Affaire Guy Turcotte : 46 coups de couteau à ses enfants

Affaire Guy Turcotte, le cardiologue québécois condamné pour le meurtre de ses deux enfants
Affaire Guy Turcotte, le cardiologue québécois condamné pour le meurtre de ses deux enfants

Photo : Courtoisie

Le samedi 21 février 2009, au matin, à Piedmont, un petit village des Laurentides, au Québec, des policiers entrent dans la maison meublée où un père gardait ses 2 enfants pour le week-end. À l'étage, dans leur chambre, ils trouvent Olivier, 5 ans, et sa petite sœur, Anne-Sophie, 3 ans, tués pendant la nuit de 46 coups de couteau, et leur père, cardiologue à l'hôpital de Saint-Jérôme, caché sous un lit, dans un état second. Il reconnaît les avoir tués, et pourtant, en juillet 2011, un jury décide qu'il n'ira pas en prison.

Un couple de médecins sans histoire

À Québec, pendant ses études de médecine, Guy Turcotte rencontre une jeune femme qui veut devenir médecin, elle aussi, et elle s'appelle Isabelle Gaston. Ensemble, ils partent vivre dans la région des Laurentides, au nord de Montréal, d'abord à Prévost, puis à Saint-Jérôme, et ils ont 2 enfants, Olivier, puis Anne-Sophie.

À Saint-Jérôme, Guy est cardiologue à l'hôpital, l'Hôtel-Dieu. C'est un médecin reconnu, discret et rigoureux, qui ne s'emporte pas, et quand on les regarde de l'extérieur, avec leurs 2 métiers de médecin, leurs 2 enfants et leur belle maison, c'est une famille sans histoire.

Sauf qu'au début de l'année 2009, Guy découvre qu'Isabelle a une liaison.

Une maison meublée à Piedmont

L'homme s'appelle Martin Huot, c'est un entraîneur sportif, et Guy le connaît, parce que le couple le fréquentait. Guy et Isabelle finissent par se séparer, et Guy quitte la maison familiale pour louer une maison meublée à Piedmont, le petit village d'à côté. Ils se partagent la garde d'Olivier et d'Anne-Sophie, mais entre eux, c'est très tendu.

Guy vit très mal cette séparation. Il est profondément blessé, il se sent trahi, et en plus, il voit Martin Huot prendre peu à peu sa place auprès de ses enfants.

Un week-end avec Olivier et Anne-Sophie

Le vendredi 20 février 2009, Isabelle est partie en week-end, et c'est Guy qui a les enfants, et ce soir-là, Olivier et Anne-Sophie sont avec leur papa, dans la maison de Piedmont.

Vers 20h, Guy avale environ 2 litres de liquide lave-glace. Ce liquide contient du méthanol, un produit très toxique, et s'il en boit autant, c'est parce qu'il veut mettre fin à ses jours.

Olivier et Anne-Sophie, eux, sont toujours dans la maison.

Une maison trop silencieuse

Le lendemain matin, le samedi 21 février, des policiers entrent dans la maison de Piedmont. À l'étage, dans leur chambre, ils trouvent Olivier et Anne-Sophie, tués pendant la nuit à coups de couteau. À eux 2, les enfants ont reçu 46 coups.

Leur père est toujours là, et les policiers le trouvent caché sous un lit, dans un état second.

Un patient qui se tait

On emmène Guy à l'Hôtel-Dieu de Saint-Jérôme, c'est-à-dire dans l'hôpital où il travaille. Pour le soigner, ses collègues ont besoin de savoir ce qu'il a avalé, sauf que pendant des heures, il refuse de le leur dire. C'est seulement plus tard qu'il avoue avoir bu du lave-glace la veille au soir, et on peut enfin le soigner, alors il survit.

Un cardiologue devant le jury

Guy Turcotte est accusé d'avoir tué ses 2 enfants avec préméditation, et son premier procès s'ouvre en 2011 devant la Cour supérieure du Québec, présidée par le juge Marc David. Il reconnaît avoir tué Olivier et Anne-Sophie, alors toute la question, c'est de savoir s'il était responsable de ce qu'il faisait.

Pour sa défense, ce soir-là, il souffrait d'un trouble mental, provoqué par la détresse de la séparation. Les experts de la poursuite ne voient pas du tout les choses comme ça, parce que pour eux, Guy Turcotte savait ce qu'il faisait, et s'il a tué ses enfants, c'est par colère, pour se venger d'Isabelle Gaston. En juillet 2011, après avoir entendu les 2 versions, le jury décide.

Un verdict incompris

Guy Turcotte est déclaré non criminellement responsable pour cause de troubles mentaux. Au lieu d'aller en prison, il part donc à l'Institut Philippe-Pinel, un hôpital psychiatrique de Montréal, sans date de sortie. D'autres familles ont vécu cette même question, en France, dans l'affaire Dominique Cottrez, et aux États-Unis, dans l'affaire Gannon Stauch et l'affaire des enfants Yates.

Au Québec, c'est la colère, parce que beaucoup de gens ne comprennent pas qu'un homme qui a tué ses 2 enfants ne soit pas condamné. Et la suite n'arrange rien, parce que la Commission d'examen des troubles mentaux, qui revoit régulièrement son cas, lui accorde d'abord des sorties accompagnées, puis des sorties seul.

Libre moins de 4 ans plus tard

En décembre 2012, les 3 membres de la Commission estiment, tous d'accord, que le risque qu'il représente est maintenant "acceptable", et Guy Turcotte sort, sous conditions, moins de 4 ans après la mort d'Olivier et d'Anne-Sophie.

Sauf que le Directeur des poursuites criminelles et pénales a fait appel. Pour lui, si Guy Turcotte a bu du méthanol, c'est parce qu'il a voulu mourir, de lui-même, et ça change tout, parce qu'au Canada, quand on s'intoxique volontairement, ça ne suffit pas pour être déclaré non responsable. Le 13 novembre 2013, la Cour d'appel du Québec lui donne raison.

Un deuxième jury

La Cour d'appel annule le verdict et ordonne un nouveau procès. Guy Turcotte essaie de s'y opposer, parce que selon lui, on ne peut pas être jugé 2 fois pour la même chose, mais la Cour suprême du Canada rejette sa demande. Il retourne donc en prison, et il y reste jusqu'en septembre 2014, quand le juge André Vincent le laisse sortir sous caution en attendant son second procès, et une fois encore, beaucoup de gens sont indignés.

Le second procès a lieu à l'automne 2015, et chacun revient avec les mêmes arguments. Pour la défense, Guy Turcotte a agi dans la détresse, et pour la poursuite, il a agi par colère, pour punir Isabelle Gaston. Cette fois, les jurés délibèrent pendant 7 jours.

La prison à vie

Le 6 décembre 2015, le jury rend son verdict, et cette fois, Guy Turcotte est reconnu coupable de meurtre non prémédité, ce qu'on appelle au Canada un meurtre au second degré. Le 15 janvier 2016, il est condamné à la prison à vie, sans pouvoir demander de libération conditionnelle avant 17 ans, et on l'envoie d'abord au pénitencier à sécurité maximale de Port-Cartier, sur la Côte-Nord, où, peu après son arrivée, d'autres détenus l'agressent. Il conteste le verdict devant la Cour d'appel, sans succès, et en juillet 2018, il renonce à aller devant la Cour suprême du Canada, si bien que sa condamnation devient définitive.

Olivier et Anne-Sophie, 17 ans après

Après Port-Cartier, Guy Turcotte est transféré à La Macaza, dans les Laurentides, puis en septembre 2024, dans une prison à sécurité minimale, à Sainte-Anne-des-Plaines. En 2026, à 54 ans, il demande pour la première fois à pouvoir sortir quelques heures, accompagné, et le 22 septembre 2026, il se présente devant la Commission des libérations conditionnelles du Canada, pour la première fois depuis sa condamnation. Tout ce qui s'est dit ce jour-là est raconté dans notre actualité sur Guy Turcotte.

Ce matin-là, Isabelle Gaston vient témoigner. "On ne se remet pas de l'assassinat de ses enfants, on apprend seulement à survivre autour de l'impensable", dit-elle. Les commissaires refusent. Ils voient bien qu'il a fait des progrès, mais pour eux, il n'assume pas encore pleinement ce qu'il a fait, et ses crimes sont trop graves, commis dans le contexte d'une rupture, pour qu'on le laisse sortir maintenant.

Olivier avait 5 ans, et Anne-Sophie en avait 3. Plus de 17 ans après leur mort, leur maman se bat toujours pour qu'on ne les oublie pas.

L'affaire Guy Turcotte en vidéo ⬇️

Sources :

Le Réveil, permissions de sortie avec escorte refusées, 22 septembre 2026 : https://www.lereveil.com/actualites/674974/permissions-de-sortie-avec-escorte-refusees-a-guy-turcotte
Narcity Québec, la demande de sorties de prison, 8 septembre 2026 : https://www.narcity.com/fr/guy-turcotte-sortie-prison-2026-escorte
Radio-Canada, la demande de sorties refusée, septembre 2026 : https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2286013/guy-turcotte-liberation-conditionnelle-meurtre
Radio-Canada, transfert dans un établissement à sécurité minimale, septembre 2024 : https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2110926/guy-turcotte-transfert-securite-minimale
Wikipédia, “Affaire Guy Turcotte” : https://fr.wikipedia.org/wiki/Affaire_Guy_Turcotte