Affaire Marina Sabatier : 8 ans, cachée dans le béton


Le 9 septembre 2009, dans la soirée, sur le parking d'un fast-food de Saint-Saturnin, au nord du Mans, un père appelle les gendarmes, et il leur explique que sa fille, Marina, 8 ans, dormait dans la voiture pendant qu'il passait commande, et qu'elle a disparu. Une cinquantaine de gendarmes, une équipe de chiens et un hélicoptère fouillent le parking, le restaurant et tous les environs, sans trouver aucune trace d'elle. En cherchant qui est cette petite fille, les enquêteurs découvrent qu'elle a déjà fait l'objet de signalements, parce que depuis 2 ans, à l'école, ses institutrices la voyaient revenir sans arrêt avec des bleus sur le visage.
Un bébé repris au bout d'un mois
En 2000, Virginie Darras rencontre Éric Sabatier. Elle a déjà un petit garçon, né en 1999 d'une précédente relation, et pour lui plaire, Éric s'invente une vie, avec un travail et une maison qu'il est sur le point d'acheter, au point de faire croire au notaire qu'il a obtenu son financement. Le couple se marie en octobre 2000, et Virginie tombe très vite enceinte. Quelque temps après le mariage, le mensonge éclate, parce qu'il n'y a ni travail ni maison, si bien que Virginie, enceinte de 6 mois, quitte son mari.
Le 27 février 2001, en Picardie, elle accouche sous X, c'est-à-dire sans révéler son identité, ce qui permet à une mère de confier son bébé à l'adoption. Ce bébé, c'est Marina. Un mois plus tard, Virginie revient sur sa décision, elle récupère sa fille, et elle retourne vivre avec Éric. Marina grandit donc avec ses 2 parents et son demi-frère, et la famille s'agrandit encore avec une petite sœur en 2003, un petit frère en 2004 et un autre en 2008.
En 2006, une des sœurs de Virginie passe du temps chez le couple, et elle voit des coups portés à Marina. Elle en parle à sa mère, la grand-mère de la petite fille, et celle-ci appelle le 119, le numéro national pour l'enfance en danger. Au bout du fil, elle ne parvient pas à convaincre son interlocuteur que c'est grave, et aucune suite n'est donnée à son appel.
À cette époque, Marina ne va pas encore à l'école, et c'est légal, puisque l'instruction n'est obligatoire qu'à partir de 6 ans, si bien qu'en dehors de sa famille, presque personne ne la voit. En février 2007, les Sabatier arrivent dans la Sarthe, autour du Mans, et pendant plus de 2 ans, ils vont déménager de village en village. Dans l'un de ces déménagements, le carnet de santé de Marina, ce livret où sont notés les vaccins et les visites chez le médecin depuis la naissance, est déclaré perdu.
Des bleus sur le visage
En avril 2007, à 6 ans, Marina fait sa première rentrée, à l'école de Parennes. Elle s'exprime facilement, elle aime l'école, elle s'y fait des amis, et aussi incompréhensible que ça puisse paraître, elle aime profondément ses parents.
Ses 2 institutrices remarquent très vite qu'elle s'absente souvent, et qu'elle revient régulièrement avec des marques sur le corps. Un enfant de 6 ans tombe, se cogne, et il a des bleus aux genoux et aux coudes, ça fait partie de la vie, et les enseignants le savent mieux que personne. Sauf que chez Marina, les bleus sont surtout sur le visage, et ils reviennent sans arrêt.
Alors les institutrices notent tout. Le 14 septembre 2007, elles relèvent 3 bleus sur l'omoplate droite et 3 autres sur le ventre, et le même mois, l'une d'elles téléphone au médecin scolaire pour lui en parler. Le 11 octobre, elles notent 3 bleus sur le visage. Le 18 octobre, le médecin reçoit Marina en présence de son père, et il voit des marques anciennes. Pour lui, il n'y a "rien d'inquiétant". Il demande tout de même qu'on reste vigilant et qu'on note tout ce qui paraît suspect. Il voudrait aussi lui faire passer des examens pour un strabisme, mais Marina est si souvent absente que ce n'est jamais possible.
Le 21 janvier 2008, Marina a le visage gonflé, tuméfié, au point qu'elle ne peut plus ouvrir les yeux, et ses parents parlent d'une conjonctivite. Le 25 janvier, après 3 semaines d'absence, elle revient avec un bleu sous tout l'œil droit, une griffure et une croûte d'environ 2 cm. Le 15 février, après un nouveau rendez-vous avec la petite fille et son père, le médecin scolaire appelle le médecin de famille pour lui faire part de ses soupçons, mais ce médecin connaît à peine les Sabatier, arrivés dans le secteur un an plus tôt. Les explications, elles, continuent, et le 6 mai, Marina dit qu'elle a mal aux doigts, parce qu'elle se les est pincés à la maison.
Une absence à Saint-Denis-d'Orques
Le 31 mai 2008, la famille déménage à Saint-Denis-d'Orques, un village voisin. Les frères et la sœur de Marina sont inscrits à leur nouvelle école et ils y vont, mais Marina, elle, ne s'y présente pas. Pour la directrice, cette absence est d'autant plus inquiétante qu'elle a reçu le dossier scolaire de la petite fille, avec les notes de ses anciennes institutrices, et que le directeur de l'ancienne école lui a parlé de ses soupçons de maltraitance.
Alors le 19 juin 2008, elle envoie un signalement pour suspicion de maltraitance au procureur de la République du Mans et au président du Conseil général, en y joignant les 4 pages manuscrites des institutrices. Le jour même, le parquet demande à la gendarmerie d'ouvrir une enquête, en commençant par un examen de Marina par un médecin légiste et par une audition filmée.
Sauf que pendant 13 jours, aucun gendarme n'est désigné pour mener cette enquête. Ce n'est que le 2 juillet qu'un gendarme est enfin chargé du dossier, et la veille, une nouvelle information est arrivée chez le procureur, parce que le nouveau médecin scolaire a encore constaté des ecchymoses récentes sur Marina.
Une audition devant la caméra
Le 15 juillet 2008, Marina est examinée par un médecin légiste, en présence de son père. Le médecin est tout de suite frappé par sa très petite taille et par sa démarche, qu'il trouve très inhabituelle, et il relève de très nombreuses cicatrices anciennes sur tout le corps. Dans son rapport, il écrit que chacune de ces lésions pourrait venir d'un accident de la vie courante, "mais dont le nombre est fortement suspect", et que malgré les explications concordantes du père, il ne peut pas exclure des faits de violence ou de mauvais traitements.
Le 23 juillet, Marina est entendue seule par les gendarmes, dans une salle équipée d'une caméra, pendant que son père attend 2 pièces plus loin. Elle est calme et souriante, elle a la morphologie d'une enfant plus jeune que son âge, et dans le procès-verbal, les gendarmes notent qu'elle est "visiblement préparée". Pour chaque blessure, Marina a une explication, une chute à la maison ou une bagarre avec ses frères et sa sœur. À un moment, le gendarme lui demande si des personnes la frappent, et elle répond "Sauf mon papa et maman".
Elle se reprend aussitôt. "Papa me tape pas et ma maman me tape pas."
Des institutrices jamais entendues
Le 15 août 2008, la famille déménage encore, cette fois à Coulans-sur-Gée, non loin de là. En inscrivant leurs enfants à la nouvelle école, les parents oublient de mentionner Marina, mais le jour de la rentrée, elle est là quand même. Par chance, le médecin scolaire qui l'a examinée au printemps est aussi celui de ce secteur, alors en l'apercevant dans le car scolaire, il prévient le directeur qu'il faut garder un œil sur cette enfant.
Le 17 septembre, le gendarme chargé de l'enquête se rend chez les Sabatier, et la mère lui confirme que les cicatrices sont accidentelles. Le lendemain, il rédige sa synthèse, dans laquelle il écrit que Marina "avait toujours le sourire et s'est même mise à rigoler devant nous", et qu'il ne ressort de l'enquête aucun élément laissant penser qu'elle est maltraitée. Le 6 octobre 2008, le parquet classe l'affaire sans suite, au motif que l'infraction est "insuffisamment caractérisée", alors que les institutrices qui ont rempli les 4 pages, elles, n'ont jamais été entendues.
33 jours d'absence
À Coulans-sur-Gée, le directeur de l'école, lui, note tout. Entre septembre 2008 et avril 2009, Marina manque 33 jours d'école, sans aucun certificat médical, et elle arrive souvent avec des bleus autour des yeux, des griffures sur le visage, des coupures, dont une profonde sur le haut du crâne. Elle se plaint de maux de tête et de ventre, et elle se jette sur la nourriture, au point que l'école parle d'un comportement boulimique.
Pendant ce temps, les services sociaux du département ignorent toujours ce qu'est devenu le signalement de juin, et c'est seulement le 5 mars 2009, en passant en revue leurs dossiers en cours, qu'ils téléphonent au parquet et qu'ils apprennent que l'affaire a été classée sans suite. 11 jours plus tard, le 16 mars, Marina dit à l'école "Je ne sais pas ce qu'elle a, maman, ce matin, mais elle m'a tapée". Le lendemain, elle répète "Maman m'a encore tapée ce matin."
Des cors aux pieds
Après les vacances de Pâques, Marina ne revient pas tout de suite à l'école, et ses parents expliquent qu'elle a des cors aux pieds. Le 27 avril 2009, quand elle revient enfin, le directeur découvre l'état de ses pieds, et il appelle le médecin scolaire. Au procès, ce médecin dira qu'il a été "horrifié par l'état des plaies", et que les explications du père n'étaient pas du tout convaincantes. Le jour même, Marina est hospitalisée, et le directeur envoie une "information préoccupante" au président du Conseil général, c'est-à-dire aux services sociaux du département, sans l'adresser au procureur.
À l'hôpital, Marina reste un mois. Les médecins se réunissent, ils rencontrent son père à 2 reprises, et l'un des spécialistes indique que les radios ne montrent aucune maladie des os, et qu'il faut donc envisager une maltraitance. Le 26 mai 2009, le service de pédiatrie envoie une note aux services sociaux pour leur demander dans quelles conditions vit cette enfant, mais cette note n'est pas traitée comme un nouveau signalement. Pour l'agent chargé du dossier, il s'agit seulement de soupçons, et puisque le parquet a déjà classé l'affaire en 2008, il ne voit aucune raison de la lui transmettre.
Le même jour, Marina sort de l'hôpital, avec un rendez-vous fixé au 2 juillet. Elle ne retrouve pas la maison qu'elle a quittée, parce que pendant son hospitalisation, sa famille a déménagé une quatrième fois depuis son arrivée dans la Sarthe, et elle vit désormais à Écommoy, au sud du Mans.
Une visite annoncée par courrier
Le 17 juin 2009, 2 intervenantes des services sociaux arrivent à la maison d'Écommoy, et cette visite, les parents la connaissent depuis 5 jours, puisqu'elle leur a été annoncée par courrier. Les intervenantes font le tour du logement et elles parlent avec chacun des enfants, dont Marina, et dans leurs comptes rendus, il n'y a rien de vraiment inquiétant. L'une d'elles note que Marina est souriante, qu'elle s'exprime avec aisance, et qu'elle dit se plaire à l'école et s'y être fait des amis.
Le lendemain, pourtant, la première intervenante croise par hasard Marina et son demi-frère dans les rues du village, et elle remarque qu'ils sont beaucoup moins bien tenus que la veille. Une visite dont on repart rassuré, alors que l'enfant est en danger, c'est aussi ce qu'a vécu Arthur, un petit garçon anglais, quand une travailleuse sociale est repartie de chez lui en le trouvant "très heureux et en sécurité", dans l'affaire Arthur Labinjo-Hughes.
La deuxième intervenante fixe un nouveau rendez-vous au 24 juin, mais ce jour-là, il n'y a personne à la maison. Elle repasse le lendemain sans prévenir, et elle trouve encore porte close. Fin juillet, elle finit par téléphoner au père, et la nouvelle visite est fixée au 27 août 2009.
La nuit du 6 août
Le 6 août 2009, dans la maison d'Écommoy, Marina passe des heures dans un bain glacé, où elle est frappée et où on lui maintient la tête sous l'eau. De cette nuit-là, on ne connaît que ce qu'en ont dit ses parents et ce qui a été établi à leur procès, et ses parents reconnaîtront aussi l'avoir forcée à boire un verre à moutarde rempli de vinaigre, avec une cuillère de gros sel.
Ensuite, Marina est descendue nue à la cave, et les coups continuent. Plus tard dans la nuit, quand sa mère remonte l'escalier et la laisse seule en bas, Marina lui dit "Bonne nuit maman, à demain".
Elle meurt dans la nuit, seule, sur le sol froid de la cave.
Une disparition sur un parking
En août, puis en septembre, les intervenantes des services sociaux continuent de venir à la maison d'Écommoy. Elles voient les frères, elles voient la sœur, et à chaque fois, Marina n'est pas là, et les parents ont une explication. Au Canada, une petite fille, Phoenix, a disparu de la même façon, sans que personne, pendant des mois, s'aperçoive qu'elle n'était plus là, dans l'affaire Phoenix Sinclair.
Le 9 septembre 2009, dans la soirée, Éric Sabatier se gare sur le parking d'un fast-food de Saint-Saturnin, au nord du Mans, avec le demi-frère de Marina, et il appelle les gendarmes. D'après lui, sa fille dormait dans la voiture pendant qu'il passait commande, et elle a disparu. Une cinquantaine de gendarmes, une équipe de chiens et un hélicoptère fouillent le parking, le restaurant et tous les environs. Sauf que très vite, les gendarmes relèvent des contradictions entre ce que racontent les parents et ce que raconte le demi-frère de Marina, et plusieurs personnes leur font part de leurs doutes sur cette disparition. Les enquêteurs apprennent aussi que la petite fille a fait l'objet de signalements pour maltraitance, et dans le sous-sol de la maison d'Écommoy, que la famille vient de quitter, ils trouvent des traces de sang.
Le 10 septembre, Éric Sabatier conduit les enquêteurs jusqu'au local technique d'une entreprise des environs du Mans, où il avait travaillé comme déménageur, en affirmant d'abord que Marina est morte accidentellement un mois plus tôt. Après sa mort, ses parents ont gardé son corps dans la cave, puis dans le congélateur de la maison, avant de le mettre dans une caisse en plastique qu'ils ont remplie de béton et déposée dans ce local.
À l'intérieur, enroulé dans un drap et enfermé dans 10 sacs-poubelle, il y a le corps de Marina.
Un enregistrement projeté aux assises
Le 12 septembre 2009, les 2 parents sont placés en détention, et le lendemain, ils reconnaissent avoir porté à leur fille des coups "particulièrement brutaux". Les 4 autres enfants sont confiés à l'aide sociale à l'enfance.
Le 11 juin 2012, au Mans, Éric Sabatier et Virginie Darras, qui ont divorcé entre-temps, se retrouvent côte à côte dans le box de la cour d'assises. On les juge pour les souffrances qu'ils ont infligées à leur fille jusqu'à sa mort, ce que la loi appelle des actes de torture et de barbarie, et pour la fausse disparition du parking. Pour la première fois, 4 grandes associations de protection de l'enfance sont dans la salle aux côtés de Marina. Dans ce procès, on apprend que les coups ont commencé quand elle avait environ 2 ans et demi, et pourtant, personne n'arrive à comprendre pourquoi elle, et seulement elle, parmi tous les enfants de la maison.
Dans la salle, la cour regarde l'enregistrement de l'audition du 23 juillet 2008, où l'on voit Marina sourire et expliquer chaque blessure. Éric Sabatier raconte que toute sa vie de couple a reposé sur le mensonge de la maison, et il se décrit comme un homme sous l'emprise de sa femme. "Ma femme et moi, on s'énervait sur Marina, mais il n'y avait aucune raison", reconnaît-il, avant d'expliquer qu'il n'osait pas intervenir parce que Virginie menaçait de partir avec les enfants. Selon les psychiatres qui se succèdent à la barre, aucun des 2 parents ne souffre de maladie mentale, et le président de la cour rappelle à plusieurs reprises qu'on ne connaîtra sans doute jamais toute la vérité, puisque seuls les accusés pourraient la raconter. Pour l'avocate d'une association de protection de l'enfance, le plus terrible, c'est que pour ce couple, la nuit du 6 août était une soirée normale.
L'avocat général, Hervé Drevard, requiert au moins 30 ans de réclusion, et il ne s'arrête pas aux accusés, puisque pour lui, Marina a aussi été mal protégée à cause du "manque de clairvoyance des professionnels chargés de la protection des mineurs, dans lesquels j'inclus bien évidemment le parquet". À la fin du procès, Virginie Darras lit une lettre adressée à sa fille, dans laquelle, selon Le Monde, elle reconnaît l'avoir négligée et humiliée, avant de lui écrire "toi tu nous as aimés jusqu'à nous protéger".
L'affaire Marina Sabatier devant l'Europe
Le 26 juin 2012, les 2 parents sont condamnés à 30 ans de réclusion criminelle, dont 20 ans pendant lesquels ils ne pourront pas demander à sortir, et aucun d'eux ne fait appel. Seulement, il y a tout ce qui s'est passé avant, parce que des institutrices, des médecins, des gendarmes et des assistantes sociales ont vu Marina, et que personne ne l'a sortie de cette maison. Le 5 octobre 2012, 2 associations, Innocence en danger et Enfance et partage, portent cette question devant la justice en attaquant l'État, parce que pour elles, si l'enquête de 2008 avait été bien menée, Marina aurait pu être sauvée. Le 6 juin 2013, à Paris, les juges leur donnent tort, et le 8 octobre 2014, la Cour de cassation confirme que l'État n'a pas commis de faute lourde. Une autre association, La Voix de l'enfant, porte plainte contre le Conseil général de la Sarthe pour non-assistance à personne en danger, et le 31 mai 2013, sa plainte est classée sans suite.
Le 30 juin 2014, le Défenseur des droits raconte à son tour l'histoire de Marina dans un rapport. Il y décrit une petite fille sous l'emprise totale de ses parents, des services qui travaillaient chacun de leur côté, et un classement sans suite qui a posé, selon lui, "une chape de plomb" sur tous ceux qui devaient la protéger. En 2015, les 2 associations vont plus loin, jusqu'à Strasbourg, devant la Cour européenne des droits de l'homme.
Le 4 juin 2020, 11 ans après la mort de Marina, les juges européens donnent tous la même réponse. La France a laissé une enfant subir des traitements inhumains, et elle est condamnée à verser un euro symbolique à Innocence en danger, et 15 000 euros pour ses frais. Pour la Cour, on n'a jamais entendu les institutrices, on n'a pas enquêté sur la famille malgré tous ses déménagements, on a interrogé Marina sans psychologue, et on a classé l'affaire sans demander à personne de garder un œil sur elle. En 2009, les services sociaux avaient bien reçu l'alerte de l'école et la note de l'hôpital, et ils n'ont pas cherché plus loin. Pour la Cour, "le système a failli à protéger" Marina.
Un jardin au nom de Marina
Éric Sabatier ne verra jamais cette décision, puisqu'il meurt en prison en septembre 2016, d'un cancer, à 44 ans. Virginie Darras, elle, continue de purger sa peine, et en 2020, elle est toujours détenue à Rennes. Avec une période de sûreté de 20 ans qui court depuis son incarcération en septembre 2009, elle ne peut pas, en principe, obtenir d'aménagement de peine avant 2029. Les frères et la sœur de Marina, eux, ont été placés, avant d'être accueillis ensemble dans la même famille d'accueil en février 2014.
Ce que Marina a vécu a quand même changé des choses. Dans la Sarthe, aujourd'hui, le moindre soupçon de maltraitance doit partir tout de suite chez le procureur, et dans chaque département, il y a désormais un seul endroit où arrivent toutes les alertes, pour qu'elles ne se perdent plus d'un bureau à l'autre. Depuis 2016, quand une mère reprend un bébé qu'elle avait confié à l'adoption, comme Virginie l'a fait avec Marina, on doit lui proposer d'être accompagnée pendant 3 ans. Et à Écommoy, depuis le 8 juin 2014, un jardin porte son nom.
Marina avait 8 ans. Le 17 juin 2009, quand une assistante sociale lui a demandé comment ça allait, elle a répondu qu'elle se plaisait à l'école, et qu'elle s'y était fait des amis.
L'affaire Marina Sabatier en vidéo ⬇️

À lire aussi :
Sources :
Cour européenne des droits de l'homme, arrêt Association Innocence en Danger et Association Enfance et Partage c. France, 4 juin 2020 : https://hudoc.echr.coe.int/fre?i=001-203033
Ministère des Solidarités, communiqué d'Adrien Taquet après l'arrêt de la CEDH, 4 juin 2020 : https://solidarites.gouv.fr/condamnation-de-letat-francais-par-la-cedh-dans-laffaire-marina-adrien-taquet-reaffirme-lengagement-de-letat-et-dresse-le-bilan-des-mesures-prises-depuis-2009
franceinfo (AFP), le père de Marina devant la cour d'assises de la Sarthe, 14 juin 2012 : https://www.franceinfo.fr/societe/justice/proces-marina-le-pere-se-dit-sous-l-emprise-de-sa-femme_107207.html
Le Progrès, ouverture du procès des parents de Marina, 11 juin 2012 : https://www.leprogres.fr/france-monde/2012/06/11/battue-a-mort-par-ses-parents-l-horrible-histoire-de-marina-8-ans-aux-assises
CNews, retour sur l'affaire Marina (dernière nuit, procès, mort d'Éric Sabatier), 18 novembre 2020 : https://www.cnews.fr/france/2020-11-18/la-maladroite-tout-savoir-sur-laffaire-marina-qui-inspire-le-telefilm-de-france-2
Wikipédia, Affaire Marina Sabatier : https://fr.wikipedia.org/wiki/Affaire_Marina_Sabatier
