Affaire des cannibales de Garanhuns : chair humaine à vendre

Affaire des cannibales de Garanhuns, le trio arrêté au Brésil en 2012
Affaire des cannibales de Garanhuns, le trio arrêté au Brésil en 2012

Le jour de son entretien pour un emploi de nourrice, en février 2012, à Garanhuns, dans le nord-est du Brésil, Giselly Helena da Silva part à l'adresse qu'on lui a donnée, et elle ne rentre jamais chez elle. Le 15 mars, Alexandra da Silva Falcão, 20 ans, part elle aussi à un entretien pour un petit travail, et elle non plus ne revient pas. En épluchant leurs relevés bancaires, les enquêteurs s'aperçoivent que la carte de crédit de l'une d'elles sert encore dans les magasins de la ville, et sur les images des caméras de surveillance, ceux qui paient sont 3 inconnus.

Giselly répond à une annonce

Garanhuns, c'est une ville moyenne de l'État du Pernambuco, perchée à près de 900 mètres d'altitude, et on la connaît pour son climat frais et son festival d'hiver. C'est là que Giselly cherche du travail, et l'emploi de nourrice auquel elle a répondu, c'est dans une maison de la ville qu'elle doit l'exercer. Le jour où elle s'y rend, elle ne rentre pas chez elle.

Sa famille prévient la police, et les enquêteurs interrogent ses proches, ils appellent les hôpitaux, ils la cherchent partout, sans rien trouver. Les semaines passent sans la moindre piste sérieuse, et le 15 mars 2012, une autre femme disparaît.

Une carte qui sert encore

Elle s'appelle Alexandra da Silva Falcão, elle a 20 ans, et comme Giselly, elle cherche un petit travail. Elle part à une adresse pour un entretien, et elle non plus ne revient pas.

Alors les enquêteurs se plongent dans les relevés bancaires des 2 jeunes femmes, et c'est là qu'ils remarquent un détail. Une carte de crédit qui appartient à l'une d'elles a servi à Garanhuns, après sa disparition. Une femme qui a disparu ne va pas faire ses courses, évidemment, donc quelqu'un d'autre a cette carte entre les mains. Les policiers vont dans les magasins où elle a servi, et ils regardent les images des caméras de surveillance.

Sur les écrans, ceux qui paient sont 3 inconnus.

3 visages sur les écrans

Petit à petit, les enquêteurs mettent un nom sur chacun de ces visages, Jorge, Isabel et Bruna. L'homme s'appelle Jorge Beltrão Negromonte da Silveira, et il est né le 14 décembre 1961. En 1984, il a épousé Isabel Cristina Pires da Silveira, que tout le monde surnomme "Bel", et bien des années plus tard, dans une salle de sport où il donnait des cours, il a rencontré Bruna Cristina Oliveira da Silva, née en 1986. Plutôt que de choisir, il a proposé aux 2 femmes de vivre ensemble, tous les 3, et elles ont accepté.

Depuis, le trio déménage souvent, d'Olinda, dans la banlieue de Recife, à Conde, dans l'État voisin de la Paraíba, puis dans d'autres villes encore, jusqu'à ce que début 2012, ils s'installent à Garanhuns. Avec eux vit une petite fille, qui est officiellement la fille de Bruna. Pour Wesley Fernandes, le policier qui mène l'enquête, ces 3 visages sont enfin quelque chose de solide, alors un juge l'autorise à les arrêter et à fouiller leur maison.

Un jardin derrière la maison

Le mercredi 11 avril 2012, les policiers frappent à la porte d'une petite maison du quartier de Jardim Petrópolis. Les voisins trouvent la famille qui vit là un peu étrange, mais sans histoire, et on leur achète même des empadas. Jorge, Isabel et Bruna sont là, avec la petite fille, et on les arrête sur place. D'après plusieurs récits de l'enquête, c'est l'enfant elle-même qui aurait dit aux policiers que son "papa" avait tué 2 femmes.

Très vite, les 3 suspects avouent, et l'un d'eux emmène les enquêteurs dans le jardin, derrière la maison, là où les corps ont été enterrés. Les restes de Giselly et d'Alexandra sont là. Le lendemain, jeudi 12 avril, toute la ville est au courant, et des habitants, fous de rage, mettent le feu à la maison.

Des empadas trop salées

Selon la police, le trio a mangé une partie de la chair de ses victimes, et c'est ce qui rend l'affaire célèbre dans tout le Brésil. Toujours selon les enquêteurs, il s'en est aussi servi pour fabriquer des empadas et des coxinhas, les petits chaussons salés qui étaient vendus dans le quartier. Aux États-Unis, dans l'affaire Lawrence Anderson, un homme a lui aussi cuisiné le cœur de l'une de ses victimes, selon les autorités.

À Garanhuns, des habitants racontent aux journalistes qu'ils en ont acheté, sans pouvoir imaginer un instant ce qu'il y avait dedans. Certains les trouvaient bons, et d'autres disaient qu'ils étaient trop salés.

Une secte appelée le Cartel

Dans la maison, la police trouve un texte d'une cinquantaine de pages écrit par Jorge, "Révélations d'un schizophrène", où il raconte qu'il entend des voix et qu'il est obsédé par l'idée de tuer des femmes.

Jorge, Isabel et Bruna, eux, disent faire partie d'une secte qu'ils appellent "le Cartel". Au moment de l'arrestation, Wesley Fernandes explique à TV Globo que le groupe prêche "la purification du monde et la réduction de sa population". Selon l'enquête, le Cartel prétend éliminer des personnes jugées "impures", surtout des femmes pauvres qui ont du mal à élever leurs enfants, et c'est pour ça que toutes les victimes ont été attirées de la même façon, avec la promesse d'un emploi de nourrice. Pour ces femmes-là, une offre comme celle-ci, c'est un espoir. Aux États-Unis, dans l'affaire Steven Mineo, c'est aussi une croyance, celle qu'entretient une gourou d'internet, qui se trouve au cœur du drame. À Garanhuns, d'après les enquêteurs, le trio a déjà une prochaine cible en tête, une femme de Lagoa do Ouro, une ville voisine.

Jéssica, l'adolescente que personne ne cherche

En remontant le passé du trio, les enquêteurs tombent sur une troisième victime, tuée 4 ans plus tôt. Elle s'appelle Jéssica Camila da Silva Pereira, elle a 17 ans, et elle vit dans une grande pauvreté, en vendant des bonbons aux feux rouges de Boa Viagem, à Recife.

D'après l'enquête, le 26 mai 2008, on attire Jéssica dans la maison du trio, à Olinda, avec la même promesse d'emploi, et on la tue, sans que personne ne la cherche vraiment. En 2012, Jorge et Isabel ramènent les enquêteurs dans l'ancienne maison d'Olinda, et là, ils retrouvent de petits morceaux d'os, que l'ADN du père de Jéssica permet d'identifier. Quand elle est morte, Jéssica avait une petite fille d'un an et 7 mois.

La fille de Bruna

La petite fille que tout le monde prend pour l'enfant de Bruna, celle que les policiers ont trouvée dans la maison de Jardim Petrópolis, c'est elle. Après la mort de sa mère, le trio l'a gardée, et Bruna s'est servie de l'acte de naissance de Jéssica pour prendre son identité et faire passer l'enfant pour la sienne. Après l'arrestation, c'est le Conseil de tutelle, l'organisme brésilien qui protège les enfants, qui s'occupe d'elle.

Pendant près de 4 ans, elle a grandi auprès des meurtriers de sa mère, en les appelant ses parents.

Un nom déjà connu

Forcément, les enquêteurs se demandent s'il y a eu d'autres femmes, alors ils regardent de près les villes où le trio a vécu, notamment Conde, dans la Paraíba, où un autre crime est examiné en 2012. Pourtant, à ce jour, la justice n'a condamné le trio que pour 3 meurtres, ceux de Jéssica, de Giselly et d'Alexandra.

Sauf que pour Jorge, ce n'est pas la première fois qu'une enquête le vise. D'après l'enquête de 2012, on l'avait déjà soupçonné pour une mort survenue en 1994, et à l'époque, il avait été mis hors de cause, faute de preuves.

2 procès pour 3 femmes

Pour ces 3 femmes, il faut 2 procès. Le premier est celui de Jéssica, et le 14 novembre 2014, plus de 6 ans après sa mort, un jury reconnaît Jorge, Isabel et Bruna coupables de l'avoir tuée. Jorge est condamné à 21 ans et 6 mois de prison, plus un an et demi de détention, et Isabel et Bruna reçoivent chacune 19 ans de prison, plus un an de détention.

Pour les familles de Giselly et d'Alexandra, il faut attendre décembre 2018. Les 14 et 15 décembre, à Recife, le trio est jugé pour leurs meurtres, et au bout de 2 jours, il est reconnu coupable de double homicide triplement aggravé, de dissimulation et profanation de cadavre, de vol et d'escroquerie. Jorge est condamné à 71 ans de prison, Isabel à 68 ans, et Bruna à 71 ans et 10 mois, avec en plus une condamnation pour fausse identité.

En 2019, le parquet du Pernambuco obtient même que les peines pour Jéssica soient alourdies, à 27 ans de prison plus un an et demi de détention pour Jorge, et à 24 ans de prison plus un an de détention pour Isabel et pour Bruna, et cette fois, c'est définitif. Au total, chacun des 3 a été condamné à plus de 90 ans de prison.

Un pasteur aveugle en prison

En 2024, Isabel et Bruna sont à la Colônia Penal Feminina de Buíque, une prison pour femmes du Pernambuco. Jorge, lui, est au Presídio Policial Penal Leonardo Lago, dans le complexe pénitentiaire du Curado, à Recife, où il est suivi par des psychiatres. En 2025, son avocat fait savoir qu'il est devenu pasteur en prison, et qu'il préfère y rester, parce que d'après lui, Jorge a peur, s'il sortait, d'entendre à nouveau des voix et de recommencer à tuer.

En mars 2026, à 64 ans, Jorge est devenu aveugle des 2 yeux à cause d'un glaucome, et il demande à finir sa peine chez lui. Le 23 mars 2026, la justice refuse, parce que pour le juge, il reçoit en prison tous les soins dont il a besoin, et il reste derrière les barreaux.

Jéssica avait 17 ans, Giselly en avait 31, et Alexandra, 20. Toutes les 3 cherchaient simplement du travail, et toutes les 3 ont frappé à la mauvaise porte.

L'affaire des cannibales de Garanhuns en vidéo ⬇️