Affaire Phil Nisbet : empoisonné, puis classé suicide

Le lundi 4 mai 2009, à 5h46, à Christchurch, en Nouvelle-Zélande, la femme de Phil Nisbet appelle les urgences en hurlant que son mari est mort, et quand les policiers arrivent dans la petite maison de Halswell, ils trouvent Phil, 47 ans, allongé en travers du lit, avec des boîtes de Phenergan, un antiallergique qui fait dormir, dans le tiroir de la table de chevet. Un peu plus tard, un SMS envoyé du téléphone de Phil arrive sur celui de sa femme, "Je suis désolé, chérie, je ne peux pas continuer comme ça", et les gradés ne traitent pas sa mort comme un homicide. À l'autopsie, le médecin légiste confirme qu'il est mort d'une dose excessive de prométhazine, le principe actif du Phenergan. Or Phil est allergique à ce médicament.

Une maison glaciale

Le premier policier qui arrive dans la petite maison de Halswell, un quartier tranquille de Christchurch, s'appelle Christopher Barker, et il est accompagné de son collègue, Grant Cowan. La femme de Phil, Helen Milner, est dans un état d'hystérie qui ne retombe pas. Elle pleure, elle crie, elle n'arrive pas à répondre aux questions, et les 2 policiers attendent de longues minutes avant de pouvoir lui parler.

Quand elle se calme enfin, elle raconte sa nuit. Elle est diabétique, alors vers 2h du matin, elle se lève pour manger un toast, boire un Milo et faire son injection d'insuline, et pour ne pas réveiller son mari, elle finit la nuit sur le canapé du salon. Vers 5h45, elle va le réveiller, et elle comprend tout de suite qu'il est mort.

Dans la chambre, Phil est allongé en travers du lit, et dans le tiroir de la table de chevet, il y a des boîtes de Phenergan, un antiallergique qui fait dormir. Pour Christopher Barker, ce lit n'a pas l'air défait du tout, et il y a un autre détail qui le gêne. Helen dit avoir dormi sur le canapé, alors que la maison est glaciale, et une femme qui quitte son lit en pleine nuit pour aller dormir dans la pièce la plus froide de la maison, en plein mois de mai, quand l'hiver approche en Nouvelle-Zélande, ça l'étonne.

Les 2 policiers commencent à regarder Helen autrement. Une veuve qui vient de trouver son mari mort, c'est normal qu'elle s'effondre, sauf que chez elle, la crise ne s'arrête pas, et pour eux, cette hystérie qui dure n'est pas une réaction naturelle. Pour Christopher Barker, on dirait qu'elle joue la comédie.

Un message qui tombe à pic

Un peu plus tard, ce matin-là, Helen allume son téléphone portable devant les 2 policiers, et un SMS arrive. Il vient du téléphone de Phil, et il dit "Je suis désolé, chérie, je ne peux pas continuer comme ça".

Pour Christopher Barker, c'est trop pratique, un mot d'adieu qui tombe pile au moment où la police est dans la pièce. Il prend son collègue à part, il lui fait part de ses doutes, et il appelle ses supérieurs pour leur expliquer que quelque chose ne va pas dans la façon dont la matinée se déroule. Ce genre d'intuition, parfois, change tout, comme aux États-Unis, où l'inspecteur John Bohrman refuse de croire au suicide qu'on lui présente, dans l'affaire Steven Mineo. À Christchurch, ce matin-là, les gradés, eux, n'écoutent pas les 2 agents. La mort de Phil n'est pas traitée comme un homicide, la maison n'est pas protégée comme une scène de crime, et on se contente de ramasser les boîtes de médicaments.

Helen, elle, indique aux policiers qu'il y a d'autres comprimés de Phenergan dans la cuisine. Christopher Barker les cherche, et il ne trouve rien. Une semaine plus tard, quand un détective, Richard Prosser, vient prendre sa déposition, il les trouve exactement à l'endroit qu'elle avait indiqué.

L'autopsie, elle, ne laisse pas de place au doute sur la cause de la mort. Pour le médecin légiste, Martin Sage, Phil est mort parce qu'il a avalé une dose excessive de prométhazine, le principe actif du Phenergan.

Sauf que Phil est allergique à ce médicament.

Phil Nisbet, le grand frère

Phil Nisbet est un homme de Christchurch. Ses parents s'appellent James et Yvonne, il a un petit frère, Andrew, et une sœur, Lee-Anne, installée à Caloundra, sur la Sunshine Coast, en Australie. Avec elle, il a ce qu'elle appelle "une relation extraordinaire".

Phil a été marié une première fois avec Karen Porter, et de cette union est né un garçon, Ben, qui a 14 ans en 2009. Ensuite, il a épousé Helen, qui a déjà 2 fils d'un premier mariage, Greg et Adam, et le couple vit dans la maison de Halswell. Au travail, ses collègues le connaissent bien.

Dans la déposition de 8 pages qu'elle signe une semaine après sa mort, Helen décrit un mariage "très heureux". Le dimanche 3 mai a été "une belle journée", ils ont regardé la série Bones à la télévision, et elle lui a préparé son déjeuner pour le lendemain, le jour où Phil doit rapporter à Ben son maillot de football.

Un collègue de Phil, Ray Carey, remarque pourtant un détail. Le carnet de bord de son camion n'a plus été rempli depuis le 28 avril, 6 jours avant sa mort, et ça ne lui ressemble pas. Dans le camion, des objets personnels ont aussi disparu, comme la chaînette accrochée au rétroviseur.

À la famille de Phil, Helen donne une explication. Phil vient d'apprendre qu'il est narcoleptique, et cette maladie va lui coûter son travail de chauffeur.

Une lettre dans le tiroir de chevet

Quand Lee-Anne Cartier apprend la mort de son frère, elle vit à Caloundra, où elle travaille comme comptable et élève ses jumelles de 9 ans. Une maladie qui empêche de conduire, c'est un coup dur pour un chauffeur, mais pour Lee-Anne, ce n'est pas une raison de mourir, et avec une assurance-vie de 250 000 dollars néo-zélandais au nom de Phil, "ça ne colle pas". Alors quelques jours après les obsèques, elle doute de tout ce que raconte sa belle-sœur.

Moins d'un mois après la mort de Phil, un homme emménage dans la maison de Halswell. Il s'appelle Barry Hayton, et quand Lee-Anne vient loger chez Helen, en juin 2009, environ 5 semaines après la mort de son frère, il dort dans la même chambre qu'Helen.

Pendant ce séjour, Helen lui tend une feuille. C'est le mot d'adieu de Phil, et elle l'a trouvé dans le tiroir de la table de chevet, alors qu'au début, elle avait parlé du coffre-fort. La lettre est tapée à l'ordinateur, et la seule chose écrite à la main, c'est la signature en bas, "Phil". Sauf que son frère est gaucher, et quand il écrit, il appuie si fort qu'il grave presque le papier, alors que cette signature-là est légère, presque un murmure sur la page.

Helen, elle, explique le geste de Phil. Il aurait découvert que Ben n'était pas son fils biologique, et il n'aurait pas supporté cette vérité. Pour Lee-Anne, pourtant, cette lettre ne vient pas de son frère, parce qu'"il n'y avait aucune chance que Phil ait écrit ça".

2 mois à jouer la meilleure amie

La police a déjà conclu au suicide, et Lee-Anne vit de l'autre côté de la mer de Tasman, alors pour savoir ce qui s'est passé à Halswell, elle décide de devenir la meilleure amie d'Helen. Pendant 2 mois, elle écoute Helen et elle la console, alors qu'elle est persuadée que cette femme a tué son frère. Pour elle, c'est "la chose la plus difficile" qu'elle ait jamais faite, et elle se sent hypocrite.

Au fil des conversations, Helen salit la mémoire de Phil. Il aurait eu une liaison, et il se serait même prostitué. Lee-Anne ne dit rien, mais elle note tout, et quand elle récupère la carte SIM du téléphone de son frère, elle recopie tous les numéros qui s'y trouvent pour les donner à la police.

Ensuite, elle s'attaque au mensonge qui la blesse le plus. Avec son propre argent, elle fait faire un test ADN, et le résultat est formel, Ben est bien le fils biologique de Phil. "J'ai payé un test ADN pour prouver que Ben était le fils de Phil, pour prouver que c'était un mensonge", expliquera-t-elle. Elle prévient aussi l'assureur, AXA, qu'il y a un doute sur la mort de son frère, si bien que le versement des 250 000 dollars est suspendu.

La police, elle, ne voit la lettre d'adieu qu'environ 6 semaines après la mort de Phil, quand Helen la lui remet, et c'est bien un texte tapé à l'ordinateur. Pour la famille de Phil, en revanche, la lettre qu'Helen leur a montrée portait une signature à la main, et le père de Phil, James, est formel, cette signature n'est pas celle de son fils.

Au bout de 2 mois, Lee-Anne craque, et elle envoie un SMS à Helen pour lui dire qu'elle sait qu'elle a tué Phil. Helen transfère aussitôt le message aux policiers, et c'est Lee-Anne que la police met en garde.

Devant la coroner Sue Johnson

Puisque la police ne l'écoute pas, Lee-Anne se tourne vers le coroner, le magistrat chargé, en Nouvelle-Zélande, d'établir la cause et les circonstances d'une mort. En novembre 2010, la coroner Sue Johnson ouvre une enquête publique sur la mort de Phil, à Christchurch, et Lee-Anne arrive avec des cartes d'anniversaire signées par son frère, pour qu'on compare sa vraie signature avec celle de la lettre.

Helen témoigne, et ses versions changent d'un récit à l'autre, au point que dans ses conclusions, la coroner la qualifie de "témoin peu fiable", et qu'elle relève de nombreuses incohérences dans ce qu'elle a déclaré.

Les 2 mots d'adieu, le SMS et la lettre tapée à l'ordinateur, ne la convainquent pas davantage. En dehors du fait que le message est parti du téléphone de Phil, rien ne prouve qu'il l'a envoyé lui-même, et rien ne prouve non plus qu'il a écrit la lettre. Elle ne trouve pas non plus de preuve sérieuse qu'il avait l'intention de mourir.

En mai 2011, Sue Johnson rend sa décision. "Au vu des faits établis par les éléments dont je dispose, je ne peux pas atteindre le seuil requis pour conclure à un suicide", écrit-elle. Elle ne conclut pas pour autant à un meurtre, et elle laisse la question ouverte.

Mais à la police de Christchurch, quelqu'un lit cette décision. Il s'appelle Greg Murton, il est inspecteur-détective, et il ouvre une enquête pour homicide.

Une veuve noire au bureau

2 ans après la mort de Phil, les enquêteurs reprennent tout depuis le début, et ils commencent par le travail d'Helen. Elle est employée de bureau chez GSL, une entreprise d'entretien d'espaces verts de Christchurch, et ses collègues ont des choses à raconter.

Quelques mois avant la mort de Phil, Helen demande au patron, Desmond Cameron, si le magasin de bricolage Mitre 10 vend de la mort-aux-rats. Elle pose la même question au directeur des opérations, Gavin Moffat, et quand il lui demande pourquoi elle en veut, elle se contente de sourire et sort du bureau. Elle demande aussi quels produits chimiques sont stockés sur place, et on lui répond qu'ils sont enfermés dans un abri.

Au bureau, Helen parle sans arrêt de son mariage. Elle rabaisse Phil, elle dit qu'elle veut "se débarrasser de lui", et elle assure qu'il met du sucre en trop dans ses plats et ses boissons du soir, alors qu'elle est diabétique. Un autre collègue, Nicholas Rosewarne, l'entend se vanter d'une liaison avec un de ses "copains routiers". Alors quand Helen arrive avec des muffins, ses collègues plaisantent en espérant qu'elle n'y a pas mis de mort-aux-rats, et ils lui trouvent un surnom. "On l'appelait la Veuve noire", racontera l'un d'eux, Brent Hazeldine. Ce surnom, un procureur américain l'emploiera lui aussi, en plein procès, pour parler d'une autre épouse, dans l'affaire Kouri Richins.

Les enquêteurs regardent aussi l'argent, et sur l'assurance-vie de Phil, souscrite en 2007, il n'y a qu'un nom, celui d'Helen. Pendant les premiers temps, une clause empêche de toucher l'argent si Phil se suicide, mais au début de l'année 2009, cette clause n'existe plus.

2 mois plus tard, le 15 avril 2009, Phil est hospitalisé 2 fois dans la même journée.

Le 15 avril, la poudre bleue

Ce mois d'avril, le fils cadet d'Helen, Adam Kearns, vit encore dans la maison de Halswell. Un jour, il entre dans la cuisine, et il trouve sa mère penchée sur le plan de travail. Selon Adam, elle est en train d'écraser une poudre bleu-vert, qu'elle verse dans des gélules vides de Panadol, un antidouleur, et quand elle le voit, elle a l'air coupable. Elle fond en larmes, et elle lui répète "Je ne vais pas le faire, je ne vais pas le faire".

Le 15 avril, Phil se met à vomir, il a des nausées et des vertiges, et Helen l'emmène à l'hôpital, où les médecins ne lui trouvent rien. Le soir même, il est hospitalisé une seconde fois, et Adam prévient Phil que sa mère essaie de le tuer.

La compagne d'Adam, Kasey Woodstock, se souvient d'une plaisanterie d'Helen. Elle aurait dit qu'il faudrait 50 comprimés de Phenergan la prochaine fois, "parce que 25, visiblement, ça ne suffisait pas".

En reprenant le dossier, les enquêteurs découvrent surtout un document qui dort dans les archives de la police depuis 2 ans. Le 13 mai 2009, 9 jours après la mort de Phil, Adam s'est présenté au commissariat de Papanui, à Christchurch, avec Kasey et un ami de la famille, Gavin Milne. Ce soir-là, ils ont expliqué à une enquêtrice, Belinda Campbell, qu'ils ne croyaient pas au suicide, et qu'Helen avait déjà essayé de tuer Phil un mois plus tôt, et ils ont apporté des SMS et les papiers de l'assurance-vie. Leurs déclarations ont été consignées dans un rapport, et pourtant, la police a écarté toute intervention criminelle, alors que ce soir-là, parmi ceux qui accusaient Helen, il y avait ses propres parents, Murray et Anne.

Une certaine Andrea Wilson

Pour Greg Murton, il faut maintenant savoir où, quand et par qui le Phenergan a été acheté. En Nouvelle-Zélande, ce médicament se vend sans ordonnance, mais en pharmacie, il faut donner son nom et son adresse, sans avoir à montrer de pièce d'identité. Les enquêteurs épluchent donc les registres des pharmacies de Christchurch.

Le 14 avril 2009, la veille du jour où Phil est hospitalisé 2 fois, une femme achète une boîte de Phenergan dosé à 25 mg dans une pharmacie du centre commercial South City. Elle paie en liquide, elle donne une fausse adresse, et elle dit s'appeler Andrea Wilson. Quelques minutes plus tôt, à quelques mètres de là, la carte bancaire d'Helen a servi à retirer 20 dollars à un distributeur.

Pour les enquêteurs, ce nom n'est pas inconnu. Une vraie Andrea Wilson, conseillère bancaire à Auckland, a été condamnée en 2002 pour avoir tenté de tuer son compagnon en mettant des somnifères dans son dîner, avant de mettre le feu à leur maison.

Les enquêteurs entendent aussi le fils aîné d'Helen, Greg. Selon lui, sa mère lui a proposé 20 000 dollars, pris sur l'assurance-vie, pour l'aider à "se débarrasser" de Phil, et il a refusé.

Ils découvrent enfin ce qu'Helen a fait à Adam. En avril 2010, elle s'est envoyé à elle-même des menaces de mort par SMS, en faisant croire qu'elles venaient de son fils, et Adam a passé 18 jours en prison pour des messages qu'il n'avait jamais écrits. Pour ces faux messages, Helen sera condamnée en août 2012 à 2 ans et 8 mois de prison pour entrave à la justice. En octobre 2011, 2 ans et demi après la mort de Phil, Helen Milner est arrêtée pour meurtre.

Un appel de 12 minutes

Le 2 décembre 2013, le procès d'Helen Milner s'ouvre devant la High Court de Christchurch, présidée par le juge David Gendall. Elle a 50 ans, elle est accusée du meurtre de Phil et de 2 tentatives de meurtre le 15 avril 2009, et elle plaide non coupable.

Pour la procureure, Kathy Basire, Helen n'était plus heureuse avec Phil, et ce qu'elle voulait, c'était l'argent. Pendant les 13 mois qui précèdent sa mort, elle dépense 48 000 dollars de plus qu'elle ne gagne, et si elle divorce, Phil repart avec la moitié de la maison. Alors que s'il meurt, elle peut espérer près de 500 000 dollars, avec l'assurance, les indemnités de l'ACC, l'organisme public qui indemnise les accidents, et la vente de la maison.

Selon l'accusation, le soir du 3 mai, Helen écrase jusqu'à 50 comprimés de Phenergan dans le repas de Phil, et quand il est profondément endormi, elle l'étouffe probablement avec un oreiller. La défense, elle, soutient que Phil était déprimé, qu'il a pris les comprimés lui-même, et qu'à cette dose, le médicament est trop amer pour qu'on l'avale sans s'en rendre compte.

Dans la salle, le jury écoute l'enregistrement de l'appel au 111, qui dure 12 minutes, et pendant qu'on le diffuse, Helen sanglote. Christopher Barker, lui, répète ce qu'il a pensé ce matin-là, "on aurait dit qu'elle jouait la comédie", et pour l'accusation, la lettre d'adieu est une "pure invention".

Le 19 décembre 2013, après 13 jours de procès, le jury rend son verdict. Helen Milner est reconnue coupable du meurtre de Phil Nisbet et de l'une des 2 tentatives de meurtre, et elle est acquittée de l'autre. "Enfin, un peu de justice pour mon frère, après plus de 4 ans et demi", réagit la famille.

Les cendres de Phil dans la salle

Le 20 février 2014, Lee-Anne revient d'Australie pour l'audience de la peine, et elle entre dans la salle de la High Court avec un petit coffret blanc dans les bras. À l'intérieur, il y a les cendres de son frère.

Elle raconte au juge ce qu'Helen lui a pris, les souvenirs qu'elle ne pourra plus jamais avoir avec Phil, ses enfants qui ont perdu leur oncle, et les années qu'Helen a enlevées à ses parents. Yvonne, la mère de Phil, a 80 ans, et ce qui la rend malade, c'est de penser qu'Helen la consolait en sachant qu'elle avait tué son fils.

Le juge David Gendall condamne Helen Milner à la réclusion à perpétuité, avec une période de sûreté de 17 ans, et à 6 ans de prison pour la tentative de meurtre, une peine confondue avec la première. Pour lui, elle a agi "simplement par appât du gain", et pour se débarrasser d'un mari dont elle ne voulait plus. Phil était "particulièrement innocent", il ne lui avait donné aucune raison de vouloir sa mort, et il est rare, dit le juge, qu'une meurtrière annonce à autant de personnes son envie de tuer sa victime. "Il ne peut guère y avoir de cas plus clair de préméditation calculée", ajoute-t-il, avant de rappeler que l'empoisonnement fait partie des "crimes les plus méprisables".

Sur les marches du palais de justice, Lee-Anne dit que son frère peut enfin reposer en paix. Devant le juge, elle a aussi fait une promesse. Elle assistera à chaque audience de libération conditionnelle, et Helen ne marchera plus jamais dans les rues de la Nouvelle-Zélande.

Les échantillons de Phil Nisbet

Helen Milner, elle, ne renonce pas. En août 2014, la cour d'appel lui dit non, puis le 16 avril 2015, la Cour suprême refuse même de l'écouter. Entre-temps, un médecin légiste installé aux États-Unis, le docteur Wigren, a mis en doute la cause de la mort, mais pour la Cour suprême, ses avis sont "extrêmement hésitants".

Alors Helen s'attaque à ce qui reste de Phil. Depuis l'autopsie, l'institut public de sciences médico-légales, l'ESR, garde des cheveux, du sang, de l'urine et un morceau de son foie, et Helen veut les faire analyser à nouveau, dans l'espoir de demander sa grâce au gouverneur général. Le 4 décembre 2019, la cour d'appel accepte. Pour Lee-Anne, c'est une nouvelle blessure. "La famille est anéantie que la cour d'appel la laisse porter atteinte à ce qui reste physiquement de Phil", dit-elle, alors qu'elle voulait seulement faire incinérer ces restes pour les réunir avec lui. À ce jour, aucun résultat de ces analyses n'a été rendu public.

La police, de son côté, a reconnu ses erreurs. Pour l'inspecteur-détective Tom Fitzgerald, la mort de Phil "n'a pas été traitée comme un homicide", et c'est là qu'est l'erreur, au point qu'un rapport interne relève des fautes élémentaires. Lee-Anne a reçu une indemnisation dont le montant n'a jamais été rendu public, mais les enquêteurs de 2009 ne lui ont jamais présenté d'excuses.

Lee-Anne a dépensé des dizaines de milliers de dollars dans son enquête, et elle dit ne s'en être jamais vraiment remise. Depuis, elle l'a racontée dans un livre, The Black Widow, son histoire est devenue un téléfilm néo-zélandais, Catching the Black Widow, et elle étudie la criminologie à l'université de la Sunshine Coast, pour rendre un jour la justice moins éprouvante pour les familles de victimes.

Phil avait 47 ans. Le matin de sa mort, le maillot de foot de Ben était lavé, prêt à être rapporté.

L'affaire Phil Nisbet en vidéo ⬇️

Portrait de Phil Nisbet, chauffeur routier mort à Christchurch en 2009, affaire Phil Nisbet
Portrait de Phil Nisbet, chauffeur routier mort à Christchurch en 2009, affaire Phil Nisbet

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Sources :

Cour suprême de Nouvelle-Zélande, Milner v R [2015] NZSC 38, refus d'autorisation d'appel, 16 avril 2015 : https://courtsofnz.govt.nz/assets/cases/2015/2015-NZSC-38.pdf
NZ Herald, l'ouverture du procès devant la High Court de Christchurch, 2 décembre 2013 : https://www.nzherald.co.nz/nz/wife-on-trial-for-husbands-fatal-poisoning/I73YVUPFVDWQO5WSG7DEWY3RBY/
NZ Herald, l'appel au 111 et les premiers policiers sur place, 4 décembre 2013 : https://www.nzherald.co.nz/nz/poisoning-trial-jury-hears-hysterical-111-call/MXOSBYAVI723KXHVFCR3APOLUQ/
NZ Herald, la visite au commissariat de Papanui du 13 mai 2009, 10 décembre 2013 : https://www.nzherald.co.nz/nz/poisoning-trial-milners-parents-went-to-police/7POKNCE7EGZFJ7VCJRHAYCJKGY/
NZ Herald, le verdict et l'achat au nom d'Andrea Wilson, 19 décembre 2013 : https://www.nzherald.co.nz/nz/poisoning-trial-an-unlikely-alias-an-angry-son-and-a-botched-investigation/AVT6LIKS2633R42MPS7TFEEXGE/
NZ Herald, la condamnation à perpétuité, 20 février 2014 : https://www.nzherald.co.nz/nz/black-widow-case-helen-milner-sentenced-to-life-in-prison/F3BRFBJX3LJJWPYAS5DJJ3NXOU/
NZ Herald, Lee-Anne Cartier et le prix de son enquête, 29 juillet 2017 : https://www.nzherald.co.nz/nz/lee-anne-cartier-and-the-cost-of-catching-the-black-widow-killer/CGVLX6Z7SVLZI7QLV2XXYS7OIY/