AFFAIRE DYLAN GROVES

Ohio, 2019. Un bébé de quatre mois signalé disparu. Son corps retrouvé dans un puits, enfermé dans deux caisses en plastique enchaînées, lestées de pierres. Il avait des fractures partout. Et ses parents continuaient de prétendre que tout allait bien.

La découverte

12 juin 2019. Une équipe d'enquêteurs descend dans un vieux puits de source au milieu d'un champ d'Ohio. Au fond, à une dizaine de mètres de profondeur, dans l'eau et la boue, ils remontent un conteneur de 40 kilos : deux caisses en plastique attachées bout à bout, sécurisées par une chaîne, trois cadenas, du fil de cuivre et des serre-câbles. À l'intérieur, 18 grosses pierres, une ancre en métal, et un bébé enveloppé dans sept couches de plastique maintenues par du ruban adhésif, entouré de deux couvertures. Dylan Groves. Quatre mois. Signalé disparu depuis le 30 avril. Quelqu'un avait préparé ce conteneur pour s'assurer que le corps ne remonte jamais.

Une naissance sous tension

Ce matin-là, Jessica et Daniel Groves arrivent en urgence au Southern Ohio Medical Center. Jessica a de très grosses douleurs. Elle est déjà dilatée à neuf centimètres et demi. Le personnel médical remarque immédiatement qu'elle n'est pas dans un état normal. Ils lui proposent un test de dépistage. Elle refuse catégoriquement. Dylan naît prématurément. Il est emmené en néonatologie, placé sous oxygène. Ni Jessica ni Daniel n'iront le voir dans sa couveuse. Ils ne poseront aucune question sur son état de santé.

Les analyses du cordon ombilical de Dylan révèlent la présence de méthamphétamines, d'amphétamines, de fentanyl et de morphine. Dylan développe rapidement des symptômes de sevrage néonatal — tremblements constants, pleurs, difficultés à s'alimenter, troubles du sommeil. Jessica explique qu'elle ignorait totalement être enceinte, et que si elle l'avait su, elle n'aurait jamais consommé de drogues.

L'hôpital refuse de remettre Dylan à ses parents et demande un placement en famille d'accueil.

Andrea Bowling

Andrea Bowling est institutrice dans la région. Mère d'un fils adulte, elle s'est proposée comme famille d'accueil agréée après 40 heures de formation, des tests médicaux, une vérification d'antécédents et une inspection complète de son domicile. Le 15 janvier, les services sociaux l'appellent en fin de journée. Peut-elle aller chercher un bébé né toxicomane ?

Elle passe au supermarché acheter des couches et des vêtements, et se rend à l'hôpital en fin de journée. Elle reçoit une formation de quatre heures pour apprendre à prendre soin de ce bébé en particulier. Elle prend un congé pour s'en occuper à plein temps. Son entourage se mobilise — transat, berceuse, vêtements, lait. Elle le porte contre elle le plus souvent possible, l'emmaillote pour l'empêcher de trembler, l'accompagne à tous ses rendez-vous médicaux.

Le 28 janvier, soir dix jours plus tard, les services sociaux la rappellent. Dylan doit être rendu à son père. Daniel a passé un test urinaire négatif et a promis de s'assurer que Jessica suivrait une cure. Un juge a approuvé le retour de Dylan sous conditions de suivi hebdomadaire.

Andrea demande une réévaluation — Dylan présente encore des symptômes de sevrage, il n'est pas prêt. Sa demande est refusée. Avant de laisser partir Dylan, elle lui dépose un baiser sur la tête. Elle remet à Daniel le lait, les couches, la couverture grise que Dylan aimait. Et une lettre avec son numéro de téléphone. Elle n'aura jamais de nouvelles.

La disparition

Après le retour de Dylan chez son père, les services sociaux sont censés le visiter chaque semaine. Le 7 février, un médecin voit Dylan : il prend du poids, il semble reprendre des forces. Après ça, plus rien. Daniel ne répond plus au téléphone, n'ouvre plus la porte. Par SMS, il explique qu'il est malade, ou en voyage, que Dylan va très bien.

Le 21 février, après des semaines sans contact, les services sociaux réussissent à rendre visite à la famille. Jessica est là, Dylan dans les bras, enveloppé et serré contre elle comme si elle ne voulait plus le lâcher. Tout semble aller bien. Puis à nouveau, le silence.

Le 28 mars, Patricia Craft, l'assistante sociale en charge du dossier, se rend au domicile des Groves et aperçoit Dylan dans son berceau. Il lui sourit. Elle lui touche le pied. Tout va bien, encore une fois. C'est la dernière fois que quelqu'un voit Dylan vivant.

Les semaines suivantes, les services sociaux n'arrivent plus du tout à joindre Daniel. Ils appellent son employeur pour qu'il transmette un message. Ce dernier leur apprend alors que Daniel ne travaille plus chez eux depuis 2018. Le 24 avril, Junior, le fils aîné, est placé en famille d'accueil pour faire réagir les parents. Aucune réaction. Le 30 avril, Dylan est officiellement signalé disparu.

Le 20 mai, le capitaine John Murphy finit par tomber sur Daniel et Jessica sur leur quad près de leur propriété. Daniel l'aperçoit, accélère et s'enfonce dans les bois. Le mandat de perquisition ne sera obtenu que le 10 juin. Ce jour-là, après des heures d'attente devant le domicile avec des haut-parleurs, Jessica finit par ouvrir la porte. Dylan n'est pas là. Daniel non plus.

Les aveux

Jessica et Daniel sont arrêtés et interrogés séparément. Tous deux donnent la même réponse : Dylan a été récupéré par les services sociaux. Daniel est visiblement au plus mal, il gémit, pleure, tremble. Il finit par craquer sous la pression des heures d'interrogatoire. Il avoue que le 28 mars, en rentrant chez lui, il a découvert Dylan mort dans son berceau. Selon lui, mort subite du nourrisson. C'est Jessica qui l'aurait empêché d'appeler les secours et aurait insisté pour cacher le corps. Mis dans la même pièce sans savoir qu'ils sont filmés et enregistrés, Jessica et Daniel chuchotent entre eux. Daniel murmure :

"Qu'est-ce que tu leur as dit ?"

Jessica lui répond de donner la même version qu'elle. Puis Daniel avoue à voix basse qu'il les a emmenés au mauvais endroit volontairement la veille. Tout est enregistré. Ils viennent de se piéger eux-mêmes. Le reste de leur conversation tourne autour de leurs chiens. Pas de leurs fils. Pas de Dylan. Pas de Junior en famille d'accueil. Leurs chiens. Les enquêteurs jouent alors la seule carte qui fonctionne : ils refuseront de donner des nouvelles des chiens tant que Daniel n'indique pas l'emplacement exact du corps. Daniel finit par craquer et les conduit jusqu'au puits.

L'autopsie

Le médecin légiste constate des ecchymoses sur la poitrine, des ecchymoses sur le cuir chevelu. Et des fractures multiples, à des stades de guérison différents, ce qui prouve que Dylan a subi au moins trois épisodes de violence distincts sur plusieurs semaines. Une fracture sur la partie droite du crâne avait commencé à se reconsolider. Celle de la partie gauche n'avait pas commencé à guérir, elle correspond probablement à la cause de la mort. S'y ajoutent une fracture de l'humérus, des fractures du radius et du cubitus aux deux bras, une fracture du tibia gauche et deux côtes fracturées qui avaient déjà commencé à cicatriser. La cause exacte du décès n'a pas pu être établie avec certitude en raison de l'état de décomposition du corps. Mais selon la médecin légiste, Dylan était déjà mort lorsqu'il a été placé dans le puits. Son foie contenait de la méthamphétamine et des amphétamines. À deux mois, un bébé ne peut pas ingérer de drogue par accident. La source la plus probable : une inhalation passive dans une pièce où ses parents consommaient, ou via le lait maternel, bien que l'hôpital ait toujours affirmé que Jessica n'allaitait pas.

« Vous avez détruit ma famille »

Le procès s'ouvre le 6 janvier 2020. Jessica et Daniel plaident non coupables de meurtre aggravé, enlèvement, abus de cadavre et falsification de preuves, entre autres chefs d'accusation. L'avocat de Jessica plaide que sa toxicomanie à l'héroïne et à la méthamphétamine a altéré son jugement au point de la rendre incapable de contrôler ses actes. Jessica reconnaît finalement avoir causé des blessures à Dylan, mais soutient qu'il lui a glissé des mains et est tombé par accident, causant une fracture du crâne mortelle. Pour tout le reste, elle ne se souvient de rien. Confrontée par la procureure aux résultats de l'autopsie, les fractures multiples à des stades différents, la drogue dans le foie, les ecchymoses que son fils aîné Junior avait remarquées sur toute la tête de Dylan, Jessica explose :

« Vous avez détruit ma famille. »

Après une pause accordée par le tribunal pour que son avocat lui rappelle qu'elle doit répondre aux questions, Jessica se ferme complètement. Ses seules réponses :

« Je ne me souviens pas.»

Daniel, de son côté, explique qu'il dormait peu et que cela aurait altéré sa perception de la réalité. Il affirme avoir parfois eu du mal à distinguer ce qu'il vivait de ses rêves. Mais il avait lui-même confié aux enquêteurs que Dylan pleurait sans arrêt, que Jessica perdait régulièrement patience avec son fils au point de le frapper, et que le seul moyen d'apaiser les tensions était de lui acheter de la cocaïne. Junior, leur fils aîné, confirme avoir vu des ecchymoses noires et violettes sur toute la tête de son petit frère, qui semblait toujours avoir le crâne enflé. Ses parents lui avaient expliqué que le bébé s'était blessé tout seul.

Le verdict

Le 10 janvier 2020, date à laquelle Dylan aurait eu un an, Jessica Groves est reconnue coupable de onze chefs d'accusation. Elle est condamnée à la prison à vie sans possibilité de liberté conditionnelle, plus 32 ans pour enlèvement. Daniel est acquitté du meurtre aggravé mais reconnu coupable des dix autres chefs. Il est condamné à la prison à vie avec possibilité de liberté conditionnelle après 47 ans. Jessica a fait appel. Un premier recours rejeté. En juin 2023, elle a déposé une requête en habeas corpus devant un tribunal fédéral, toujours en cours d'examen.

Les failles du système

Après le procès, l'Ohio Department of Job and Family Services a enquêté sur le service de l'enfance en charge du dossier. Les conclusions sont accablantes : absence de visite à domicile après le retour de Dylan chez Daniel, suivi largement insuffisant, trois visites réalisées là où la procédure en imposait une par semaine, et manque total de réactivité quand la famille a cessé de répondre. Lorra Fuller, directrice du service, a été mise en congé administratif puis officiellement blâmée pour défaillance systémique. Aucune poursuite pénale n'a été engagée contre elle. En septembre 2021, deux anciennes employées du même service, Lisa Thomas et Renee Ginn, ont été inculpées par un grand jury pour mise en danger d'enfants. Une autre fillette de cinq ans suivie par ce même service avait été tuée après avoir été placée chez un membre de sa famille, selon un schéma similaire à celui de Dylan. Les deux femmes ont plaidé non coupables. Le verdict final n'a pas été rendu public.

En 2021, le sénateur Terry Johnson a présenté le projet de loi Dylan, qui aurait imposé aux parents d'enfants nés toxicomanes de suivre des formations spécifiques et des programmes de réhabilitation. Il n'a jamais abouti. Dylan avait deux mois et demi quand il est mort. Il avait passé dix jours dans les bras d'une institutrice qui avait pris un congé pour s'en occuper, dont l'entourage avait mobilisé transat, berceuse et couvertures pour lui. Puis il avait été rendu à deux parents qui n'étaient même pas allés le voir en couveuse. Un juge a validé ce retour. Les services sociaux ont accepté des SMS en guise de preuves que tout allait bien. Une directrice d'agence a refusé une alerte Amber pour protéger la réputation de son service. À chaque étape, quelqu'un a choisi de ne pas voir.

L'addiction ne justifie pas tout. Enfermer le corps d'un bébé dans un conteneur lesté de 18 pierres au fond d'un puits, c'est un acte prémédité. C'est une décision.

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RÉSUMÉ DES FAITS

  • Victime : Dylan Groves, né le 10 janvier 2019 — mort fin mars 2019, à environ 2 mois et demi

  • Signalé disparu : 30 avril 2019 — corps retrouvé le 12 juin 2019

  • Parents : Jessica Groves, 39 ans (ancienne infirmière) et Daniel Groves, 41 ans

  • Fractures multiples sur le crâne, les bras, les côtes, la jambe — en plusieurs épisodes distincts

  • Méthamphétamine retrouvée dans le foie de Dylan après sa mort

  • Verdict (10 janvier 2020) : Jessica condamnée à la prison à vie sans liberté conditionnelle + 32 ans

  • Daniel condamné à la prison à vie avec liberté conditionnelle possible après 47 ans


Sources principales

  • WSAZ News — arrestation et charges contre les Groves

  • Court TV — couverture complète du procès (janvier 2020)

  • Ohio Department of Job and Family Services — rapport d'enquête interne

  • Documents judiciaires du comté de Scioto, Ohio

Affaire Dylan Groves