cruel", commis de façon délibérée et maîtrisée, avec une part de préparation. Elle ne croit pas qu'il portait ce couteau sur lui pour se protéger, et elle tient compte des mutilations qui ont continué après la mort de Sophie. Clayton ne réagit pas. Gil, le père de Sophie, dit ce que ressent la famille. "Il n'a jamais plaidé coupable, et il n'a jamais dit pardon." En novembre, on apprend même que la déclaration de Gil, en tant que proche de la victime, a été coupée à la demande de la juge, si bien qu'il n'a pas pu répondre à certaines choses affirmées au procès.
Pendant ce temps, dans tout le pays, on ne parle plus que de ça, parce que pendant des semaines, on a entendu la défense d'un homme qui a infligé 216 blessures parler surtout de la femme qu'il a tuée. En août 2009, le ministre de la Justice, Simon Power, présente un projet de loi pour supprimer la défense de provocation, et fin novembre, le Parlement le vote, presque à l'unanimité, par 116 voix contre 5. Le 7 décembre 2009, la loi est promulguée, et depuis, plus personne en Nouvelle-Zélande ne peut dire qu'une femme l'a poussé à la tuer pour échapper au meurtre.
Clayton Weatherston, lui, fait appel, en affirmant que les médias l'ont empêché d'avoir un procès équitable, et en 2011, la cour d'appel puis la Cour suprême lui disent non. Or une période de sûreté a une fin, et celle-ci arrive en janvier 2026.
Le combat de Lesley
Lesley, elle, ne veut pas que sa fille reste la jeune femme décrite au procès. Le 6 octobre 2010, elle lance la Sophie Elliott Foundation, pour apprendre aux jeunes femmes à reconnaître les premiers signes d'une relation violente. Le 10 juin 2011, la veille des 26 ans qu'aurait eus Sophie, elle publie son livre, Sophie's Legacy (L'Héritage de Sophie), écrit avec Bill O'Brien. Parmi les souvenirs qu'elle garde de sa fille, il y a un petit mot où Sophie a écrit "Ça te sert ?".
À partir de 2013, avec la police, la fondation crée Loves-Me-Not, un atelier d'une journée pour les lycéens, et pendant des années, Lesley parcourt le pays pour le présenter. En septembre 2019, atteinte de la maladie de Parkinson, elle ferme la fondation et confie l'atelier à la police, qui le fait toujours vivre dans les lycées. Lesley meurt le 20 novembre 2022, à 76 ans.
Le 30 janvier 2026, 18 ans après les faits, Clayton Weatherston, 50 ans, se présente pour la première fois devant la commission des libérations conditionnelles. Son avocat ne demande pas sa libération, et les rapports des cliniciens le jugent toujours à haut risque, surtout dans une relation de couple. Devant la commission, il reconnaît que rejeter la faute sur Sophie était "complètement faux". Gil Elliott, lui, doute que ces remords soient sincères. La libération est refusée, et Clayton Weatherston reste en prison au moins jusqu'en novembre 2027, date à laquelle Gil sait qu'il faudra "tout revivre".
Sophie avait 22 ans. Le soir du 9 janvier 2008, ses amis l'attendaient pour son dîner d'adieu.
L'affaire Sophie Elliott en vidéo ⬇️



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Si vous êtes victime de violences conjugales, ou si vous en êtes témoin, vous pouvez appeler le 3919, en France, gratuitement et de façon anonyme, 24h/24 et 7j/7. En Nouvelle-Zélande, la ligne d'urgence de Women's Refuge est le 0800 733 843 (gratuite, 24h/24), et la ligne d'information sur les violences familiales est le 0800 456 450. En cas de danger immédiat, appelez le 17 en France, ou le 111 en Nouvelle-Zélande.
Sources :
Otago Daily Times, ouverture du procès et détail des blessures, 24 juin 2009 : https://www.odt.co.nz/news/dunedin/elliot-disfigured-wounds
Otago Daily Times, le témoignage de Lesley Elliott, 25 juin 2009 : https://www.odt.co.nz/news/dunedin/mother-describes-death-scene
Otago Daily Times, le témoignage de l'agent John Cunningham, 8 juillet 2009 : https://www.odt.co.nz/news/dunedin/weatherston-calm-controlled-court-told
Otago Daily Times, la peine prononcée par la juge Judith Potter, 16 septembre 2009 : https://www.odt.co.nz/news/dunedin/weatherston-gets-life
NZ Herald, Lesley Elliott et la fermeture de la fondation, 4 octobre 2019 : https://www.nzherald.co.nz/nz/where-are-they-now-lesley-elliott-murder-victim-sophies-inspirational-mum/6CWDS5GL6I4ROMH6XLHA52WUCE/
RNZ, première audience de libération conditionnelle, 30 janvier 2026 : https://www.rnz.co.nz/news/national/585509/convicted-murderer-clayton-weatherston-denied-parole-after-18-years-in-prison
Wikipédia (en anglais), meurtre de Sophie Elliott : https://en.wikipedia.org/wiki/Murder_of_Sophie_Elliott
