Affaire Rita Camilleri : décapitée, sa tête sur le trottoir
Le samedi 20 juillet 2019, vers 23h40, à St Clair, une banlieue tranquille de l'ouest de Sydney, en Australie, un policier arrive devant une jeune femme de 25 ans qui vient d'appeler elle-même les secours, pieds nus, en chemise de nuit et couverte de sang. Devant sa caméra, elle raconte que c'est sa mère, Rita Camilleri, qui l'a traînée par les cheveux jusqu'à la cuisine et qui a essayé de la poignarder, et au milieu de son récit, elle prononce une phrase, "La tête de maman est sur le trottoir". Seulement, la jeune femme n'a pas la moindre blessure sérieuse.
Rita Camilleri, une mère qui ne lâche rien
Le 12 octobre 1993, Rita Camilleri met au monde sa deuxième fille, Jessica. La famille a déjà une aînée, Kristy, et très vite, Rita remarque que quelque chose ne va pas chez la petite dernière. Jessica a du retard dans son développement, et d'un rendez-vous à l'autre, les diagnostics changent presque à chaque fois. À l'école primaire, on lui trouve un trouble du déficit de l'attention avec hyperactivité, et elle est placée dans une classe spécialisée.
Dans la cour, Jessica n'arrive pas à se faire des amis. Les autres élèves se moquent d'elle et la harcèlent, et elle répond par des accès de violence, surtout contre les filles, souvent en leur tirant les cheveux. Au collège, elle est exclue une première fois pour avoir mordu le bras d'un garçon et frappé sa petite amie, et en 2010, elle est renvoyée définitivement après avoir agressé une élève.
Rita, elle, ne la lâche jamais. Jessica est parfois hospitalisée, et sa mère refuse qu'elle parte dans un foyer spécialisé, et ce, même si ce choix pèse sur toute la famille. Pour Kristy, Rita est "une belle femme, à l'intérieur comme à l'extérieur". Mais la pression devient telle que son mariage ne tient pas. Son mari quitte la maison, Kristy se marie et part vivre ailleurs, et dans la maison de St Clair, il ne reste plus que Rita et Jessica.
Des films en boucle
Après son renvoi, Jessica entre dans un programme d'insertion professionnelle, Novo Transition to Work. Elle s'y bat avec d'autres participants, au point que la police doit intervenir, et elle doit quitter le programme. À la maison, ce n'est pas plus simple. Après une violente dispute avec son père, elle part vivre un temps chez sa grand-mère, mais là-bas, elle s'en prend à sa tante, et le séjour s'arrête là, si bien que Jessica revient chez sa mère.
Ses journées se passent devant la télévision. Elle regarde des films d'horreur, et surtout 2 films, Massacre à la tronçonneuse et Jeepers Creepers, qu'elle remet sur le lecteur DVD encore et encore. Kristy trouve que ce ne sont pas des films pour sa petite sœur, alors de temps en temps, elle lui confisque les DVD. À chaque fois, Jessica entre dans une rage terrible, et à chaque fois, pour avoir la paix, Rita finit par les lui rendre.
C'est comme ça que Rita tient, en la calmant, en cédant à ses demandes, en se faisant toute petite devant sa propre fille. Jessica a des médicaments à prendre, mais au tribunal, des années plus tard, les jurés apprendront qu'elle se fait vomir exprès pour les rejeter, et une voisine racontera que Rita se sent abandonnée par les psychiatres et les services d'aide.
À la maison, c'est toujours Rita qui cède. Dehors, en revanche, ce sont des inconnues qui vont croiser la route de Jessica.
Des inconnues prises pour cibles
En septembre 2012, Jessica a 18 ans quand elle croise dans la rue une femme qui promène son bébé, et elle l'attrape par les cheveux et tire. 3 mois plus tard, à la caisse d'un supermarché, elle s'approche d'une employée, sans aucune raison, et elle lui tire les cheveux à son tour. En juillet 2013, dans la salle d'attente d'un médecin, elle s'en prend à une patiente, et aux policiers, elle explique que cette femme la fixait et qu'elle a "vu rouge".
À chaque fois, le geste est le même. Jessica est poursuivie plusieurs fois pour des agressions, mais la justice oriente ses dossiers vers les soins plutôt que vers une condamnation, si bien qu'à 25 ans, elle n'a encore jamais été condamnée.
En octobre 2015, une femme, Natalie Naylor, reçoit plus de 20 appels et 22 messages d'une inconnue, et c'est Jessica. Dans ces messages, elle menace de la tuer, elle et son mari. "Je viendrai à ta porte avec un couteau à la main et je te trancherai la gorge moi-même", dit-elle dans l'un d'eux. Dans un autre, elle promet de venir chez elle avec un couteau pour lui couper la tête, et elle ajoute une phrase, "tu n'auras plus de tête".
En mars 2016, près de chez elle, à St Clair, Jessica appelle à l'aide une femme qui descend d'un bus, et quand la femme s'approche pour la secourir, Jessica l'attrape par les cheveux et la traîne par terre.
100 appels par jour
Le téléphone devient une obsession. Jessica compose des numéros au hasard, et quand un homme décroche et que sa voix lui plaît, elle peut le rappeler des centaines de fois. L'un d'eux s'appelle Matthew Layfield, et pendant les 12 mois qui précèdent avril 2019, il reçoit jusqu'à 100 appels par jour. Jessica retrouve le numéro de son entreprise, alors elle appelle aussi ses collègues et sa famille. Elle commence souvent par s'excuser de rappeler autant, puis très vite, elle devient agressive, et elle leur dit qu'elle va les poignarder et leur couper la tête. À la femme de Matthew, elle annonce qu'elle lui coupera la tête et qu'elle la jettera dans les toilettes. Rita essaie sans arrêt de l'en empêcher, sans y arriver.
En juin 2018, un psychiatre, le docteur Chaudhary, parle d'une déficience intellectuelle, d'une colère qu'elle ne contrôle pas, de troubles obsessionnels et d'une très forte anxiété, et Jessica commence des séances d'hypnose 4 fois par semaine. En novembre 2018, elle est hospitalisée, mais à sa sortie, elle annonce qu'elle ne prendra plus aucun médicament. En avril 2019, elle refuse tout traitement, et elle consulte un naturopathe. Le 5 avril, à cause de ses appels, elle est vue par le service de santé mentale du district de Nepean Blue Mountains, et c'est là qu'on lui diagnostique, pour la première fois, un trouble du spectre de l'autisme.
Pour Jessica, il y a pire que tout, c'est l'hôpital psychiatrique, au point qu'un jour, devant une amie de la famille, Jade Arena, elle dit qu'elle préférerait tuer quelqu'un plutôt que d'y retourner.
Une visite au commissariat
Le vendredi 19 juillet 2019, très tôt le matin, Jessica compose un numéro au hasard, et elle tombe sur un homme qu'elle ne connaît pas. Elle le rappelle plus de 30 fois, au point de le réveiller, et elle finit par lui dire qu'elle espère qu'il attrapera un cancer et qu'il mourra.
Ce jour-là, Rita décide d'essayer autre chose. Les médecins, les médicaments et les séances d'hypnose n'ont rien changé, alors elle emmène sa fille au commissariat de St Marys, le quartier voisin, parce qu'elle veut qu'un policier lui parle de ce qu'elle fait et qu'il la mette en garde. Au commissariat, un agent de police, Ayley Ross, reçoit la jeune femme, lui explique qu'elle ne peut pas appeler des gens de cette façon, et la met en garde pour la suite.
Rita et Jessica rentrent à la maison, et le lendemain, un petit garçon de 4 ans vient passer la journée et la nuit chez elles.
Un samedi sous tension
Le samedi 20 juillet 2019, le petit garçon est là, et Rita s'occupe de lui. C'est un jeune parent de la famille, que la justice appelle l'enfant A, pour protéger son identité. Jessica, elle, ne supporte pas sa présence, parce qu'elle est jalouse de lui, et surtout du temps et de l'attention que sa mère lui donne.
Le matin, une voisine, Mme Heard, frappe à la porte. Elle a des douleurs dans la poitrine, elle doit voir un médecin tout de suite, et Rita accepte de l'y conduire. Le temps qu'elle prépare l'enfant et qu'elle s'organise, Jessica s'énerve, et pour elle, c'est la faute du petit garçon si tout le monde est en retard. Mme Heard la trouve complètement hystérique, et elle l'entend traiter l'enfant de "petit salaud", encore et encore, au point qu'elle lui demande de se calmer. Rien n'y fait, et dans la voiture, Jessica reproche encore à sa mère de garder l'enfant chez elle, "Tu as ce petit salaud trop souvent".
Devant le cabinet médical, pendant que Mme Heard est en consultation, un homme dans la rue regarde Jessica, et elle en veut à sa mère. Quand la voisine ressort, elle voit Jessica qui hurle en agitant les bras, le petit garçon qui pleure, et Rita qui essaie de calmer sa fille. Jessica jure, elle crie, et elle accuse sa mère de "toujours" lui faire honte. Pour Mme Heard, ce n'est pas nouveau, Jessica est très exigeante avec sa mère, et elle l'insulte souvent. Le soir, de retour à la maison, Rita appelle un médecin à domicile.
Un médecin devant la porte
Ce soir-là, Rita et Jessica ont mangé un repas de chez Red Rooster, une chaîne de poulet rôti, et Jessica veut en commander un deuxième. Au téléphone du service de médecins à domicile, Rita parle de problèmes d'estomac. Normalement, quand on fait venir un médecin pour un mal de ventre, le malade l'attend, allongé sur son canapé. Sauf que lorsque la docteure Eliza Azam arrive devant la maison, vers 21h25, la porte d'entrée est entrouverte, et elle entend Jessica parler au téléphone avec le fast-food. Elle négocie une livraison, et elle essaie de convaincre l'employé de lui dire "Je t'aime".
Rita vient à la porte, et elle demande à sa fille de raccrocher pour que la docteure puisse l'examiner, mais Jessica l'ignore. La docteure Azam attend une dizaine de minutes sur le seuil, pendant que Rita essaie encore et encore de faire raccrocher sa fille, sans y arriver. Elle ne voit rien, chez Jessica, qui ressemble à des douleurs d'estomac, et comme la jeune femme ne veut toujours pas lâcher le téléphone, elle repart.
Un peu après 22h, Kristy parle au téléphone avec sa mère. Depuis le départ de la docteure, personne d'autre n'est venu, et le prochain à s'approcher de la maison sera un policier, vers 23h40. Entre-temps, Rita prend une décision.
Une ambulance jamais appelée
Rita est inquiète au point qu'elle veut appeler une ambulance, pour que Jessica soit emmenée à l'hôpital. Mais Jessica ne veut pas y aller. Elle a peur de toute forme d'internement, elle veut rester chez elle, et quand sa mère prend son portable, elle se jette sur elle pour l'en empêcher. Les 2 femmes se battent pour le téléphone, et c'est Jessica qui l'arrache.
Rita va donc dans la chambre de sa fille, pour appeler avec le téléphone de Jessica. Jessica la suit, et dans la chambre, elles se battent encore. Jessica, beaucoup plus grande et plus forte que sa mère, prend le dessus. Elle la fait tomber par terre, puis elle la traîne par les cheveux dans le couloir jusqu'à la cuisine.
Dans la cuisine, Jessica prend un couteau, puis un autre. Elle maintient sa mère, très probablement de tout le poids de son corps, et elle la frappe à la tête et au cou, des dizaines et des dizaines de fois. Rita essaie de se protéger avec ses mains, qui porteront plus de 90 blessures. Au total, Jessica utilise 7 couteaux, et 4 se cassent sous la force des coups.
À un moment, le petit garçon se réveille. Il voit ce qui arrive à Rita, et à 4 ans, il se précipite pour l'aider. Il saute sur Jessica, il attrape le couvercle en carton d'une boîte à jouets, et il la frappe avec. Jessica le repousse, et avec le couteau qu'elle tient, elle lui ouvre profondément la joue et elle le blesse à la tête et aux mains. L'enfant se réfugie dans le salon, où les policiers trouveront plus tard des traces de vomi.
Une veine de son cou est touchée, et Rita meurt probablement peu après. Jessica, elle, continue, jusqu'à lui trancher la tête, en haut du cou. Ensuite, elle ramasse la tête de sa mère, et elle sort dans la rue.
Une tête sur le trottoir
Jessica marche dans St Clair Avenue, pieds nus, en chemise de nuit, couverte de sang. Sur le chemin, la tête lui échappe des mains. Elle la ramasse, elle avance encore, et elle la laisse tomber une deuxième fois, sur le trottoir, près de Rochford Street, et cette fois, elle la laisse là.
Jessica frappe chez un voisin, et elle demande qu'on appelle les secours. Elle téléphone elle-même au 000, le numéro d'urgence australien, et elle demande la police et une ambulance. Elle raccroche, l'opératrice rappelle, et la ligne est encore ouverte quand la police arrive, vers 23h40.
Le premier policier sur place, l'agent principal Anthony D'Agostino, lui demande de ne pas bouger. À 23h43, sa caméra-piéton enregistre ce que Jessica raconte. Pour elle, c'est sa mère qui l'a attaquée. "Maman m'a attrapée par les cheveux, elle m'a traînée de ma chambre jusqu'à la cuisine, elle a sorti un couteau du placard et elle a essayé de me poignarder", dit-elle, et elle répète que sa mère lui a cassé un doigt. Puis elle pose une question, "Est-ce que ma mère est morte ?" Elle demande si on peut la ramener à la vie, parce qu'elle sait que "les médecins font des miracles", si on peut lui recoudre la tête, et aussi si elle risque la peine de mort. Quand le policier lui répond que l'Australie ne l'applique pas, elle en conclut qu'elle n'a "rien à craindre". Au milieu de tout ça, elle dit une phrase, "La tête de maman est sur le trottoir".
Sauf que Jessica, elle, n'a pas la moindre blessure sérieuse.
Une version qui ne tient pas
Dans la maison, les policiers trouvent le corps de Rita dans la cuisine, et le petit garçon, blessé au visage, est conduit à l'hôpital pour enfants de Westmead. Pour le chef de la police du secteur de Nepean, le surintendant Brett McFadden, c'est "l'une des scènes les plus terribles" que la police ait jamais eu à affronter. Les couteaux sont saisis. Une femme qui sort dans la rue avec une tête, les policiers de Moscou ont connu ça aussi, le jour où une nounou est arrivée devant une station de métro avec celle de la petite fille qu'elle gardait, dans l'affaire Gulchekhra Bobokulova.
Le lendemain matin, au commissariat de St Marys, là où sa mère l'avait emmenée la veille, Jessica est interrogée. "J'ai perdu le contrôle, je n'arrivais pas à m'arrêter, je l'ai poignardée, poignardée, poignardée, je lui ai enlevé la tête", dit-elle, et elle explique qu'elle n'a pu s'arrêter qu'au moment où la tête s'est détachée. Elle répète que sa mère a voulu la tuer, et le dimanche 21 juillet 2019, elle est inculpée de meurtre.
Sa version ne tient pas longtemps. Pendant sa détention, elle est examinée à plusieurs reprises par un psychiatre légiste, le professeur David Greenberg, et devant lui, elle reconnaît qu'elle n'était pas en train de se défendre. Elle décrit au contraire ce qu'elle a fait en disant qu'elle "tailladait comme un boucher".
La défense change de terrain. Le 12 mai 2020, Jessica propose de plaider coupable d'homicide involontaire, ce qu'on appelle manslaughter en Australie, mais l'accusation refuse, et en juillet 2020, la juge refuse aussi qu'elle soit jugée sans jury. Ce sont donc des jurés qui trancheront.
Un procès sur une seule question
Le 30 novembre 2020, le procès s'ouvre devant la Cour suprême de Nouvelle-Galles du Sud, à Sydney, sous la présidence de la juge Helen Wilson, et Jessica plaide non coupable de meurtre. Personne ne conteste les faits, ni le procureur, Tony McCarthy, ni l'avocat de la défense, Nathan Steel. La seule question, c'est de savoir si, au moment de tuer sa mère, Jessica avait encore la capacité de se contrôler. Quand l'enregistrement de son appel au 000 est diffusé, Kristy sort de la salle en larmes, et la médecin légiste, Jennifer Pokorny, décrit au moins 100 blessures au couteau sur la tête de Rita.
Le professeur Greenberg, appelé par l'accusation, retient une déficience intellectuelle, un trouble du spectre de l'autisme et un trouble explosif intermittent. "Il n'y a pas un seul trouble qui la décrive", dit-il. Il explique aussi aux jurés que d'après ses tests, Jessica fait partie du 1 % de la population dont les capacités intellectuelles sont les plus basses, et surtout, qu'elle lui a dit que l'idée de couper la tête de sa mère lui venait de ses films d'horreur. Le psychiatre de la défense, le docteur Richard Furst, ne retient pas le trouble explosif, parce que pour lui, ces crises s'expliquent par les autres troubles. "En gros, c'est comme les colères des enfants", dit-il. Sur l'essentiel, pourtant, les 2 experts sont d'accord, Jessica savait que tuer sa mère était mal, mais sa capacité à se contrôler était fortement diminuée.
Le 10 décembre 2020, après 2 jours à peser tout ça, les jurés reviennent dans la salle. Jessica Camilleri n'est pas coupable de meurtre, parce qu'au moment des faits, sa capacité à se contrôler était fortement diminuée, mais elle est coupable d'homicide involontaire. En Floride, des jurés avaient tranché tout autrement pour une autre fille jugée pour la mort de sa mère, en rejetant la thèse de la folie, dans l'affaire Nicole Nachtman. Le 17 février 2021, la famille de Rita se lève, une à une, dans la salle d'audience.
La lettre de Jessica
La mère de Rita parle la première, et depuis la mort de sa fille, elle n'arrive toujours pas à le "supporter". Kristy parle de sa mère, et de sa sœur. "Tuée et massacrée comme si elle n'était rien, tout ça à cause d'un accès de rage", dit-elle, et elle ajoute qu'elle ne lui pardonnera jamais, parce que Jessica a refusé toute l'aide que la famille lui proposait. Mary Hill, la sœur de Rita, admirait "l'amour inconditionnel" de Rita pour sa fille, mais pour elle, cet amour l'empêchait de voir le danger, et quand elle avait essayé de la prévenir, Rita ne l'écoutait pas. Pour le petit garçon, c'est un homme de la famille qui parle. À l'hôpital, l'enfant avait du sang sur lui et une grande plaie au visage. Depuis, il a peur de Jessica, et il efface de sa mémoire ses souvenirs de Rita, qu'il aimait, pour ne plus avoir mal.
Pendant ces témoignages, Jessica semble indifférente. Pourtant, au docteur Furst, elle a parlé d'une lettre écrite à sa famille, et elle lui a dit ceci, "Ça ne m'a pas frappée tout de suite. Et ensuite, ça m'a frappée comme une tonne de briques. Comme une montagne. Chaque nuit, je pleure et je pleure. Je sais que tout est de ma faute".
Le 12 mars 2021, la juge Helen Wilson rend sa peine. Pour elle, Rita n'a "jamais" été l'agresseuse, et elle a dû être "terrifiée" par ce que lui faisait "sa propre enfant bien-aimée". Elle retient aussi qu'après la mort de Rita, Jessica lui a retiré les yeux, par une sorte de "curiosité macabre" nourrie par ses films d'horreur. C'est "un crime d'une méchanceté et d'une brutalité extraordinaires", dit-elle, et elle condamne Jessica à 21 ans et 7 mois de prison, dont 16 ans et 2 mois sans libération conditionnelle possible. Dans le public, la famille pleure, et elle dit "merci".
Une peine réduite
Jessica fait appel. Le 17 mai 2023, les 3 juges de la cour d'appel criminelle de Nouvelle-Galles du Sud parlent toujours d'une attaque "atroce et brutale", sauf que 2 d'entre eux pensent que la juge Wilson n'a pas assez tenu compte de ses troubles. Pour le juge Peter Hamill, Jessica ne comprend ce qui est mal que de façon très simple, à cause de sa déficience intellectuelle et de son autisme, si bien que sa responsabilité morale est "considérablement diminuée". Seule la juge Adamson aurait gardé la première peine. Jessica est condamnée à 16 ans et 6 mois, et elle pourra demander à sortir à partir du 19 juillet 2031.
En prison, pourtant, ce sont les mêmes gestes qu'à la caisse du supermarché ou dans la salle d'attente du médecin. Dès septembre 2019, à Silverwater, après une dispute pour de la nourriture, elle jette une tasse de thé sur une détenue, et le mois suivant, elle en frappe une autre. En 2021, elle arrache des cheveux à 2 surveillantes, l'une pendant qu'on fouille sa cellule, l'autre pendant qu'on lui passe les menottes, et elle prend 22 mois de plus. En juin 2024, elle s'en prend encore à 2 surveillantes de la prison de Dillwynia, et le tribunal de district de Penrith ajoute 12 mois. Aujourd'hui, elle ne pourra pas demander à sortir avant le 4 décembre 2032.
Rita avait 57 ans. Le soir de sa mort, elle voulait seulement appeler une ambulance pour sa fille.
L'affaire Rita Camilleri en vidéo ⬇️



À lire aussi :
Sources :
Cour suprême de Nouvelle-Galles du Sud, jugement sur la peine, R v Camilleri [2021] NSWSC 221, 12 mars 2021 : https://www.caselaw.nsw.gov.au/decision/1781f816e53c1a136805ac14
Cour d'appel criminelle de Nouvelle-Galles du Sud, Camilleri v R [2023] NSWCCA 106, 17 mai 2023 : https://www.caselaw.nsw.gov.au/decision/1881d6a7a19532b6f752e2a6
ABC News, la vidéo de la scène et l'appel au 000 diffusés au procès, 2 décembre 2020 : https://www.abc.net.au/news/2020-12-02/jessica-camilleri-murder-trial-shown-crime-scene-video/12942034
ABC News, les psychiatres au procès, 4 décembre 2020 : https://www.abc.net.au/news/2020-12-04/psychiatrist-evidence-during-sydney-decapitation-murder-trial/12950336
ABC News, la condamnation à 21 ans de prison, 12 mars 2021 : https://www.abc.net.au/news/2021-03-12/jessica-camilleri-jailed-for-21-years-for-mother-dedecapitation/13241046
AAP via The Canberra Times, les déclarations de la famille, 17 février 2021 : https://www.canberratimes.com.au/story/7131052/sydney-mums-killer-refused-help-sister/
SBS News (AAP), l'arrestation à St Clair, 21 juillet 2019 : https://www.sbs.com.au/news/article/woman-charged-with-mothers-horrific-stabbing-murder-in-sydneys-west/jwgf7k086
