Affaire Lexi et Scarlett : 2 sœurs étouffées en 17 jours

Le lundi 15 janvier 2018, vers 0h50, dans un appartement de Rugby, en Angleterre, un appel arrive au 999 parce que Lexi Draper, 3 ans, ne respire plus dans son lit. Quand l'ambulancier entre dans la chambre, il comprend tout de suite qu'il est trop tard, parce que la peau de Lexi est marbrée, que ses lèvres sont bleues et que sa mâchoire est déjà raide. Au début du mois, elle s'était déjà arrêtée de respirer 2 fois, sans que les médecins de l'hôpital trouvent pourquoi, et l'autopsie ne trouve aucune cause non plus. 17 jours plus tard, sa petite sœur, Scarlett, 16 mois, meurt à son tour.

Lexi et Scarlett, 2 petites filles en or

Lexi Draper naît quand sa mère, Louise Porton, a 18 ans. Louise a grandi dans la région de Walsall, au nord-ouest de Birmingham, et le père de sa fille s'appelle Chris Draper. En 2016, une deuxième petite fille arrive, Scarlett. Chris est aussi son père, même si Scarlett ne porte pas son nom, parce que selon le Daily Mail, elle est déclarée sous le nom d'un autre homme que fréquente Louise. Alors que les 2 sœurs ont le même père, l'une s'appelle Draper et l'autre Vaughan. Chris, lui, n'a plus aucun contact avec ses filles, et Scarlett, il ne l'a jamais vue.

D'août 2016 au début du mois de novembre 2017, la petite famille vit à Willenhall, près de Walsall, chez sa propriétaire, Leigh-Anne Bradley. Les 2 femmes deviennent amies, alors Leigh-Anne garde souvent les petites, entre 1 et 4 fois par semaine, parfois toute la journée et parfois le soir, pendant que Louise passe des entretiens d'embauche, fait les courses ou pose pour des séances photo, parce qu'elle rêve de devenir mannequin. Au fil des mois, Leigh-Anne passe de plus en plus de temps avec Lexi et Scarlett, au point qu'avec quelques autres proches, c'est souvent elle qui s'occupe d'elles.

Louise élève seule ses 2 filles, et la personne sur qui elle peut le plus compter, c'est sa sœur, Karen, qui l'aide énormément. Pour un témoin, Lexi et Scarlett sont 2 petites filles "en or". En novembre 2017, Louise quitte Willenhall avec elles, et les services du logement de la mairie de Rugby, une ville du Warwickshire, les installent dans une pension, la Parkside Guest House. Quelques semaines plus tard, un soir, Lexi se met à trembler.

Une crise que personne n'explique

Le mardi 2 janvier 2018, dans la soirée, Louise appelle le 111, le numéro du service de santé pour les soins qui ne sont pas des urgences vitales. Elle explique que Lexi vient de faire une sorte de crise, que son corps a tremblé pendant 2 ou 3 minutes, que ses yeux se sont révulsés, que ses lèvres sont devenues bleues, et qu'à un moment, elle a arrêté de respirer. Une ambulance est prévue, mais Louise rappelle pour l'annuler, parce que son propre père peut les conduire à l'hôpital universitaire de Coventry. Là-bas, les médecins examinent Lexi, qui s'est remise, et comme ils ne trouvent aucune cause à cette crise, ils la gardent pour la nuit. Le lendemain, elle rentre à la maison.

Sauf que dans la nuit du 3 au 4 janvier, ça recommence. Cette fois, Louise compose le 999, le numéro des urgences vitales, et les ambulanciers se rendent dans la chambre qu'elle occupe avec ses filles, sur Park Road. L'un d'eux s'appelle David Woods-Thomas. Lexi est allongée sur le dos, dans un état d'inconscience profonde, et ils doivent la réanimer. Pour David Woods-Thomas, cette petite fille est dans un état critique, peut-être à cause d'une grave maladie respiratoire, et il n'a "aucune idée" de ce qui peut la rendre aussi malade.

Louise, elle, est inquiète, mais elle ne crie pas, elle ne pleure pas, et dans l'ambulance, elle n'a pas l'air bouleversée. C'est pourtant la deuxième fois en 2 jours que Lexi arrête de respirer, et cette nuit-là, ce sont les gestes des ambulanciers qui lui sauvent la vie.

Une porte vitrée

Cette fois, Lexi reste 4 jours à l'hôpital. Les médecins font des examens plus poussés, mais ils ne trouvent rien qui explique pourquoi une petite fille de 3 ans, jusque-là en bonne santé, s'arrête de respirer 2 fois en si peu de temps. Faute de mieux, ils pensent à une infection pulmonaire, et à ce moment-là, ils n'ont aucune raison de soupçonner autre chose. Alors ils lui donnent des antibiotiques, et le lundi 8 janvier, Lexi sort de l'hôpital. Le lendemain, une employée du service logement de la mairie, Suzanne Lee, installe Louise et ses filles dans un appartement de Beechwood Court, une résidence de Rugby.

Le dimanche 14 janvier, l'après-midi, Louise sort avec Lexi, Scarlett et sa sœur Karen, et elles vont manger au Brewers Fayre, un restaurant familial de la ville. Vers 19h, elles rentrent, et une caméra de surveillance les filme devant la résidence. On y voit Louise faire entrer les 2 petites, et Scarlett qui se retourne pour regarder à travers la porte vitrée, avant de disparaître à l'intérieur.

Ce sont les dernières images de Lexi et Scarlett ensemble.

Un appel à 0h50

Le lundi 15 janvier 2018, vers 0h50, un appel arrive au 999 depuis l'appartement de Beechwood Court. Louise explique qu'elle est allée voir Lexi et qu'elle l'a trouvée sans vie dans son lit, et quand le standardiste lui demande si sa fille respire, elle répond "Non".

Quand l'ambulancier Mark Mitchell entre dans la chambre, il comprend tout de suite qu'il est trop tard. La peau de Lexi est pâle et marbrée, ses lèvres sont bleues, elle est froide au toucher, et sa mâchoire est déjà raide, ce qui veut dire qu'elle est morte depuis un moment. Lexi est déclarée morte dans la nuit, et comme pour toute mort inattendue d'un enfant, une procédure spéciale se met en place, avec une autopsie. Elle ne révèle aucune cause évidente, alors des analyses complémentaires sont lancées.

Cette nuit-là, les ambulanciers trouvent Louise particulièrement froide et détachée. Il faut dire que face à la mort de son enfant, chacun réagit à sa manière, parce que le choc et le chagrin peuvent prendre des formes très différentes, et personne n'en tire de conclusion. Pour tout le monde, Lexi est une petite fille qui sortait de 4 jours d'hôpital et qui est morte dans son sommeil.

Le lendemain, Louise ouvre une application de rencontres.

Un rire derrière la porte

Le mardi 16 janvier, sur l'application Meet Me, Louise accepte 41 demandes d'amis, et sur une autre application, Badoo, elle discute avec des hommes. L'un d'eux s'appelle Dave, et ils parlent de son tatouage à la jambe quand Louise lui écrit "Ma petite fille est décédée hier". Dave lui présente ses condoléances, et elle lui répond "c'est pas grave". Le soir même, elle a rendez-vous avec un autre homme, Leon.

Karen, elle, s'inquiète. Dans les messages qu'elle envoie à sa sœur les jours suivants, elle lui dit qu'elle a l'air "sans émotion" et "sans cœur", et quand elle comprend que Louise pense à retrouver des hommes rencontrés sur internet, elle lui demande de penser d'abord à Scarlett. Le lundi 29 janvier, Louise quitte l'appartement avec Scarlett, et elles s'installent au Rugby Hotel.

Le lendemain, Louise se rend dans une entreprise de pompes funèbres avec Karen et Scarlett, pour organiser les obsèques de Lexi. Face à la conseillère funéraire, Stella Curley, elle est tendue, silencieuse, et elle fixe le vide. À un moment, Stella quitte la pièce pendant environ 5 minutes, et de l'autre côté de la porte, elle entend Louise rire au téléphone, au point qu'elle a l'impression qu'elle est en appel vidéo avec un homme. Quand Stella revient, Louise dit à son interlocuteur qu'elle doit raccrocher, et elle reprend son regard vide. 2 jours plus tard, une assistante sociale passe voir Scarlett.

Scarlett, 16 mois et en pleine forme

Le jeudi 1er février 2018, selon le Daily Mail, l'assistante sociale décrit Scarlett comme une petite fille "bavarde, éveillée et heureuse". Elle a perdu sa grande sœur 17 jours plus tôt, et ce jour-là, elle va bien.

Le soir, les caméras de surveillance de l'hôtel filment Louise et Scarlett qui rentrent, et sur les images, la petite fille a l'air en pleine forme. Pourtant, peu de temps après leur retour dans la chambre, Louise commence à envoyer des messages à plusieurs personnes, pour leur dire qu'elle pourrait perdre Scarlett, elle aussi. Elle leur demande de l'argent pour mettre de l'essence dans sa voiture, en promettant de les rembourser, et en écrivant qu'elle ne veut pas "perdre" un autre bébé.

À 21h22, elle écrit à un homme, Patrick. "Tu peux me mettre 30 sur mon compte maintenant, pour l'essence, pour emmener ma fille Scarlett à l'hôpital, je te rembourse mercredi", lui demande-t-elle. 2 minutes plus tard, Patrick lui répond d'appeler une ambulance et de ne pas perdre de temps.

Louise n'appelle pas d'ambulance. Un peu plus tard, une caméra la filme qui sort de l'hôtel, avec Scarlett dans les bras.

Un plein d'essence

Sur les images, Louise porte Scarlett jusqu'à sa voiture, elle l'installe à l'arrière, dans son siège auto, puis elle démarre. En route, elle s'arrête dans une station-service, où une caméra la filme en train de faire le plein. Ensuite, elle se gare sur le parking d'Elliott's Retail Park, une zone commerciale de Rugby, et à 22h20, elle appelle le 111, et non le 999. Elle explique que Scarlett dort dans la voiture, et qu'avant de l'emmener à l'hôpital, elle préfère "vérifier d'abord". La standardiste lui demande d'essayer de réveiller la petite fille. Louise essaie, mais Scarlett ne se réveille pas.

8 ou 9 minutes plus tard, les secours arrivent, et l'ambulancier se penche sur la banquette arrière. Scarlett est "glacée et complètement inerte". Il commence un massage cardiaque, il lui donne de l'oxygène et il demande à Louise de l'aider. Le cœur de Scarlett ne bat déjà plus, son corps est froid, et ses pupilles sont fixes et dilatées. Louise, elle, reste calme. Elle s'assoit à l'avant de l'ambulance et sort son téléphone, et quand on lui pose des questions, elle explique que Scarlett a la grippe, diagnostiquée 2 jours plus tôt, et que sa grande sœur est morte 2 semaines avant.

À 23h31, à l'hôpital universitaire de Coventry, Scarlett est déclarée morte. À son arrivée, sa température est très basse, ce qui laisse penser qu'elle était morte depuis un moment. Dans les heures qui suivent, Louise publie sur Snapchat une photo de Lexi et Scarlett, avec 3 lettres, "RIP".

Des traces sur le cou

Une petite fille qui meurt dans son sommeil, c'est un drame que les médecins savent expliquer, parfois. Sauf que là, ce sont 2 sœurs, sans aucun problème de santé connu, qui meurent à 17 jours d'écart, si bien qu'après la mort de Scarlett, la police du Warwickshire ouvre une enquête pour meurtre. Un médecin légiste et un pathologiste spécialiste des enfants se penchent ensemble sur les 2 petites filles, d'autres médecins relisent tout leur dossier, et aucun d'eux ne trouve une maladie qui pourrait expliquer ces 2 morts.

Sauf que sur Scarlett, il y a quelque chose. Dans son cou, sous la peau, les médecins trouvent des saignements récents, comme si on avait appuyé assez fort pour l'empêcher de respirer, et dans la chambre du Rugby Hotel, il y a du sang de Scarlett sur un oreiller. Pour eux, les 2 petites filles ont été étouffées. Chez Lexi, les signes sont plus discrets, et chez Scarlett, d'autres traces montrent que quelqu'un avait déjà essayé une première fois, avant la nuit du 1er février.

Or Lexi et Scarlett vivaient seules avec leur mère, et tout à coup, les 2 crises de Lexi au début du mois de janvier, ces malaises que les médecins n'arrivaient pas à expliquer, prennent un autre sens. Parmi tout ce qu'ils saisissent, les enquêteurs prennent le téléphone de Louise, celui qu'elle ne quitte jamais.

Ce que gardait le téléphone

Ce téléphone a tout gardé, les messages, les photos, et l'historique des recherches sur internet, avec l'heure exacte de chacune. Le lundi 8 janvier, le jour où Lexi sort de l'hôpital, Louise lit un article sur un homme mort après s'être collé la bouche à la superglu, et elle cherche s'il est possible de mourir avec le nez bouché et la bouche fermée de force avec du scotch. Dans les jours qui suivent, elle lit un article sur un tout-petit ramené à la vie après avoir failli se noyer. Avant chacune des 2 crises de Lexi, elle avait déjà cherché pourquoi un jeune enfant peut arrêter de respirer, en tapant notamment "Pourquoi ma fille de 3 ans a arrêté de respirer".

Le dimanche 14 janvier, entre 22h33 et 23h15, soit environ 2 heures avant l'appel au 999, Louise consulte des pages qui expliquent combien de temps après une noyade on peut encore réanimer quelqu'un, combien de temps il faut à un corps pour devenir froid jusqu'à l'épaule, s'il est vrai qu'on se fait dessus quand on meurt, et quelles sont les 5 choses bizarres qui arrivent après la mort. Le même soir, elle écrit à quelqu'un que les médecins lui ont dit que Lexi allait mourir, alors qu'aucun médecin ne lui a jamais dit ça.

Le téléphone garde aussi les messages des jours où Lexi était à l'hôpital. Le 2 janvier, quelques minutes après son dernier échange avec le 111, sur la route de l'hôpital, Louise discute déjà de photos à caractère sexuel et de leur prix, et dans les toilettes de l'hôpital, elle prend une photo d'elle seins nus pour l'envoyer à un homme, contre de l'argent. Le 5 janvier, sur Badoo, elle accepte avec un photographe, Mark, des relations sexuelles pendant une séance photo, à condition qu'il paie, et dans la nuit du 6 janvier, elle échange des messages avec Richard, un agent de sécurité qu'elle a rencontré à l'hôpital. Dans un message à sa sœur, elle a même écrit qu'elle allait "leur donner des somnifères à toutes les 2, haha".

Un téléphone qui raconte tout autre chose que ce qu'on a dit aux secours, c'est aussi ce qui a trahi les adultes d'Arthur, un petit garçon de 6 ans, à Solihull, tout près de Birmingham, dans l'affaire Arthur Labinjo-Hughes. Ici, le téléphone de Louise suffit.

Le mardi 20 mars 2018, les policiers arrêtent Louise Porton.

"Pourquoi je tuerais mes propres enfants ?"

Quand les policiers lui annoncent qu'elle est soupçonnée du meurtre de ses 2 filles, Louise leur répond "Pourquoi je tuerais mes propres enfants ?". Elle est interrogée 3 fois au commissariat de Nuneaton, et elle nie toute implication.

Dans les mois qui suivent, selon le Daily Mail, Louise publie sur un groupe Facebook d'achat et de vente de Rugby la photo de plusieurs sacs-poubelle remplis de vêtements de petite fille, triés par tailles, de la naissance à 12 mois. Elle les propose pour 20 livres, et elle précise qu'elle peut livrer. En novembre 2018, elle publie une photo de Lexi et Scarlett, avec ce message, "Les anges de maman, partis trop tôt. Vous ne serez jamais oubliées".

Le 25 janvier 2019, les policiers l'interrogent à nouveau, parce que de nouvelles expertises médicales sont arrivées, et cette fois, Louise leur remet une déclaration écrite. "Mes enfants n'ont jamais été un poids pour moi, et j'ai organisé mon mode de vie et ma vie personnelle autour d'elles. Je ne sais toujours pas comment mes filles sont mortes, ni ce qui l'a causé", y écrit-elle. Ce jour-là, elle est inculpée des 2 meurtres et placée en détention. Le mardi 2 juillet 2019, son procès s'ouvre devant la Crown Court de Birmingham.

Comme un poisson rouge

Face au jury, composé de 10 hommes et de 2 femmes, Louise plaide non coupable. Pour le procureur, Oliver Saxby, les 2 petites filles sont mortes parce que quelqu'un a délibérément bloqué leur respiration, et "ce quelqu'un ne peut être que l'accusée". Selon lui, ses filles gênaient Louise "pour faire ce qu'elle voulait, quand elle le voulait et avec qui elle le voulait".

À la barre, Leigh-Anne Bradley raconte que quand les petites pleuraient ou n'obéissaient pas, Louise s'énervait et se mettait à jurer, au point qu'elle les menaçait de leur donner une raison de pleurer, et qu'un jour, pendant un caprice, elle a soulevé Lexi par un bras en lui ordonnant de se relever. Suzanne Lee, l'employée du service logement, se souvient de leur rencontre, quelques jours après la mort de Scarlett. Quand elle demande à Louise ce qu'elle veut faire des affaires des enfants, Louise bâille et répond que ça lui est égal, et plus tard, quand elle vient rendre les clés, elle ne montre toujours aucune émotion, comme quelqu'un qui aurait "perdu son poisson rouge".

Le jury découvre aussi les messages échangés avec Karen. Un soir, Louise a laissé ses filles seules dans la chambre pour rejoindre un homme dans sa camionnette. "Elles dormaient dans la chambre", écrit-elle à sa sœur, qui lui répond "Donc tu vas juste les laisser pour aller voir des mecs". Louise lui jure que c'était une seule fois, mais Karen ne la croit pas, et elle lui écrit "Tes enfants doivent passer en premier". À la fin du mois de juillet, c'est au tour de Louise de venir s'expliquer à la barre.

"Elles me faisaient toujours rire"

Quand son avocat, Andrew Smith, lui demande ce qu'elle aimait le plus dans sa vie de mère, Louise répond que ses filles étaient drôles, qu'elles la faisaient toujours rire, et qu'elle essayait de leur donner tout ce qu'elles voulaient. Être parent, ce n'est pas toujours facile, admet-elle, mais elle s'en sortait. Le message sur les somnifères n'était pas sérieux, et ses recherches sur internet, elle ne sait pas pourquoi elle les a faites, et elle nie avoir pensé à faire du mal à ses filles. Le sang de Scarlett sur l'oreiller, lui, pourrait venir de ses dents qui poussaient. Elle explique aussi qu'elle fait partie des gens qui ne montrent pas leurs émotions, et qu'elle ne pleure pas en public.

Karen vient témoigner à son tour, et elle assure que sa sœur aimait ses enfants. Pendant le procès, les jurés posent même une question au tribunal, parce qu'ils veulent savoir si Louise va passer une évaluation médicale, et si elle pourrait être autiste. Ses avocats ont exploré cette piste, et pourtant aucune expertise n'est présentée au tribunal. Une mère qui ramène sans cesse son enfant à l'hôpital, des médecins qui ne trouvent rien, et un enfant qui finit par mourir, c'est aussi ce qu'a vécu le petit Garnett, 5 ans, aux États-Unis, dans l'affaire Lacey Spears, où sa mère a été condamnée en 2015.

Le mercredi 31 juillet 2019, les jurés se retirent pour délibérer, et le lendemain, après environ 6 heures, ils rendent un verdict unanime. Louise Porton est coupable du meurtre de ses 2 filles.

Un carrosse blanc pour Lexi et Scarlett

Le vendredi 2 août 2019, Louise est assise dans le box, en haut rose, la tête posée dans ses mains, et elle fixe le sol. Dans sa déclaration lue au tribunal, Chris Draper se dit "brisé". "Je reste assis à réfléchir, jour et nuit, et je ne comprends pas pourquoi mes 2 petites filles m'ont été enlevées parce que Louise voulait coucher à droite à gauche", écrit-il. "Je déteste Louise. Aucune punition ne sera jamais suffisante, car je ne récupérerai jamais mes filles."

Pour la juge, Amanda Yip, il n'y a "aucun doute" que Louise a attendu, les 2 fois, d'être sûre que ses filles étaient mortes pour appeler les secours. L'idée que les enfants gênaient la vie de leur mère, elle la balaie, parce que ça fait des titres intéressants, mais ça ne correspond pas aux preuves. Elle répond aussi à la question des jurés, puisqu'il n'existe absolument aucune preuve que Louise souffre d'une maladie ou d'un trouble mental qui aurait pu jouer sur ses actes. "Pourquoi vous l'avez fait, vous seule le savez", lui dit-elle, avant de la condamner à la prison à perpétuité, avec une peine minimale de 32 ans. Pour le commissaire Pete Hill, de la police du Warwickshire, Louise n'a jamais montré "le moindre vrai signe d'émotion".

À la fin de l'été 2019, quand les corps lui sont enfin rendus, Chris organise les obsèques de ses filles, dans les West Midlands, et un carrosse blanc tiré par des chevaux emmène leurs 2 petits cercueils.

Le conseil du comté du Warwickshire annonce un examen approfondi du dossier, et Chris, comme Sharon, la mère de Louise, reproche aux services sociaux de ne pas avoir écouté les alertes. Sharon raconte aussi à la presse qu'après la mort de Lexi, Louise lui a dit que Scarlett serait "la prochaine". "C'était une menace. Elle préparait déjà ce qu'elle allait faire", dit-elle. En février 2020, Sharon est retrouvée morte chez elle, à Willenhall.

Lexi avait 3 ans, Scarlett 16 mois. Le soir du 14 janvier, en rentrant du restaurant, Scarlett se retournait encore pour regarder à travers la porte vitrée.

L'affaire Lexi et Scarlett en vidéo ⬇️

Lexi Draper et Scarlett Vaughan, 2 sœurs mortes à Rugby en 2018, affaire Lexi et Scarlett
Lexi Draper et Scarlett Vaughan, 2 sœurs mortes à Rugby en 2018, affaire Lexi et Scarlett

Sources :

Judiciary of England and Wales, remarques de la juge Amanda Yip au prononcé de la peine (R v Louise Porton), 2 août 2019 : https://www.judiciary.uk/wp-content/uploads/2019/08/Porton-Sentencing-Remarks.pdf
CoventryLive (Coventry Telegraph), les recherches internet présentées à l'ouverture du procès, 2 juillet 2019 : https://www.coventrytelegraph.net/news/coventry-news/louise-porton-murder-trial-16521265
CoventryLive (Coventry Telegraph), les témoignages de la propriétaire et de l'employée du logement, juillet 2019 : https://www.coventrytelegraph.net/news/coventry-news/louise-porton-murder-trial-daughters-16531773
The Rugby Observer, ouverture du procès à la Crown Court de Birmingham, 3 juillet 2019 : https://rugbyobserver.co.uk/?p=55577
BBC News, le verdict et les messages du 16 janvier 2018, 1er août 2019 : https://www.bbc.co.uk/news/uk-england-coventry-warwickshire-49151164
BBC News, la condamnation à la perpétuité, 2 août 2019 : https://www.bbc.co.uk/news/uk-england-coventry-warwickshire-49204293
CoventryLive (Coventry Telegraph), la chronologie de l'affaire et les obsèques de Lexi et Scarlett, septembre 2019 : https://www.coventrytelegraph.net/news/coventry-news/funeral-lexi-scarlett-louise-porton-16858244