Affaire de la petite fille de Granby : momifiée à 7 ans


Le lundi 29 avril 2019, à 11h30, à Granby, au Québec, un appel arrive au 911, et une voix d'adulte explique qu'une petite fille ne respire plus, parce qu'elle a "manqué d'air". Quand l'agent Martin Noël entre dans sa chambre, ce qui le frappe d'abord, ce sont les meubles empilés, et au milieu de la pièce sombre, où il fait très chaud, la fillette est allongée nue, si maigre qu'à 7 ans, elle pèse à peine plus de 16 kg. Dans la chambre, il y a aussi un amas de ruban adhésif que l'ambulancière appellera une "carapace".
Les premières années chez sa grand-mère
Quand elle vient au monde, à Granby, une ville du Québec à environ 80 kilomètres à l'est de Montréal, la petite fille est prématurée, et ses parents sont très jeunes. Ils vivent dans un logement insalubre, avec 4 chiens, et ils manquent d'argent, alors très vite, la DPJ, la direction de la protection de la jeunesse, s'inquiète pour elle. Le tribunal confie d'abord sa garde à son père, à condition qu'il reste vivre chez ses propres parents, mais il la laisse seule à la maison peu après sa naissance, et il refuse de se lever la nuit pour lui donner le biberon.
Dans les faits, c'est sa grand-mère paternelle qui s'occupe du nourrisson, et dès ses premiers mois, le tribunal de la jeunesse lui en confie officiellement la garde. Les parents n'ont plus droit qu'à des visites supervisées, et la fillette grandit donc chez ses grands-parents.
Ses parents, eux, se séparent. En 2014, sa mère a un petit garçon, et c'est le père qui en obtient la garde, parce que selon le tribunal, il s'est ressaisi. Il vit désormais avec une nouvelle compagne, qui a déjà un fils, et dans un jugement, le juge écrit qu'elle est "dotée d'une grande maturité". En février 2015, le père demande à récupérer sa fille.
Un retour chez son père
Dans la famille, cette demande déclenche une guerre. La grand-mère est persuadée que son fils n'est pas capable de s'occuper de la petite, et en juin 2015, elle envoie une lettre de 3 pages à la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse. Elle y réclame des visites surprises chez lui et un suivi beaucoup plus serré, et la Commission ouvre un dossier, avant de le refermer.
Sauf que pour le tribunal, c'est la grand-mère qui pose problème. Le juge reproche à la famille des signalements à la DPJ et des plaintes à la police qu'il juge non fondés, et il se dit "interloqué" par l'attitude de la grand-mère, à qui il reproche d'empêcher son fils de voir sa fille. En septembre 2015, il confie donc la fillette à son père plus tôt que prévu, parce que d'après les intervenants de la DPJ, il a fait d'énormes progrès.
La petite a environ 3 ans et demi, et elle part vivre avec son père, sa belle-mère, son petit frère et le fils de sa belle-mère. À cause du conflit, le tribunal interdit à ses grands-parents de la voir, et la séparation lui cause de la détresse. Sa mère, elle, arrête d'aller aux rencontres supervisées.
Pendant 4 ans, sa grand-mère se bat contre la DPJ pour la récupérer, jusque devant les tribunaux. "C'était juste lui et sa parole qu'ils prenaient", dit-elle de son fils.
Le jour où la petite quitte ses grands-parents, en septembre 2015, il lui reste 3 ans et 7 mois à vivre.
Une porte verrouillée de l'extérieur
En 2017, la fillette ne vient plus au centre de la petite enfance depuis plusieurs semaines, alors la directrice se rend chez elle pour lui apporter un cadeau. Sa belle-mère ne la laisse pas entrer, et son père refuse toute visite à domicile, si bien que le centre, inquiet, prévient la DPJ. La même année, une éducatrice pose une question à la petite, et elle lui répond que quand elle fait pipi au lit, son père la fait dormir par terre et la prive de nourriture.
Un médecin s'interroge lui aussi. La fillette souffre d'une perforation de l'intestin et d'un gonflement de la vessie, et pour lui, c'est assez inquiétant pour se demander si elle n'est pas enfermée dans sa chambre. Le père, lui, se dit dépassé. Devant le tribunal, il raconte que sa fille se cogne la tête contre les murs, qu'elle ne dort pas la nuit et qu'elle sort dehors pendant que tout le monde dort, et que son médecin lui a conseillé de verrouiller la porte de sa chambre de l'extérieur.
En septembre 2017, après une soirée dans un bar, le couple rentre ivre et se dispute, et la belle-mère s'en prend à la fillette, qu'elle tire par les cheveux et projette au sol. La petite a 5 ans, et elle sort toute seule de la maison pour aller demander de l'aide dans un dépanneur.
"Une erreur de parcours"
Les policiers viennent à la maison, et la belle-mère est accusée de voies de fait sur l'enfant. Puisqu'elle n'a plus le droit d'être en contact avec la petite, c'est le père qui doit quitter le domicile avec sa fille, et pendant un temps, il dort chez des amis, au point de passer 2 nuits dans sa voiture avec elle. La DPJ, elle, ne remet pas en question la garde des enfants.
Le 30 mai 2018, la Chambre de la jeunesse relève pourtant des indications claires de "négligence au plan éducatif, d'abus physiques et de mauvais traitements psychologiques", et le médecin de la fillette parle d'un "état de stress post-traumatique sous-jacent" et d'un retard de croissance. Le juge suit la recommandation de la DPJ et laisse la petite et son frère chez leur père et leur belle-mère, parce que c'est la solution qui lui paraît "la moins dommageable". Selon la coroner, plusieurs experts recommandent même de ne jamais laisser la fillette seule avec sa belle-mère.
Le 30 juillet 2018, la belle-mère plaide coupable et obtient une absolution inconditionnelle, parce que pour le juge, c'est un geste isolé, et qu'elle n'a aucun antécédent. À l'audience, le père témoigne pour elle. "C'est une erreur de parcours, je dirais", explique-t-il, avant d'ajouter que ce qui s'est passé n'est pas pardonnable. En décembre 2018, après une intervention de la DPJ, l'interdiction de contact entre la belle-mère et la fillette est levée.
"Ce qui se passe à la maison doit rester à la maison"
À l'école, où elle est en première année, la fillette arrive souvent affamée, parfois avec des bleus, et avec des vêtements sales. Elle vole le contenu des boîtes à lunch de ses camarades, et un éducateur apprend par l'école qu'elle mange de la nourriture dans les poubelles. Quand le personnel lui demande d'où viennent ses blessures, elle répond que c'est sa belle-mère, et un jour, elle dit à une enseignante qu'elle ne veut pas rentrer chez elle. Environ un an avant sa mort, on fait même venir une intervenante en santé mentale auprès d'elle, parce qu'à 6 ans, elle a dit qu'elle voulait mourir. L'école, c'est souvent le premier endroit où les bleus d'un enfant se voient, comme en Californie, où c'est une institutrice qui alerte les services de protection de l'enfance, dans l'affaire Gabriel Fernandez.
En novembre 2018, l'école fait un signalement. Un matin, la fillette prévient une employée. "Quelqu'un de la DPJ va venir me parler ce matin, papa a dit qu'ils veulent m'enlever, mais qu'il allait me défendre et qu'ils vont poser des questions méchantes et moi je ne répondrai pas."
Peu après, elle se retrouve dans un poste de police, devant une caméra et un policier, pendant que des intervenants de la DPJ regardent derrière une vitre. Elle ne veut parler ni de sa maison, ni de son père, ni de sa belle-mère, et au bout de 8 minutes, l'entrevue s'arrête. Avant de partir, elle répète une phrase. "Ce qui se passe à la maison doit rester à la maison." Comme elle n'a pas décrit les sévices, le dossier est classé sans suite.
Un dimanche derrière la fenêtre
Quelques mois plus tard, l'école la renvoie. D'après son demi-frère, l'adolescent qui vit avec eux, elle n'écoute pas les professeurs, elle frappe ses camarades et elle vole dans les boîtes à lunch, si bien qu'un mois avant sa mort, la fillette fait l'école à la maison. Depuis, elle passe parfois des journées entières dans sa chambre, porte verrouillée, parce qu'elle s'est mise à voler de la nourriture dans le garde-manger.
Le dimanche 28 avril 2019, vers 9h, un bruit réveille la maison. Le demi-frère découvre la petite debout sur un meuble, en train d'essayer de sortir par la fenêtre de sa chambre. Elle dit qu'elle a faim, qu'elle a envie de faire pipi, et qu'elle en a assez d'être enfermée. Sa belle-mère est à une réunion des Alcooliques anonymes, et des meubles sont placés devant les 2 fenêtres.
Un peu plus tard, 2 autres bruits viennent de la chambre. L'adolescent ouvre la porte, la fenêtre est ouverte, et la fillette est coincée dedans, suspendue dans le vide. Sur le plancher, elle a uriné. Pour calmer sa faim, on lui sert un gros bol de tofu et de salade, et en 24 heures, son demi-frère la voit essayer de s'enfuir 4 fois.
L'après-midi, il va au cinéma. Au procès, sa belle-mère dira que la petite a dîné avec la famille, qu'elle a regardé des films pour enfants l'après-midi et qu'elle a mangé des joues de bœuf au souper. Sauf que quand l'adolescent rentre, ce soir-là, il ne voit pas sa petite sœur, et on lui répond qu'elle est dans sa chambre, et qu'elle n'en est pas sortie de la journée.
Une sonnette au milieu de la nuit
Vers 1h40, dans la nuit du 28 au 29 avril, un voisin est réveillé par la sonnette. Il ouvre, il n'y a personne devant chez lui, mais il entend des petits bruits. Depuis son balcon, la belle-mère lui crie que la petite s'est échappée de sa chambre et que "ça fait 5 minutes" qu'elle lui court après. Le voisin voit un adulte raccompagner l'enfant, qui pleurniche, et il l'entend dire "maman". Dans cette maison, il ne voit jamais les enfants dehors, les fenêtres sont toujours fermées et les rideaux toujours tirés.
La fillette est nue. Selon sa belle-mère, elle pleure, elle promet qu'elle ne recommencera pas, et elle supplie qu'on la laisse sortir de sa chambre. La belle-mère installe une alarme sur les fenêtres, puis elle retourne regarder un film. Sauf qu'un meuble bouge encore dans la chambre.
On enfile à la petite une chemise d'adulte, et on lui noue les manches dans le dos, comme une camisole de force. On lui glisse les jambes dans une tuque rose, pour que le ruban ne colle pas à sa peau, et on l'enroule de ruban adhésif. Son père reconnaîtra lui avoir entouré les bras et les chevilles de ruban, pendant que sa conjointe tenait les pieds de l'enfant, qui se débattait, et selon elle, c'est tout ce qu'elle a fait cette nuit-là. "Mon intention n'était pas de lui faire mal, c'était de la contention", dira le père.
Vers 4h, le demi-frère voit la fillette, les bras et les jambes attachés, qui bouge la tête. Elle lui dit "Détache-moi, je promets que je ne me sauverai pas".
Des textos à "Casablanca"
Le lundi 29 avril, vers 7h45, le père donne un médicament à sa fille, puis il part travailler. Vers 8h, la belle-mère se réveille en sursaut à cause d'un bruit. Dans la chambre, la fillette est au bord de la fenêtre, et ses doigts sont sortis du ruban.
À 8h12, la belle-mère envoie un texto à un contact enregistré sous le nom de "Casablanca". "[La petite] est en train de sortir encore. Elle s'est détachée." 2 minutes plus tard, elle en envoie un autre. "Vu que tu ne me rappelles pas, je l'ai attachée bien comme il le faut."
Au procès, elle racontera qu'elle a demandé à l'enfant de remettre ses mains en croix et qu'elle a serré le ruban autour de son torse, "peut-être une dizaine de tours". La petite continue de sautiller, et elle tombe, alors sa belle-mère la couche par terre, elle ajoute 2 tours dans l'autre sens, puis elle passe le ruban sur ses cheveux, le descend jusqu'aux pieds, et elle remonte. D'après elle, elle veut seulement empêcher la fillette de se sauver avant son rendez-vous chez une pédopsychiatre, à 15h.
45 minutes plus tard, les textos s'enchaînent. "Elle est très attachée et elle fait son gros numéro." "Elle crie, elle pleure, elle essaye de se lever, mais elle ne peut pas." "Jamais elle ne va arrêter." À 9h20, elle envoie le dernier. "Je n'ai pas à subir ça, je ne suis plus capable."
Vers 9h30, le père rentre à la maison. Il entend sa fille crier, il parle avec sa conjointe d'une hospitalisation, il appelle une pédopsychiatre, mais il ne monte pas voir sa fille. Plus tard, il expliquera qu'on finit par s'habituer aux cris d'un enfant.
Une fillette qui ne respire plus
En fin de matinée, un cri réveille le demi-frère. Dans la chambre, sa mère, la belle-mère de la fillette, pleure, et elle essaie d'arracher le ruban qui recouvre la petite, allongée au sol, immobile, blême, les lèvres un peu mauves. Le ruban est collé et trop épais pour se déchirer, et il faut des ciseaux pour le couper. On jette de l'eau sur la fillette pour la réveiller, et rien ne se passe. L'adolescent est paralysé par la peur, et quand on lui demande de cacher le ruban adhésif, il refuse, avant de descendre au sous-sol avec son petit frère.
À 11h30, un appel arrive au 911. "Vite, une ambulance. La petite, elle ne respire plus", dit une voix d'adulte, qui explique qu'elle a "manqué d'air". L'agent Martin Noël arrive le premier, et ce qui le frappe d'abord, ce sont les meubles empilés dans la chambre. Au milieu de la pièce, la fillette est nue et "rachitique", avec des marques aux jambes, aux bras et au bas du ventre, et son corps baigne dans ce qui ressemble à de l'urine et du vomi. La chambre est sombre, il y fait très chaud, et l'ambulancière, Kariane Royer, remarque aussi des empreintes de doigts sur son corps, comme si ses mains y étaient restées coincées.
À l'hôpital de Granby, 8 minutes après son arrivée, les médecins font repartir son cœur, mais elle reste branchée à un respirateur. À 7 ans, elle pèse à peine plus de 16 kg. Elle est transférée au CHU de Sherbrooke, sans jamais reprendre connaissance.
Le mardi 30 avril 2019, à 22h35, les médecins la débranchent.
2 expertes et une carapace de ruban
Le 30 avril, son père et sa belle-mère sont arrêtés et accusés de séquestration, et en juin 2019, la belle-mère est accusée de meurtre au deuxième degré. À l'automne 2021, son procès s'ouvre au palais de justice de Trois-Rivières, et non à Granby, devant le juge Louis Dionne, et elle plaide non coupable.
Devant les 14 jurés, un enquêteur en scène de crime présente l'amas de ruban adhésif retrouvé dans la chambre, que l'ambulancière appelle une "carapace". Le jury regarde ensuite la déclaration que le demi-frère a faite à un policier le 29 avril 2019, puis une 2e, enregistrée quelques minutes plus tard. "Il y a une information que je n'ai pas dite, une information très, très, très importante", dit l'adolescent. Sa petite sœur avait du ruban "des pieds jusqu'à la tête", même sur la bouche et sur le nez. En contre-interrogatoire, il précise que quand il est entré, le ruban était en train d'être retiré, et qu'il en restait sur la tête, le front et les cheveux.
Le jury voit aussi l'entrevue filmée de son petit frère, le 29 avril 2019. Avec ses mots d'enfant, il dit que sa sœur a été "scotchée", qu'elle ne parle plus et qu'elle est morte. "Je l'aimais beaucoup, ma sœur", dit-il.
Pour la pathologiste qui a pratiqué l'autopsie, la docteure Caroline Tanguay, la fillette est morte d'une suffocation externe, parce que le ruban bouchait son nez et sa bouche. L'experte de la défense, Anny Sauvageau, penche plutôt pour une hyperthermie, sous le ruban, la tuque et la chemise, et pour une asphyxie causée par la compression. Pourtant, les 2 expertes sont d'accord sur un point, sans le ruban adhésif, la petite serait vivante. Le 15 novembre 2021, la femme qui a posé ce ruban monte à la barre.
"Je ne pense pas qu'elle va mourir"
En pleurs, elle raconte qu'elle a connu la fillette en 2015, quand elle vivait encore chez sa grand-mère, et qu'à l'époque, c'était une petite fille mignonne et pleine d'énergie. Elle décrit ensuite une enfant qui crie pendant des heures, qui se griffe et qui dort peu. Elle reconnaît le ruban, les tours autour du torse, et le ruban passé sur les cheveux jusqu'aux pieds, mais elle nie avoir couvert la bouche et le nez. "Je l'avoue, c'est extrême, mais pour moi, y'a pas de danger. Je ne pense pas qu'elle va mourir", dit-elle au jury. Son avocat, Me Alexandre Biron, plaide qu'elle n'avait pas conscience que l'enfant était en danger de mort.
Dans sa plaidoirie, le procureur de la Couronne, Me Jean-Sébastien Bussières, demande aux jurés si des couches de ruban posées jusqu'au visage d'une enfant de 7 ans ne sont pas un danger qui peut tuer, et il leur demande d'utiliser leur "gros bon sens".
Le jeudi 9 décembre 2021, le jury délibère à peine quelques heures, une rapidité que les procureurs disent rarement voir, et à l'unanimité, il déclare la belle-mère coupable de meurtre au deuxième degré et de séquestration. Dans la salle, la grand-mère de la fillette parle du "plus beau cadeau de Noël" de sa vie, pendant que l'accusée pleure, puis reste figée.
"Comme un lâche"
Le 17 décembre 2021, le juge Louis Dionne condamne la belle-mère à la prison à vie, sans possibilité de libération conditionnelle avant 13 ans. "Le comportement de l'accusée dépasse l'entendement", dit-il, et pour lui, le crime "relève d'un acte odieux quand on pense à ce que la victime a pu vivre durant toutes ces heures".
La même semaine, le père a plaidé coupable de séquestration, et l'accusation de négligence criminelle causant la mort est abandonnée. Le 7 janvier 2022, la mère de la fillette s'adresse à lui. "Pourquoi es-tu capable de faire mal à ta propre fille ?" Le juge François Huot, lui, retient la peine proposée par la Couronne et la défense, 4 ans de pénitencier. "Vous vous êtes comporté comme un mou, non, excusez-moi, comme un lâche", lui lance-t-il. "Bon sang, elle avait 7 ans!"
Le 7 mai 2024, après avoir purgé les 2 tiers de sa peine, le père sort de prison, comme la loi le prévoit. La belle-mère, elle, se bat encore, et elle conteste notamment qu'on ait fouillé son téléphone sans mandat, mais le 17 mars 2025, la Cour d'appel du Québec rejette tous ses arguments, et sa condamnation est confirmée.
Aujourd'hui encore, le nom de la fillette, celui de son père et celui de sa belle-mère restent protégés par une ordonnance de non-publication, et pour toute la presse du Québec, elle est toujours "la fillette de Granby".
La petite fille de Granby aurait dû être entendue
Au Québec, la mort de la fillette bouleverse tout le monde, et le 30 mai 2019, un mois plus tard, le gouvernement crée une commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse, confiée à Régine Laurent. Le 11 août 2020, la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse rend ses conclusions, et elles sont terribles, puisqu'elle estime que ceux qui devaient protéger la petite ont manqué à leur devoir "à toutes les étapes". En mai 2021, Régine Laurent rend ses 65 recommandations, et le 26 avril 2022, une nouvelle loi change la règle. Désormais, c'est l'intérêt de l'enfant qui passe en premier, avant celui de ses parents.
Le 3 septembre 2025, la coroner Géhane Kamel publie à son tour son rapport, et elle reprend toute la vie de la fillette. Entre 2012 et 2019, la police est venue 24 fois chez elle, et pas une seule fois, la DPJ n'est venue frapper à sa porte sans prévenir. Quand la petite s'est mise à faire l'école à la maison, pour la coroner, ça aurait dû "représenter un signal d'alerte majeur". "Tout le monde l'a échappé. Le médecin l'a échappé, le milieu éducatif l'a échappé, la DPJ l'a échappé", écrit-elle, et à la fin de son rapport, elle ajoute une lettre, adressée à la petite. "Petite étoile, on t'a volé tes ailes." Au Manitoba, une autre petite fille, que les services de protection de l'enfance connaissaient depuis sa naissance, n'a pas été sauvée non plus, dans l'affaire Phoenix Sinclair.
En octobre 2022, sa mère et sa grand-mère ont poursuivi le CIUSSS de l'Estrie et le centre de services scolaire. En novembre 2025, l'affaire se termine sans qu'on sache comment, parce que le dossier est placé sous scellés.
Elle avait 7 ans. Sa dernière nuit, attachée sur le plancher de sa chambre, elle promettait encore qu'elle ne se sauverait plus.
L'affaire de la petite fille de Granby en vidéo ⬇️

À lire aussi :
Sources :
Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse, conclusions de son enquête sur la mort de la fillette, 11 août 2020 : https://cdpdj.qc.ca/en/news/death-child-granby-2019-shortcomings-all-stages-process
La Presse, rapport de la coroner Géhane Kamel, "Tout le monde l'a échappé", 3 septembre 2025 : https://www.lapresse.ca/actualites/justice-et-faits-divers/2025-09-03/mort-de-la-fillette-de-granby/tout-le-monde-l-a-echappe.php
La Presse, les dernières heures de la fillette racontées au procès, 10 décembre 2021 : https://www.lapresse.ca/actualites/justice-et-faits-divers/2021-12-10/proces-de-la-belle-mere-de-la-fillette-de-granby/ce-que-le-jury-ne-savait-pas.php
La Presse, les textos du matin du 29 avril 2019, 4 novembre 2021 : https://www.lapresse.ca/actualites/justice-et-faits-divers/2021-11-04/proces-de-la-belle-mere-de-la-fillette-de-granby/je-l-ai-attachee-bien-comme-il-faut.php
Radio-Canada, le témoignage de l'accusée au procès, 15 novembre 2021 : https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1839910/proces-enfant-granby-defense-palais-justice-trois-rivieres
Radio-Canada, le plaidoyer de culpabilité du père, décembre 2021 : https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1848415/pere-fillette-granby-proces-meurtre-ruban-temoignage
Noovo Info, la Cour d'appel rejette les appels de la belle-mère, 17 mars 2025 : https://www.noovo.info/nouvelle/fillette-martrye-de-granby-les-appels-de-la-belle-mere-sont-rejetes.html
