Affaire John Price : dépecé, sa tête cuite dans une marmite

Le mardi 29 février 2000, à Aberdeen, une petite ville de la vallée de la Hunter, en Australie, John Price, 44 ans, demande à ses collègues de prévenir la police s'il ne vient pas travailler le lendemain. Le 1er mars, vers 6h, un voisin remarque que son utilitaire est toujours garé dans l'allée, alors qu'à cette heure-là, John est parti travailler depuis longtemps, et un peu après 7h, un homme frappe chez lui sans que personne réponde. Sur la porte d'entrée, il y a du sang.

John Price, que tout Aberdeen appelle Pricey

Aberdeen est une petite ville ouvrière de Nouvelle-Galles du Sud, à environ 3 heures de route au nord de Sydney et à quelques kilomètres de Muswellbrook, où presque tout le monde se connaît. John Charles Thomas Price est né en 1955, et c'est ici qu'il fait sa vie. En avril 1973, il se marie, et de ce mariage naissent 2 enfants, un fils et une fille. Le couple se sépare en janvier 1988, et des années plus tard, son ex-femme le dira à la justice, John n'a jamais été violent avec elle, même quand il avait bu. S'ils se sont séparés, c'est parce qu'ils n'étaient pas vraiment faits pour vivre ensemble, et pendant longtemps, il lui propose de revenir.

Depuis 17 ans, John travaille pour la même entreprise. À Aberdeen, beaucoup d'habitants ont travaillé à l'abattoir de la ville, et c'est justement là que travaillait la femme qui partage sa vie depuis le milieu des années 90.

Une ouvrière de l'abattoir

Cette femme s'appelle Katherine Knight. Sa mère, Barbara Roughan, était mariée à un autre homme quand elle a commencé une relation avec Ken Knight, un collègue de son mari, et comme à Aberdeen, ce genre d'histoire fait scandale, le couple a dû partir s'installer à Moree, dans le nord-ouest de l'État. C'est donc loin d'Aberdeen, à Tenterfield, dans le nord de la Nouvelle-Galles du Sud, que naît Katherine Mary Knight, le 24 octobre 1955, avec une sœur jumelle, et elle grandit au milieu de 8 enfants.

En 1969, la famille revient à Aberdeen, et cette année-là, son oncle Oscar Knight, dont elle était très proche, met fin à ses jours. Plus tard, devant les psychiatres, Katherine racontera qu'un ou 2 de ses frères l'ont agressée sexuellement quand elle était petite, sans pouvoir donner de détails, et l'un d'eux contestera ce récit.

Elle quitte l'école à 15 ans, et elle finit par entrer à l'abattoir d'Aberdeen. Ce travail lui plaît, elle passe ses journées à découper la viande, et elle a son propre jeu de couteaux de boucher.

Une nuit de noces

En 1974, Katherine épouse David Kellett, et d'après ce que David raconte à la justice, dès la nuit de noces, elle le prend à la gorge et elle serre, parce qu'elle trouve ses performances au lit insuffisantes. Elle, plus tard, dira que son mari la battait et la trompait. Une autre fois, elle l'attaque avec un fer à repasser, et un matin, il se réveille avec Katherine assise sur sa poitrine, un couteau de boucher sous sa gorge. "Tu vois comme c'est facile", lui dit-elle, avant de lui demander s'il est vrai que les camionneurs ont une femme dans chaque ville. "Je n'ai jamais levé la main sur elle, même pas pour me défendre. Je partais, c'est tout", dit David, et personne ne viendra contredire sa version.

En mai 1976, Katherine met au monde une petite fille, et peu de temps après, David part dans le Queensland. Selon le livre du journaliste Peter Lalor, "Blood Stain", Katherine aurait alors déposé son bébé de 2 mois sur une voie ferrée, peu avant le passage d'un train, et un homme du coin l'aurait trouvé à temps. Quelques jours plus tard, elle entaille avec un couteau le visage d'une femme qu'elle connaît, pour l'obliger à la conduire jusqu'à David, et quand la femme s'échappe dans une station-service, Katherine prend un petit garçon en otage, jusqu'à ce que les policiers la désarment. Elle est internée à l'hôpital psychiatrique de Morisset, où elle explique qu'elle voulait tuer David et sa mère.

Pourtant, David revient.

Un chiot de 8 semaines

Le 9 août 1976, Katherine sort de l'hôpital, et le couple part s'installer à Ipswich, près de Brisbane, où elle retrouve du travail dans un abattoir. Le 6 mars 1980, ils ont une deuxième fille, Natasha, et le mariage prend fin vers 1984.

En 1987, Katherine rencontre David Saunders, un mineur. Un jour, elle prend un couteau, elle sort dans le jardin, et sous les yeux de David, elle égorge son chiot, âgé de 8 semaines, pour se venger d'un coup de pied dans le ventre qu'il lui aurait donné, ce que David a toujours nié. En juin 1988, ils ont une fille. Plus tard, Katherine le blesse au ventre avec une paire de ciseaux, et elle découpe tous ses vêtements en petits morceaux. Pendant ce temps, c'est elle qui fait prononcer contre lui des ordonnances de protection, alors que pour David, "c'est moi qu'on agressait".

En 1990, elle se met avec John Chillingworth, un ancien collègue de l'abattoir, et en mars 1991 naît un petit garçon. Avec lui aussi, il y a des gestes de vengeance, puisqu'elle lui casse ses lunettes et son dentier, et leur histoire se termine en décembre 1993. En 2001, un juge résumera toutes ces relations en quelques mots, elles ont été marquées par sa violence, souvent avec des couteaux, et à chaque fois, elle s'est présentée comme la victime.

Une cassette pour le patron

Avec John Price, d'après Katherine, tout commence vers 1994, et d'après le fils de John, plutôt vers 1995 ou 1996. Ils vivent ensemble environ 2 ans, ils se séparent, puis elle revient, et il y a de la violence des 2 côtés.

Un jour, Katherine filme avec sa caméra une armoire à pharmacie et quelques objets que John a ramenés de son travail. Sur le moment, elle ne fait rien de la cassette, elle la garde. Plus tard, parce que John a fait quelque chose qui lui a déplu, elle l'envoie à son employeur, et après 17 ans dans l'entreprise, John est licencié. Une autre fois, elle lui entaille la poitrine, à gauche, avec un couteau, et la cicatrice ne partira jamais.

Katherine voudrait aussi que John lui donne sa maison, ou au moins une part, et John refuse, parce qu'elle est pour ses enfants. Devant son ami Trevor Lewis, Katherine lui lance "Tu ne me feras jamais sortir de cette maison. Je te ferai la peau avant." Environ 16 mois avant le drame, elle confie à sa fille Natasha "Si je tue Pricey, je me tuerai après", et 5 mois avant, elle dit à son frère Kenneth "Je vais tuer Pricey et je vais m'en sortir, parce que je ferai croire que je suis folle." John, de son côté, confie à Trevor Lewis qu'il pense qu'elle finira par le tuer.

Les mains derrière le dos

Le dimanche 27 février 2000, John et Katherine se disputent, et John la frappe, même si les circonstances exactes n'ont jamais été établies. Il quitte la maison pour se réfugier chez son voisin et ami, Anthony Keegan, à qui il dit "Elle est allée chercher le couteau de boucher, alors je suis parti". La police arrive, et John répète aux agents qu'il veut qu'on fasse sortir Katherine de chez lui, mais les policiers lui répondent que pour ça, il doit passer par le tribunal. Ce soir-là, Katherine reste donc.

Le lundi 28 février, avant l'aube, John se réveille, et au pied du lit, Katherine est debout, les mains cachées derrière le dos. Persuadé qu'elle tient un couteau, il saute du lit et il s'enfuit. Pourtant, John refuse de quitter sa maison, parce qu'il a peur que ce soient ses enfants qui prennent sa place.

Un rendez-vous au tribunal de Scone

Le mardi 29 février 2000, John se rend au tribunal de Scone pour demander une ordonnance de protection contre Katherine. Il explique qu'il veut mettre fin à leur relation et l'empêcher d'entrer chez lui, et il parle du coup de couteau qu'il a déjà reçu. Seulement, une ordonnance ne se décide pas en un jour, et en attendant, John retourne travailler.

À ses collègues, il demande de prévenir la police s'il ne vient pas le lendemain, parce que ce sera le signe que Katherine l'a tué. Eux lui conseillent de ne pas rentrer chez lui, mais John a peur pour ses enfants, alors il rentre.

Un dîner spécial

Ce mardi-là, Katherine va voir un médecin. Depuis la dispute du dimanche, elle montre ses bleus à beaucoup de monde, et le médecin note des marques de doigts sur un sein et un petit bleu au menton. Elle ne demande aucun soin, elle veut seulement que ses blessures soient notées, et plus tard, le juge y verra une façon de préparer le décor.

Le même jour, elle va récupérer chez sa sœur jumelle sa caméra vidéo, rangée là depuis des mois, et elle filme des gestes de tendresse inhabituels envers l'une de ses filles, avant de dire face à l'objectif "J'aime tous mes enfants et j'espère les revoir." Le soir, elle invite Natasha au restaurant, parce qu'elle veut, dit-elle, que ce soit "spécial". Natasha sent bien que sa mère ne va pas bien, au point de lui dire "J'espère que tu ne vas pas tuer Pricey et te tuer ensuite." Katherine laisse ses 2 plus jeunes enfants chez Natasha, sans vêtements propres ni affaires d'école.

Chez John, les enfants ne sont pas là non plus, puisqu'ils dorment chez des amis. Il passe la soirée chez des voisins, et vers 23h, il rentre se coucher. Plus tard, Katherine arrive, et selon ce qu'elle racontera elle-même, elle regarde un peu la télévision, elle prend une douche, puis elle rejoint John dans le lit, et ils ont un rapport sexuel, avant que John s'endorme.

Du sang sur la porte

Le lendemain, vers 6h, un voisin remarque que l'utilitaire de John est toujours dans l'allée, alors que d'habitude, à cette heure-là, il est parti travailler depuis longtemps, et au même moment, son employeur s'inquiète de ne pas le voir arriver. Un peu après 7h, un homme vient frapper chez lui, et personne ne répond.

Sur la porte d'entrée, il y a du sang.

Vers 8h, les policiers forcent la porte de derrière. Dans l'encadrement de la porte du salon, la peau de John est suspendue à un crochet de boucher, retirée d'un seul tenant, avec celle de la tête. Dans le salon, son corps est allongé, sans tête, le bras gauche posé sur une bouteille de soda vide et les jambes croisées. Dans la chambre, ils trouvent Katherine sur le lit, inconsciente, et elle est emmenée à l'hôpital. Certains policiers, même très expérimentés, devront s'arrêter de travailler après avoir vu cette maison.

Dans la cuisine, il y a une grande marmite où la tête de John a cuit avec des légumes, et dans la matinée, son contenu est encore tiède. Près d'une photo de John, il y a un mot écrit à la main, taché de sang, qui l'accuse de choses que rien n'est jamais venu confirmer. Dans la salle à manger, 2 assiettes sont dressées, avec des morceaux de viande, des légumes cuits au four et de la sauce, et à côté de chacune, un papier porte le prénom de l'un des enfants de John.

37 coups de couteau

La viande des 2 assiettes a été découpée sur les fesses de John, et un troisième morceau a été jeté sur la pelouse. Grâce aux traces de sang, les enquêteurs reconstituent ce qui s'est passé. John a été attaqué dans la chambre, pendant qu'il était allongé. Il s'est levé et il s'est enfui dans le couloir, et Katherine l'a poursuivi en le frappant dans le dos. Il a essayé d'allumer la lumière, puis il a réussi à ouvrir la porte d'entrée et à sortir, puisque son sang est sur la poignée extérieure. Sauf qu'il a été ramené à l'intérieur, et il s'est effondré dans le couloir, où une flaque de sang de 1 mètre sur 2 s'est formée.

L'autopsie compte au moins 37 coups de couteau, à l'avant et à l'arrière du corps, et beaucoup ont atteint l'aorte, les poumons, le foie ou les reins. Quand John est mort depuis un moment, Katherine a traîné son corps jusqu'au salon, et elle l'a dépecé, avec une telle précision qu'après l'autopsie, la peau a pu être recousue sur le corps.

Un seul petit morceau a été laissé en place, sur le haut de la poitrine, à gauche, à l'endroit de la cicatrice qu'elle lui avait faite.

Un trou de mémoire

À l'hôpital, Katherine explique qu'elle a pris 2 cachets pour les nerfs et quelques médicaments de John, sauf que les doses retrouvées dans son sang restent celles d'un traitement normal, des doses qu'elle connaît bien, puisque ces médicaments lui ont été prescrits.

Les enquêteurs, eux, découvrent qu'à 2h30 et 2h35 du matin, le 1er mars, 2 retraits de 500 dollars ont été faits avec la carte de John à un distributeur de Muswellbrook. À ce moment-là, John est déjà mort, et après les retraits, la carte a été remise dans son portefeuille.

Le 4 mars 2000, un policier interroge Katherine, et elle répond qu'elle ne sait rien. La dernière chose dont elle se souvient, dit-elle, c'est d'être sortie dîner avec sa fille, puis d'être rentrée et d'avoir regardé la télévision. Pourtant, elle a su décrire le rapport sexuel juste avant le meurtre, et le nombre de cachets qu'elle avait pris. Entre les 2, elle a dépecé un corps, conduit une voiture, retiré de l'argent, pris une douche et changé de vêtements, et pour les psychiatres, une mémoire qui s'arrête juste avant le meurtre et qui revient juste après, ça ne ressemble pas à une vraie amnésie. Chez elle, les policiers saisissent aussi une cassette vidéo, "Resurrection", un film où l'on voit un corps dépecé et un corps suspendu à un crochet de boucher.

Un procès qui tourne court

Le 2 février 2001, devant la Cour suprême de Nouvelle-Galles du Sud, à Newcastle, Katherine Knight plaide non coupable de meurtre, et sa défense compte plaider l'amnésie et la dissociation. Savoir si l'on peut ne pas être responsable d'un crime pareil, c'est la question qui a déchiré tout le Québec dans l'affaire Guy Turcotte, et ici, c'est sur elle que la défense de Katherine compte s'appuyer.

Le procès s'ouvre le 15 octobre 2001, et comme les photos de la maison sont insoutenables, chaque juré est prévenu qu'il peut demander à être dispensé. Sauf que dès le lendemain, la défense annonce que Katherine veut plaider coupable. Le juge Barry O'Keefe exige d'abord un examen médical, et le 18 octobre 2001, Katherine Knight plaide coupable du meurtre de John Price.

Le psychiatre de l'accusation, le docteur Delaforce, diagnostique un trouble de la personnalité borderline, mais pour lui, ce trouble n'explique pas ce qu'elle a fait, et ce qu'il voit au cœur de ce crime, c'est la revanche et le plaisir. Même le psychiatre de la défense pense qu'elle a décidé de tuer John le dimanche 27 février, et tous rejettent son amnésie. Passer pour malade pour échapper à la prison, un homme a lui aussi affirmé l'avoir voulu, en Suède, dans l'affaire du cannibale de Skara, où il disait avoir agi pour être envoyé en psychiatrie. Pour le docteur Milton, les problèmes de personnalité de Katherine ne sont pas une maladie, "c'est sa nature", et "le problème n'est pas qu'elle ne savait pas que c'était mal, c'est que ça lui était égal".

Une première en Australie

Le 8 novembre 2001, le juge Barry O'Keefe rend sa décision. Pour lui, Katherine Knight a décidé de tuer John au plus tard le dimanche 27 février, elle a préparé la façon de le faire, et elle a pris plaisir à tout ce qui a suivi, parce que John la rejetait, qu'il allait la faire sortir de chez lui et qu'il gardait sa maison pour ses enfants. Quant à son amnésie, elle faisait partie de son plan pour passer pour folle.

"Les dernières minutes de sa vie ont dû être pour lui un moment de terreur absolue, comme elles ont été pour elle un moment de pur plaisir", dit le juge, qui note qu'elle n'a jamais exprimé le moindre regret. Katherine Knight est condamnée à la prison à perpétuité, et le juge précise qu'elle ne doit jamais être libérée. C'est la première fois en Australie qu'une femme est condamnée à cette peine.

En 2006, Katherine fait appel, en soutenant que ce qu'elle a fait au corps de John après sa mort n'a rien à voir avec la gravité du meurtre. Le 11 septembre 2006, la cour d'appel criminelle de Nouvelle-Galles du Sud rejette son appel, et le juge Peter McClellan parle d'un crime "effroyable, presque inconcevable dans une société civilisée".

Aujourd'hui, Katherine Knight est toujours enfermée au centre correctionnel pour femmes de Silverwater, dans l'ouest de Sydney, où elle fêtera ses 71 ans le 24 octobre 2026, et depuis son appel de 2006, plus rien n'a bougé dans son dossier. D'après la presse australienne, elle passerait ses journées à tricoter et à peindre. En août 2026, un livre sur l'affaire est sorti en Australie, et Katherine Knight a refusé de rencontrer son autrice, qui, par respect, n'a pas contacté les enfants de John.

John Price avait 44 ans. La veille de sa mort, il était allé au tribunal pour qu'elle ne puisse plus entrer chez lui.

L'affaire John Price en vidéo ⬇️

Photos d'archive de John Price, à Aberdeen en Australie, affaire John Price
Photos d'archive de John Price, à Aberdeen en Australie, affaire John Price

Sources :

Cour suprême de Nouvelle-Galles du Sud, jugement de peine R v Knight [2001] NSWSC 1011, 8 novembre 2001 : https://www.austlii.edu.au/au/cases/nsw/NSWSC/2001/1011.html
Cour d'appel criminelle de Nouvelle-Galles du Sud, Knight v R [2006] NSWCCA 292, 11 septembre 2006 : https://www.austlii.edu.au/au/cases/nsw/NSWCCA/2006/292.html
The Age, rejet de l'appel de Katherine Knight, 11 septembre 2006 : https://www.theage.com.au/national/knight-loses-appeal-for-skinning-partner-20060911-gdod7m.html
Manning River Times (groupe ACM), la maison d'Aberdeen mise en vente, 14 juillet 2025 : https://www.manningrivertimes.com.au/story/9015437
Newcastle Herald, un nouveau livre sur l'affaire Katherine Knight, 16 août 2026 : https://www.newcastleherald.com.au/story/9325251/roje-augustins-new-book-explores-why-katherine-knight-killed/
Wikipédia (en anglais), Katherine Knight : https://en.wikipedia.org/wiki/Katherine_Knight