Affaire Fiona : 5 ans, et son corps n'a jamais été retrouvé


Le dimanche 12 mai 2013, à 18h45, une jeune femme enceinte de 6 mois pousse la porte du commissariat central de Clermont-Ferrand pour signaler la disparition de sa fille, Fiona, 5 ans, dans le parc Montjuzet. Toute la nuit, policiers et pompiers fouillent les allées et les talus de cette colline de 26 hectares, à la recherche d'une petite fille blonde aux yeux bleu-vert, en survêtement noir Hello Kitty. Le lendemain, 80 militaires rejoignent les recherches, et bientôt, son visage passe à la télévision dans tout le pays, sans que personne ait vu Fiona monter dans une voiture avec un adulte.
Fiona, une petite blonde de Clermont-Ferrand
Fiona est blonde, elle a le teint clair et les yeux bleu-vert, et elle mesure 1,10 m. Elle est née en 2007 à Clermont-Ferrand, quand sa mère, Cécile Bourgeon, avait 20 ans, et son père, Nicolas Chafoulais, 2 de plus. Ils sont ensemble depuis que Cécile a 15 ans, et quand elle est embauchée dans une laiterie de la région, où elle travaille en 3x8, c'est souvent Nicolas qui s'occupe des enfants. Sauf que la drogue est déjà là, et avec les années, elle prend de plus en plus de place dans la vie du couple.
Quelques années plus tard, une petite sœur arrive, Eva, et quand elle a environ 18 mois, ses parents finissent par se séparer. Les 2 filles restent avec leur mère. En mai 2012, Cécile porte plainte pour viol et séquestration contre un homme qu'elle a fréquenté après la séparation, et cet homme part en Algérie. Peu de temps après, elle rencontre Berkane Makhlouf, qui a une trentaine d'années, et il s'installe avec elle et les 2 petites, dans leur appartement de Clermont-Ferrand, si bien qu'au printemps 2013, Cécile est enceinte de lui, et le bébé est attendu pour la fin de l'été.
Un dimanche au parc Montjuzet
Le dimanche 12 mai 2013, en fin d'après-midi, le parc Montjuzet est très fréquenté. C'est une colline de 26 hectares sur les hauteurs de Clermont-Ferrand, au pied de la chaîne des Puys, avec des pelouses en pente, des bosquets et des aires de jeux.
Ce soir-là, Cécile Bourgeon, enceinte de 6 mois, raconte aux policiers qu'elle est montée au parc avec ses 2 filles, Fiona et Eva, qui a 2 ans et demi. Les petites jouaient au milieu des autres enfants, et elle, fatiguée par sa grossesse, s'est assoupie un bref instant. Quand elle a rouvert les yeux, Eva était toujours là, mais Fiona avait disparu. Elle l'a cherchée pendant 45 minutes, et comme elle n'avait pas de téléphone portable, elle est descendue jusqu'au commissariat, où la disparition est enregistrée à 18h45.
Un enfant de 5 ans qui s'éloigne de sa mère dans un parc, un dimanche, au milieu de dizaines d'autres enfants, ça arrive à beaucoup de parents, et d'habitude, on le retrouve quelques minutes plus tard, un peu plus loin. Alors policiers et pompiers fouillent les allées, les bosquets et les talus escarpés, et vers minuit, le père de Fiona, Nicolas, est entendu par les enquêteurs.
Fiona, elle, reste introuvable.
Une alerte qui ne vient pas
Le lundi matin, 80 militaires du 92e régiment d'infanterie de Clermont-Ferrand rejoignent les recherches. La police lance un appel à témoins, qui vise aussi tous ceux qui ont pris des photos dans le parc, au cas où Fiona apparaîtrait sur l'une d'elles. Ce jour-là, elle portait un survêtement noir avec un logo blanc Hello Kitty et des tennis noires, et l'avis de recherche la décrit comme une enfant "assez espiègle et sociable".
Sur les réseaux sociaux, l'avis est partagé des milliers de fois, et beaucoup se demandent pourquoi l'alerte enlèvement n'a pas été déclenchée. Pour la lancer, il faut que l'enlèvement soit avéré, et que le procureur ait des informations à diffuser pour retrouver l'enfant ou son ravisseur. Or personne n'a vu Fiona monter dans une voiture avec un adulte, et sans témoin d'un enlèvement, il n'y a aucun signalement à diffuser.
C'est ce qu'explique le procureur de la République de Clermont-Ferrand, Pierre Sennès, le mardi 14 mai, lors d'une conférence de presse. Pourtant, comme Fiona n'a pas été retrouvée dans le parc, l'enlèvement devient "par déduction" une "hypothèse majeure", et le jour même, une information judiciaire est ouverte pour enlèvement et séquestration. Pour le procureur, il n'y a "pas de raisons de remettre en cause le témoignage de la mère", parce que d'après les témoignages reçus, Fiona se trouvait bien dans le parc, et sa mère se comportait comme "une personne paniquée".
Un appel devant les caméras
Le jeudi 16 mai, sur le parvis du palais de justice, Cécile Bourgeon se tient devant les caméras, vêtue de noir et en larmes. "Je lance un appel à tout le monde, à tous les Clermontois, à tous ceux qui peuvent nous aider." La veille, elle s'est constituée partie civile, ce qui lui donne accès au dossier, et elle est défendue par Me Gilles-Jean Portejoie et par son fils, Me Renaud Portejoie. Le même jour, un numéro vert national est ouvert.
À partir de là, c'est tout le pays qui cherche Fiona. Son visage passe à la télévision, des avis de recherche sont placardés jusque sur les arbres du parc, et chaque signalement qui arrive doit être vérifié.
Le père de Fiona, qui s'est lui aussi constitué partie civile, est entendu, pendant que Cécile laisse entendre devant les médias qu'il a longtemps été absent de la vie de ses filles. Le 30 mai, Nicolas Chafoulais décide de parler à son tour, à France Bleu Pays d'Auvergne, pour dire son espoir de retrouver Fiona, et raconter toutes les fois où il a essayé de voir ses filles, sans y parvenir.
Les enquêteurs, eux, s'intéressent à l'homme contre qui Cécile a porté plainte en mai 2012. Selon le quotidien La Montagne, il aurait menacé d'enlever Fiona et de l'emmener en Algérie, et pendant un temps, on le soupçonne d'avoir voulu se venger de la mère, avant que cette piste soit rapidement écartée.
Un départ pour Perpignan
Pendant l'été 2013, la police vérifie environ 200 témoignages, sans résultat. Au même moment, Cécile, son compagnon et la petite Eva quittent Clermont-Ferrand pour Perpignan, à plusieurs centaines de kilomètres, là où vit la famille de Cécile, et ils s'y installent en juillet. Une femme qui va bientôt accoucher et qui se rapproche des siens, ça peut se comprendre, sauf que pour les enquêteurs, ce départ fait partie des points à éclaircir.
Depuis le début, en effet, il y a une chose qu'ils n'arrivent pas à établir avec certitude, c'est que Fiona se trouvait vraiment dans les allées du parc ce dimanche-là. Le couple est donc placé sur écoute, et ces écoutes leur apprennent que la veille ou l'avant-veille de la disparition, Cécile, son compagnon et des proches ont fait la fête et étaient très alcoolisés. Selon Le Parisien, les enquêteurs découvrent aussi que quelques jours avant la disparition, le couple a consulté sur internet des archives de presse sur des affaires de disparitions d'enfants.
En août 2013, à Perpignan, Cécile Bourgeon accouche d'un petit garçon. Les enquêteurs attendent, parce qu'ils ne veulent pas interpeller une femme sur le point d'accoucher, et le mardi 24 septembre 2013, en fin d'après-midi, ils frappent à sa porte.
Une quatrième audition
Cécile Bourgeon et Berkane Makhlouf sont interpellés dans leur appartement d'un quartier populaire du nord de Perpignan et placés en garde à vue, séparément. Le même jour, 3 de leurs proches sont placés en garde à vue eux aussi, et la voiture du couple est saisie. En arrivant en garde à vue, Cécile a des hématomes sur la joue, sur l'œil, sur les tempes et sur les jambes, au point qu'il faut appeler un médecin.
Au début, chacun s'en tient à l'histoire du parc, jusqu'au mercredi 25 septembre, où Cécile craque lors de sa quatrième audition. Elle affirme que le samedi 11 mai au soir, son compagnon a frappé Fiona, qui a gardé un hématome autour de l'œil, qu'elle a vomi dans la nuit et se plaignait d'avoir mal au ventre, et que le dimanche matin, ils l'ont trouvée morte. Ensuite, toujours selon elle, ils ont décidé de cacher le corps, et ils ont inventé la disparition dans le parc. L'enquête établit d'ailleurs que Cécile n'était pas dans le parc ce jour-là.
Berkane Makhlouf, lui, commence par protester de son innocence avec véhémence. En face de lui, il y a le commissaire Christophe Molmy, à l'époque chef de l'Office central pour la répression des violences aux personnes, et pour lui, c'est un détail qui fait céder le suspect. "Je lui ai dit, quand vous avez creusé le trou, le manche de la pelle s'est cassé." Berkane finit par reconnaître que Fiona est morte et que le couple a monté un scénario, mais il nie lui avoir porté des coups mortels, puisque d'après son avocat, la veille, il lui aurait seulement donné une fessée, et le matin, ils l'auraient trouvée inanimée, étouffée dans son vomi.
Un bandeau pour cacher un bleu
Le soir du 25 septembre, la France apprend que Fiona n'a jamais disparu dans ce parc, et qu'elle est morte depuis plus de 4 mois. Une disparition signalée alors que l'enfant est déjà mort, c'est aussi le point de départ de l'affaire Gannon Stauch, aux États-Unis, où la belle-mère du petit garçon a appelé le 911 en racontant qu'il était parti jouer chez un ami.
Le 26 septembre, Cécile Bourgeon est mise en examen pour non-assistance à personne en danger, modification d'une scène de crime, recel de cadavre et dénonciation d'un crime imaginaire, et Berkane Makhlouf pour violences ayant entraîné la mort. Le 7 octobre, plus de 2 000 personnes marchent pour Fiona dans les rues de Clermont-Ferrand, lors d'une marche blanche.
Entre-temps, Berkane Makhlouf accuse Cécile d'avoir elle-même frappé sa fille au ventre et à la tête le soir du drame, et le 22 octobre 2013, elle est à son tour mise en examen pour coups mortels aggravés, et les 2 sont désormais poursuivis pour les mêmes faits. Le procureur révèle aussi ce que la mère a raconté de la semaine qui a précédé. Dès le mardi, Fiona avait un hématome sur la tempe gauche, et le mercredi après-midi, elle est sortie avec un bandeau sur la tête pour cacher ce bleu. Le vendredi, Fiona "n'allait pas bien", et l'hématome était descendu sur l'œil.
Un mercredi au cinéma
Ce mercredi 8 mai 2013 est un jour férié, et la famille va au cinéma du centre commercial de Jaude, à Clermont-Ferrand. Derrière le guichet, il y a Corinne Leoty, hôtesse de caisse depuis 25 ans, et elle remarque tout de suite la petite fille. "Elle était très blanche, éteinte, elle avait un bleu sous l'œil et un côté de la tête enflée", dira-t-elle à la cour d'assises. "Je me suis dit, cette petite a été frappée." Le même jour, à 16h04, une caméra de vidéosurveillance d'un magasin C&A filme Fiona.
C'est la dernière image d'elle vivante.
À l'école, 2 ATSEM, les agents qui accompagnent les enseignants de maternelle, gardent aussi le souvenir de la dernière fois qu'elles l'ont vue. Ce jour-là, Fiona avait très mauvaise mine. "Elle était blanche, cadavérique, avec des cernes", raconte l'une d'elles, même si elles ne lui ont vu ni hématome ni bandeau. Son institutrice, elle, avait alerté les parents sur les absences répétées de Fiona depuis le début de l'année scolaire, sans jamais soupçonner de maltraitance.
Le vendredi 10 mai, Cécile et Berkane vont voir le médecin traitant de Berkane, sans Fiona, pour obtenir un document qui justifierait 21 jours d'absence à l'école, en expliquant qu'ils vont déménager dans le sud. Le médecin rédige un document administratif sans avoir vu l'enfant, ce qui, selon lui, "est très fréquent", et ce document ne sera jamais retrouvé. En fin d'après-midi, un agent SNCF affirme avoir vu Fiona vivante devant l'immeuble, et le samedi après-midi, le couple fait sur internet des recherches sur une fausse disparition d'enfants à Marseille.
Une pelle au bord du lac
Le 26 septembre 2013, 40 gendarmes et 3 chiens spécialisés dans la recherche de restes humains fouillent un bois en lisière de forêt, près du lac d'Aydat, à une vingtaine de kilomètres au sud-ouest de Clermont-Ferrand, parce que c'est là que Cécile et Berkane situent le corps de Fiona dans leurs aveux. Sauf qu'aucun des 2 n'est capable de dire précisément où ils se sont arrêtés.
Plus tard, ils racontent qu'ils sont partis le dimanche matin, avec le corps dans un sac et la petite Eva assise à côté, dans la voiture. Ils n'avaient pas de pelle, alors ils en auraient trouvé une sur place, près d'une maison, et son manche se serait cassé pendant que Berkane creusait, à une cinquantaine de centimètres de profondeur. Ils auraient recouvert le corps de terre et de branchages, puis récité une prière, avant de rentrer chez eux, et le soir même, Cécile signalait la disparition de sa fille.
Pour les enquêteurs eux-mêmes, cette version pose problème, parce que le lac d'Aydat est un endroit touristique très fréquenté, surtout un dimanche de printemps, et que personne n'a rien remarqué. "Quand on part enterrer, on prend une pelle", fait remarquer le commissaire Marc Fernandez. Il y a aussi un voisin, qui affirme avoir vu Berkane Makhlouf le 12 mai vers 17h30, au moment où Cécile signalait la disparition, se diriger vers les conteneurs de la résidence avec un gros sac poubelle noir sur le dos. Les poubelles de l'immeuble sont vérifiées, sans succès, et Cécile Bourgeon a toujours contesté cette hypothèse.
Fin janvier 2014, la police judiciaire de Clermont-Ferrand lance un appel à témoins dans tout le Puy-de-Dôme pour retrouver le propriétaire de la pelle, et demande à toute personne ayant constaté entre le 8 et le 12 mai 2013 "la disparition d'une pelle" de se manifester. Le 13 mai 2014, un an après, de nouvelles fouilles ont lieu pendant 6 heures, en présence de Berkane le matin et de Cécile l'après-midi, parce que la nature a la même configuration que l'année précédente. Ce sont les dernières, et elles ne donnent rien.
Un verdict qui surprend
Le 14 novembre 2016, Cécile Bourgeon et Berkane Makhlouf comparaissent devant la cour d'assises du Puy-de-Dôme, à Riom, pour violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner sur mineure de 15 ans, et ils risquent 30 ans de réclusion criminelle.
Sur presque tout, les 2 accusés racontent la même histoire. Le samedi soir, Cécile est partie acheter de la cocaïne, et à son retour, vers 23h, Fiona a vomi et ils l'ont recouchée. "On était perchés", reconnaît-elle. Le lendemain matin, Fiona ne respirait plus, et ils ont eu peur, disent-ils, qu'on leur enlève sa petite sœur et le bébé à venir. Seulement, sur la question essentielle, celle de savoir qui a frappé, ils se renvoient la responsabilité. Berkane affirme avoir vu Cécile donner à Fiona "deux coups de pied aux fesses ou au bas du dos" et "deux claques", tout en disant que ce n'est pas ça qui l'a tuée, et Cécile répond "J'ai pas frappé Fiona". Au Canada, dans l'affaire Phoenix Sinclair, une mère et son compagnon s'étaient eux aussi accusés l'un l'autre devant les enquêteurs.
Le mercredi 16 novembre, une femme qui affirme savoir où est enterrée Fiona est même entendue en urgence par la cour. C'est une "médium et radiesthésiste", qui dit avoir été "contactée par Fiona", et dans le box, les accusés ne reconnaissent pas les lieux qu'elle a photographiés. Sans corps, il n'y a pas d'autopsie, alors une médecin légiste, la docteure Caroline Rey-Salmon, a travaillé à partir des symptômes décrits par les accusés, et elle privilégie l'hypothèse d'un traumatisme abdominal.
L'avocat général, Raphaël Sanesi de Gentile, requiert 30 ans de réclusion contre chacun des 2. Le vendredi 25 novembre 2016, après 5 heures de délibéré, la cour rend un verdict qui surprend tout le monde. Berkane Makhlouf est reconnu seul coupable des violences ayant entraîné la mort de Fiona, et il est condamné à 20 ans de réclusion criminelle. Cécile Bourgeon est acquittée de ces violences, parce que la cour estime ne pas pouvoir la condamner sur les seules déclarations "tardives et variables" de son ex-compagnon, et elle est condamnée à 5 ans de prison pour non-assistance à personne en danger, recel de cadavre, modification de la scène d'un crime et dénonciation mensongère. Dehors, la foule qui attend la sortie des accusés crie sa colère.
"Si tu aimes ta fille"
Le 28 novembre 2016, le parquet fait appel pour les 2 accusés, et en appel, on ne corrige pas le premier verdict, on refait tout le procès devant d'autres jurés. Le 9 octobre 2017, au Puy-en-Velay, à la barre de la cour d'assises de la Haute-Loire, une ancienne voisine du couple s'adresse directement à Cécile. "Si tu aimes ta fille, dis où elle est !"
Le vendredi 13 octobre, le procès déraille. Une avocate de partie civile, Me Marie Grimaud, met en doute un témoin qui avait été assisté en garde à vue par l'avocat de Berkane Makhlouf, ce qui pousse les avocats de la défense, qui s'estiment accusés de subornation de témoin, à quitter la salle, et le procès est renvoyé à janvier 2018.
Le 29 janvier 2018, tout recommence devant la même cour. Le verdict tombe dans la nuit du 10 au 11 février, et cette fois, les 9 jurées, toutes des femmes, jugent Cécile Bourgeon et Berkane Makhlouf aussi coupables l'un que l'autre des coups qui ont entraîné la mort de Fiona. Ils sont condamnés à 20 ans de réclusion criminelle chacun, et Cécile se voit retirer totalement l'autorité parentale sur ses 2 autres enfants. "Si ce n'est menti, ils n'ont pas tout dit", déclare le président de la cour. Pour l'un des avocats de Cécile, Me Renaud Portejoie, "la cour d'assises n'a pas réussi à se départir de l'émotion", et les 2 condamnés se pourvoient en cassation. Pendant tout ce temps, le corps de Fiona n'a toujours pas été retrouvé, si bien qu'en mai 2018, Cécile fait savoir par ses avocats qu'elle aimerait être hypnotisée pour retrouver l'endroit où se trouve le corps de sa fille.
Une sortie sous une couverture
Le 20 février 2019, la Cour de cassation casse le verdict du Puy-en-Velay. Elle ne rejuge pas les faits, elle vérifie seulement que le procès s'est déroulé dans les règles, et pendant ce procès, les avocats de Cécile avaient demandé un renvoi, parce qu'ils estimaient que leur cliente manquait de sommeil et de nourriture, une demande rejetée sans que la cour explique pourquoi.
Quand un verdict d'appel est cassé, c'est la condamnation du premier procès qui s'applique de nouveau. Pour Cécile, ce sont donc les 5 ans de prison de Riom, et comme elle a fini de les purger en septembre 2018, elle doit être libérée tout de suite. Le soir même, vers 20h, elle quitte la prison, dissimulée sous une couverture, à l'arrière d'une voiture conduite par son beau-père. Berkane Makhlouf reste en détention, et à Clermont-Ferrand, Nicolas Chafoulais, qui élève désormais Eva, laisse éclater sa colère sur France Bleu. "C'est un coup à péter les plombs !"
Fiona, jamais retrouvée
Le nouveau procès est confié à la cour d'assises du Rhône, à Lyon, et il est reporté plusieurs fois. En février 2020, Cécile met au monde une petite fille, née d'une relation avec un ancien détenu, et l'enfant est aussitôt placée. Ensuite, l'épidémie de Covid-19 interrompt l'activité des tribunaux.
Le mardi 1er décembre 2020, quand le quatrième procès s'ouvre, Cécile Bourgeon comparaît libre pour la première fois depuis 2013. Il n'y a toujours ni corps, ni autopsie, ni témoin de cette nuit-là. À la barre, François Bernard, l'ancien directeur de la police judiciaire de Clermont-Ferrand, dit son "intime conviction" que Fiona n'a pas été enterrée là où le couple l'affirme, puisqu'une zone de 300 kilomètres carrés a été fouillée sans rien trouver. La veille du verdict, l'avocat général Joël Sollier requiert 30 ans de réclusion criminelle contre les 2 accusés, qui ont tué cette enfant, selon lui, "en agissant de manière différente mais complémentaire".
Le mercredi 16 décembre 2020, après plus de 6 heures de délibéré, la cour d'assises du Rhône condamne Cécile Bourgeon à 20 ans de réclusion criminelle et Berkane Makhlouf à 18 ans, pour violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner. Cécile retourne en prison, et elle se voit retirer son autorité parentale. Dans les 4 procès, ils n'ont jamais été jugés pour meurtre, mais pour ce crime puni de 30 ans au maximum, si bien qu'après 4 procès et 3 verdicts différents, personne ne sait toujours comment Fiona est morte, ni où elle se trouve.
En février 2022, la Cour de cassation rejette le pourvoi formé contre l'arrêt de Lyon, et les condamnations deviennent définitives. Depuis, aucune information publique ne dit où ils sont détenus ni quand ils pourraient sortir. En 2023, l'écrivaine clermontoise Dalie Farah, qui a suivi l'affaire pendant des années, publie chez Grasset un livre intitulé "Retrouver Fiona".
Fiona avait 5 ans. Elle n'a ni tombe ni nom gravé quelque part, et son père n'a toujours aucun endroit où aller se recueillir.
L'affaire Fiona en vidéo ⬇️

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➡️ Affaire Gabriel Fernandez
➡️ Affaire Arthur Labinjo-Hughes
Sources :
Franceinfo, les aveux de la mère et les éléments qui fragilisent sa version, 25 septembre 2013 : https://www.franceinfo.fr/faits-divers/disparition-de-fiona/info-france-3-affaire-fiona-la-mere-accuse-son-compagnon-d-avoir-tue-la-fillette_420519.html
France Bleu Pays d'Auvergne (ici), 4e jour du procès de Riom, 17 novembre 2016 : https://www.ici.fr/infos/faits-divers-justice/proces-fiona-une-journee-d-audience-entre-moments-de-verite-et-grand-doute-ce-jeudi-1479413451
Le Figaro, les 2 thèses sur la disparition du corps au procès de Riom, 23 novembre 2016 : https://www.lefigaro.fr/actualite-france/2016/11/23/01016-20161123ARTFIG00200-affaire-fiona-deux-theses-sur-la-disparition-du-corps-de-la-petite-fille-s-affrontent.php
Franceinfo, pourquoi Cécile Bourgeon a été libérée après la cassation, 21 février 2019 : https://www.franceinfo.fr/faits-divers/disparition-de-fiona/affaire-fiona-pourquoi-cecile-bourgeon-la-mere-de-la-fillette-a-ete-autorisee-a-sortir-de-prison_3200839.html
France Bleu (ici), les 10 ans de l'affaire, condamnations définitives en février 2022, 12 mai 2023 : https://www.ici.fr/infos/faits-divers-justice/il-y-a-10-ans-la-petite-fiona-disparaissait-8608514
Wikipédia, affaire Fiona : https://fr.wikipedia.org/wiki/Affaire_Fiona
