Affaire de Covina : déguisé en Père Noël, il tue 9 personnes


Le 24 décembre 2008, à Covina, en Californie, toute la famille Ortega fête le réveillon chez les grands-parents, comme chaque année, et un peu avant 23h30, alors que les premiers invités se disent au revoir près de l'entrée, on frappe à la porte. Une petite fille de 8 ans, Katrina, se précipite pour ouvrir en criant "Père Noël ! Père Noël !", parce que sur le seuil, il y a un homme immense en costume rouge, avec la barbe, les lunettes et un gros paquet emballé dans du papier de Noël. Katrina court vers lui, et le Père Noël sort un pistolet.
Un réveillon chez les Ortega
Chez Joseph et Alicia Ortega, le réveillon de Noël, c'est une tradition, et ce soir-là encore, les enfants, leurs conjoints et les petits-enfants sont tous là, dans leur maison de briques à un étage, au bout d'une impasse de Knollcrest Drive, dans la banlieue est de Los Angeles. Joseph a 80 ans, Alicia en a 70, et ils sont mariés depuis 53 ans. Ils se sont mariés à Torreón, au Mexique, d'où vient la famille d'Alicia, puis ils sont partis s'installer aux États-Unis, où ils ont monté une entreprise de peinture sur métal, à El Monte. C'est grâce à elle qu'ils ont élevé leurs 5 enfants, James, Charles, Alicia, Sylvia et Leticia, la plus jeune, et ça fait maintenant une dizaine d'années qu'ils sont à la retraite.
Joseph et Alicia aiment le base-ball, les cartes et les jeux d'argent, et Alicia a un jour confié qu'elle voulait mourir avant son mari, parce qu'elle ne pourrait pas vivre sans lui. Joseph, lui, a une sœur restée au Mexique, qu'il adore, et chaque fois qu'il repart après une visite, il l'embrasse et il répète à ses neveux de bien prendre soin d'elle.
Après le dîner, dans la salle à manger, les adultes jouent au poker, comme souvent dans cette famille. Les petits-enfants, eux, jouent aux jeux vidéo à l'arrière de la maison, ou traînent près de la piscine, et à l'étage, Michael, 17 ans, est devant l'ordinateur. Il est tard, et ceux qui ont de jeunes enfants commencent à partir, et une bonne partie des adultes se retrouve à l'avant de la maison, près de la porte d'entrée, pour se dire au revoir.
Sylvia, une nouvelle vie à fêter
Parmi eux, il y a Sylvia, 43 ans. Depuis 5 ans environ, elle est assistante administrative dans une entreprise de fleurs d'El Monte, et pour son patron, Jack Bodger, c'est une employée travailleuse, "très gentille, et toujours attentionnée envers les autres". Sylvia a 3 enfants. Son premier mari, Sabino Castillo, est mort dans un accident de la route il y a une vingtaine d'années, alors qu'elle était enceinte de leur deuxième enfant, et aujourd'hui, sa fille a 21 ans et son fils en a 20.
Pour Sylvia, cette fin d'année a un goût particulier, parce que le 18 décembre, au tribunal de Burbank, son deuxième mariage a été officiellement dissous. Depuis la séparation, elle vit chez ses parents, ici, à Covina, et le samedi d'avant Noël, c'est avec une amie de longue date, Roxanne Jauregui, qu'elle a trinqué à sa nouvelle vie.
Dans l'après-midi du 24 décembre, son avocat, Scott Nord, l'a appelée. Il voulait savoir si son ex-mari lui avait bien apporté le chèque qu'il lui devait, et Sylvia lui a répondu que non. Pour l'avocat, c'est un divorce "très routinier", parce que Sylvia n'a jamais dit avoir peur de son ex-mari, elle n'a jamais demandé de protection, et elle ne lui a même jamais dit qu'il possédait une arme.
Un peu avant 23h30, on frappe à la porte.
Un Père Noël sur le seuil
C'est une petite fille de 8 ans qui court ouvrir en criant "Père Noël ! Père Noël !". Elle s'appelle Katrina, c'est la fille de Leticia, et pour elle, l'homme qui se tient devant la porte, c'est vraiment le Père Noël. Il est immense, il porte un costume rouge fait sur mesure, avec la ceinture, les couvre-bottes, la barbe, les lunettes et les gants, et derrière lui, il tire un gros paquet emballé dans du papier de Noël.
Katrina court vers lui. Le Père Noël sort un pistolet semi-automatique et lui tire dessus, au visage.
Selon une source proche de l'enquête, la petite fille tourne peut-être la tête au dernier moment, et c'est sans doute ce qui lui sauve la vie, parce que la balle la touche le long de la mâchoire. Dans la foulée, 2 de ses oncles, James et Charles, sont touchés à leur tour et tombent. D'après les proches qui ont parlé aux survivants, c'est à ce moment-là que Charles reconnaît l'homme sous la barbe, et quelqu'un crie "C'est Bruce !". Pourtant, même en sang, les 2 frères se relèvent, et ils essaient de l'attraper pour l'arrêter, sans y arriver.
Quelqu'un hurle "Courez ! Courez !". Joseph, Alicia, leurs 3 filles et au moins une de leurs belles-filles, Teresa, se jettent sous la table de la salle à manger. À l'arrière de la maison, des adultes attrapent les enfants dans leurs bras et les font sortir. Une jeune femme de 20 ans saute par une fenêtre de l'étage et se casse la cheville en tombant, pendant qu'une adolescente de 16 ans reçoit une balle dans le dos. L'homme, lui, avance dans la maison, et il continue de tirer.
Une voix au bout du fil
Sous la table, Leticia voit sa fille sortir de la maison en titubant, alors elle se met à courir. Leticia a 36 ans, c'est la plus jeune des 5 enfants Ortega, et elle réussit à rejoindre une maison voisine. À 23h27, le premier appel au 911 arrive de Covina.
"J'ai entendu les coups de feu", dit-elle au standardiste. "Tout le monde a paniqué, tout le monde a couru, et on a tous plongé sous la table de la salle à manger." Puis elle crie, "Il faut que quelqu'un vienne aider ma fille ! Elle saigne, elle a été touchée sur le côté du visage !".
Le standardiste lui demande qui tire. Au début, avec le costume, elle ne l'a pas reconnu, mais maintenant, elle sait qui c'est. "Il tire encore", dit-elle, "s'il vous plaît, je ne sais pas qui d'autre est encore en vie."
Elle donne son nom. "Il s'appelle Bruce Pardo."
Une maison en flammes
Bruce Pardo, c'est l'ex-mari de Sylvia, celui dont le divorce a été prononcé 6 jours plus tôt et qui n'a pas apporté son chèque. D'après la police, le paquet de Noël qu'il tirait derrière lui cache un compresseur, relié à un réservoir de carburant de course, et avec ce système, il asperge la maison, pour l'enflammer, selon les enquêteurs, avec une fusée éclairante. Sauf que dans la maison, il y a 2 cheminées allumées, et au contact des flammes, les vapeurs de carburant explosent.
Quand les pompiers arrivent, la maison est déjà en feu, et les flammes montent à près de 12 mètres. Un voisin, David Salgado, voit 4 policiers d'intervention escorter la petite Katrina jusqu'à une ambulance, et une autre voisine, Jan Gregory, voit un adolescent sortir de la maison en hurlant qu'on a tiré sur sa famille. Pendant que la maison brûle, un autre voisin remarque une voiture bleue qui s'en va, tous phares éteints, et dans le jardin, devant la maison, il y a une paire de fausses lunettes et le bonnet du Père Noël.
Vers 1h30, le 25 décembre, le feu est enfin éteint, et de la maison des Ortega, il ne reste qu'un amas noirci de métal tordu et de morceaux de bois. Les équipes du médecin légiste du comté de Los Angeles commencent à fouiller les cendres, et à ce moment-là, personne ne sait encore où est Bruce Pardo.
Un corps sur le canapé de Sylmar
À 3h10, le matin de Noël, Brad Pardo rentre chez lui, à Sylmar, au nord de Los Angeles, à environ 64 kilomètres de Covina. Brad, c'est le petit frère de Bruce, et vers 22h, il est passé chez Bruce, à Montrose, parce qu'ils devaient aller ensemble à une fête chez un ami, mais Bruce n'était pas là.
Dans son salon, Brad le trouve allongé sur le canapé, avec 2 pistolets à côté de lui. Bruce s'est tiré une balle dans la bouche. Il a 45 ans, et quand le médecin légiste l'examine, il découvre sous ses vêtements noirs une gaine avec une coque de protection. Il a des brûlures du deuxième et du troisième degré sur les bras, sur les mains et sur la nuque, et ses jambes sont brûlées elles aussi, parce que le costume du Père Noël a fondu sur sa peau. Sur lui, les enquêteurs trouvent une perruque, des gants, 8 piles, une clé de menottes, et 17 000 dollars en liquide, emballés dans du plastique et attachés contre son corps.
À un pâté de maisons de là, il y a la Dodge Caliber qu'il a louée pour aller à Covina, avec les restes du costume à l'intérieur. Selon la police, il s'en est servi pour piéger la voiture, de sorte que si on déplace le costume, des fils déclenchent un départ de feu et font exploser les munitions entassées à l'intérieur. Dans la journée, la voiture explose et brûle, sans faire de blessé. "Ce type était malin", dit le chef de la police de Covina, Kim Raney.
Le samedi 27 décembre au soir, à Glendale, les policiers trouvent une deuxième voiture louée par Bruce Pardo, un Toyota RAV4, avec de l'eau, de la nourriture, des vêtements, un bidon d'essence, 2 ordinateurs, des cadeaux emballés, et des cartes du sud-ouest des États-Unis et du Mexique. Elle est garée tout près de chez Scott Nord, l'avocat de Sylvia.
Un mariage sans marié
Bruce Jeffrey Pardo grandit dans la vallée de San Fernando, au nord de Los Angeles, dans les années 1970. Son père est ingénieur, lui est doué pour les maths, et après des études d'informatique à l'université d'État de Californie, à Northridge, il devient ingénieur logiciel au Jet Propulsion Laboratory, le laboratoire de la NASA à La Cañada Flintridge. Ses collègues le décrivent comme quelqu'un de très intelligent, pas très travailleur, et qui aime déjouer le système, au point qu'un jour, il pirate l'informatique du laboratoire pour connaître le salaire des autres.
En 1988, à 24 ans, il se fiance avec une collègue. Le mariage est prévu le 17 juin 1989, à la mission de San Fernando, avec 250 invités, et comme Bruce n'a pas beaucoup d'argent et qu'il vit chez sa mère, c'est sa fiancée qui puise dans ses économies pour payer la réception et le voyage de noces à Tahiti. Le jour du mariage, elle l'attend pendant près d'une heure, avec le frère et la mère de Bruce, et il ne vient jamais. La semaine suivante, elle découvre qu'il a retiré les 3 000 dollars qui restaient sur leur compte, et quelques semaines plus tard, elle le revoit, tout bronzé, parce qu'il est parti à Palm Springs dépenser l'argent. "Il n'avait aucun sens des responsabilités", dit-elle.
Une femme avec qui il sort au début des années 1990, Tina Westman, se souvient d'un "grand enfant, maladroit et attachant". Un jour, pendant une sortie en rafting, elle tombe à l'eau et manque de se noyer, et Bruce, lui, éclate de rire. En 2001, Bruce a 37 ans, et il vit avec sa compagne, Elena Lucano, et leur fils de 13 mois, Matthew.
Un enfant qu'on ne voit plus
Le 8 janvier 2001, Elena part faire des courses et laisse Matthew avec son père, et pendant ce temps-là, le petit garçon tombe dans la piscine. D'après l'avocat d'Elena, Bruce est devant la télévision, et quand elle rentre, elle le trouve en train de hurler, Matthew dans ses bras. Matthew est vivant, mais gravement blessé, et pendant une semaine, Bruce reste à côté de son lit d'hôpital, au point d'en oublier de manger. Sauf que les médecins ne donnent presque aucun espoir, et le couple se sépare. "Que Matthew soit handicapé, c'était trop pour lui", dit Elena.
Bruce arrête de voir son fils et de payer quoi que ce soit, alors que la première année, les frais médicaux atteignent près de 338 000 dollars. Elena le poursuit en justice, mais seulement pour toucher son assurance habitation, et ni elle ni Matthew ne revoient jamais Bruce. Matthew reste lourdement handicapé, il est paraplégique, et pendant 7 ans, sans qu'Elena le sache, Bruce le déclare à sa charge pour payer moins d'impôts.
En 2004, un collègue de Bruce lui présente sa belle-sœur, Sylvia, et pour les amis de Bruce, c'est la femme qu'il lui faut, quelqu'un de simple, avec une grande famille. Ils se marient le 29 janvier 2006, Bruce achète une maison à Montrose, et ils adoptent un akita, Saki. Le dimanche, Bruce est placeur à la messe, à l'église catholique Holy Redeemer. Pourtant, après la première année, d'après ce que Sylvia confie à ses amis, il devient froid, avare et distant, et ils se disputent souvent pour l'argent.
Fin 2007, d'après la police, la mère de Bruce, qui s'est beaucoup attachée à Sylvia, lui fait une confidence. Bruce a un fils lourdement handicapé, qu'il déclare aux impôts, mais qu'il n'aide pas.
Un costume plus grand que lui
Le 7 mars 2008, Sylvia et Bruce se séparent. Un jour où elle est à l'anniversaire d'une nièce, Bruce sort ses affaires et les pose dans l'allée, alors Sylvia demande le divorce, parce que pour elle, "continuer le mariage n'était pas une option". Le 13 juin, Bruce entre dans une armurerie de Burbank, Gun World, et paie 999,95 dollars en liquide pour un pistolet Sig Sauer de 9 millimètres. 5 jours plus tard, un juge le condamne à verser à Sylvia 1 785 dollars par mois. Son premier chèque est sans provision, et le 31 juillet, il est licencié, parce qu'il facturait des heures qu'il n'avait pas faites.
En Californie, on ne peut acheter qu'une arme de poing tous les 30 jours. Alors le 8 août, Bruce retourne chez Gun World et achète un deuxième Sig Sauer, le 8 septembre un troisième, le 11 octobre un quatrième, et le 13 novembre un cinquième. Le 8 septembre, il appelle aussi une voisine, Jeri Deiotte, qui tient un magasin de costumes, et il lui commande un costume de Père Noël, pour une fête d'enfants, dit-il.
En octobre, il rend visite à un vieil ami du lycée, Steve Erwin, dans l'Iowa. Il lui explique qu'il "reste assis à la maison, à penser à tout ça", qu'il a honte que toute sa vie soit étalée devant le tribunal, et que sa mère et lui ne se parlent presque plus, parce qu'aux audiences, elle s'assoit avec la famille de Sylvia. Dans l'Iowa, il achète aussi 16 chargeurs de 18 balles, alors qu'en Californie, ils sont limités à 10.
De retour, il va chercher son costume. Bruce mesure 1,93 m et pèse 125 kilos, et il a demandé qu'on lui laisse beaucoup de place, et Jeri Deiotte lui a même cousu un gilet à mettre sous la veste, pour le rembourrer. Chez lui, il a maintenant 5 pistolets, et dans la remise du jardin, un compresseur, un tuyau de 15 mètres et un réservoir de carburant de course. Quelques jours avant Thanksgiving, il installe ses guirlandes de Noël.
Un billet d'avion dans une chaussure
Le 18 décembre, au tribunal de Burbank, le divorce est prononcé. Bruce accepte de verser 10 000 dollars à Sylvia, et elle garde la bague de fiançailles et Saki, leur chien. Cette audience est très tendue, et pour le lieutenant Tim Doonan, de la police de Covina, c'est peut-être là que tout se décide, puisqu'elle "a pu être l'élément déclencheur". Le lendemain, Bruce entre dans une agence de voyages, et le lundi, il paie 650 dollars en liquide pour un aller-retour vers Moline, dans l'Illinois, près de chez Steve Erwin, avec un départ à 0h20, le jour de Noël. La même semaine, il loue la Dodge Caliber et le Toyota RAV4.
Le 24 décembre, d'après les enquêteurs, il gare le Toyota à Glendale, près de chez l'avocat de Sylvia, parce que son plan est d'aller chez lui après Covina, de l'attaquer, puis de s'enfuir avec cette voiture. À 18h, il appelle Steve Erwin, il a l'air abattu, mais il lui dit qu'il le verra le lendemain. Les enquêteurs ne savent pas s'il voulait vraiment aller dans l'Iowa, et la police parle aussi d'un vol vers le Canada. Dans la soirée, il prend de la cocaïne, à faible dose d'après le médecin légiste. Plus tard, son voisin, Bong Garcia, sort fumer sur le perron, et Bruce le salue en lui disant qu'il part à une fête de Noël. "Il n'avait pas l'air en colère", dit Bong Garcia. Sauf que Bruce laisse son Cadillac et son Hummer dans l'allée, et qu'il monte dans une Dodge bleue garée dans la rue.
Sous son costume de Père Noël, il porte des vêtements noirs, 5 pistolets de 9 millimètres et 17 000 dollars collés contre son corps, et dans une de ses chaussures, il y a un billet imprimé pour le vol de Moline. Ce soir-là, à l'église Holy Redeemer, son nom est inscrit pour être placeur à la messe de minuit.
Les 9 victimes du massacre de Covina
Dans les cendres de Knollcrest Drive, les 9 corps sont tellement brûlés que personne ne peut les reconnaître, et les familles doivent attendre janvier 2009 pour que le médecin légiste mette enfin un nom sur chacun. Il y a Joseph Ortega et sa femme, Alicia Sotomayor Ortega. Il y a leur fils James, 52 ans, qui possède un cheval de course, Return of the King, et sa femme, Teresa, 52 ans, celle qui s'est cachée sous la table avec ses beaux-parents. Il y a Charles, 50 ans, qui s'est relevé en sang pour essayer d'arrêter le tireur, et sa femme, Cheri Lynn, 45 ans. "C'était une famille très unie et très aimante", dit Tony Salas, un ami des 2 frères. Il y a Alicia Ortega Ortiz, 46 ans, tuée par balle, dont les 2 filles ont réussi à s'enfuir.
Il y a son fils, Michael Andre Ortiz, 17 ans, capitaine et lanceur de l'équipe de base-ball du lycée d'Ontario, qui devait obtenir son diplôme en juin. Michael n'a pas été touché par les balles, il meurt d'avoir respiré la fumée, à l'étage, là où il était devant l'ordinateur. Il y a enfin Sylvia Ortega Pardo, 43 ans.
Comme Bruce Pardo est mort, il n'y aura jamais de procès, et les survivants n'entendront jamais un juge dire ce qui s'est passé. C'est la police de Covina qui reconstitue tout, à partir des témoins, des archives du tribunal et de ce qu'il a laissé derrière lui, et pour elle, il prépare son attaque depuis le mois de juin, parce que son divorce, et surtout ce qu'il lui coûte, ne passe pas. Une séparation qui se termine dans le sang, c'est aussi ce qu'a vécu Isabelle Gaston, au Québec, quand son ancien mari, un cardiologue respecté, a tué leurs 2 enfants, dans l'affaire Guy Turcotte. Des familles à qui aucun procès ne donnera jamais de réponse, il y en a d'autres, comme celle des 6 enfants Hart, morts avec leurs mères au pied d'une falaise de Californie, dans l'affaire Famille Hart.
Le 16 janvier 2009, à San Dimas, des centaines de personnes se rassemblent à l'église du Saint-Nom-de-Marie. Il n'y a pas de cercueils, seulement les photos des 9 victimes sur des chevalets, et leurs cendres sur l'autel. "Les Ortega, c'est la famille la plus unie que j'aie jamais connue", dit un ami, Eddie Perry. Les 16 autres personnes présentes à la fête ont survécu, et selon l'agence AP, 13 enfants et adolescents ont perdu au moins un de leurs parents.
Leticia, la dernière des enfants Ortega
De ses parents, de ses 2 frères et de ses 2 sœurs, Leticia est la seule à avoir survécu, et c'est elle qui devient le pilier de la famille, et qui garde les traditions, comme la recette du pozole de son enfance. Avec son mari, elle accueille la plus jeune fille de l'une de ses sœurs, et l'un de ses neveux devient le tuteur de ses 3 frères et sœurs mineurs. Pendant des années, elle suit une thérapie, mais l'angoisse et les cauchemars sont toujours là. "J'ai complètement perdu mon identité", dit-elle en 2013.
Avec les enfants, Leticia s'accroche à Noël, et elle leur explique que l'homme qui est venu à la porte ce soir-là n'était pas le vrai Père Noël. Katrina, elle, écrit avec sa mère des lettres à d'autres familles en deuil, comme aux familles de la tuerie de Newtown, en 2012. "Ce sera dur, mais garde espoir. N'abandonne pas", écrit-elle dans l'une d'elles. À Noël, la famille se réunit pour dîner, échanger des cadeaux et parler de ceux qui ne sont plus là, et ce jour-là, après la messe, les Ortega vont au cimetière.
L'affaire du massacre de Covina en vidéo ⬇️

À lire aussi :
Sources :
Los Angeles Times, "A solitary man with murder in his heart", portrait de l'auteur et chronologie de l'enquête, 11 juillet 2009 : https://www.latimes.com/archives/la-xpm-2009-jul-11-me-santa11-story.html
Los Angeles Times, "Gunman's careful plans went awry", l'appel au 911 et les plans de fuite, 27 décembre 2008 : https://www.latimes.com/archives/la-xpm-2008-dec-27-me-santa-shooting27-story.html
Los Angeles Times, "More grim details of Christmas Eve shooting rampage in Covina emerge", 31 décembre 2008 : https://www.latimes.com/local/la-me-santa-shooting31-2008dec31-story.html
Los Angeles Daily News, le rapport d'autopsie du médecin légiste du comté de Los Angeles, 2 avril 2009 : https://www.dailynews.com/2009/04/02/covina-massacre-suspect-tested-positive-for-cocaine/
Associated Press via Action News 5, la famille Ortega en deuil, 28 décembre 2008 : https://www.actionnews5.com/story/9587387/relatives-mourn-family-slain-in-calif-santa-shootings/
Associated Press via CBS Los Angeles, Leticia Yuzefpolsky 5 ans après, 25 décembre 2013 : https://www.cbsnews.com/losangeles/news/5-years-after-man-in-santa-suit-massacred-9-relatives-covina-woman-leads-family-healing/
Wikipédia (en anglais), Covina massacre : https://en.wikipedia.org/wiki/Covina_massacre
