AFFAIRE DAVID FULLER
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FÉMINICIDETUEURS EN SÉRIE
5/28/202616 min temps de lecture


Tunbridge Wells, Kent, Angleterre. Deux meurtres en 1987, jamais résolus pendant 33 ans. Derrière eux : un électricien d'hôpital, mari et père de famille en apparence parfaitement ordinaire, qui avait mené en parallèle l'une des carrières criminelles les plus monstrueuses de l'histoire britannique — deux meurtres, plus de trente ans d'actes de nécrophilie sur des centaines de cadavres hospitaliers, et la plus grande collection de pornographie infantile jamais saisie au Royaume-Uni.
Wendy Knell
Wendy Knell a 25 ans. C'est une jeune femme généreuse, solaire, profondément altruiste — le genre de personne qui voit le bon en chacun, qui a toujours un mot gentil, qui est aimée de tous ceux qui la côtoient. Après un premier mariage qui n'a pas tenu, elle s'est installée dans un petit studio au rez-de-chaussée de Tunbridge Wells et a repris goût à la vie. Elle gère une boutique de développement photo SupaSnaps — le genre de chaîne où, avant le numérique, on allait faire développer ses photos avec la surprise de découvrir que la moitié étaient floues. Elle fréquente ses voisins, elle est bien entourée, et elle vient de rencontrer un garçon, Ian, avec qui elle envisage de se fiancer.
Ce matin du 23 juin 1987, Wendy n'arrive pas au travail. Ses collègues contactent Ian, qui se rend immédiatement chez elle. Pas de réponse à la porte. Il fait le tour de la résidence, entre par la fenêtre de derrière. Sur le lit : Wendy, allongée, couverte de sang. L'oreiller et le matelas en sont entièrement imbibés. La scène est absolument terrifiante.
La police arrive. L'appartement est sens dessus dessous. Au sol, une empreinte partielle de chaussure ensanglantée. Nous sommes en 1987 — le concept d'empreinte génétique n'a émergé qu'un an plus tôt, en 1986, utilisé pour la première fois dans l'affaire Colin Pitchfork. En 1987, l'ADN n'est pas encore systématique dans les enquêtes : c'est lent, coûteux, réservé aux affaires les plus complexes. Les enquêteurs prélèvent ce qu'ils peuvent, sans pouvoir l'exploiter immédiatement. Les clés de Wendy ont disparu de son sac. Son journal intime également. La fenêtre a été forcée. La piste du cambriolage qui a mal tourné est envisagée, mais les interrogatoires des proches et des voisins ne donnent rien.
Caroline Pierce
Quelques mois avant le meurtre de Caroline, en septembre 1987, des résidentes du quartier avaient déjà signalé un rôdeur. Un homme qui regardait par les fenêtres des appartements en rez-de-chaussée, qui entrait par effraction, fouillait les affaires. Plusieurs femmes l'avaient surpris. Caroline Pierce, 20 ans, pleine de vie, travaillant au restaurant Buster Browns de la ville, avait elle-même aperçu cet homme en train de regarder à travers ses stores. Inquiète, elle avait pris une décision : faire installer des serrures de haute sécurité sur toutes ses fenêtres. Elle ne voulait pas de risque.
Le soir du 24 novembre 1987, Caroline est sortie avec des amis en discothèque. Elle rentre seule un peu avant minuit en taxi, rigoureuse comme toujours — elle n'aurait jamais manqué une journée de travail sans raison sérieuse. Le lendemain, elle ne se présente pas au restaurant. Sa porte est fermée, ses fenêtres verrouillées, son lit n'est pas défait. Sa disparition est aussitôt signalée à la police.
Pendant plus de trois semaines, la famille, les proches et la police cherchent sans relâche. On espère encore que ce n'est qu'un malentendu. Que Caroline est partie quelque part. Son petit ami, lui, n'y croit pas — il sait que quelque chose de grave s'est passé. Le 15 décembre 1987, un fermier travaillant dans ses champs à une soixantaine de kilomètres de Tunbridge Wells découvre son corps dans un fossé inondé. Elle est en état de décomposition avancée, probablement là depuis le soir de sa disparition. À côté du corps : ses clés — mais il manque un porte-clé. Un détail qui rappelle étrangement la disparition des clés de Wendy, cinq mois plus tôt.
Les enquêteurs font le lien immédiatement. Deux jeunes femmes, vivant à environ un kilomètre et demi l'une de l'autre, dans des studios en rez-de-chaussée. Le même type de trophée emporté par le tueur sur chacune de ses victimes. Une cellule spéciale est créée. La presse baptise ces crimes les "meurtres du Bedsit". Personne ne sait encore que ces deux affaires vont devenir les meurtres non résolus les plus longs de toute l'histoire britannique.
L'enquête — 33 ans pour un nom
En 2008, les progrès technologiques permettent enfin d'extraire des empreintes ADN du tueur sur la scène de crime de Wendy. L'ADN est entré dans les bases de données. Aucune correspondance. Onze ans plus tard, en 2019 — soit 32 ans après les faits — une nouvelle avancée permet d'extraire d'autres empreintes ADN sur les collants de Caroline, soigneusement conservés depuis 1987. Cette fois, les deux profils correspondent entre eux. Pour la première fois, les enquêteurs peuvent formellement confirmer ce qu'ils avaient toujours soupçonné : les deux meurtres ont bien été commis par la même personne.
L'ADN ne correspond toujours à aucun profil connu dans les bases. Les enquêteurs lancent alors une recherche par parenté génétique sur des milliers de profils — un travail titanesque, réduit progressivement à 90 personnes correspondant à peu près à l'âge et aux liens géographiques attendus, puis interrogées une par une jusqu'à n'en garder qu'une. L'ADN d'un proche de cet homme, prélevé discrètement, correspond parfaitement. Les enquêteurs ont leur tueur.
Son nom : David Fuller.
Qui est David Fuller ?
David Fuller naît le 4 septembre 1954 à Portsmouth. Son enfance est normale — famille stable, bonne scolarité, aucun trauma visible, aucune maltraitance connue. Aucune de ces circonstances dramatiques qu'on s'attendrait à trouver derrière un tel profil. Mais dès l'adolescence, son comportement commence à dérailler de façon inquiétante. Il vole des vélos — non pas par besoin, mais pour le plaisir de ne pas se faire prendre. Ce qui l'attire, c'est l'impunité elle-même. Il escalade rapidement : il met le feu aux propriétés des voisins, aux écoles, créant de véritables incendies dans tout le quartier. Il est arrêté, interrogé, relâché avec un simple avertissement. La punition ne change rien.
Il se tourne ensuite vers le voyeurisme. Chaque nuit, il se poste devant les maisons et regarde les femmes se déshabiller à travers leurs fenêtres. Puis, parce que la distance finit par ne plus suffire, il commence à entrer par effraction pour les observer depuis l'intérieur — caché sous un lit ou dans un placard, parfois pendant des heures. Il privilégie les maisons où il y a des couples, pour observer les femmes dans les moments les plus intimes. Et à chaque fois, il change de maison. Jamais la même deux fois. Pendant des années, cette routine nocturne s'installe en parallèle de sa vie ordinaire, sans que personne ne le sache.
En 1972, à 18 ans, il épouse Jilian. Ils ont deux enfants. Aux yeux du monde, c'est un couple parfaitement ordinaire. Mais David ne s'est jamais arrêté. Il fait un apprentissage au ministère de la Défense, une formation d'électricien, trouve un emploi à la base navale de Portsmouth. Il pratique le vélo, la photo, l'observation des oiseaux. Il tient des journaux intimes, développe des milliers de photos qu'il classe dans des albums. Il garde tout, absolument tout — un détail qui se révélera fatal des décennies plus tard.
Un jour, il est surpris en flagrant délit d'intrusion dans une maison. Il est jugé, mais acquitté — le juge y voit un premier écart de conduite pour un citoyen a priori honnête. Ce que le juge ne sait pas, c'est que cela fait plus de dix ans que David fait ça, régulièrement, méthodiquement. L'ignorance, parfois, est plus dangereuse que le mensonge.
Son premier mariage se délite — Jilian le trompe, ils divorcent. David quitte Portsmouth et s'installe à Tunbridge Wells dans le Kent. Il y rencontre Sally, l'épouse en secondes noces. Mais le mariage dégénère vite : David est dominateur, violent. Il colle des post-it sur tout dans la maison pour délimiter ce qui lui appartient — jamais ce qui est à elle. Sa famille voit régulièrement Sally avec des bleus, des ecchymoses sur les bras. Il a des liaisons nombreuses, tente même de séduire la sœur de Sally. En parallèle, il devient le photographe quasi-officieux du groupe de rock Cutting Crew, dépensant l'argent du foyer en déplacements et concerts au point que les disputes deviennent constantes.
Ce qui s'est réellement passé
Wendy, juin 1987
David est passionné de photographie. Il fréquente la boutique SupaSnaps où travaille Wendy. Dès leur première rencontre, il devient obsédé par elle. Il revient régulièrement au magasin sous prétexte de faire développer des photos, puis commence à la suivre jusqu'à chez elle pour repérer son adresse. Pendant cinq semaines, il se poste presque chaque soir devant sa fenêtre pour l'observer — seule, ou avec Ian. Des voisins le voient, tapi dans l'ombre de la rue. Personne ne le signale.
Le 22 juin 1987, Ian accompagne Wendy au travail, l'emmène dîner, la raccompagne chez elle vers minuit et repart. David est là. Wendy va se coucher. David entre par une fenêtre comme il en a l'habitude depuis des années. Sauf que cette fois, au lieu de se cacher et d'observer, il passe à l'acte. Il se jette sur Wendy, l'étrangle, lui frappe la tête avec un objet jusqu'à ce qu'elle perde connaissance, puis la viole. Quand il réalise qu'elle est morte, quelque chose change en lui. Il découvre une fascination pour le cadavre et reste presque toute la nuit. Avant de partir, il emporte ses clés et son journal intime comme trophée — pour continuer, à sa façon, à s'immiscer dans sa vie.
Caroline, novembre 1987
David fréquente régulièrement le restaurant Buster Browns où travaille Caroline. Il commence à la surveiller, à la suivre jusqu'à chez elle. Mais Caroline a fait installer des serrures renforcées sur ses fenêtres — une précaution que David n'avait pas anticipée. Les entrées par effraction habituelles sont bloquées. Le soir du 24 novembre, il attend donc dehors dans l'ombre, tapi dans le noir.
Vers minuit, Caroline descend d'un taxi et remonte le chemin vers sa porte. David sort de sa cachette et lui saute dessus. Elle crie, elle hurle dans la rue. Des voisins s'éveillent. Les chiens aboient. Personne n'appelle la police. David parvient à faire taire Caroline, l'enlève, la conduit à des kilomètres de Tunbridge Wells. Il l'étrangle, lui fracasse le crâne avec un objet contondant, puis agresse son cadavre. Il remet soigneusement ses collants sur le corps avant de le jeter dans le fossé où un fermier le découvrira trois semaines plus tard.
La morgue : Trente ans d'impunité totale
Après les deux meurtres, David ne cherche pas à tuer de nouveau. Il cherche une autre voie pour assouvir ce qu'il a découvert — une voie sans victime à réduire au silence. La solution qui s'impose à lui : accéder à des corps déjà morts. La morgue d'un hôpital. Des corps dans des réfrigérateurs. Mais l'accès est sécurisé — badges, personnel, contrôles. Pour un inconnu, c'est impossible. Il lui faut un prétexte légitime pour y entrer librement.
Fin 1989, David postule comme électricien au Kent and Sussex Hospital de Tunbridge Wells. Il est embauché. Son poste lui donne accès à la quasi-totalité des secteurs de l'hôpital, y compris la morgue. Il passe des semaines à observer méticuleusement les horaires du personnel, les plannings, les emplacements des caméras, les moments creux. Il devient un spécialiste des équipements de la morgue — réfrigérateurs, systèmes de conservation — au point que le personnel l'appelle directement en cas de panne. Il fait presque partie du service. Personne ne questionne jamais sa présence, même quand il n'est là pour aucune réparation.
Chaque soir, entre 17h et 19h — fenêtre pendant laquelle le personnel de jour est parti et celui de nuit n'est pas encore arrivé — David entre dans la morgue avec sa boîte à outils. Alibi parfait en cas de contrôle. Il ouvre les réfrigérateurs, examine les corps, choisit. Il déplace ensuite le cadavre sélectionné jusqu'à la salle d'autopsie — la seule zone non couverte par les caméras de surveillance, l'hôpital ayant fait ce choix pour préserver la dignité des victimes lors des autopsies. L'ironie est absolument atroce. Les brancardiers peuvent descendre des corps à n'importe quel moment, mais ne pénètrent jamais dans la salle d'autopsie. David peut donc continuer sans risque, même si quelqu'un arrive dans la zone de réception.
Pendant plus de vingt ans dans ce seul établissement, personne ne l'a jamais surpris. En 2010, le Kent and Sussex Hospital ferme. David perd son emploi — et son accès. Il postule immédiatement au Tunbridge Wells Hospital, plus proche de chez lui. Il est à nouveau embauché comme électricien. Il recommence exactement le même processus d'observation, de repérage, d'installation. Et continue.
Depuis son divorce avec Sally, il s'est remarié avec une infirmière, Mara. Ils ont deux enfants ensemble. David est désormais père de quatre enfants, meurtrier de deux femmes, et auteur de centaines d'actes de nécrophilie. Mara n'a aucune idée de qui est vraiment son mari.
À partir des années 2010, David commence à se filmer avec son smartphone. Il transfère ses vidéos sur des disques durs soigneusement organisés, classés par ordre alphabétique. Certains dossiers portent des noms explicites, dont "Le plus mortel des necro Lord". Chaque fichier est nommé avec le nom de la victime, son âge et la cause de son décès. Il utilise également les réseaux sociaux pour rechercher l'identité de ses victimes et en apprendre davantage sur leur vie, leurs passions, leurs familles — une extension numérique de son voyeurisme.
Des visages, des vies
Plus de 100 victimes ont été formellement identifiées, âgées de 9 à 100 ans. Ce chiffre est vraisemblablement bien inférieur au total réel. Neuf officiers ont travaillé pendant cinq mois entiers pour traiter les 23 téraoctets de données — soit 800 000 images, 500 vidéos réparties sur 100 disques durs, 1 300 CD, 2 200 disquettes, 30 téléphones portables et plus de 34 000 photos imprimées. Parmi le personnel qui a travaillé sur l'identification des victimes, plusieurs ont subi des dépressions nerveuses.
Les victimes venaient de tous horizons. Des enseignantes. Des employées de l'hôpital. Des femmes qui s'étaient suicidées, avec encore les cicatrices sur leur corps. Des patientes décédées d'un cancer, avec encore du matériel médical fixé à leur corps. Des enfants. Des personnes âgées. Certaines ont été agressées avant et après leur autopsie.
Parmi elles, une femme de 92 ans qui avait travaillé à Bletchley Park — le centre de renseignement secret allié où Alan Turing et son équipe avaient décrypté les codes allemands pendant la Seconde Guerre mondiale. Elle faisait partie de ceux qui avaient contribué à mettre fin au conflit.
Une petite fille de 9 ans, décédée dans des circonstances tragiques. Sa mère lui avait choisi de très beaux vêtements pour l'inhumation, lui avait déposé des jouets et un mot d'adieu — une façon de s'assurer que sa fille ne serait jamais seule. David a emporté le mot. Il a retiré les jouets. Il a enlevé les vêtements.
À Pâques 2014, une famille française — Michael, sa femme et leurs deux filles Helen (22 ans) et Mary (16 ans) — avait traversé la Manche pour leurs premières vacances au Royaume-Uni. Leur programme : du shopping, Primark, découvrir l'Angleterre. À peine débarqués sur le sol britannique, un camion a percuté leur voiture. Michael et ses deux filles sont morts sur le coup. Leurs corps ont été transférés au Tunbridge Wells Hospital. David a eu accès à ceux des deux jeunes femmes.
Azra, 24 ans, diplômée en droit de l'Université de Londres, avait un avenir brillant et était particulièrement proche de sa famille. Le 16 juillet 2020, sa voiture a pris feu sur un pont dans le Kent. Elle est sortie en urgence, a tenté de rejoindre un endroit sûr en passant par-dessus la barrière de sécurité — sans voir qu'entre les deux portions de route il y avait un vide de douze mètres. Elle est tombée la tête la première sur les rochers et est morte sur le coup. En plein confinement, sa mère n'a pas été autorisée à voir son corps pendant cinq jours. David, lui, y a eu accès dès le lendemain. Il a agressé le corps d'Azra à trois reprises sur dix jours — la dernière fois pendant trente-cinq minutes, le lendemain du jour où sa mère était venue se recueillir. C'est cette même mère qui, après avoir appris ce que David avait fait, s'est précipitée au commissariat avec un couteau en criant qu'elle voulait le tuer. Elle a été placée en cellule pendant trente-six heures, puis relâchée sans poursuite. Cette femme était assistante sociale — et avait été l'une des lanceuses d'alerte dans l'affaire Peter Connely.
Une autre victime a été agressée trente minutes seulement avant que sa famille ne vienne se recueillir auprès d'elle.
L'arrestation
La police se présente au domicile de David Fuller aux premières heures du matin. Il est déjà habillé, comme s'il les attendait. Il est arrêté pour les meurtres de Wendy Knell et de Caroline Pierce. À ce stade, les enquêteurs n'ont aucune idée de ce qu'il a accompli pendant trente ans dans les morgues des deux hôpitaux.
La perquisition de son domicile révèle l'étendue réelle de l'horreur. Dans un bureau dont sa femme et ses enfants n'avaient jamais le droit d'approcher, les enquêteurs découvrent une double paroi dans une commode. À l'intérieur : des centaines de disques durs. Le traitement de ces données — 23 téraoctets au total — a nécessité neuf officiers pendant cinq mois entiers. 800 000 images, 500 vidéos, 1 300 CD, 2 200 disquettes, 30 téléphones, 34 000 photos imprimées. Et 4 millions d'images de pornographie infantile — la plus grande collection jamais saisie au Royaume-Uni.
Dans les fichiers figuraient aussi des vidéos de proches féminins de sa femme, filmées à leur insu dans la salle de bain grâce à un stylo équipé d'une caméra cachée, accroché dans la pièce. Et des photomontages combinant les visages de ces femmes vivantes avec les corps de ses victimes à la morgue.
Lors des premiers interrogatoires, David répète "pas de commentaire" à chaque question. Quand les enquêteurs lui présentent les enregistrements vidéo des actes de nécrophilie, il dit que cela le "met mal à l'aise". Finalement, confronté aux preuves, il avoue tout. Il admet que sa victime la plus jeune avait neuf ans. Il finit par dire, résigné : "Tout ce que vous dites me tue."
Le procès
Le procès s'ouvre le 4 octobre 2021, uniquement pour les meurtres de Wendy et Caroline. David plaide non coupable, remettant en question la fiabilité de l'ADN sur des prélèvements aussi anciens. L'accusation produit alors des images de vidéosurveillance le montrant dans le restaurant où travaillait Caroline, des emballages du SupaSnaps de Wendy — et surtout, une photo tirée de ses propres archives qui le montre portant exactement les chaussures correspondant à l'empreinte partielle relevée sur la scène de crime de Wendy en 1987. Cette photo, conservée dans ses milliers d'albums, le trahit trente-quatre ans plus tard. Quatre jours après le début du procès, David modifie son plaidoyer et plaide coupable.
Les familles des victimes s'expriment lors de l'audience. Certaines décrivent l'impression d'assister à un second décès, de refaire leur deuil entièrement. D'autres témoignent d'une dégradation profonde de leur santé mentale depuis la révélation des actes de nécrophilie. L'un des enfants d'une des victimes de la morgue s'est suicidé après avoir appris ce que David avait fait au corps de sa mère.
David Fuller est reconnu coupable d'avoir agressé sexuellement au moins 102 victimes décédées. Sur le plan légal, le Sexual Offences Act 2003 prévoit une peine maximale de deux ans pour nécrophilie — une loi jugée largement insuffisante au regard des faits. Ses condamnations pour pornographie infantile (jusqu'à dix ans) et filmage illégal (six mois) s'y ajoutent. Mais l'essentiel de son sort repose sur les deux peines à vie pour meurtre.
Le 15 décembre 2021, David Fuller est condamné à la prison à vie pour chacun des deux meurtres, avec une peine incompressible. Il ne sortira jamais. Il est l'un des très rares condamnés britanniques à avoir reçu deux peines de ce type simultanément.
David Fuller n'a exprimé aucun remords pour les meurtres de Wendy et Caroline, ni pour les centaines d'actes commis dans les morgues. Aucun mot pour les familles. Aucune explication. Rien.
David Fuller n'était pas un monstre visible. Il était le voisin qui sourit, le collègue fiable, le mari attentionné en apparence. Les gens qui travaillaient avec lui l'aimaient. Ses deux familles successives n'ont jamais rien su. Pendant plus de trente ans, il a commis ses actes dans des hôpitaux publics, sur des centaines de personnes, sans jamais être soupçonné par quiconque dans son entourage direct.
Des voisins avaient vu David se poster devant la fenêtre de Wendy. Personne ne l'avait signalé. Des habitants avaient entendu Caroline crier dans la rue. Personne n'avait appelé la police. Le personnel hospitalier avait croisé David entrer et sortir de la morgue des dizaines de fois sans jamais poser de question. Chacun avait supposé que quelqu'un d'autre veillerait, interviendrait, signalerait.
Wendy voulait se fiancer. Caroline avait pris des précautions parce qu'elle se sentait en danger. Les deux avaient fait ce qu'elles pouvaient. Elles n'ont pas eu de chance — et elles ont payé le prix d'une indifférence collective qui n'aurait pas dû exister.
Résumé des faits
Auteur : David Fuller, né le 4 septembre 1954 à Portsmouth — électricien hospitalier, marié deux fois, père de quatre enfants.
Victimes de meurtre : Wendy Knell, 25 ans, tuée le 23 juin 1987 à Tunbridge Wells — Caroline Pierce, 20 ans, tuée le 25 novembre 1987, corps retrouvé le 15 décembre 1987.
Victimes de nécrophilie : au moins 102 identifiées, âgées de 9 à 100 ans, dans deux hôpitaux de Tunbridge Wells sur une période de plus de trente ans (1989–2020).
Preuves saisies : 23 téraoctets de données — 800 000 images, 500 vidéos, 100 disques durs, 1 300 CD, 2 200 disquettes, 30 téléphones, 34 000 photos imprimées. 4 millions d'images de pornographie infantile — plus grande collection jamais saisie au Royaume-Uni.
Arrestation : 3 décembre 2020.
Procès : ouvert le 4 octobre 2021 — plaidoyer modifié en coupable quatre jours après l'ouverture.
Verdict : 15 décembre 2021 — deux peines de prison à vie incompressibles pour les meurtres de Wendy Knell et Caroline Pierce. Il ne sortira jamais.
Enquête ADN : 1987 (prélèvements), 2008 (premier profil extrait), 2019 (correspondance confirmée entre les deux meurtres), 2020 (identification par parenté génétique).
Sources principales
BBC News, The Guardian, Kent Online — couverture du procès et des condamnations (2020-2021)
Crown Court de Maidstone — documents judiciaires et jugement (décembre 2021)
Kent Police — communiqués officiels sur l'enquête ADN (2008-2020)
Sexual Offences Act 2003 — cadre légal britannique sur la nécrophilie
AFFAIRE DAVID FULLER

