Affaire Samantha Koenig : déjà morte sur la photo de rançon


Le mercredi 1er février 2012, vers 20h30, à Anchorage, en Alaska, le petit ami de Samantha Koenig, 18 ans, se gare comme d'habitude devant le petit kiosque à café où elle travaille, sur le parking d'un club de sport, et derrière la fenêtre, tout est éteint. Il en fait le tour une fois sans voir personne, puis il repart, et pendant les heures qui suivent, à l'intérieur du kiosque plongé dans le noir, le téléphone de Samantha s'allume à chaque appel. Plus tard dans la soirée, il reçoit enfin une réponse, envoyée depuis ce téléphone, un message qui dit qu'elle a passé une mauvaise journée et qu'elle quitte la ville pour le week-end. Sauf que Samantha n'a pas de voiture, et qu'elle n'a prévenu personne.
Samantha Koenig, la barista de Tudor Road
Au 630 East Tudor Road, dans le quartier de Midtown, à Anchorage, il y a une petite cabane turquoise posée sur le parking d'un club de sport, l'Alaska Club. C'est le Common Grounds Espresso, un de ces kiosques où l'on commande son café par une fenêtre, et le soir, derrière cette fenêtre, il y a souvent Samantha. Elle mesure 1,65 m, elle a les cheveux et les yeux bruns, et sa couleur préférée, c'est le vert.
Depuis toute petite, Samantha adore les animaux, et ce qu'elle voudrait, c'est devenir vétérinaire. Certains jours, elle pense aussi à s'engager dans la Marine, ou à devenir infirmière. Sa mère, Darlene, la décrit comme "belle, pleine de vie et de rires", et son père, James, est incapable de la résumer en quelques mots. Son petit ami, lui, l'a rencontrée au lycée West High, ils sortent ensemble depuis environ 10 mois, et pour lui, c'est "quelqu'un de vraiment bien".
Ce qui inquiète James, c'est que sa fille ferme le kiosque toute seule. Il y a bien des caméras, et sous le comptoir, à quelques centimètres de l'interrupteur des lumières, il y a un bouton d'alarme silencieuse qui prévient le propriétaire sans faire le moindre bruit. Le mercredi 1er février 2012, un peu avant 20h, quelques minutes avant la fermeture, un homme s'approche de la fenêtre et commande un americano.
Un kiosque plongé dans le noir
Vers 20h30, quand le petit ami de Samantha se gare sur le parking de l'Alaska Club pour venir la chercher, le kiosque est éteint. Il en fait le tour une fois, il ne voit personne, alors il repart. Dans les heures qui suivent, son père et lui l'appellent et lui envoient des messages, et à l'intérieur du kiosque, posé dans le noir, le téléphone de Samantha s'allume à chaque appel.
Plus tard dans la soirée, le petit ami reçoit enfin une réponse, envoyée depuis ce téléphone. Samantha lui écrit qu'elle a passé une mauvaise journée et qu'elle quitte la ville pour le week-end, et le patron du Common Grounds reçoit presque le même message. À 18 ans, avoir envie de partir quelques jours après une mauvaise journée, ça peut arriver. Sauf que Samantha n'a pas de voiture, qu'elle n'a prévenu personne, et que pour ses proches, ça ne lui ressemble pas du tout.
Pendant la nuit, devant la maison de Samantha, son petit ami tombe sur un homme près du pick-up qu'ils partagent. Il lui crie dessus et rentre chercher de l'aide, mais le temps qu'il ressorte, l'homme s'est enfui. Au petit matin du 2 février, il signale à la police qu'on a volé une carte bancaire dans son véhicule, celle du compte qu'il partage avec Samantha.
12 minutes filmées
Le jeudi 2 février, vers midi, le Common Grounds signale la disparition de Samantha. Dans le kiosque, 2 boissons à moitié préparées sont restées sur le comptoir, rien n'a été rangé, et la caisse est vide. Comme la jeune femme a écrit qu'elle quittait la ville, la police traite d'abord le dossier comme une disparition.
Mais les caméras du kiosque ont tout filmé. Un peu avant 20h, un homme en sweat à capuche sombre s'approche de la fenêtre, et Samantha, en haut vert citron, lui prépare son americano. Au moment où elle le lui tend, il sort une arme. Samantha lève les mains, plusieurs fois, puis elle éteint la lumière, et l'interrupteur est juste à côté du bouton d'alarme, sur lequel elle n'appuie pas. L'homme passe par la fenêtre, il lui attache les mains avec des colliers de serrage, et il l'emmène dehors, à pied. Entre le moment où il arrive à la fenêtre et celui où ils disparaissent, il s'écoule environ 12 minutes.
Pour le lieutenant Dave Parker, de la police d'Anchorage, la façon dont Samantha "agit et réagit" sur ces images ne laisse aucun doute, alors le dossier devient un enlèvement. Mais la police a perdu de précieuses heures, et entre-temps, la neige a recouvert les traces et les odeurs. Sur la vidéo, les enquêteurs voient seulement que l'homme est beaucoup plus grand que Samantha, et sur aucune image, on ne voit son visage.
750 pick-up blancs
Le samedi 4 février, James Koenig est sur le parking du kiosque, entouré d'une quarantaine d'amis de sa fille. Il distribue des rubans verts et des affiches avec la photo de Samantha et un seul mot en rouge, "KIDNAPPED", c'est-à-dire enlevée. Il promet plus de 12 500 dollars à qui permettra de la retrouver vivante, et dès le lendemain, grâce aux seaux de dons posés un peu partout en ville et à l'argent qui arrive "de tous les États-Unis", la récompense atteint 41 000 dollars. Il s'adresse aussi à ceux qui retiennent sa fille. "Renvoyez-la à la maison, je vous donnerai tout ce que j'ai au monde."
Pendant des jours, James dort dans un camping-car garé juste à côté du kiosque. La police, elle, refuse de diffuser la vidéo, et le lieutenant Parker s'en explique. "Si on voyait son visage, vous ne croyez pas que ce serait la première chose qu'on vous dirait ?" Le FBI rejoint l'enquête, et le 11 février, des centaines de personnes se rassemblent à Town Square, une bougie à la main.
Pendant ce temps, les enquêteurs ont trouvé une autre caméra, celle du Home Depot, de l'autre côté de Tudor Road, et juste avant 20h, on y voit un pick-up Chevrolet blanc se garer sur le parking. Ils dressent donc la liste des pick-up de ce modèle dans la ville, environ 750, et ils les vérifient un par un. Parmi eux, il y en a un qui porte une galerie soudée sur son plateau, et celui-là, il est rayé de la liste.
Une feuille sous l'affichette d'Albert
Le vendredi 24 février, le téléphone du petit ami de Samantha vibre, et sur l'écran, c'est son nom à elle qui s'affiche, pour la première fois depuis 23 jours. Le message dit qu'il faut aller voir "sous Albert". Les policiers comprennent qu'il s'agit de Connor's Bog, un parc d'Anchorage où l'on vient promener son chien, et sur le panneau d'affichage, sous l'affichette d'un chien qui s'appelle Albert, ils trouvent une feuille.
C'est la photocopie d'un Polaroid. Samantha est assise, attachée, et un bras d'homme tient devant elle l'Anchorage Daily News daté du 13 février. Au dos, un texte tapé à la machine réclame 30 000 dollars, à déposer sur le compte lié à la carte volée la nuit de l'enlèvement. Pour sa famille, ce journal daté veut dire que 12 jours après sa disparition, Samantha était encore en vie.
James Koenig verse une partie de la somme, environ 5 000 dollars, et pour la police, c'est aussi une façon de garder le contact avec le ravisseur, parce que chaque fois qu'il utilisera cette carte, il laissera une trace. Le mardi 28 février, juste avant minuit, la carte ressort dans un distributeur d'Anchorage.
Un excès de vitesse au Texas
Ce soir-là, sur Minnesota Drive, quelqu'un retire 500 dollars, et le lendemain, 500 dollars de plus sur DeBarr Road, puis plus rien pendant une semaine. Le 7 mars, la carte se réveille à Willcox, en Arizona, à des milliers de kilomètres d'Anchorage, puis le lendemain au Nouveau-Mexique, et quelques jours plus tard au Texas, comme si l'homme qui la tient roulait vers l'est sans s'arrêter. Sur les images des distributeurs, il y a un homme costaud, en sweat gris à capuche, avec des lunettes, un masque gris et des gants, et à chaque fois, la police arrive trop tard. "On avait toujours 10 à 15 minutes de retard sur ce type", dit la détective Monique Doll, de la police d'Anchorage. Sauf qu'à Willcox, la caméra filme aussi la voiture, une Ford Focus blanche.
Le mardi 13 mars, à Lufkin, dans l'est du Texas, une Ford Focus blanche est repérée devant un hôtel. Moins d'une heure après qu'elle a quitté l'hôtel, le caporal Bryan Henry, de la police routière du Texas, l'arrête pour excès de vitesse, à peine 5 km/h au-dessus de la limite, sur le parking d'un restaurant, le Cotton Patch Café, et le Texas Ranger Steve Rayburn le rejoint. Le conducteur tend un permis de l'Alaska, et il explique qu'il a pris l'avion pour Las Vegas, puis loué cette voiture pour aller à un mariage au Texas.
Dans la voiture, le policier voit des cartes routières avec des trajets surlignés en Californie, en Arizona et au Nouveau-Mexique, et dans la portière, des rouleaux de billets tenus par des élastiques. Dans le coffre, il y a un sweat gris à capuche et un tee-shirt découpé en masque, dans le portefeuille, la carte bancaire, et dans la voiture, le téléphone de Samantha, sans sa batterie. Le conducteur affirme que quelqu'un les a jetés dans sa voiture par la fenêtre. Sur son permis, il y a un nom, Israel Keyes, 34 ans, domicilié à Anchorage.
Samantha, elle, n'est pas dans la voiture.
Un artisan sans casier
Le même jour, à Anchorage, des policiers se garent devant une maison de Spurr Lane, dans le quartier de Turnagain. Dans l'allée, il y a un pick-up Chevrolet blanc, avec une galerie soudée sur le plateau, celui qui a été rayé de la liste quelques semaines plus tôt. Israel Keyes vit ici avec sa compagne, une infirmière, et avec sa fille, une écolière d'une dizaine d'années. Il est arrivé en Alaska en 2007, après 3 ans dans l'armée, et à Anchorage, il est charpentier, à son compte, avec sa propre entreprise. Il n'a aucun antécédent judiciaire.
Pour James Koenig, sa fille ne connaissait pas cet homme, et elle a été enlevée au hasard. Pour l'instant, Israel Keyes n'est poursuivi que pour l'utilisation frauduleuse d'une carte bancaire, mais le détective Slawomir Markiewicz est clair. "C'est la seule personne que nous avons inculpée, et la seule personne d'intérêt."
Environ 2 semaines après son arrestation, Israel Keyes est ramené en Alaska, et le 27 mars, devant le tribunal fédéral d'Anchorage, il plaide non coupable de fraude, si bien qu'il est maintenu en détention sans caution. Pourtant, 3 jours plus tard, le 30 mars, dans une salle d'interrogatoire d'Anchorage, il accepte de parler aux enquêteurs.
Un trou dans la glace
Ce jour-là, il avoue avoir tué Samantha. Selon l'Associated Press, il montre aux enquêteurs, sur une carte Google, un point précis au milieu d'un lac, et dans la foulée, les agents fédéraux emportent la cabane à outils posée devant sa maison jusqu'au siège du FBI, à Anchorage.
Le lundi 2 avril, sur le lac Matanuska, à environ 56 kilomètres au nord d'Anchorage, entre Palmer et Wasilla, les enquêteurs découpent dans la glace un trou en forme de triangle, d'environ 1,20 m de côté. Vers 19h30, 2 plongeurs du FBI descendent dans l'eau glacée, et à 20h20, un traîneau bâché quitte les lieux.
Le soir même, le chef de la police d'Anchorage, Mark Mew, annonce que le corps retrouvé au fond du lac est très probablement celui de Samantha, et il ajoute une phrase, "Les enquêteurs pensent que Samantha est morte dans les heures qui ont suivi son enlèvement."
Un kiosque choisi à l'avance
Ce qui s'est passé le soir du 1er février, on ne le connaît que par les aveux d'Israel Keyes, que le FBI, la police d'Anchorage et le bureau du procureur fédéral rendent publics en décembre 2012. Selon ces aveux, il n'a jamais vu Samantha avant ce soir-là. "C'était au hasard", dit l'agente spéciale du FBI Jolene Goeden. Ce qu'il a choisi à l'avance, c'est le kiosque, parce qu'il ferme plus tard que les autres et qu'un talus de neige le cache d'un côté. Il vient au moins pour la caisse, et il est prêt à enlever quelqu'un si l'occasion se présente.
Avant de partir, il retire les caisses à outils et les plaques de son pick-up, et il se gare sur le parking du Home Depot, de l'autre côté de Tudor Road. Grâce à un scanner, il entend que les patrouilles sont occupées par une urgence ailleurs en ville, alors il traverse au passage piéton de Denali Street, il commande son americano, et il sort son arme. Pour Monique Doll, si Samantha n'appuie pas sur le bouton d'alarme, c'est sans doute parce qu'elle a trop peur, et parce qu'elle croit qu'il veut seulement l'argent.
Selon la détective, une fois Samantha attachée, il attend dans le kiosque éteint, parce qu'il sait que quelqu'un va venir la chercher, puis il change d'avis. Dehors, Samantha réussit à se dégager et elle se met à courir, mais il la plaque au sol, il lui enfonce son arme dans les côtes, et il lui dit que ses munitions sont "très silencieuses". Ensuite, il lui explique que c'est un enlèvement contre rançon, et que si elle coopère, elle rentrera chez elle sans une égratignure. Samantha le croit, et pendant le trajet, elle essaie de le convaincre de la laisser partir. Au bout d'un moment, il s'aperçoit qu'elle n'a pas son téléphone.
Une cabane devant la maison
Vers 22h30, il retourne au kiosque. Il laisse Samantha attachée dans le pick-up, il entre, et il récupère le téléphone et les bouts de colliers de serrage qu'il avait coupés. 4 minutes après son départ, le petit ami de Samantha se gare sur le parking pour la deuxième fois de la soirée. "Pour nous, ça a été une coïncidence incroyable", dit Monique Doll. Avec ce téléphone, Israel Keyes envoie les 2 messages qui font croire que Samantha part en week-end, puis il retire la batterie pour ne pas être localisé.
Samantha lui dit que la carte du compte qu'elle partage avec son petit ami est restée dans leur pick-up, devant chez elle, et il l'oblige à lui donner l'adresse et le code, qu'il grave sur la carte. Il l'emmène chez lui, à Spurr Lane, et il l'attache dans la cabane à outils, devant sa maison. Il monte le son d'une radio pour que les voisins ne l'entendent pas, et il la prévient qu'il a un scanner et qu'il saura si elle essaie de donner l'alerte. Ensuite, il va chercher la carte, et c'est lui que le petit ami de Samantha surprend devant le pick-up. Il s'enfuit, il teste le code à un distributeur, et il revient à la cabane.
Là, toujours selon ses aveux, il agresse sexuellement Samantha, puis il l'étrangle, dans la nuit du 1er au 2 février. "Il a toujours su qu'il allait la tuer", dit Monique Doll. Le 2 février, Israel Keyes prend l'avion pour une croisière au départ de La Nouvelle-Orléans, prévue depuis longtemps, et il laisse le corps de Samantha dans la cabane.
La photo du 13 février
Le 17 février, Israel Keyes rentre à Anchorage. Pendant 2 semaines, toute la ville a cherché Samantha, collé ses affiches et allumé des bougies, et pourtant, elle était morte depuis le premier soir. Ce qu'il veut maintenant, c'est la rançon, parce qu'il compte sur les dons de la récompense, qui dépasseront 70 000 dollars dans les semaines suivantes, et pour qu'une famille paie, il faut qu'elle croie que sa fille est vivante.
Selon les enquêteurs, il sort le corps de la cabane et il l'installe pour donner l'impression que Samantha est encore en vie. D'après ses aveux, tels que les rapporte la journaliste Maureen Callahan dans son livre American Predator, il la maquille et il lui coud les paupières avec du fil de pêche. Il la photographie attachée avec un Polaroid, en tenant devant elle l'Anchorage Daily News du 13 février, puis il tape sa demande de rançon au dos d'une photocopie, sur une machine à écrire qu'il a achetée. Le 24 février, il accroche la feuille sous l'affichette d'Albert, et il envoie le message depuis le téléphone de Samantha. Se servir de la photo d'une jeune femme déjà morte, c'est ce que fera aussi, 7 ans plus tard, le meurtrier de l'affaire Bianca Devins, dans l'État de New York, en l'envoyant sur un serveur Discord.
Dans les jours qui suivent, il découpe le corps, il roule jusqu'au lac Matanuska, il ouvre un trou dans la glace à la tronçonneuse, et il fait disparaître les restes de Samantha dans l'eau. Selon l'Associated Press, il pêche sur la glace en même temps.
Le 24 février, quand sa famille découvre la photo et le journal daté du 13 février, Samantha est morte depuis plus de 3 semaines.
Les noms qu'il garde pour lui
Le 18 avril 2012, Israel Keyes est inculpé pour l'enlèvement et la mort de Samantha, pour la rançon et pour la carte bancaire, et comme c'est la justice fédérale qui le poursuit, il risque la peine de mort, alors que l'Alaska ne l'applique pas. Le lendemain, quand il plaide non coupable, la mère de Samantha, Darlene Christiansen, est assise dans le public, avec 3 de ses filles. "J'ai besoin d'être sûre que justice soit rendue pour Samantha", dit-elle. Le week-end suivant, des centaines de personnes se retrouvent au lycée West High pour lui dire adieu, beaucoup habillées en vert, et à la fin, James lâche des dizaines de ballons vert citron dans le ciel.
Israel Keyes, lui, continue de parler aux enquêteurs pendant des dizaines d'heures, jusqu'à la fin du mois de novembre. Il veut que son nom et le détail de ses crimes restent hors des journaux, pour que sa fille grandisse sans "que tout ça lui pèse sur la tête", et il veut être exécuté vite, sans appel. Dès le 6 avril, selon ses aveux, il a raconté aux enquêteurs ce qui s'est passé dans le Vermont. En juin 2011, il prend l'avion pour Chicago, puis il roule jusqu'à Essex, et dans la nuit du 8 au 9 juin, il entre chez Bill et Lorraine Currier, 49 et 55 ans, il les oblige à monter dans leur propre voiture, et il les emmène dans une ferme abandonnée. Là, toujours selon ses aveux, il tue Bill avec une pelle et une arme à feu, puis il agresse sexuellement Lorraine et l'étrangle. Seulement, la ferme a été démolie entre-temps, et les corps de Bill et Lorraine n'ont jamais été retrouvés. Des aveux qui arrivent heure après heure, face à des enquêteurs qui découvrent à chaque séance une nouvelle victime, c'est aussi ce que vivront les policiers de l'Ohio dans l'affaire Shawn Grate.
Il parle aussi de 4 victimes dans l'État de Washington, d'une autre dont il a laissé le corps dans l'État de New York, et d'une adolescente agressée dans l'Oregon, qu'il dit avoir laissée partir. Mais leurs noms, il refuse de les donner.
Une chaîne brisée au tribunal
Le 23 mai 2012, au tribunal fédéral d'Anchorage, l'audience doit fixer la date du procès. Pendant que son avocate, Jacqueline Walsh, demande 2 ans pour préparer la défense, Israel Keyes se retourne, il saute la barrière qui le sépare du public et il passe devant 4 gardes, parce qu'il a réussi à briser la chaîne en acier de ses entraves sans que personne ne s'en aperçoive. Quelques secondes plus tard, il est plaqué au deuxième rang et maîtrisé au Taser, et le procès est fixé à mars 2013.
Le 24 juillet, sous le lit de sa cellule, les surveillants trouvent 12 dessins faits avec son propre sang, un Baphomet dans un pentagramme inversé, et 11 crânes, avec sous l'un d'eux 3 mots en anglais, "WE ARE ONE", nous ne faisons qu'un. Dans la nuit du 1er au 2 décembre, il s'ouvre le poignet gauche avec une lame de rasoir fixée au bout d'un crayon, et il s'étrangle avec un drap. Il est déclaré mort le 2 décembre à 6h13, à 34 ans. En février 2013, l'administration pénitentiaire reconnaîtra que ce rasoir lui avait été remis par erreur, et que personne ne l'avait récupéré. "Il aurait dû être jugé devant tout le monde", dit James Koenig, avant d'ajouter plus tard "On méritait notre jour au tribunal, et on ne l'a pas eu."
Pour le FBI, les 11 crânes représentent 11 victimes. Seuls Samantha, Bill et Lorraine sont formellement reliés à Israel Keyes, et le FBI considère Debra Feldman, disparue le 8 avril 2009 à Hackensack, dans le New Jersey, comme une victime probable, sans preuve matérielle. En 2020, le FBI rend les dessins publics, et aujourd'hui encore, il demande à ceux qui auraient croisé Israel Keyes de l'appeler.
Samantha avait 18 ans. Le soir du 1er février, elle portait du vert, sa couleur préférée.
L'affaire Samantha Koenig en vidéo ⬇️

À lire aussi :
Sources :
Alaska Public Media, le récit détaillé publié par le FBI, la police d'Anchorage et le procureur fédéral, 4 décembre 2012 : https://alaskapublic.org/2012/12/04/police-release-detailed-account-of-koenig-murder/
Anchorage Daily News, les nouveaux détails de l'enlèvement et du meurtre, 5 décembre 2012 : https://adn.com/crime-justice/article/law-enforcement-agencies-release-new-details-abduction-slaying-samantha-koenig/2012/12/05
Anchorage Daily News, l'inculpation fédérale et sa chronologie, 18 avril 2012 : https://www.adn.com/alaska-news/article/keyes-charged-abduction-murder-koenig/2012/04/18/
Anchorage Daily News, les retraits au distributeur et l'arrestation au Texas, 23 mars 2012 : https://www.adn.com/alaska-news/article/trail-across-southwest-us-led-arrest-man-tied-abducted-alaska-barista/2012/03/23
Anchorage Daily News, le corps retrouvé dans le lac Matanuska, 3 avril 2012 : https://www.adn.com/alaska-news/article/koenigs-body-believed-found-valley-lake/2012/04/03/
Anchorage Daily News, le rapport sur le rasoir et la mort en cellule, 13 février 2013 : https://www.adn.com/anchorage/article/state-report-keyes-had-razor-jail-cell-despite-extra-restrictions/2013/02/13/
Deseret News (Associated Press), l'audience du 19 avril 2012 et les mots de ses parents : https://www.deseret.com/2012/4/19/20407962/suspect-pleads-not-guilty-in-missing-barista-case
