Affaire John et Linda Sohus : John découpé, Linda disparue


En février 1985, à San Marino, près de Los Angeles, en Californie, Linda Sohus met ses 4 chats en pension, parce qu'avec son mari, John, 27 ans, elle part 2 semaines pour ce que le couple présente à ses amis comme une mission top secrète. En mars, la demi-sœur de Linda découvre que personne n'est venu chercher les chats, et comme Linda les adore, elle finit par prévenir la police. Dans la maison de la mère de John, où vit le jeune couple, leur chambre est intacte, et dans la salle de bain, il y a encore l'insuline de John, qui est diabétique et qui ne peut pas tenir plusieurs semaines sans ses injections.
John et Linda Sohus, 2 âmes sœurs
John Sohus a grandi dans une maison de Lorain Road, à San Marino, une petite ville aisée de la banlieue de Los Angeles, avec sa mère, Ruth Sohus, que tout le monde appelle Didi. Didi est divorcée, et John est son seul fils, un petit garçon qu'elle a adopté bébé.
En 1983, il épouse Linda Mayfield, une grande jeune femme rousse aux yeux bleus, beaucoup plus extravertie que lui. Linda travaille dans une librairie de science-fiction et de fantasy, Dangerous Visions, elle fait partie d'un club de passionnés, la Los Angeles Science Fantasy Society, et surtout, elle peint, et de temps en temps, on lui passe une commande. John partage avec elle cet amour de la science-fiction, au point que pour Patrick Rayermann, un ami d'enfance de John, ces 2-là sont de vraies "âmes sœurs".
Seulement, l'argent manque. Avec la crise, les jeunes mariés n'ont pas les moyens d'avoir leur propre logement, si bien qu'ils s'installent chez Didi, dans la maison principale, avec leurs 4 chats. Pourtant, l'année 1985 commence plutôt bien. En janvier, Linda expose ses tableaux, et le couple s'offre une camionnette neuve, un pick-up Nissan. Au fond du jardin, derrière la maison, il y a une petite dépendance, que Didi loue depuis 4 ans à un jeune homme.
Le locataire du fond du jardin
Ce locataire s'est installé en 1981. Il a une vingtaine d'années, et il se présente sous le nom de Christopher Chichester. À l'église épiscopale de San Gabriel, la ville voisine, il raconte qu'il étudie le cinéma à l'université de Californie du Sud, l'USC, et il parle parfois d'un certain "Chris Crowe" quand il est question d'écrire des scénarios.
En 1984, il rencontre une étudiante en cinéma de l'USC, Dana Farrar. Il lui tend une carte de visite ornée d'un blason, au nom de "Christopher Chichester, 13e baronnet", et il lui explique qu'il vient d'Afrique du Sud et que sa famille est riche. Un baronnet, c'est un titre de noblesse britannique, et Dana ne sait même pas ce que c'est, mais elle trouve tout ça "un peu bidon". Normalement, un aristocrate fortuné roule dans une belle voiture et n'a pas de souci pour se nourrir. Sauf que Christopher conduit une vieille voiture, et il arrive souvent chez Dana à l'heure du dîner, le ventre vide.
Dans la maison principale, on se méfie de lui, et selon la meilleure amie de Linda, John et Linda l'évitent autant qu'ils peuvent, parce qu'ils le trouvent "flippant". Fin janvier 1985, ce sont John et Linda qui commencent à annoncer à leurs amis qu'ils vont partir.
Une mission top secrète
Fin janvier, le couple passe voir Patrick Rayermann, pour lui dire qu'ils vont bientôt s'installer près de chez lui. Ils parlent aussi d'un déménagement à Susan Coffman, et environ 2 semaines plus tard, Linda lui en dit un peu plus. Ils partent à New York, parce que John a trouvé "un emploi au gouvernement", et elle ajoute qu'"ils voudront peut-être de moi aussi", en promettant d'être revenue dans 2 semaines.
À un acheteur de ses tableaux, Gary Traveis, Linda parle d'emplois "top secret" pour le gouvernement, avec des satellites, et à sa patronne de la librairie, Lydia Marano, d'une "mission top secrète". Lydia lui demande d'ouvrir le magasin, et quand elle repasse plus tard, la boutique est fermée.
Le vendredi 8 février 1985, Linda appelle sa mère, et cette fois, la destination change un peu. Elle lui explique qu'ils partent 2 semaines dans le Connecticut, sur la côte Est, parce que John doit aller voir un poste en informatique, et elle lui demande si elle peut garer la camionnette neuve chez elle pendant leur absence. Sa mère refuse.
C'est la dernière fois qu'elle entend la voix de sa fille.
4 chats oubliés au chenil
Avant de partir, Linda a mis ses 4 chats en pension, et pour un voyage de 2 semaines, c'est assez logique finalement. Sauf que les 2 semaines passent, puis un mois, et en mars 1985, sa demi-sœur découvre que personne n'est venu les chercher. Linda adore ses chats, et ses proches le savent, si bien que le 8 avril 1985, sa demi-sœur signale la disparition du couple à la police de San Marino.
L'agent Thomas Leveque prend la plainte. La seule adresse qu'il trouve pour John et Linda, c'est celle de Lorain Road, donc il va parler à Didi, qui paraît bouleversée. Dans la maison principale, rien n'a bougé. La chambre des jeunes mariés est intacte, avec toutes leurs affaires, et dans la salle de bain, il y a l'insuline de John et son matériel médical.
Pour John, ce détail est grave, parce qu'il est diabétique, et partir plusieurs semaines loin de chez lui sans ses injections, c'est impossible. Pourtant, son insuline est restée là, à sa place. Le 16 avril 1985, un autre policier traverse le jardin, jusqu'à la petite dépendance du fond.
Une odeur infecte au fond du jardin
L'agent George Yankovich frappe à la porte, et le locataire lui ouvre complètement nu. Il refuse de s'habiller, il explique qu'il est nudiste, et il donne son nom, Christopher Chichester. L'agent vérifie ce nom dans les fichiers, et il existe bien un permis de conduire californien à ce nom-là.
Ce printemps-là, au fond du jardin, il se passe des choses étranges. Une voisine sent une odeur "horrible, infecte", et elle voit une fumée noire sortir de la cheminée de la dépendance. Quand elle pose la question, Christopher lui répond qu'il brûle de la moquette, et ça ne s'arrête que le jour où elle menace d'appeler les pompiers.
À peu près au moment où les Sohus disparaissent, il demande aussi à une connaissance de l'église où il pourrait se débarrasser de "quelques fûts de produits chimiques", et l'homme lui conseille d'essayer les forêts nationales. 1 ou 2 semaines plus tard, Christopher propose à ce même homme de lui vendre un tapis, mais sa femme remarque une tache de sang dessus, et Christopher ne nie pas. Il roule le tapis, il le remet dans sa voiture, et il repart. Dans le fichier où l'agent Yankovich a vérifié le permis de Christopher Chichester, il y a aussi un deuxième nom, un nom allemand, et à ce moment-là, personne n'y prête attention.
Des cartes postales de France
Pendant ce temps, la camionnette neuve de John et Linda ne reste pas au garage. Au printemps, le locataire la prête à un étudiant en cinéma de l'USC, Jeffrey Bender, jusqu'en avril ou mai, et après ça, il lui réclame de l'argent, sans jamais lui dire qu'elle appartient à quelqu'un d'autre.
En mai 1985, la mère de Linda reçoit enfin des nouvelles. C'est une carte postale de France, oblitérée le 29 avril 1985, avec quelques mots, "Maman, je crois qu'on aurait besoin d'une leçon de géographie, mais ça va. Linda et John". Susan Coffman et Lydia Marano reçoivent elles aussi une carte, postée en France le même jour, et Didi, elle, assure que son fils et sa belle-fille sont partis à Paris.
Sauf que pour la famille et les amis de Linda, ces cartes ne leur ressemblent pas, et surtout, John et Linda n'ont pas de passeport, ni d'argent pour un voyage pareil. Plus tard, Lydia Marano reçoit des appels d'un grand magasin, la May Company, qui demande des références pour une certaine "Linda Mayfield", le nom de jeune fille de Linda, et pour Didi. Au même moment, au fond du jardin de Lorain Road, le locataire organise une fête.
Une fête sur la terre retournée
Entre la mi-mai et le mois de juin 1985, Dana Farrar fait partie des invités. Pendant la soirée, Christopher entre dans la maison principale pour aller chercher ce qu'il lui manque, en disant à Dana "Ils sont absents, ça ne les dérangera pas". Derrière la dépendance, près d'une dalle de béton, Dana remarque un carré de terre nue, fraîchement retourné, d'environ 60 à 90 cm de large sur 1,50 à 2,40 m de long, et quand elle lui pose la question, Christopher lui répond qu'il a des problèmes de canalisations. Une terre fraîchement retournée, c'est exactement ce qui avait attiré l'œil d'un cultivateur au bord de son champ, à Pantin, en 1869, dans l'affaire Troppmann.
En mai, Christopher annonce à un autre paroissien, William Stewart, qu'il doit retourner dans le Connecticut à cause d'un problème de famille. En janvier 1985, juste avant le départ de John et Linda, William lui a prêté une tronçonneuse, et Christopher la lui rend peu après cette conversation. William n'entendra plus jamais parler de lui, parce qu'au début de l'été 1985, le locataire quitte brusquement San Marino. Le 12 juin 1985, à Greenwich, dans le Connecticut, un homme loue une boîte postale avec un permis de conduire au nom de Christopher Crowe.
Une camionnette dans le Connecticut
À San Marino, Didi Sohus reste seule. En novembre 1985, elle met la maison de Lorain Road en vente, et en décembre, un nouveau propriétaire, Robert Parada, l'achète. Didi meurt sans jamais savoir ce qui est arrivé à son fils.
À l'automne 1988, George Yankovich, devenu détective, rouvre le dossier. Il lance une recherche sur la camionnette des Sohus, et elle mène à une famille de Greenwich, les Bishop. Début novembre 1988, le détective Daniel Allen va les voir, et le fils, Chris Bishop, lui explique que la camionnette lui a été donnée par un certain "Chris Crowe", et qu'il n'a jamais pu l'immatriculer, parce qu'elle n'était pas entièrement payée, et il a fini par l'abandonner.
Juste après la visite du détective, Chris Crowe appelle le jeune Bishop, qui lui raconte qu'un policier le recherche dans le cadre d'une disparition. Au bout du fil, Crowe répond "Il faut que j'y aille", et il raccroche. Mi-novembre, Daniel Allen retrouve sa boîte postale, puis son employeur, Ralph Boynton, à la société de courtage Kidder Peabody, à New York. 3 fois de suite, Christopher Crowe manque un rendez-vous fixé à 6h du matin, et il ne remet plus jamais les pieds au bureau.
À sa compagne, Mihoko Manabe, chez qui il vit à Manhattan, il raconte que ce détective n'est pas un vrai policier, et que sa vie et celle de ses parents sont en danger. Alors il change de couleur de cheveux, il se met à porter des lentilles, il ne conduit plus, et il passe ses poubelles à la broyeuse. Le détective Allen ne parvient plus à le joindre, et le dossier est refermé, si bien que pendant près de 6 ans, plus personne ne cherche Christopher Crowe, jusqu'à un matin de mai 1994, dans le jardin de Lorain Road.
Un crâne sous la future piscine
Le mercredi 4 mai 1994, au fond du jardin, Jose Perez, son père et son frère creusent le trou d'une future piscine. À 60 ou 90 cm de profondeur, leur petite pelleteuse heurte un gros bac en fibre de verre, avec à l'intérieur des sacs-poubelles, et dans l'un d'eux, le père de Jose trouve un crâne humain. Les ouvriers appellent la police, et l'anthropologue du médecin légiste du comté de Los Angeles, Judith Daye, fouille le terrain. Elle trouve le corps à 3 endroits, d'abord le sac qui contient le crâne, puis le bac en fibre de verre, enterré à environ 90 cm de profondeur, avec le bas d'un corps habillé d'un jean, et des chaussures, et enfin, dans d'autres sacs, un torse vêtu d'une chemise et 2 mains.
Sur la chemise, il y a au moins 6 entailles d'environ 2,5 cm, faites avec un couteau ou un cutter, et pour les médecins légistes, cet homme est mort de plusieurs fractures du crâne, causées par des coups portés avec un objet contondant. Les sacs, eux, portent des logos d'université, celui de la librairie de l'université du Wisconsin, à Milwaukee, et celui des boutiques de l'USC, à Los Angeles. Creuser au fond d'un jardin pour un projet tout simple et tomber sur des sacs enterrés depuis des années, c'est aussi ce qui arrive en 2010 à un homme qui veut installer un bassin, dans l'affaire Dominique Cottrez.
Jose Perez estime qu'il faudrait environ 7 heures pour creuser un trou pareil à la main, et ce trou se trouve exactement là où Dana Farrar a vu la terre retournée, en 1985, dans un coin du jardin que la dépendance cache à la vue de la maison principale.
Mais personne ne peut dire à qui appartient ce corps, parce que John a été adopté, et que les enquêteurs n'ont aucun parent par le sang à qui comparer ces os. Pendant 16 ans, ils restent sans nom.
Un faux Rockefeller à Boston
Le dimanche 27 juillet 2008, à Boston, un homme qui se fait appeler Clark Rockefeller passe quelques heures avec sa fille de 7 ans, sous la surveillance d'un travailleur social, Howard Yaffe, parce qu'il vient de se séparer de la mère de l'enfant, qui en a obtenu la garde. Dans la rue, il attrape la petite fille et la fait monter dans un SUV, puis il ordonne au chauffeur de démarrer. Howard Yaffe s'accroche à la portière, et il est projeté sur la chaussée.
Une immense chasse à l'homme commence. Le samedi 2 août 2008, à Baltimore, dans le Maryland, des agents immobiliers reconnaissent à la télévision l'homme à qui ils viennent de vendre une maison, sous le nom de Chip Smith. Alors les policiers l'appellent, ils lui racontent que son catamaran prend l'eau, et quand il sort de chez lui, ils l'arrêtent. La petite fille est saine et sauve.
Au poste, il donne le nom de Clark Rockefeller. Pourtant, la famille Rockefeller ne le connaît pas, et personne ne trouve la moindre trace de lui avant 1993. Ce sont ses empreintes digitales qui donnent son vrai nom, et c'est un nom allemand. Alors à Los Angeles, les policiers comparent ces empreintes avec celles d'une vieille demande de permis de conduire, faite par un certain Christopher Chichester, et ce sont les mêmes. Quand Dana Farrar voit sa photo dans le Los Angeles Times, elle le reconnaît, elle aussi.
Le locataire du fond du jardin s'appelle Christian Karl Gerhartsreiter, et c'est ce nom allemand qui figurait déjà, en avril 1985, dans le fichier de l'agent Yankovich.
Un passeport sans aucun voyage
Christian Karl Gerhartsreiter a grandi bien loin des Rockefeller, à Siegsdorf, en Haute-Bavière, où il est né le 21 février 1961, entre un père artiste et une mère au foyer, et pour son frère, Alexander, il s'est toujours senti au-dessus de ce milieu modeste. En 1978, à 17 ans, il arrive dans le Connecticut comme étudiant étranger, et les Savio, une famille de Berlin, une petite ville du Connecticut, répondent à son annonce dans le journal et l'accueillent chez eux. Il se fait appeler Christopher Kenneth Gerhart, il raconte que son père est un "industriel", et pour Steve Savio, il se croit déjà "meilleur que tout le monde".
Le 20 février 1981, à Madison, dans le Wisconsin, il épouse une étudiante de 22 ans, Amy Jersild, et ce mariage lui permet d'obtenir sa carte verte. Il la quitte le lendemain. Après Chichester et Crowe, il devient Clark Rockefeller à l'été 1989, et en 1993, il rencontre Sandra Boss, une étudiante de Harvard. Ils se marient en 1995, lors d'une cérémonie quaker, et il lui assure qu'il s'est occupé des papiers. En réalité, il ne l'a jamais fait, et pendant 12 ans, c'est elle qui fait vivre la famille. En 2007, quand elle demande le divorce, elle découvre que Clark Rockefeller n'est pas son vrai nom.
Le 26 août 2008, à la télévision, il assure qu'il "croit" s'appeler vraiment Clark Rockefeller, et quand on l'interroge sur John et Linda, il répond "Je n'ai jamais fait de mal à personne, physiquement". Pour le détective Timothy Miley, du bureau du shérif du comté de Los Angeles, c'est ce qu'il a vu de plus proche d'un aveu. Son passeport allemand, lui, ne montre aucun voyage à l'étranger depuis son arrivée aux États-Unis, en 1978.
Dans un garde-meubles qu'il loue à Baltimore, les enquêteurs trouvent 24 cartes postales, toutes vierges, venues de toutes sortes de destinations.
Un nom enfin posé sur les os
En 2008, le bureau du shérif du comté de Los Angeles rouvre l'enquête. Depuis 1985, il n'existe plus aucune trace de John ni de Linda, aucun passage de frontière, et aucune demande de passeport. Les enquêteurs retrouvent ensuite une demi-sœur biologique de John, Lori Moltz, qui reconnaît l'acte de naissance d'un petit garçon et les papiers d'adoption signés par sa mère, et selon les autorités, c'est grâce à elle et à son ADN que les os de Lorain Road sont enfin identifiés. Ce sont ceux de John Sohus.
Le 15 mars 2011, Christian Gerhartsreiter est inculpé du meurtre de John, alors qu'il est déjà en prison dans le Massachusetts, pour 4 à 5 ans, à cause de l'enlèvement de sa fille et des violences contre Howard Yaffe. Le 18 mars 2013, son procès s'ouvre à Los Angeles, et pendant 4 semaines, 45 témoins viennent raconter ce qu'ils ont vu, parfois près de 30 ans plus tôt. Jose Perez raconte qu'en mai 1994, son père, son frère et lui ont tous "un peu paniqué". William Stewart, devenu juge entre-temps, parle de sa tronçonneuse, même si rien ne montre qu'elle a servi sur le corps de John. Mihoko Manabe, elle, raconte les cheveux teints et les poubelles broyées.
Le procureur, Habib Balian, n'avance aucun mobile, mais pour lui, "l'affaire est simple", parce que pour creuser ce trou, enterrer ce corps et faire disparaître les traces, il fallait vivre au 1920 Lorain Road, et c'est le cas de l'accusé. Pour la défense, en revanche, la personne qui a tué John Sohus n'est pas dans la salle.
La sœur de John face au juge
Pour les avocats de Christian Gerhartsreiter, Jeffrey Denner et Brad Bailey, il faut regarder du côté de Linda, qu'ils décrivent comme une femme grande et forte, avec une "part d'ombre", qui voulait sortir de son mariage. Ils rappellent aussi que 2 experts en écriture, cités par la défense, attribuent les cartes postales de France à Linda, et qu'un ADN d'homme inconnu, qui n'est pas celui de l'accusé, se trouve sur les timbres. Les jurés ne retiennent pas cette thèse.
Le 10 avril 2013, après quelques heures de délibération, les 12 jurés le déclarent coupable du meurtre de John Sohus, au premier degré, et il écoute le verdict debout, sans la moindre émotion. Pour l'un des jurés, Salvador Ruiz, "ce n'est pas une seule chose, c'est tout, mis ensemble". Ellen Sohus, la sœur de John, a assisté à tout le procès, et elle pense que John s'est opposé au locataire pour protéger sa mère.
Le 15 août 2013, Christian Gerhartsreiter, qui a renvoyé ses avocats, se défend seul devant le juge George Lomeli. "Je ne peux que répéter que j'affirme mon innocence. Je n'ai pas commis le crime pour lequel j'ai été condamné", dit-il. Ellen raconte que son père répétait sans cesse "Pourquoi John ?", puis elle se tourne vers le juge. "Vous ne pouvez pas me rendre mon frère. Tout ce que je vous demande, c'est de tenir M. Gerhartsreiter pour responsable". Il est condamné à la prison à perpétuité, avec une peine minimale de 27 ans, et en 2015, la cour d'appel de Californie confirme sa condamnation pour meurtre.
Linda Sohus, elle, n'a jamais été retrouvée. Personne n'a jamais été poursuivi pour sa disparition, et on ignore toujours ce qui lui est arrivé.
John avait 27 ans. Le jour de son départ pour sa mission secrète, son insuline est restée dans la salle de bain de Lorain Road.
L'affaire John et Linda Sohus en vidéo ⬇️

À lire aussi :
Sources :
Cour d'appel de Californie, People v. Gerhartsreiter, B251546, 2015 (copie de l'arrêt) : https://en.wikisource.org/wiki/People_v._Gerhartsreiter_CA2/8,_B251546_(Cal._Ct._App._2015)
The Boston Globe (AP), la condamnation pour le meurtre de John Sohus, 15 août 2013 : https://www.bostonglobe.com/metro/2013/08/15/rockefeller-impostor-sentenced-for-calif-murder/nrfx383buKY171EkzLKf0M/story.html
The Boston Globe, les plaidoiries du procès de Los Angeles, 8 avril 2013 : https://www.bostonglobe.com/metro/2013/04/08/prosecutors-say-defense-has-gall-suggest-linda-sohus-not-clark-rockfeller-killed-john-sohus/dMxVOnWqqE9UrS3qiImxgN/story.html
NBC News (AP), l'ouverture du procès et les premiers témoins, mars 2013 : https://www.nbcnews.com/news/us-news/testimony-begins-fake-rockefeller-trial-flna1C8960452
Salon (AP), l'audience préliminaire et l'identification des os, 19 janvier 2012 : https://www.salon.com/2012/01/19/murder_case_against_con_artist_hinges_on_bones/
NBC News (AP), les identités successives de Christian Gerhartsreiter, 8 août 2008 : https://www.nbcnews.com/id/wbna26094515
ABC News, le verdict de Boston pour l'enlèvement, juin 2009 : https://abcnews.go.com/US/story?id=7790834
