Affaire Jun Lin : découpé et envoyé par la poste


Le mardi 29 mai 2012, derrière un immeuble du boulevard Décarie, à Montréal, une grande valise en toile attend depuis plusieurs jours au milieu des sacs-poubelle, et le camion des ordures est passé sans l'emporter. Elle est fermée à clé, couverte d'asticots, et l'odeur est devenue impossible à ignorer, si bien que le concierge prend une pince et force la serrure. Ce même mardi, à Ottawa, au siège du Parti conservateur, une assistante ouvre un colis mal fermé, et sous le papier de soie rose, il y a un pied gauche.
Une valise derrière l'immeuble
Le 5720 boulevard Décarie est un immeuble de briques du quartier de Snowdon, à Montréal, le long de l'autoroute Décarie. Derrière, les locataires descendent leurs sacs-poubelle, qui s'entassent sur le trottoir en attendant le camion, et depuis plusieurs jours, le concierge, Michael Nadeau, voit une grande valise en toile posée au milieu des sacs. Dans un immeuble où les gens emménagent et déménagent sans arrêt, une vieille valise jetée aux ordures, ça n'a rien d'étonnant. Sauf que le camion passe, et la valise, elle, reste là.
Le mardi 29 mai, elle est toujours au même endroit, fermée à clé, couverte d'asticots, et l'odeur est devenue impossible à ignorer. Alors Michael Nadeau prend une pince, et avec un résident qui l'aide à faire des petits travaux, il force la serrure. Ils voient un cou, des épaules et le haut d'un torse, et ça leur suffit, ils appellent le 911 tout de suite.
La police scientifique fouille la valise, puis les 31 sacs-poubelle entassés autour, un par un, jusqu'au dernier, qu'elle ouvre à 22h05. Dedans, il y a un membre coupé, des vêtements tachés de sang, 2 couteaux, des ciseaux et un petit chien mort. Le torse n'a plus ni bras, ni jambes, ni tête, et il manque encore des morceaux.
Au même moment, à Ottawa, une partie de ce qui manque est déjà arrivée par la poste.
Un colis qui sent mauvais
Ce mardi 29 mai, au siège du Parti conservateur, le parti du Premier ministre Stephen Harper, une assistante apporte un colis à sa responsable, Jenni Byrne, parce qu'il est mal fermé et qu'il commence à s'ouvrir. Sous le papier de soie rose, il y a un sac-poubelle noir, et dedans, un sac cadeau pour bouteille de vin, avec quelque chose de mou à l'intérieur. Quand elles le coupent aux ciseaux, une odeur épouvantable envahit la pièce, et Jenni Byrne demande tout de suite qu'on appelle la police. Le colis contient un pied gauche, avec un petit mot rose qui vise le Premier ministre et sa femme.
Au centre de tri de Postes Canada, un 2e colis est intercepté. Il est adressé au Parti libéral, il porte le même expéditeur, un autre mot rose, et il contient une main gauche.
À Montréal, dans les sacs-poubelle, les enquêteurs ont aussi trouvé des papiers qui portent un nom, celui d'un locataire de l'immeuble, et pendant un temps, ils se demandent si le torse n'est pas le sien. Ils regardent donc les images des caméras de surveillance, et c'est là qu'ils le voient, bien vivant, descendre et remonter sans arrêt avec des sacs-poubelle dans les bras. Quand ils entrent dans son appartement, il y a du sang, mais le locataire a disparu.
Les enquêteurs savent maintenant d'où viennent les sacs. L'homme de la valise, lui, n'a toujours pas de nom.
Un ami introuvable
2 jours plus tôt, le dimanche 27 mai, Dong Dong Xu reçoit un appel de Lin Feng, un ami qui est en vacances à Bangkok, et qui est inquiet. Depuis le jeudi 24 mai, Jun ne répond plus à ses messages, alors qu'ils s'écrivent 40 à 50 fois par jour, et comme ça fait plus de 60 heures, Lin Feng demande à Dong Dong d'aller voir chez lui.
Ce dimanche soir, Dong Dong entre dans l'appartement avec d'autres amis, et Jun n'est pas là. Sur la cuisinière, il y a une poêle avec de l'huile, sur le comptoir, des œufs, et le chat de Jun, tout seul, qui a faim. Son sac d'école et ses papiers d'identité sont restés là, eux aussi. Partir sans ses papiers et laisser son chat sans manger, ça ne ressemble pas à Jun, et Dong Dong a le pressentiment que quelque chose de grave est arrivé.
Au dépanneur où Jun travaille, on lui dit qu'il ne s'est pas présenté depuis 2 jours. Il décide d'aller voir la police, qui lui conseille de se renseigner à l'université, et le lendemain, il y va, mais personne n'a vu Jun. Le mardi 29 mai au soir, Dong Dong entend parler d'une vidéo qui tourne sur internet, et il la cherche.
Jun Lin, le fils unique de Wuhan
Jun Lin est né le 30 décembre 1978 à Wuhan, une grande ville du centre de la Chine, dans une famille qui vit dans un endroit isolé et qui n'a pas beaucoup d'argent. Pour se déplacer, ils montent à 3 sur un seul vélo, Jun devant, sa mère derrière, et son père au milieu, qui pédale sur les routes cabossées du village. Des années plus tard, sa mère, Zhigui Du, dit qu'ils étaient pauvres en choses matérielles, mais que c'était une famille heureuse.
Jun a une sœur, mais c'est le seul fils, et pour ses parents, il est "la fierté et la joie" de la famille. Pour sa mère, c'est un garçon gentil, sérieux et doux, qui aime les gens et qui aime aider. Adulte, il vit à Pékin, et en 2008, quand la ville accueille les Jeux olympiques, il y est bénévole.
Jun a aussi une vie que ses parents ne connaissent pas. Il a été marié à une femme, puis il a divorcé, et en 2009, à Pékin, il rencontre un homme, Lin Feng. Ils commencent à sortir ensemble en 2010, à Shanghai, et les parents de Jun rencontrent Lin Feng, sans savoir qui il est vraiment pour leur fils, parce que Jun ne leur a jamais dit qu'il était homosexuel.
Son rêve, c'est le Canada. Il s'est longuement renseigné sur internet, et pour lui, c'est un pays paisible, qui respecte les gens d'où qu'ils viennent. Son père s'inquiète, et Jun lui promet que Montréal est une ville sûre, et en décembre 2010, quand il quitte la Chine, il demande à ses parents de lui dire au revoir avec le sourire.
Une nouvelle vie à Montréal
À Montréal, Jun suit d'abord des cours dans une école de langues, puis il s'inscrit à l'université Concordia, en génie et informatique. Il obtient sa résidence permanente, il apprend le français, et comme beaucoup d'étudiants chinois, il se choisit un prénom plus facile à dire pour ceux qui l'entourent, si bien qu'ici, on l'appelle Justin, ou Patrick.
Pour payer ses études, à partir d'août 2011, il travaille une dizaine d'heures par semaine derrière la caisse d'un dépanneur de la rue Wellington, dans le quartier de Pointe-Saint-Charles. Son patron, Kankan Huang, le décrit comme un garçon poli et sérieux, qui ne manque jamais un service. Jun va à la salle de sport, il ne fume pas, il ne boit pas, et il adore son chat. Ses amis le trouvent timide au début, puis très attachant.
Sauf que depuis la Chine, sa famille attend qu'il se remarie et qu'il ait des enfants. Lin Feng et lui sont ensemble depuis un an et demi, ils vivent ensemble à Montréal, et en mai 2012, sous cette pression, ils décident de se séparer, en restant amis. À la mi-mai, Lin Feng rentre en Chine pour l'été, et Jun essaie de sortir avec une fille, pour faire ce que ses parents attendent de lui. Le jeudi 24 mai, vers minuit, Jun envoie un dernier message à Lin Feng.
Une vidéo que personne ne croit
Le samedi 26 mai au matin, dans le Montana, un avocat américain, Roger Renville, tombe sur une vidéo de 10 minutes et demie, sur un site qui publie des images violentes. Elle a été mise en ligne la veille, elle s'appelle "1 Lunatic 1 Ice Pick", un fou, un pic à glace, et on y voit un homme poignarder un autre homme, puis découper son corps. Pour Roger Renville, c'est bien réel, alors il appelle le shérif de sa ville, puis d'autres polices, aux États-Unis et au Canada.
Le dimanche, il appelle la police de Toronto, et selon lui, l'agent lui répond qu'un tueur qui se filme et met ça sur internet, ça n'a aucun sens. La police, elle, a gardé la trace d'un appel à 22h30, sans aucun lien vers la vidéo, renvoyé vers Échec au crime.
Lin Feng, lui, a réservé un billet pour venir chercher Jun, et pendant son escale au Qatar, un ami lui annonce que le corps retrouvé à Montréal est celui de Jun. Une fois arrivé, il se décide enfin à regarder le début de la vidéo, et là, il est soulagé, parce que l'homme qu'il voit, attaché sur un lit, les yeux bandés, ce n'est pas Jun. Il en est si sûr qu'il appelle la police.
Dong Dong Xu, lui, a regardé plus loin. Dans la 2e moitié de la vidéo, il reconnaît son ami.
Un suspect déjà parti
Le mercredi 30 mai, la police de Montréal donne le nom du locataire qu'elle recherche. Il s'appelle Luka Rocco Magnotta, il a 29 ans, et c'est son nom qui est écrit sur les papiers trouvés dans les sacs. La police lance un mandat d'arrêt contre lui, et quelques jours plus tard, le commandant Ian Lafrenière ajoute que les enquêteurs ont des preuves que l'auteur a mangé une partie de sa victime, parce que ça se voit sur la vidéo.
Sauf que Luka Magnotta n'est plus au Canada. Le samedi 26 mai, le jour où Roger Renville découvre la vidéo, il a pris l'avion pour Paris, sous son propre nom, avec un billet aller-retour acheté la veille. Le jeudi 31 mai, Interpol diffuse son nom et sa photo aux polices du monde entier, et le vol retour arrive sans lui. À Paris, il a payé 9 nuits d'hôtel, mais il n'y reste pas, et il part en bus pour Berlin.
Quelques jours plus tard, la police donne enfin un nom à l'homme de la valise, et c'est Jun Lin. À ce moment-là, des internautes qui n'ont jamais rencontré Luka Magnotta le connaissent déjà depuis longtemps.
Des chatons et un mail
Tout commence fin 2010, au moment où Jun s'apprête à quitter la Chine. Sur internet, des vidéos apparaissent, où un homme dont on ne voit pas le visage tue des chatons. Des internautes révoltés se mettent à chercher qui est cet homme, des défenseurs des animaux offrent 5 000 dollars de récompense, et en janvier 2011, ces internautes finissent par mettre un nom sur lui, Luka Magnotta. En février 2011, après une plainte de la SPCA de l'Ontario, la police de Toronto ouvre une enquête pour cruauté envers les animaux, mais il déménage sans arrêt, et quand on remonte jusqu'à un logement, il n'y vit déjà plus.
En décembre 2011, le journal britannique The Sun envoie un journaliste, Alex West, l'interroger à Londres sur ces vidéos. Le 8 décembre, dans le couloir d'une auberge, ils parlent pendant près de 30 minutes, pendant que dans la poche d'Alex West, un enregistreur caché tourne. Luka Magnotta nie tout, il dit qu'il veut seulement "vivre anonymement".
2 jours plus tard, le journal reçoit un mail, signé John Kilbride, le nom d'un petit garçon tué en Angleterre dans les années 60. Celui qui l'écrit parle des chatons, de la conversation dans le couloir, et il annonce son prochain projet. "La prochaine fois que vous entendrez parler de moi, ce sera dans un film que je produis, et il y aura des humains dedans."
Un t-shirt jaune
Le jeudi 24 mai 2012, vers 22h20, la caméra du hall du 5720 boulevard Décarie filme 2 hommes qui entrent en discutant. Luka Magnotta tient la porte, et Jun passe devant lui, en t-shirt jaune, en short et en casquette. C'est la dernière image de Jun vivant.
Ce qui se passe dans l'appartement, aucune caméra ne le filme. Mais plus tard, la toxicologue trouve dans le corps de Jun 2 médicaments qui font dormir, un somnifère sur ordonnance et un antihistaminique, et des traces du même somnifère dans une bouteille de vin jetée aux ordures.
Vers 2h du matin, Luka Magnotta ressort de l'immeuble, vêtu du t-shirt jaune de Jun, et il revient quelques minutes plus tard. Pendant des heures, les caméras le filment qui descend au sous-sol, encore et encore, les bras chargés de sacs-poubelle. Il change plusieurs fois de tenue, il s'arrête devant les miroirs du hall pour se regarder, et vers 4h35, il sort avec un petit chiot noir et blanc, qu'on retrouvera mort dans les ordures.
Le vendredi 25 mai, la vidéo est mise en ligne. Ce jour-là, il achète son billet pour Paris, il passe dans une pharmacie du quartier qui a un comptoir de la poste, il achète des draps neufs, et il se fait livrer une pizza. À 22h14, il sort la grande valise en toile et la dépose dehors avec les ordures. Le lendemain, avant de partir pour l'aéroport, il passe encore au comptoir postal d'un centre commercial du centre-ville, et il envoie 2 autres colis, à Vancouver.
Un invité à Berlin
Le jeudi 31 mai, à Berlin, Frank Rubert reçoit un message sur GayRomeo, un site de rencontre pour hommes. Il vient d'un certain william2323, qui écrit en anglais et qui cherche un endroit où vivre, avec "un homme gentil". Frank ne parle qu'allemand, mais il lui propose son appartement, et la réponse arrive, en capitales, "Je t'aime !!! Merci !!!! J'ai besoin d'aide, je suis perdu". William est à Paris, et il prend le bus.
À la gare routière, Frank est surpris, parce que l'homme qui descend vers lui a l'air plus âgé que sur sa photo, il est négligé, avec des cheveux longs et gras. Mais Frank lui a promis, alors il l'emmène chez lui. Pendant 4 jours, ils sortent dans les bars de Berlin, et son invité, qui se fait appeler Kirk ou William, paie sans compter, avec environ 5 000 euros qu'il garde dans une chaussette.
Le lundi 4 juin, Frank prend un journal dans le métro. Dedans, il y a la photo de l'homme que cherche la police du monde entier, et c'est son invité. Il appelle la police pour dire qu'il a "peut-être un meurtrier" chez lui.
Quelques heures plus tard, dans un café internet du quartier de Neukölln, un employé reconnaît le client assis devant un ordinateur, en train de lire des articles sur lui-même. Les policiers entrent, il leur donne d'abord de faux noms, puis il lâche "Vous m'avez eu". Le lendemain, à l'autre bout du Canada, 2 écoles de Vancouver ouvrent leur courrier.
Un fax pour la police
Le mardi 5 juin, l'école primaire False Creek reçoit un colis qui contient une main droite, et l'école privée St. George's en reçoit un 2e, avec un pied droit. Comme expéditeurs, Luka Magnotta a écrit les noms et les adresses de 2 personnes qui n'ont rien à voir avec l'affaire, Hubert Chrétien, le fils d'un ancien Premier ministre, et Logan Valentini, la sœur de Karla Homolka, condamnée dans les années 90 pour son rôle dans des meurtres. L'ADN des parents de Jun confirme ensuite que tout lui appartient. Le 18 juin, un avion militaire canadien ramène Luka Magnotta de Berlin à Montréal, sous la surveillance de l'enquêteur Antonio Paradiso.
Le 1er juillet 2012, jour de la fête du Canada, Antonio Paradiso reçoit un fax de 3 pages, envoyé du cabinet d'un avocat de l'Ontario, Raphael J. Feldstein. Il y lit que la police trouvera peut-être ce qu'elle cherche en suivant quelques indications, à partir de la station de métro Angrignon, et ce que la police cherche depuis plus d'un mois, c'est la tête de Jun. Il part tout de suite au parc Angrignon avec son coéquipier, mais sur place, il y a plusieurs étangs, et rien ne dit lequel. Il appelle le cabinet, et personne ne répond. Plus tard dans la journée, un maître-chien les mène jusqu'au bord d'un petit lac.
C'est là qu'ils trouvent la tête de Jun.
Jun Lin repose à Montréal
Début juin, les parents de Jun arrivent à Montréal. En Chine, ils ont appris sa mort parce qu'un proche a dit à son père d'aller voir sur internet. Pour sa mère, le plus insupportable, c'est que la vidéo soit en ligne, et que des gens la regardent. "C'est comme si on assassinait mon fils encore et encore", dit-elle.
Dans une lettre publique, la famille demande que ce soit sa vie, et non sa mort, qui reste. À Concordia, l'université où il étudiait, on crée une bourse à son nom pour aider d'autres étudiants chinois, et en juillet, des gens ont déjà donné plus de 70 000 dollars. Le 25 juin, dans la chapelle du campus Loyola, sa mère lit un éloge. "Notre cher fils, pauvre enfant, où es-tu maintenant ?"
Le jeudi 26 juillet 2012, à 9h du matin, la famille et des anonymes se rassemblent au cimetière Notre-Dame-des-Neiges. Le corps de Jun a été incinéré le 11 juillet, et ses parents ont longtemps hésité à ramener ses cendres en Chine, avant de choisir Montréal, "sa ville préférée, la ville qu'il avait choisie". Diran Lin, le père de Jun, s'effondre en disant adieu à son fils.
Zhigui Du n'est pas là, parce que c'était trop dur, mais elle a écrit un texte. Au début, elle ne voyait l'homme accusé du meurtre que comme un "démon", jusqu'au jour où elle a appris son enfance difficile, et depuis, elle veut créer une fondation, pour aider les jeunes en difficulté à retrouver le chemin d'un foyer aimant, et ce, 2 ans avant que cet homme réponde de la mort de Jun devant un jury. Son texte se termine par quelques mots pour son fils, "Jun Lin, je crois que tu seras heureux de ma décision. Maman va rester forte. Repose en paix, mon fils".
Un père dans la salle
Le lundi 29 septembre 2014, le procès de Luka Magnotta s'ouvre à Montréal, devant le juge Guy Cournoyer. Dans la salle, il y a un homme qui ne manque aucune audience. Diran Lin a quitté son travail pour être là, avec 3 interprètes, et chaque fois qu'on montre les images du meurtre, il se retire dans une petite pièce.
L'accusé reconnaît les faits, mais il plaide non coupable, parce que pour son avocat, Luc Leclair, il est schizophrène et il n'était pas criminellement responsable. C'est cette même défense, celle de la maladie, qui avait valu en 2011 à un cardiologue québécois d'être déclaré non criminellement responsable, dans l'affaire Guy Turcotte. À une psychiatre de la défense, Marie-Frédérique Allard, Luka Magnotta donne sa version, la seule qui existe de cette nuit-là. Selon lui, Jun a répondu à une annonce qu'il avait publiée sur Craigslist, et dans l'appartement, des voix lui ont dit que Jun était un agent du gouvernement venu le tuer. En Suède, dans l'affaire du cannibale de Skara, c'est d'ailleurs à cause de ses troubles mentaux que l'auteur est parti en psychiatrie plutôt qu'en prison.
Le procureur, Louis Bouthillier, soutient au contraire que tout était préparé depuis 6 mois, et pour lui, la preuve, c'est le mail reçu au Sun. Quant à Jun, il l'appelle "la victime parfaite", parce qu'au Canada, il n'avait pas de famille pour s'inquiéter dès sa disparition.
Le mardi 23 décembre 2014, après 8 jours de délibération, le jury déclare Luka Magnotta coupable des 5 accusations, dont le meurtre au premier degré. Il ferme les yeux, sans aucune émotion, et il est condamné à la prison à vie, sans possibilité de libération conditionnelle avant 25 ans.
Juste après, l'avocat de la famille lit une lettre de Diran Lin. "La nuit où Lin Jun est mort, une partie de beaucoup d'autres gens est morte aussi. En une nuit, nous avons perdu toute une vie d'espoir." Son fils voulait rester au Canada et monter son entreprise, et les derniers mots que son père lui a dits, ce sont "Fais attention, mon fils". Il s'en veut de ne pas avoir été là, cette nuit-là, pour le prévenir.
En février 2015, Luka Magnotta renonce à son appel, et depuis 2022, il purge sa peine dans une prison à sécurité moyenne. Diran Lin, lui, voudrait seulement lui demander pourquoi, et malgré tout, il croit toujours que Montréal est une ville sûre, comme Jun le lui avait promis.
Le 30 décembre, jour de l'anniversaire de son fils, il prévoit d'aller au cimetière Notre-Dame-des-Neiges. Jun aurait eu 36 ans, et sa famille n'a demandé qu'une chose, "souvenons-nous de sa gentillesse, de son sérieux et de son amour de la vie".
L'affaire Jun Lin en vidéo ⬇️

À lire aussi :
➡️ Affaire Bianca Devins
➡️ Affaire des cannibales de Garanhuns
Sources :
Radio-Canada, Luka Rocco Magnotta reconnu coupable du meurtre de Lin Jun, 23 décembre 2014 : https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/698926/magnotta-verdict-lin-jun-jury-proces
CBC News, Luka Magnotta guilty of 1st-degree murder in Jun Lin's slaying, 23 décembre 2014 : https://www.cbc.ca/news/canada/montreal/luka-magnotta-guilty-of-1st-degree-murder-in-jun-lin-s-slaying-1.2875989
CBC News, la déclaration de la famille de Jun Lin au tribunal, 23 décembre 2014 : https://www.cbc.ca/news/canada/montreal/luka-magnotta-trial-jun-lin-s-family-still-haunted-by-horrific-death-1.2882560
CBC News, le témoignage de Lin Feng au procès, octobre 2014 : https://www.cbc.ca/news/canada/montreal/luka-magnotta-trial-jun-lin-hid-homosexuality-from-his-family-ex-boyfriend-testifies-1.2783185
CBC News, les parents de Jun Lin racontent leur fils, 2012 : https://www.cbc.ca/news/canada/montreal/jun-lin-s-slaying-shatters-mother-s-view-of-canada-1.1225684
CBC News, les obsèques et l'éloge de la mère de Jun Lin, 26 juillet 2012 : https://www.cbc.ca/news/canada/jun-lin-s-mother-has-sympathy-for-alleged-killer-1.1181496
Journal Métro, Jun Lin travaillait dans un dépanneur de Pointe-Saint-Charles, 6 juin 2012 : https://journalmetro.com/local/sud-ouest/638500/jun-lin-travaillait-dans-un-depanneur-de-pointe-saint-charles/
