Affaire David Fuller : il viole plus de 100 cadavres

Photos de David Fuller, meurtres de Tunbridge Wells, affaire David Fuller
Photos de David Fuller, meurtres de Tunbridge Wells, affaire David Fuller

Le 23 juin 1987 au matin, à Tunbridge Wells, une petite ville tranquille du Kent, en Angleterre, Wendy Knell, 25 ans, ne se présente pas à la boutique de photos qu'elle gère, et c'est le jeune homme dont elle est amoureuse qui la découvre sans vie dans son lit. 5 mois plus tard, Caroline Pierce, 20 ans, qui sert les clients d'un restaurant de la même rue, n'atteint jamais sa porte, et cette nuit-là, des voisins entendent des cris. Pendant 33 ans, personne ne sait qui les a tuées, jusqu'à ce qu'une recherche ADN familiale mène les policiers à la porte d'un homme de 66 ans, et chez lui, derrière un meuble, ils tombent sur une cachette avec 4 disques durs.

Wendy Knell, un soir de juin

Le soir du 22 juin 1987, Ian Plass raccompagne Wendy Knell jusque chez elle, sur Guildford Road, puis il rentre de son côté. Ian, c'est le jeune homme dont Wendy est amoureuse, et elle vit dans un studio au rez-de-chaussée. Dans la journée, elle est la gérante de la boutique Supasnaps, une enseigne de développement photo comme il en existait partout à l'époque, et pour ceux qui la connaissent, c'est une jeune femme généreuse, chaleureuse, toujours prête à aider.

Vivre seule au rez-de-chaussée, ici, n'inquiète personne, parce que Tunbridge Wells est une ville résidentielle et paisible, à une cinquantaine de kilomètres au sud de Londres, où l'on vient pour ses parcs, ses pubs et les ruelles anciennes des Pantiles, et ce n'est pas le genre d'endroit où l'on ferme sa porte à double tour.

Le lendemain matin, Wendy ne se présente pas à la boutique. Ce n'est pas son genre, alors Ian, inquiet, se rend chez elle.

Une empreinte sur un chemisier

Dans le studio de Guildford Road, c'est Ian qui découvre Wendy, sans vie, dans son lit. Elle a été frappée à la tête, étranglée et agressée sexuellement.

Sur un chemisier, les enquêteurs relèvent une empreinte de chaussure ensanglantée, et ils prélèvent tout ce qu'ils peuvent sur la scène. Sauf qu'en 1987, l'ADN n'en est qu'à ses débuts. La technique vient tout juste d'être utilisée pour la première fois en Angleterre, dans l'affaire Colin Pitchfork, et elle reste rare, lente et coûteuse, si bien que les prélèvements sont simplement conservés.

Dans les semaines qui suivent, plusieurs habitants signalent la même chose. Un rôdeur regarde à travers les fenêtres des logements du rez-de-chaussée, au point que des femmes du quartier ont l'impression d'être observées, et la peur s'installe, doucement. Pourtant, personne ne fait le lien avec la mort de Wendy, parce que personne ne sait qui est cet homme, ni ce qu'il cherche.

Caroline Pierce ne rentre pas

Le 24 novembre 1987, Caroline Pierce passe la soirée en ville avec des amis, et peu avant minuit, un taxi la dépose devant chez elle, à Grosvenor Park. Elle a 20 ans, elle vit seule dans un petit logement, comme Wendy, et elle travaille au Buster Browns, un restaurant américain de Camden Road, à quelques centaines de mètres seulement de la boutique Supasnaps. Sauf que Caroline n'atteint jamais sa porte, et cette nuit-là, des voisins entendent des cris.

Le lendemain, elle ne vient pas travailler. Ses proches s'inquiètent, et ils se rendent chez elle, mais le logement est vide et rien n'a bougé, comme si elle n'était jamais rentrée. Sa disparition est signalée, et pendant 3 semaines, sa famille, ses amis et la police la cherchent, en s'accrochant à l'espoir d'un malentendu, d'une fugue, de n'importe quoi d'autre.

Le 15 décembre 1987, à St Mary in the Marsh, dans les marais de Romney, à plus de 60 kilomètres de Tunbridge Wells, un ouvrier agricole fait une découverte dans un fossé rempli d'eau. C'est le corps de Caroline, et elle a été tuée de la même manière que Wendy.

Les meurtres des studios

Pour les enquêteurs du Kent, le lien entre les 2 affaires paraît évident. Wendy et Caroline vivent seules dans un studio, un "bedsit" comme on dit en Angleterre, dans la même ville, elles travaillent dans la même rue, et elles ont été tuées de la même manière, si bien que la presse baptise ces 2 crimes les "bedsit murders", les meurtres des studios. Une cellule d'enquête est créée, et des centaines de personnes sont entendues. Mais il n'y a ni témoin, ni suspect, ni preuve capable de désigner un coupable, et l'ADN de 1987 ne permet pas encore de remonter jusqu'à un homme.

Au Royaume-Uni, un meurtre non résolu n'est jamais vraiment classé, et le dossier est rouvert régulièrement, chaque fois que la science progresse. En 1999, un profil ADN complet est enfin tiré des prélèvements faits chez Wendy et entré dans le fichier national. Il ne correspond à personne. En 2008, la police du Kent confie l'affaire à son unité spécialisée dans les affaires non résolues, toujours sans résultat, et pendant ce temps, les familles de Wendy et de Caroline attendent, pendant des années, puis pendant des décennies. Les collants de Caroline, eux, sont toujours conservés, avec tout ce qui a été prélevé en 1987.

Une paire de collants

En 2019, de nouvelles analyses sont lancées sur ces collants, et cette fois, les scientifiques parviennent à en extraire de l'ADN. Il correspond à celui retrouvé chez Wendy, donc pour la première fois, 32 ans après les faits, la police peut affirmer scientifiquement que c'est le même homme qui a tué les 2 jeunes femmes.

Sauf que cet homme n'est toujours pas dans le fichier. Alors les enquêteurs tentent une recherche familiale, c'est-à-dire qu'au lieu de chercher le tueur lui-même, ils cherchent des personnes dont l'ADN ressemble au sien, et qui pourraient donc être de sa famille. Le travail est énorme, puisqu'une première liste d'environ 1 000 noms est établie, puis réduite à 90 personnes, avec l'aide de plus de 20 autres forces de police, et les enquêteurs commencent à prélever, sur la base du volontariat, l'ADN des premiers noms de la liste.

L'un de ces prélèvements mène à une famille, puis au frère d'un homme de 66 ans.

Un électricien sans histoire

Le 3 décembre 2020, les policiers frappent à la porte de cet homme, à Heathfield, dans l'East Sussex. Il s'appelle David Fuller, et ils l'arrêtent pour les meurtres de Wendy Knell et de Caroline Pierce. Dans les 36 heures qui suivent, l'ADN prélevé en garde à vue confirme la correspondance.

David Fuller est né le 4 septembre 1954 à Deal, dans le Kent, et après un apprentissage de 4 ans au ministère de la Défense, il est devenu électricien. Il se passionne pour le vélo, l'observation des oiseaux, la musique live et surtout la photographie, au point que dans les années 1980, il devient le photographe officieux du groupe de rock Cutting Crew, qu'il suit en tournée en 1985 avec sa deuxième épouse, Sally. Pour son entourage, c'est un homme serviable, sociable, un bon collègue, et il s'est marié 3 fois sans que personne, dans aucune de ses vies, ne soupçonne quoi que ce soit.

Pourtant, dans les années 1970, il a été condamné à 2 reprises, en 1973 et en 1976, pour des dizaines de cambriolages, et sa méthode, c'est de passer par les fenêtres. Ces condamnations, il ne les a jamais mentionnées quand il cherchait du travail. En 1987, il a 32 ans, et il fréquente le Supasnaps où travaille Wendy, et le Buster Browns où travaille Caroline.

250 boîtes dans le grenier

Après l'arrestation, les enquêteurs fouillent la maison de Heathfield. Dans le grenier, ils trouvent environ 250 boîtes de rangement, des cahiers et des journaux intimes, dont ceux de 1986 et de 1987, parce que David Fuller note tout, et qu'il garde tout.

Parmi ses affaires, il y a des preuves de ses passages au Buster Browns, et des photos rangées dans des pochettes Supasnaps. Sur un cliché des années 1980, il porte des baskets Clarks Sportstrek, et c'est justement le modèle qui correspond à l'empreinte ensanglantée relevée sur le chemisier, chez Wendy. Un peu plus tard, l'empreinte de son index gauche est aussi identifiée sur un sac en plastique trouvé derrière le lit de la jeune femme. Puis, derrière un meuble, les policiers tombent sur une cachette, et à l'intérieur, il y a 4 disques durs.

Un badge pour presque toutes les portes

Ces 4 disques durs ne sont qu'un début. Dans la maison, les policiers en trouvent une centaine, avec des milliers de CD, de disquettes et de photos, au point qu'il leur faut 5 mois pour tout fouiller, et une année entière pour regarder ce qu'il y a dessus. Ils pensaient résoudre un double meurtre, et en ouvrant ces fichiers, ils découvrent autre chose. Venir pour une affaire et tomber sur une autre, bien pire, c'est aussi ce qui arrive à des policiers de l'Ohio, dans l'affaire Shawn Grate.

Depuis 1989, David Fuller travaille comme électricien, puis comme responsable de la maintenance, au Kent and Sussex Hospital de Tunbridge Wells. Quand l'hôpital ferme en 2011, il est transféré au nouvel hôpital de Tunbridge Wells, à Pembury, où il est toujours employé le jour de son arrestation.

Avec son poste, il connaît les lieux, les horaires et les habitudes du personnel, et son badge lui ouvre presque toutes les portes. Parmi elles, il y a celle de la morgue, où il intervient régulièrement pour l'entretien.

Des fichiers classés et nommés

Sur les disques durs, les policiers trouvent des centaines de milliers de photos et de vidéos, prises par David Fuller lui-même, sur lesquelles on le voit violer des corps de femmes et de jeunes filles décédées, dans les morgues des 2 hôpitaux. Il filme, il classe, il nomme ses fichiers, et en garde à vue, il reconnaît avoir utilisé Facebook pour rechercher des photos de ses victimes de leur vivant.

Sur ses supports, il y a aussi des millions d'images de violences sexuelles téléchargées sur Internet, dont des images pédocriminelles, ainsi que des vidéos tournées chez lui, à l'insu des personnes filmées, avec une caméra cachée dans la salle de bain.

Les faits établis par la justice s'étendent de 2005 à novembre 2020, quelques jours seulement avant son arrestation. Au total, l'enquête recense 101 victimes, âgées de 9 à 100 ans, dont certaines n'ont jamais pu être identifiées. Parmi elles, il y a des enfants, des mères, des grands-mères, des femmes mortes de maladie ou d'accident.

Leurs familles, elles, pensaient qu'elles reposaient en paix.

Une bibliothèque de dépravation

Le 8 octobre 2021, David Fuller plaide coupable des 51 chefs d'accusation qui concernent les morgues, les images et la caméra cachée. Pour les meurtres, en revanche, il refuse. Il reconnaît avoir tué Wendy Knell et Caroline Pierce, mais il affirme qu'à l'époque, il souffrait d'un trouble mental qui altérait son jugement, alors il plaide l'homicide involontaire pour responsabilité atténuée, plutôt que le meurtre.

Son procès s'ouvre devant la Crown Court de Maidstone, et l'accusation présente tout, l'ADN, l'empreinte de chaussure, l'empreinte digitale, les pochettes Supasnaps et les traces de ses passages au Buster Browns. Quand le procureur, Duncan Atkinson, en vient au contenu des disques durs, il le décrit comme "une bibliothèque de dépravation sexuelle inimaginable".

Chaque jour du reste de sa vie

Le 4 novembre 2021, au quatrième jour du procès, David Fuller change de plaidoyer, et il plaide coupable des 2 meurtres. 6 semaines plus tard, le 15 décembre 2021, la juge Bobbie Cheema-Grubb le condamne à la réclusion à perpétuité pour chacun des 2 meurtres, avec une peine de perpétuité réelle, ce qu'on appelle en Angleterre une "whole life order", qui signifie qu'il ne pourra jamais demander à sortir. "La peine que je vais prononcer signifie que vous passerez chaque jour du reste de votre vie en prison", lui dit-elle, parce que pour elle, les 2 meurtres étaient prémédités et avaient une motivation sexuelle.

Pour les crimes commis dans les morgues, il est condamné à 12 ans de prison supplémentaires. C'est peu, mais c'est la loi, parce qu'au Royaume-Uni, depuis le Sexual Offences Act de 2003, la pénétration sexuelle d'un cadavre est punie de 2 ans de prison au maximum.

Ensuite, de nouvelles victimes sont identifiées, et en novembre 2022, David Fuller plaide coupable de 16 nouveaux chefs d'accusation. Le 7 décembre 2022, la même juge lui inflige 4 années supplémentaires. Elle n'a vu chez lui "aucun signe de remords sincère", et ce jour-là, elle lui dit une phrase pour les femmes des morgues.

"Elles n'avaient pas perdu leur dignité, jusqu'à ce que vous décidiez de la leur prendre."

444 passages en une seule année

Toutes les familles se posent la même question. Comment cet homme a-t-il pu faire ça pendant 15 ans, dans un hôpital plein de monde, sans que personne ne le voie ? Pour leur répondre, le gouvernement britannique confie une enquête à Sir Jonathan Michael, et ce qu'il découvre est terrible. En une seule année, David Fuller est entré jusqu'à 444 fois dans la morgue, en pleine journée, alors que ses collègues travaillaient juste à côté, et jamais personne ne lui a demandé ce qu'il venait y faire. Personne ne savait non plus qu'il avait un passé de cambrioleur, puisqu'il ne l'avait jamais dit. Des adultes qui passent à côté de ce qu'ils auraient dû voir, c'est aussi ce qui coûte la vie à un petit garçon anglais, dans l'affaire Arthur Labinjo-Hughes.

Pour les familles, la découverte est un second deuil, parce que beaucoup ont appris par la police, des années après l'enterrement, ce qui était arrivé au corps de leur mère, de leur sœur ou de leur fille. Azra Kemal avait 24 ans, et elle est morte en juillet 2020 en tentant de fuir sa voiture en feu. Sa famille a rendu son nom public pour réclamer des réponses, et elle n'en demande qu'une seule. "Nous voulons juste comprendre comment Fuller a pu s'en tirer aussi longtemps."

Des caméras dans les morgues

En juillet 2025, la même enquête se penche sur toutes les morgues du pays, et sa réponse fait froid dans le dos. "Oui, il est tout à fait possible que de tels crimes se reproduisent." Dans la plupart des morgues des hôpitaux publics, il n'y avait aucune caméra, et David Fuller l'a reconnu lui-même, une caméra l'aurait arrêté.

Depuis, les morgues des hôpitaux sont mieux protégées, et toutes les morgues ont dû reprendre leurs registres des 10 dernières années. Mais en 2026, pour les pompes funèbres et les morgues qui ne sont pas dans un hôpital, rien n'a encore été décidé.

Aujourd'hui, David Fuller est détenu à la prison de haute sécurité de Frankland, dans le comté de Durham, et 39 ans après les faits, le meurtrier de Wendy Knell et de Caroline Pierce n'en sortira jamais. Wendy avait 25 ans, et le dernier soir, Ian l'avait raccompagnée jusque chez elle. Caroline en avait 20, et le taxi l'avait déposée devant sa porte.

L'affaire David Fuller en vidéo ⬇️

Sources :

Judiciary of England and Wales, “R v David Fuller, sentencing remarks”, 15 décembre 2021 : https://www.judiciary.uk/wp-content/uploads/2022/07/R-v-David-Fuller-sentencing-remarks-151221.pdf
Judiciary of England and Wales, “R v David Fuller, sentencing remarks”, 7 décembre 2022 : https://www.judiciary.uk/wp-content/uploads/2022/12/R-v-David-Fuller-sentencing-remarks-071222.pdf
Fuller Inquiry, “Phase 2 Report”, communiqué du 15 juillet 2025 : https://fuller.independent-inquiry.uk/wp-content/uploads/2025/07/Phase-2-Report-Press-Release-FINAL.pdf
Gouvernement britannique, “Fuller Inquiry Phase 2 Report: Government update on progress”, 15 juillet 2026 : https://parallelparliament.co.uk/debate/2026-07-15/commons/written-statements/fuller-inquiry-phase-2-report-government-update-on-progress
Associated Press via Boston.com, “British inquiry finds serious failings at hospitals where worker had sex with more than 100 corpses”, 29 novembre 2023 : https://www.boston.com/news/crime/2023/11/29/british-inquiry-finds-serious-failings-at-hospitals-where-worker-had-sex-with-more-than-100-corpses/
Sussex Express, “Heathfield necrophiliac pleads guilty mid-way through Wendy Knell and Caroline Pierce murder trial”, 4 novembre 2021 : https://www.sussexexpress.co.uk/news/crime/heathfield-necrophiliac-pleads-guilty-mid-way-through-wendy-knell-and-caroline-pierce-murder-trial-3445209