Affaire Honorah Parker : tuée à coups de brique dans un parc
Le mardi 22 juin 1954, vers 15h30, en plein hiver austral, 2 adolescentes entrent en courant dans le salon de thé de Victoria Park, sur les collines de Christchurch, en Nouvelle-Zélande, du sang sur le visage et sur leurs vêtements. Elles supplient Agnes Ritchie, la femme du gardien, de les aider, parce que "maman est blessée, elle est couverte de sang", et elles expliquent que la mère de l'une d'elles, Honorah, qui prenait le thé avec elles une heure plus tôt, est tombée sur le sentier. Un peu plus bas, au bord du chemin, Kenneth Ritchie trouve une femme de 45 ans allongée sur le dos, et dès qu'il voit sa tête, il comprend qu'elle n'a pas pu se faire ça en tombant.
Honorah Parker, une mère de Gloucester Street
Au 31 Gloucester Street, en plein centre de Christchurch, tout le monde connaît Honorah sous le nom de Mme Rieper. Elle a 45 ans, et depuis 23 ans, elle partage sa vie avec Herbert Rieper, un homme discret qui tient un commerce de poisson en ville. Sauf qu'Herbert et elle ne sont pas mariés, parce qu'il ne peut pas l'épouser, et personne n'en sait rien, pas même leur fille Pauline.
Honorah a eu 4 enfants, et le premier, un bébé né avec une malformation du cœur, n'a pas survécu. Après lui, il y a eu Wendy, l'aînée, puis Pauline, le 26 mai 1938, et enfin Rosemary, la plus jeune, atteinte de trisomie 21, qui vit dans un établissement spécialisé à Templeton, à l'ouest de la ville. Et quand Pauline a 5 ans, c'est à son tour de tomber malade.
Elle a une ostéomyélite, une infection de l'os, et elle passe son cinquième anniversaire à l'hôpital. On l'opère plusieurs fois, pendant 2 ans sa jambe continue de suppurer, et elle en garde une légère claudication. Les médecins lui interdisent le sport et les jeux trop brusques, de peur qu'elle se blesse, alors pendant que les autres enfants courent, Pauline reste assise.
En 1952, Pauline entre au lycée de filles de Christchurch, le Christchurch Girls' High School. Là-bas non plus, elle ne fait pas de sport, et sur le banc, pendant les cours, il y a une autre élève dispensée comme elle.
Une amie venue d'Angleterre
Elle s'appelle Juliet Hulme, elle est née à Londres le 28 octobre 1938, 5 mois après Pauline, et elle aussi a passé une partie de son enfance au lit. Elle a eu la tuberculose, et pour qu'elle guérisse au soleil, ses parents l'ont envoyée vivre aux Bahamas, dans une famille d'accueil. Son père, Henry Hulme, est un physicien réputé, et en 1948, il est devenu le recteur de l'université de Christchurch, le Canterbury University College. Juliet est grande et mince, elle a gardé son accent anglais, et elle est si timide que sa mère, Hilda, est heureuse le jour où elle se fait enfin une amie.
Entre Pauline, la fille du marchand de poisson, et Juliet, la fille du recteur, ça colle tout de suite. Elles ont toutes les 2 passé des mois dans un lit, elles adorent écrire, et très vite, elles ne se quittent plus. Chez les Rieper, Herbert remarque pourtant qu'à part Juliet, sa fille n'a presque plus d'amies.
En 1953, pendant que les Hulme voyagent à l'étranger, Juliet passe environ 3 mois dans un sanatorium, et Honorah y emmène Pauline pour qu'elle puisse la voir. Quand Pauline apprend que son amie a la tuberculose, elle écrit dans son journal qu'elle a passé une nuit affreuse, et que toutes les 2 trouvent qu'il serait merveilleux qu'elle l'attrape aussi. Pendant ces mois loin l'une de l'autre, elles s'écrivent sans arrêt, et au bas de leurs lettres, elles ne signent plus de leur vrai prénom.
Un royaume nommé Borovnia
Dans ces lettres, Juliet devient Charles II, l'empereur de Borovnia, et Pauline, un soldat de fortune, Lancelot Trelawney, et entre elles, Juliet s'appelle Deborah. Elles inventent des pays, des familles entières de personnages et des saints qui ressemblent à des vedettes de cinéma, et la nuit, elles sortent en cachette pour les jouer, parfois jusqu'au petit matin. Elles écrivent des romans, des pièces, des poèmes et même un opéra, et elles ont un rêve bien précis, aller à New York pour faire publier leurs livres, puis à Hollywood pour veiller sur les films qu'on en tirera.
Le 3 avril 1953, Pauline raconte dans son journal qu'avec Juliet, assises au bord d'un chemin, au-dessus d'une baie, elles ont vu une ouverture à travers les nuages, et qu'elles ont compris qu'elles avaient la clé du quatrième monde. Elles ne sont pas des génies, écrit-elle, elles ont une partie du cerveau en plus, qui leur permet de voir ce monde, leur paradis.
Au fil des mois, leurs histoires changent, et les meurtres, les suicides, les morts soudaines et le sang y prennent de plus en plus de place. À la maison, Pauline passe des heures à écrire, ses notes s'effondrent, et chaque fois qu'elle rentre de chez Juliet, elle file tout droit dans sa chambre sans dire un mot.
Une mère inquiète
Honorah sent sa fille lui échapper. Pauline devient lunatique, elle s'emporte pour un rien, et elle traite ses parents avec mépris, au point qu'Herbert finira par dire qu'elle les a tenus en dehors de sa vie. Elle maigrit aussi beaucoup, et pour Honorah, c'est le signe que quelque chose ne va pas.
Honorah décide de faire quelque chose. Comme l'écriture passe avant les devoirs, elle se met d'accord avec Pauline pour qu'elle quitte le lycée et qu'elle suive des cours dans une école de commerce, Digby's. Elle demande aussi au père de Juliet de passer à la maison pour parler de cette amitié, et sur son conseil, elle emmène Pauline chez le médecin de famille, le docteur Francis Bennett. Pour lui, l'attachement des 2 filles a quelque chose d'homosexuel, et il conseille de les séparer, parce qu'à cette époque, la médecine considère encore l'homosexualité comme une maladie mentale.
Le 13 février 1954, Honorah pose une condition. Tant que Pauline ne pèsera pas 8 stone, environ 51 kilos, et qu'elle ne sera pas plus gaie, elle ne retournera pas à Ilam, la grande maison où vivent les Hulme. Pauline pèse 7 stone, environ 44 kilos, et ce soir-là, elle ouvre son journal.
Une nuit d'avril à Ilam
Chez les Hulme aussi, plus rien ne va. Depuis Noël 1953, un ingénieur anglais, Walter Perry, habite un appartement de la maison d'Ilam. Hilda travaille avec lui dans son activité de conseillère conjugale, et Juliet s'entend si bien avec lui qu'il lui rachète son cheval pour 50 livres.
Dans la nuit du 23 avril 1954, vers 2h du matin, Juliet se réveille, et la chambre de sa mère est vide. D'après ce que Pauline note dans son journal, Juliet monte jusqu'à l'appartement de Walter Perry, allume la lumière, et découvre sa mère et lui au lit, en train de boire du thé. Au procès, Hilda dira que Walter Perry était malade ce soir-là, et qu'elle lui avait seulement monté du thé. Quoi qu'il en soit, le lendemain, Henry Hulme annonce aux 2 filles que sa femme et lui vont divorcer.
Henry Hulme quitte son poste de recteur et décide de rentrer en Angleterre, et Juliet fera le voyage avec lui jusqu'en Afrique du Sud, où elle vivra chez de la famille, officiellement pour sa santé. Le départ est fixé au 3 juillet. Pour Pauline et Juliet, être séparées est impensable, et elles trouvent une solution, Pauline partira avec Juliet, et pour payer le voyage, elles se mettent à voler dans les magasins.
Le problème, c'est que pour partir, Pauline a besoin de l'accord de ses parents, et elle sait déjà qui dira non.
Un cadeau d'adieu
Vers Pâques, Honorah reprend contact avec Henry Hulme pour lui parler des 2 filles, et il lui apprend qu'il va bientôt quitter la Nouvelle-Zélande avec Juliet. Pour les Rieper, c'est un immense soulagement, si bien qu'Honorah fait un geste. Puisque les 2 amies vont être séparées, Pauline pourra voir Juliet autant qu'elle le voudra jusqu'au départ.
Le vendredi 12 juin 1954, Pauline part s'installer à Ilam, et elle y reste jusqu'au dimanche 20 juin, quand Herbert vient la chercher. Cet après-midi-là, Herbert va voir Rosemary à Templeton, et Pauline paraît beaucoup plus heureuse et plus aimable que d'habitude. Le soir, elle s'assoit devant le feu pour écrire un opéra, et elle aide sa mère à la maison.
Le lundi 21 juin, quand Herbert rentre du travail, Honorah est ravie, et elle lui raconte à quel point Pauline a été de bonne compagnie, et tout ce qu'elles ont fait ensemble dans la maison. Le même jour, à Ilam, Juliet dit à sa mère que Pauline vient de téléphoner pour l'inviter à une sortie avec Honorah, et elle lui demande la permission d'y aller.
La sortie d'adieu est fixée au lendemain après-midi, à Victoria Park. Pour Honorah, il reste moins de 24 heures.
Un thé à Victoria Park
Le mardi 22 juin 1954, en plein hiver austral, quand Herbert rentre déjeuner à midi, Juliet est déjà au 31 Gloucester Street, et le repas est très gai. Les 2 adolescentes rient et plaisantent, personne ne parle de la sortie prévue, puis Herbert repart au magasin.
Après le déjeuner, Honorah et les 2 filles marchent jusqu'au centre-ville, prennent un bus jusqu'à Cashmere, puis montent à pied, sur environ 1,5 km, jusqu'à Victoria Park, un parc boisé sur les Port Hills, au sud de la ville. En haut, sur un grand plateau couvert de pelouses, le gardien, Kenneth Ritchie, et sa femme, Agnes, servent des repas et du thé aux promeneurs, et vers 14h35, Honorah et les filles s'y arrêtent pour prendre le thé.
Ensuite, elles repartent toutes les 3. Près du salon de thé, par une brèche dans le mur de pierre, un sentier de terre d'à peine plus d'un mètre de large descend en zigzag dans la pente boisée. À mi-chemin, à plus de 350 mètres du salon de thé, la pente s'adoucit, le sentier passe sur un petit pont rustique, et il devient presque plat. Un mardi après-midi, en hiver, il n'y a personne, et vers 15h30, Agnes Ritchie voit les 2 adolescentes entrer en courant dans le salon de thé.
"Maman est blessée"
Elles sont à bout de souffle, elles ont du sang sur le visage et sur leurs vêtements, et elles supplient Agnes Ritchie de les aider, parce que "maman est blessée, elle est couverte de sang". D'après elles, la mère de Pauline a glissé sur une planche, elle est tombée, et sa tête n'arrêtait pas de cogner contre une brique. Pendant qu'Agnes les fait se laver, son mari descend le sentier avec un employé municipal, Eric McIlroy.
Un peu plus bas, au bord du chemin, ils trouvent une femme allongée sur le dos, la tête vers le bas de la pente. Dès que Kenneth Ritchie voit sa tête, il comprend qu'elle n'a pas pu se faire ça en tombant, alors il remonte appeler la police et une ambulance.
À 15h55, un médecin, le docteur Donald Walker, arrive au parc, et en examinant le corps, il ne trouve rien qui puisse faire penser à un accident. À 16h20, c'est le sergent Robert Hope qui arrive. Une des chaussures d'Honorah est tombée, son dentier est par terre, près de sa mâchoire, et son sac à main, son chapeau et ses gants sont éparpillés autour d'elle. Le sang a coulé le long de la pente, et à une quarantaine de centimètres de sa tête, il y a une demi-brique. Au salon de thé, les 2 filles ne sont plus là, parce qu'Henry Hulme est venu les chercher pour les ramener chez lui, à Ilam.
Sur le talus, à un peu plus d'un mètre de la brique, il y a aussi un bas de femme, taché de sang et noué près de la cheville. Honorah, elle, porte toujours ses 2 bas.
2 versions à Ilam
À Ilam, Hilda Hulme fait prendre un bain aux 2 filles, et Walter Perry s'occupe de leurs vêtements couverts de sang. Pour lui, rien ne dit encore que c'est une affaire de police, donc il les porte directement chez le teinturier. Juliet est en sueur, très agitée, alors que Pauline reste silencieuse, presque absente.
Dans la soirée, l'inspecteur principal Macdonald Brown sonne à Ilam, et Pauline, déjà couchée, lui raconte la même chose qu'au salon de thé. Juliet marchait devant, sa mère la suivait, puis sa mère a glissé, et sa tête a eu l'air de rebondir sur les pierres. Quand le policier lui demande comment elle a su que sa mère était morte, elle répond "À cause du sang, il y en avait beaucoup". Ensuite, il lui parle du bas, et là, elle a l'air prise de court. "On n'a pas enlevé les bas de maman", dit-elle, avant d'expliquer qu'elle avait un vieux bas dans son sac, et qu'elles s'en sont servies pour essuyer le sang.
Juliet, de son côté, écrit qu'elle n'était pas avec Pauline au moment de la chute, qu'elle était plus haut sur le sentier, et que quand elle est redescendue, Honorah était déjà par terre. L'inspecteur Brown retourne donc voir Pauline. Il lui dit que la police pense que Juliet n'était pas là, et que c'est elle qu'on soupçonne d'avoir tué sa mère. "Qui a frappé votre mère ?", demande-t-il. "Moi", répond-elle. Elle explique qu'elle avait pris sa décision quelques jours plus tôt, qu'elle a frappé "un grand nombre de fois", avec une demi-brique glissée au fond d'un bas, et que Juliet ne savait rien. Dès le premier coup, elle l'a regretté, dit-elle, mais elle ne pouvait plus s'arrêter. Le soir même, Pauline est arrêtée, et dans sa chambre, au 31 Gloucester Street, les policiers trouvent 14 cahiers et un agenda relié, avec une page pour chaque jour de l'année 1954.
Un agenda de 1954
Cet agenda, c'est Herbert qui l'a offert à Pauline pour Noël, et elle y écrit tous les jours. Le 13 février, le jour où sa mère lui interdit Ilam tant qu'elle ne pèsera pas 51 kilos, elle ajoute une question. "Pourquoi maman ne pourrait-elle pas mourir ? Des dizaines de gens, des milliers de gens meurent chaque jour. Alors pourquoi pas maman, et papa aussi ?" Le 28 avril, la colère bout en elle, parce que sa mère est l'un des principaux obstacles sur son chemin, et soudain, un moyen de s'en débarrasser lui vient. Le lendemain, elle précise qu'elle ne veut surtout pas finir en maison de redressement, et que la mort doit avoir l'air naturelle ou accidentelle.
Le mot "meurtre" n'apparaît jamais, parce que Pauline écrit "moider", c'est-à-dire "murder" prononcé avec l'accent de Brooklyn, comme dans les romans policiers. Le 19 juin, à Ilam, elle note que toutes les 2 ont presque fini leurs livres, et que leur grande idée du jour, c'est de "moider" sa mère. "Cette idée ne date pas d'hier, et cette fois, c'est un plan précis, que nous avons l'intention d'exécuter", écrit-elle. Le 20 juin, elles mettent ce plan au clair, et elle s'étonne de n'avoir aucun scrupule. Le 21 juin, Deborah l'appelle, et elles choisissent une brique dans un bas plutôt qu'un sac de sable. "Je me sens surexcitée, comme si je préparais une fête surprise. La prochaine fois que j'écrirai dans ce journal, maman sera morte. Comme c'est étrange, et pourtant comme c'est agréable."
Le matin du 22 juin, avant de se lever, Pauline écrit encore quelques lignes. La veille au soir, elle se sentait très excitée, comme une nuit de Noël, et elle n'a pas fait de beaux rêves. En haut de la page, en lettres capitales, elle a écrit un titre.
"Le jour de l'heureux événement."
45 blessures
Le mercredi 23 juin au matin, Juliet s'excuse auprès de l'inspecteur Archie Tate de l'avoir induit en erreur, et elle lui dit qu'elle veut maintenant dire la vérité. Elle savait qu'elles emporteraient une brique dans un bas, c'est même elle qui a pris le morceau de brique chez elle et qui l'a enveloppé dans du papier journal, et sur le sentier, c'est elle qui a laissé tomber une petite pierre rose. Pour l'accusation, cette pierre devait faire se pencher Honorah, pour que Pauline la frappe par derrière, d'un seul coup, et que sa mort passe pour une chute.
Juliet raconte qu'au retour, elle marchait devant, et qu'elle s'attendait à ce que Mme Rieper soit attaquée. Elle a entendu des éclats de voix, elle est revenue sur ses pas, et elle a vu Pauline frapper sa mère avec la brique dans le bas. "J'ai pris le bas et je l'ai frappée moi aussi. J'étais terrifiée", dit-elle. Elle pensait peut-être seulement faire peur à Honorah, pour qu'elle accepte de les laisser ensemble, sauf qu'après le premier coup, elle a su qu'il faudrait la tuer.
Sur le corps d'Honorah, le légiste, le docteur Colin Pearson, compte 45 blessures, dont 24 au visage et à la tête. Son crâne est fracturé, et pour lui, on l'a frappée alors que sa tête était maintenue au sol. Elle a des bleus au cou, parce qu'on l'a tenue par la gorge, et une coupure à un doigt, sans doute parce qu'elle a levé la main pour se protéger. Au poste de police, Pauline a aussi essayé de brûler un bout de papier, sur lequel elle avait écrit "Je prends tout sur moi".
Juliet raconte aussi les derniers instants. Honorah a été prise de convulsions, les 2 filles l'ont tenue, et quand elles l'ont lâchée, elle ne bougeait plus.
Une folie à deux ?
Le lundi 23 août 1954, dès 8h, des curieux essaient d'entrer dans la Cour suprême de Christchurch, comme la foule qui se pressait aux assises de Paris, en 1869, pour l'affaire Troppmann, avec des écrivains comme Gustave Flaubert dans le public. Pauline et Juliet sont assises dans le box, face au juge Francis Adams et à un jury d'hommes. Elles plaident non coupable, même si leurs avocats, Alec Haslam pour Pauline et Terence Gresson pour Juliet, ne contestent pas les coups, parce que toute la question est de savoir si elles étaient folles.
Pour le procureur de la Couronne, Alan Brown, ce sont 2 filles très intelligentes, parfaitement saines d'esprit, qui ont préparé leur crime. Pour la défense, le psychiatre Reginald Medlicott parle d'une paranoïa de type exalté, d'une folie à deux, un délire qui passe de l'une à l'autre. Il affirme aussi que leur amitié est devenue homosexuelle, et à l'époque, ça passe encore pour un argument médical. Sauf que quand l'accusation l'interroge, il reconnaît que le journal est "très suggestif", mais qu'il n'y a aucune preuve claire.
En face, les 3 médecins de la Couronne, Kenneth Stallworthy, James Saville et James Hunter, sont formels, les 2 filles sont saines d'esprit, et le docteur Stallworthy répète ce que Pauline lui a dit. "On savait qu'on faisait quelque chose de mal. On savait qu'on serait punies si on se faisait prendre, et on a tout fait pour ne pas se faire prendre." Bien plus tard, en Floride, en 2019, dans l'affaire Nicole Nachtman, des jurés rejetteront eux aussi la thèse de la folie, pour une jeune femme reconnue coupable du meurtre de sa mère.
L'accusation décide de poser la question au docteur Medlicott lui-même. Au moment de l'attaque, est-ce que les 2 filles savaient ce qu'elles faisaient ? "Elles le savaient", répond-il.
Le nom d'Honorah
Le samedi 28 août 1954, au bout d'un peu plus de 2 heures, les jurés reviennent dans une salle pleine, et le président du jury répond sans hésiter que les 2 accusées sont coupables. Au fond de la tribune, un jeune homme se lève et crie "Je proteste !", avant que 2 policiers ne l'emmènent. Pauline a 16 ans et Juliet 15 ans, si bien qu'elles échappent à la peine de mort, et le juge les condamne à rester détenues "au bon plaisir de Sa Majesté", sans durée fixée. Dans le box, Pauline murmure quelque chose à Juliet, et toutes les 2 sourient.
Dès la fin du procès, on les sépare, et elles n'ont plus le droit de s'écrire. Juliet part à la prison de Mount Eden, à Auckland, et Pauline à Paparua, puis à Arohata. En novembre 1959, après 5 ans et demi, elles sortent avec une nouvelle identité. Juliet quitte aussitôt la Nouvelle-Zélande pour rejoindre sa mère, qui a épousé Walter Perry, et sous le nom d'Anne Perry, elle devient une romancière à succès. En 1994, quand la presse découvre qui elle est, elle explique qu'elle croyait que Pauline se donnerait la mort si elle partait sans elle, et qu'elle a pris "une très, très mauvaise décision". Elle meurt à Los Angeles le 10 avril 2023, à 84 ans. Pauline, elle, part vivre à l'étranger sous un autre nom, et elle n'a jamais parlé à la presse.
Le premier jour du procès, Alan Brown avait prévenu les jurés que la victime était connue depuis des années sous le nom de Mme Rieper, et que "par commodité", il l'appellerait Mme Parker. Aujourd'hui encore, l'affaire porte le nom de Parker et de Hulme, les 2 adolescentes qui l'ont tuée.
Honorah avait 45 ans. La veille de sa mort, elle racontait à Herbert à quel point Pauline avait été de bonne compagnie.
L'affaire Honorah Parker en vidéo ⬇️



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Sources :
Star-Sun via Christchurch City Libraries, ouverture du procès et exposé du procureur, 23 août 1954 : https://christchurchcitylibraries.com/Heritage/Digitised/ParkerHulme/Page2.asp
The Press via Christchurch City Libraries, découverte du corps à Victoria Park, 23 juin 1954 : https://christchurchcitylibraries.com/Heritage/Digitised/ParkerHulme/Page1.asp
Star-Sun et The Press via Christchurch City Libraries, comptes rendus du procès (témoignages, journal, expertises), 23 au 30 août 1954 : https://christchurchcitylibraries.com/Heritage/Digitised/ParkerHulme/pdf/ParkerHulme.pdf
Star-Sun via Christchurch City Libraries, le verdict et la peine, 30 août 1954 : https://christchurchcitylibraries.com/Heritage/Digitised/ParkerHulme/Page16.asp
The Guardian, archives du procès, les experts de la Couronne, 28 août 1954 : https://www.theguardian.com/theguardian/2012/aug/28/archive-1954-accused-girls-sane
The Press via Christchurch City Libraries, retour sur l'affaire par Neil Clarkson, 17 juin 1989 : https://christchurchcitylibraries.com/Heritage/Digitised/ParkerHulme/Page25.asp
The Guardian, nécrologie d'Anne Perry, 18 avril 2023 : https://www.theguardian.com/books/2023/apr/18/anne-perry-obituary
