Affaire Sarah Lawrence : égorgée, ses enfants dorment à côté

Photo d'archive en noir et blanc, à Amarillo au Texas en 1979, affaire Sarah Lawrence
Photo d'archive en noir et blanc, à Amarillo au Texas en 1979, affaire Sarah Lawrence

Le vendredi 26 octobre 1979, à Amarillo, au Texas, Sarah Lawrence, 30 ans, emmène ses 3 enfants à la fête d'Halloween de l'école, et vers 21h30, son mari, David, l'appelle de son travail pour lui dire qu'il sera rentré vers 23h. Quand il pousse la porte, avec une demi-heure de retard, il trouve Sarah allongée dans le salon, entre le canapé et la table basse, avec une plaie énorme à la gorge, alors que dans les chambres, les 3 enfants dorment sans avoir rien entendu. Sur la cuisse de Sarah et sur la table basse, celui qui l'a tuée a laissé l'empreinte de sa paume dans le sang, de quoi le confondre dès la première nuit. Pourtant, ces empreintes vont rester des mois oubliées dans un tiroir, et pendant ce temps, à Amarillo, une autre jeune femme, Sherry Welch, est tuée à son tour.

Sarah Lawrence, un soir d'Halloween

Sarah Lawrence a 30 ans, elle est née à Kansas City, dans le Missouri, et à Amarillo, elle travaille chez Corporate Systems. Avec son mari, David, qui a 33 ans, elle a 3 enfants, et la famille fréquente l'église méthodiste de Polk Street. Le soir de la fête d'Halloween, David n'est pas avec eux, parce qu'il est parti travailler à 15h et qu'il ne rentrera qu'à la fin de la soirée.

Amarillo est une ville du nord du Texas que ses habitants surnomment la "Yellow City", parce qu'Amarillo, en espagnol, ça veut dire "jaune". Ici, on vit du bétail. Toute l'année, des camions chargés de bêtes traversent la ville, et beaucoup d'hommes travaillent dans les abattoirs et les usines de conditionnement de viande. À l'ouest, le long de la Route 66, 10 vieilles Cadillac sont plantées dans la terre, le nez en bas, et ce Cadillac Ranch, installé en 1974 par un collectif d'artistes avec l'argent d'un riche habitant, Stanley Marsh, est devenu avec le temps la fierté de la ville.

Les Lawrence habitent une maison dont l'arrière donne sur une petite allée. À 21h30, David appelle Sarah depuis son travail pour lui dire qu'il sera à la maison vers 23h, et finalement, il arrive à 23h30. Il entre, et dans le salon, il voit Sarah, couchée sur le dos par terre, entre le canapé et la table basse. Elle a du sang sur le côté du visage, et le bas de son corps est entièrement nu. Ses jambes sont écartées, et sa culotte a été roulée jusqu'en bas de sa jambe droite. Quand David s'approche, il voit une plaie énorme au niveau de sa gorge, et le sang coule encore.

Dans les chambres, les 3 enfants dorment.

Un couteau Bowie disparu

Les enfants n'ont rien entendu et rien vu. David appelle la police, et quelques minutes plus tard, les policiers d'Amarillo arrivent. C'est une policière, Carolyn Sue Porter, qui photographie la scène. Sur l'intérieur de la cuisse gauche de Sarah, il y a l'empreinte d'une paume de main, faite avec du sang, et une deuxième empreinte de paume, en sang elle aussi, se trouve sur la table basse, juste à côté du corps. Pour les enquêteurs, c'est capital, parce que ces traces ont été laissées par quelqu'un qui avait le sang de Sarah sur les mains, donc par celui qui vient de la tuer.

Dans la maison, le sac à main de Sarah a disparu, et il manque autre chose. Dans la chambre des parents, sur un support, il y avait un grand couteau Bowie, la réplique commémorative d'un couteau de chasse célèbre au Texas. David l'a vu à sa place à 15h, quand il est parti travailler, et maintenant, le support est vide. Quand le corps est déplacé, l'agent Greg Soltis trouve dessous une petite pièce en laiton, le contrepoids du couteau disparu, ce qui veut dire que le tueur n'a pas apporté son arme avec lui, il l'a prise dans la chambre du couple.

Le docteur Jose Diaz-Esquivel, qui a vu Sarah dans le salon, fait l'autopsie, et il compte au moins 30 coups de couteau, sur ses bras, ses épaules, son dos, son visage, son ventre et sa main gauche. Le coup qui la tue est celui de la gorge, si profond qu'il lui tranche le larynx, et Sarah meurt étouffée. Ces blessures, c'est une grande lame qui les a faites, comme celle du couteau Bowie de la chambre. Le légiste relève aussi des traces d'agression sexuelle, au ventre et dans les parties intimes, dont une au moins a eu lieu après sa mort, et son corps a été mutilé.

Le lendemain, dans la chambre, c'est David lui-même qui remarque un autre détail. Le bas de la moustiquaire de la fenêtre a été tiré vers l'extérieur, et sur le rebord, juste en dessous, il y a des taches rouges.

Des traces de pas dans l'allée

C'est sans doute par cette fenêtre que le tueur est sorti. Dès la première nuit, dans l'allée qui passe derrière la maison, des policiers repèrent des traces de pas, et l'agent Gary Chadwick les suit, comme l'agent Everett Smith. Ce sont des empreintes de baskets, avec un motif de petits ronds sous la semelle, et elles descendent l'allée jusqu'à une autre allée, sur la 45e Rue, juste en face d'une maison que les policiers du quartier connaissent bien.

À Amarillo, en 1979, les policiers du sud de la ville connaissent leurs délinquants par leur nom. Cette nuit-là, en apprenant le meurtre de Sarah, ils pensent à un garçon de 17 ans qui habite justement sur la 45e Rue, là où s'arrêtent les traces de pas. Il s'appelle Jay Kelly Pinkerton.

Randy TenBrink est policier depuis 3 ans, et cette nuit-là, il fait équipe avec le sergent Dennis Hendley. Jay, il le connaît très bien, parce que quand on travaille dans le sud de la ville, on finit forcément par tomber sur lui. Les plaintes à son sujet sont nombreuses, pour des intrusions dans les propriétés, pour des cambriolages, et parce qu'on l'a surpris à regarder par les fenêtres des maisons. Pour Randy TenBrink, ses cambriolages ont d'ailleurs quelque chose de particulier, parce que s'il prend de l'argent quand il en trouve, il entre surtout pour regarder les femmes.

Les 2 policiers vont frapper chez les Pinkerton. C'est la mère de Jay, Margie, qui ouvre, et elle est franchement hostile. Elle leur dit que son fils n'est pas là, elle refuse de les laisser entrer, et elle ne répond à aucune autre question. Sans mandat, ils ne peuvent pas entrer, alors ils lui laissent une carte, pour que Jay les rappelle quand il rentrera.

Une course-poursuite en pleine nuit

Dans la voiture, Dennis Hendley se souvient d'une habitude de Jay. Quand il a volé de la monnaie dans une maison, il va au supermarché Albertsons du quartier, et il fait semblant de téléphoner dans une cabine. Les 2 policiers font demi-tour pour aller voir, et à quelques pâtés de maisons de chez les Lawrence, ils voient un grand garçon blond, torse nu, qui traverse un parking en courant.

Randy TenBrink saute de la voiture et crie "Police, halte !", sauf que le garçon ne s'arrête pas. Il court à travers des zones éclairées, il tourne au coin d'une rue, puis il s'engage dans une ruelle, et 2 ou 3 maisons plus loin, il essaie d'escalader une haute palissade. Randy TenBrink l'attrape juste au moment où il arrive en haut, et il le fait redescendre. C'est bien Jay.

Il porte un jean et des baskets, et ses cheveux sont plaqués en arrière, tellement mouillés qu'on dirait qu'il sort de la douche, et c'est exactement l'impression qu'il donne à Dennis Hendley. Pendant tout le trajet jusqu'à la voiture, Jay ne dit pas un mot. Il est environ 2h30 du matin, et l'agent Everett Smith, qui a vu les traces dans l'allée, regarde ses chaussures. Ce sont des baskets avec un motif de petits ronds sous la semelle, qui ressemblent, par la taille et par le dessin, aux traces de pas, sauf que personne n'a mesuré les traces de l'allée.

Des empreintes oubliées dans un tiroir

Au poste, cette nuit-là, Jay est enregistré pour une suspicion de violation de sa liberté conditionnelle. Au moment où Randy TenBrink et Dennis Hendley s'apprêtent à repartir, un policier fait entrer David Lawrence, qui porte 2 de ses enfants enveloppés dans des couvertures. Plus de 40 ans après, cette image bouleverse encore Randy TenBrink, parce qu'en voyant ces enfants, il savait qu'ils ne reverraient jamais leur mère.

Pour garder Jay, il faudrait comparer ses empreintes avec celles de la scène de crime, et en 1979, ce travail se fait à la main, par un spécialiste. Sauf que les empreintes relevées chez les Lawrence n'arrivent jamais jusqu'à lui. Selon le maire de l'époque, Jerry Hodge, un policier les a rangées dans le tiroir de son bureau sans prévenir personne, et elles y restent, perdues, pendant 6 ou 7 mois. "Ils avaient les empreintes de Jay Kelly Pinkerton dès la première nuit", dit-il.

Pour Randy TenBrink, à l'époque, l'enquête se fait encore un peu comme chez les cow-boys. Chacun mène la sienne, et il arrive que des preuves restent dans un tiroir pour servir plus tard, ou que des empreintes ne soient jamais classées. Sans comparaison, il n'y a rien pour garder Jay, si bien que le 30 octobre 1979, 3 jours après son arrestation, il sort du commissariat et rentre chez lui, sur la 45e Rue.

Dans toute la ville, la peur s'installe, parce qu'une mère de famille a été tuée chez elle avec ses enfants dans la maison, et que personne n'a été inculpé. Halloween tombe 5 jours après le meurtre, et dans une ville où les enfants vont frapper aux portes à la nuit tombée, le maire, Jerry Hodge, ne veut prendre aucun risque, alors il annule purement et simplement Halloween. La presse le surnomme aussitôt "le Grinch qui a volé Halloween", et il l'accepte. "Ça fait partie du métier, je suppose. Nous avons annulé Halloween parce que toute la ville était terrifiée."

Pendant que la ville a peur, les enquêteurs passent des semaines à vérifier les pistes de centaines d'autres suspects, alors que les empreintes de la première nuit attendent toujours dans un tiroir.

Sherry Welch ferme son magasin

Le mercredi 9 avril 1980, vers 17h30, Sherry Welch ferme Reflections, le magasin de meubles de sa famille, au centre commercial de Wolflin Village, à Amarillo. C'est elle qui le dirige, et ce soir-là, elle attend son mari, Tex.

Sherry a 25 ans, et de son nom de jeune fille, elle s'appelle Sherry Lynn Hales. En 1973, elle a obtenu son diplôme au lycée de Claude, une petite ville à l'est d'Amarillo, et plus jeune, elle a participé à des concours de beauté de la région. Dans la presse, on la présente donc comme une ancienne reine de beauté d'Amarillo. Elle a ensuite épousé son amour du lycée, Tex Welch, et le jeune couple vit à Canyon, une petite ville juste au sud d'Amarillo, où Sherry va à la First Baptist Church et fait partie du Canyon Study Club.

C'est pendant qu'elle attend Tex, dans le magasin, qu'elle est attaquée, et c'est là qu'on la retrouve morte. Elle a été poignardée plus de 30 fois, et elle a été violée. Pour les policiers d'Amarillo, la ressemblance avec la mort de Sarah Lawrence, 5 mois et demi plus tôt, saute aux yeux, puisque dans les 2 cas, une jeune femme est attaquée au couteau, poignardée une trentaine de fois et agressée sexuellement. Mais comme les empreintes de la première nuit sont toujours perdues dans un tiroir, rien ne relie encore les 2 meurtres à un homme en particulier.

Le meurtre de Sherry relance la peur dans toute la ville. Une cagnotte est ouverte pour offrir une récompense à quiconque apportera une information, et des milliers de dollars y sont versés. Pourtant, pendant des mois, l'enquête n'avance pas.

Tex Welch veut savoir ce que la police a fait de l'enquête sur la mort de sa femme, alors il obtient le dossier par voie de justice. En le lisant, il découvre que les policiers ne sont venus relever les empreintes dans le magasin que le lendemain du meurtre, ce qui veut dire que pendant toute une nuit, n'importe qui aurait pu entrer dans la boutique, toucher les meubles, ou effacer des traces.

Une paume dans le sang

Pendant ce temps, les empreintes de la maison des Lawrence finissent par ressortir du tiroir, et cette fois, elles sont comparées. L'homme dont la paume s'est imprimée dans le sang de Sarah, les policiers l'ont eu entre les mains dès la première nuit.

C'est Jay Kelly Pinkerton.

Le 26 septembre 1980, 11 mois jour pour jour après le meurtre de Sarah, Jay est arrêté et placé en détention pour le meurtre de Sarah Lawrence. Il a 18 ans, et entre-temps, Sherry Welch a été tuée.

Quelques mois plus tard, dans le journal de Canyon, Tex Welch accuse la police d'Amarillo d'avoir bâclé l'enquête sur la mort de sa femme. Il la soupçonne aussi de traîner à inculper Jay pour ce meurtre, parce qu'elle se sentirait coupable d'avoir raté l'enquête sur la mort de Sarah. À ce moment-là, le chef de la police, Lelond Spradlin, en poste depuis 1975, a déjà perdu la confiance des habitants et des élus. Une motion pour le renvoyer est présentée au conseil municipal, et même si elle n'est pas adoptée, il finit par démissionner sous la pression de la mairie.

La famille de Sherry demande à rencontrer le maire, Jerry Hodge, et pour lui, ce qui suit est la chose la plus dure qu'il ait eu à faire pendant ses 2 mandats. "J'ai dû les rappeler et leur dire que si nos policiers avaient fait leur travail, votre fille, votre sœur serait encore en vie."

Un fils qui ne fait jamais rien de mal

Le garçon que la police vient d'arrêter est né le 14 février 1962, le jour de la Saint-Valentin. Ses parents, Gene et Margie, ont eu plusieurs enfants, et ils ont longtemps vécu dans le Nebraska, où les drames se succèdent dans la famille. En 1956, Michael, un bébé de 5 mois, tombe du lit, il se retrouve pris dans les draps, et il meurt étouffé. En 1964, à North Platte, Kenneth, 11 ans, est envoyé dans sa chambre pour une punition, et il y met fin à ses jours. En 1974, 2 autres fils, Roger, 21 ans, un ancien du Vietnam, et Allen, 15 ans, meurent dans un accident de voiture. Après ça, Gene et Margie quittent le Nebraska avec leurs plus jeunes enfants, et ils s'installent à Amarillo.

Avec Jay, Margie fait partie de ces mères pour qui leur fils ne fait jamais rien de mal, et Randy TenBrink s'en souvient très bien. Si la police l'arrête, et elle l'arrête souvent, c'est forcément la faute de la police, et de toute façon, les arrestations ne durent jamais longtemps, parce que Jay ressort à chaque fois. Entre-temps, il a été apprenti découpeur de viande, et il a travaillé dans l'une de ces usines de conditionnement de viande d'Amarillo.

Un procès à 1 000 km d'Amarillo

En mai 1981, c'est loin d'Amarillo, à Corpus Christi, sur la côte du golfe du Mexique, à environ 1 000 km de route de la maison des Lawrence, que le procès s'ouvre, parce qu'il a été délocalisé. Pour l'accusation, Jay est entré chez les Lawrence pour voler, ou pour violer Sarah, et c'est ce qui fait de sa mort un meurtre puni de la peine de mort au Texas. Jay, lui, jure qu'il est innocent.

À la barre, David raconte son coup de téléphone de 21h30, son retour à 23h30, sa femme dans le salon, et le couteau qui a disparu de la chambre. Peter Belecastro, un expert en empreintes du FBI, explique ensuite qu'il a comparé la paume imprimée sur la cuisse de Sarah, celle de la table basse et les empreintes de Jay prises par la police d'Amarillo, et pour lui, elles ont toutes été laissées par la même personne, Jay Kelly Pinkerton.

Mais le témoin le plus lourd pour Jay, c'est un détenu, John Alley. Pendant 6 mois, il a été incarcéré avec Jay à la prison du comté de Randall, et selon lui, Jay a reconnu à plusieurs reprises, en riant, avoir tué Sarah. Devant le jury, il décrit ce que Jay lui aurait raconté, l'agression sexuelle, la gorge tranchée et les mutilations du corps, et il est d'ailleurs le seul témoin du procès à parler de ces mutilations. Quand on lui demande pourquoi il a décidé de témoigner, il répond qu'il a une petite fille de 3 ans et une jeune épouse. "Je ne vais pas rester là à regarder quelqu'un comme ça s'en sortir, après qu'il s'en est vanté pendant 6 mois, alors que la prochaine fois, ce pourrait être ma femme ou ma fille."

La défense de Jay essaie de faire tomber la circonstance aggravante. Pour ses avocats, rien ne prouve qu'il y a eu un viol au sens de la loi texane, et tout montre que le tueur voulait tuer Sarah, puis s'en prendre à son corps, sans être entré chez elle pour la violer. Le jury ne les suit pas. Il reconnaît Jay coupable de meurtre avec circonstances aggravantes, et il le condamne à mort.

Des morsures sur le corps

Après ce premier procès, les enquêteurs continuent de travailler sur le meurtre de Sherry, et en juillet 1981, Jay est inculpé pour sa mort. Cette fois, la preuve la plus importante ne vient pas d'une empreinte de main. Sur le corps de Sherry, il y a des marques de morsures, et un médecin les compare aux empreintes dentaires de Jay, si bien que pour lui, ce sont bien ses dents qui ont laissé ces marques. Selon l'accusation, après avoir tué Sherry, Jay s'est lavé au lavabo de l'arrière-boutique, avant de retourner travailler à l'usine de conditionnement de viande.

Le jury le reconnaît coupable de meurtre avec circonstances aggravantes pour le viol et le meurtre de Sherry, et Jay est condamné à mort une deuxième fois. Il continue pourtant de dire qu'il n'a tué ni Sarah, ni Sherry.

25 minutes avant l'injection

Dans le couloir de la mort du Texas, Jay devient le détenu numéro 686, et depuis sa cellule, il se bat pour sa vie, recours après recours. En 1983, les juges d'appel du Texas confirment sa condamnation, parce que pour eux, la façon dont Sarah a été laissée dans le salon, nue à partir de la taille, les jambes écartées, suffit à montrer qu'il est entré chez elle pour la violer.

3 fois, on lui fixe une date d'exécution, en mai 1984, en août 1985 et en novembre 1985, et 3 fois, un sursis tombe avant le jour dit.

En août 1985, Jay passe la soirée à jouer aux dominos avec l'aumônier de la prison, puis il reste éveillé presque toute la nuit sur ses papiers, pour tenter d'obtenir un sursis. Il a déjà mangé son dernier repas, et il n'est plus qu'à 25 minutes de l'injection quand la Cour suprême des États-Unis suspend l'exécution.

Une dernière nuit à Huntsville

Finalement, une dernière date est fixée, le 15 mai 1986, juste après minuit. La veille, à Washington, 7 juges de la Cour suprême sur 9 refusent d'arrêter l'exécution. L'un des 2 qui voulaient le sursis, Thurgood Marshall, rappelle que Jay n'avait que 17 ans le soir où Sarah est morte, et qu'il faudrait au moins se demander si on a le droit d'exécuter quelqu'un pour un crime commis quand il était mineur.

Le soir même, Jay écrit un dernier recours à la main, et c'est sa mère, Margie, qui va le porter au juge fédéral Hayden Head. D'habitude, ce juge siège à Corpus Christi, mais ce jour-là, il est à Houston pour une conférence. Il rejette le recours, comme la cour d'appel fédérale de La Nouvelle-Orléans et la Cour suprême après lui, et le gouverneur du Texas, Mark White, refuse d'intervenir.

Dans l'après-midi, à la prison de Huntsville, Jay a reçu la visite de ses parents et d'une amie. Il a jeûné toute la journée pour le ramadan, parce qu'il est devenu musulman, et son dernier repas, c'est un sandwich au poisson, des frites et du lait. Margie n'est pas là au moment de sa mort, si bien que c'est son père, Gene, 63 ans, qui est son seul témoin personnel dans la salle d'exécution. Pendant ce temps, June Morgan, la tante de Sarah, attend à la prison qu'on lui annonce que c'est fini.

Quand les témoins entrent dans la salle, Jay, attaché sur le brancard, demande à son père d'être fort pour lui, il lui dit qu'il est en paix avec lui-même et avec son Dieu, et il lui demande de dire au revoir à sa mère. Il récite une prière musulmane pendant que le produit commence à couler. Gene lui dit "Au revoir, Jay", et Jay lui répond qu'il l'aime. Ses derniers mots, c'est pour dire qu'il a la tête qui tourne.

Jay Kelly Pinkerton est déclaré mort à 0h25, heure du Texas, le 15 mai 1986. Il a 24 ans, et c'est à l'époque la plus jeune personne exécutée aux États-Unis depuis le rétablissement de la peine de mort en 1976, et le troisième condamné exécuté pour un crime commis quand il était mineur. Gene avait déjà perdu 4 fils, et cette nuit-là, il en perd un cinquième.

2 caisses dans un bureau de la police

En 2023, dans les bureaux de la police d'Amarillo, Sarah et Sherry remplissent encore 2 grandes caisses de dossiers. Leur mort a changé la police de la ville, parce que ces 2 affaires ont été si violentes et ont demandé tellement de travail que dès 1981, la police d'Amarillo et celles des 2 comtés autour se mettent enfin à travailler ensemble, dans une même unité qui deviendra plus tard la brigade des homicides de la ville. Après le départ de Lelond Spradlin, le nouveau chef, Jerry Neal, reste 25 ans à la tête de la police, et pour Jerry Hodge, c'est lui qui a remis le service sur pied.

Un homme qui aurait dû rester derrière les barreaux et qui se retrouve libre au moment de tuer, c'est aussi le drame de l'affaire Lawrence Paul Anderson, où le suspect était sorti de prison 3 semaines plus tôt. Et 2 jeunes femmes tuées à quelques mois d'écart, en 1987, en Angleterre, c'est l'affaire David Fuller, dont les familles ont attendu 33 ans une réponse.

Cette année-là, la télévision locale, KAMR, demande à Randy TenBrink si les familles de Sarah et de Sherry ont obtenu justice, et il marque un temps avant de répondre. "Elles ont obtenu autant de justice que le système judiciaire est fait pour en donner." Depuis l'exécution de 1986, aucun fait nouveau n'a été rapporté dans l'affaire.

Sarah avait 30 ans, et ce soir-là, elle avait emmené ses enfants à la fête d'Halloween de l'école. Sherry avait 25 ans, et elle attendait son mari dans son magasin.

L'affaire Sarah Lawrence et Sherry Welch en vidéo ⬇️

À lire aussi :

➡️ Affaire Shawn Grate
➡️ Affaire Lauren Giddings

Sources :

Cour d'appel criminelle du Texas, Pinkerton v. State (meurtre de Sarah Donn Lawrence), 13 juillet 1983 : https://law.justia.com/cases/texas/court-of-criminal-appeals/1983/68903-3.html
Texas Department of Criminal Justice, dernière déclaration du détenu n° 686, 15 mai 1986 : https://tdcj.texas.gov/death_row/dr_info/pinkertonjaylast.html
UPI, exécution à Huntsville, 15 mai 1986 : https://www.upi.com/Archives/1986/05/15/Two-time-murderer-executed/7225516513600/
UPI, refus de sursis par la cour d'appel fédérale, 13 mai 1986 : https://www.upi.com/Archives/1986/05/13/Convicted-killer-denied-stay/7672516340800/
UPI, exécution prévue et suspendue, 14 août 1985 : https://www.upi.com/Archives/1985/08/14/A-23-year-old-man-ordered-to-die-for-raping-and/4863492840000/
KAMR MyHighPlains, les meurtres d'Amarillo 44 ans après, 26 octobre 2023 : https://www.myhighplains.com/high-plains-history/amarillos-season-of-terror-the-murders-of-jay-kelly-pinkerton-44-years-later/