Affaire Ebony Simpson : 9 ans, jetée vivante dans un barrage

Vers 16h05, le mercredi 19 août 1992, à Bargo, un petit village au sud-ouest de Sydney, en Australie, Ebony Simpson, 9 ans, descend de son bus scolaire, et comme son grand frère, qui devait l'attendre, n'est pas encore là, elle prend seule le chemin de la maison, à 400 mètres de là. Elle n'y arrive jamais, et pendant que presque tout le village fouille le bush avec les policiers, des hélicoptères balaient les paddocks et survolent les barrages, ces petites retenues d'eau des propriétés agricoles. Dans la nuit du 20 au 21 août, à quelques kilomètres de chez elle, quelque chose flotte à la surface de l'un de ces barrages, et c'est sa boîte à goûter.

Ebony Simpson, la petite dernière

Ebony Jane Simpson est née le 22 décembre 1982, et chez les Simpson, c'est la petite dernière. Elle a 2 grands frères, Tas et Zach, et ses parents, Peter et Christine, vivent avec leurs 3 enfants dans une ferme, à Bargo, un village entouré de bush et de paddocks, dans la région de Macarthur. Des années plus tard, Peter raconte qu'à ce moment-là de sa vie, il a sa ferme, sa voiture, 3 enfants, et que la vie est plutôt belle, calme et paisible, au point que dans son souvenir, tout le monde est heureux.

En 1992, Ebony est en Year 4, l'équivalent du CM1, à l'école publique de Bargo. Sur la photo de classe prise peu de temps avant sa disparition, elle a les cheveux blonds tirés en queue de cheval et un grand sourire, et c'est cette photo que toute l'Australie va bientôt connaître par cœur.

À l'école, justement, la directrice, Helen Lo, et un comité de parents travaillent sans cesse à apprendre aux enfants à se méfier des inconnus, et un nouveau programme sur le sujet doit même bientôt commencer dans les classes, parce que pour la directrice, vivre à la lisière de la grande ville ne veut pas dire que les enfants y sont à l'abri.

D'ailleurs, quand Ebony rentre de l'école, c'est sa mère qui vient la chercher à l'arrêt du bus. Seulement, le mercredi 19 août 1992, Christine a un empêchement.

400 mètres jusqu'à la maison

Ce jour-là, Christine ne peut pas être à l'arrêt à l'heure, et elle demande au grand frère d'Ebony de l'attendre quand il descendra de son propre bus, et de la raccompagner à la maison. C'est un arrangement tout simple, comme il en existe dans beaucoup de familles, mais cet après-midi-là, le bus du grand frère arrive plus tard que d'habitude.

Vers 16h05, le bus d'Ebony s'arrête près du croisement de Bargo Road et d'Arina Road. Ebony descend, et elle ne voit pas son frère. La maison n'est qu'à 400 mètres, elle connaît le chemin, alors elle se met en route, en pensant qu'elle le retrouvera chez eux.

Dans Arina Road, une berline Mazda est arrêtée au bord de la route. Elle est sale, le capot est levé, le coffre est ouvert, et un homme se tient à côté, comme quelqu'un qui essaie de réparer une panne. Pour continuer vers sa maison, Ebony doit passer juste à côté de cette voiture.

Quand le grand frère arrive enfin à l'arrêt, sa petite sœur n'est plus là, et à la maison, elle n'est jamais arrivée.

Des hélicoptères au-dessus des barrages

Très vite, la police ne croit pas à une fugue, parce qu'une enfant de 9 ans qui rentre de l'école, à 400 mètres de chez elle, ne disparaît pas comme ça au bord d'une route qu'elle connaît. Les policiers craignent tout de suite un enlèvement, et une voiture revient dans les témoignages, celle d'un homme qu'on a vu bricoler son moteur, près de l'endroit où la petite fille a été vue pour la dernière fois.

Le soir même, les recherches commencent, et c'est un policier expérimenté, Jim Bailey, qui aide à les coordonner. Plus de 100 policiers, des membres du service des urgences de l'État, les pompiers volontaires du bush et des bénévoles ratissent la campagne autour de Bargo, et même des militaires des forces spéciales viennent aider. Dans la nuit, des hélicoptères balaient les paddocks avec leurs projecteurs, et ils survolent les barrages, ces petites retenues d'eau des propriétés agricoles. Des habitants cherchent à moto, d'autres à pied, dans les broussailles, et dans toute la région de Macarthur, des centaines de personnes se joignent aux recherches, au point qu'à un moment ou à un autre, presque tout le village est dehors à chercher Ebony.

Une habitante, Suzy Brandstater, marche très tard dans le bush avec les autres, sans rien trouver, jusqu'à ce que le service des urgences renvoie tout le monde chez soi, pour reprendre les recherches au lever du jour. Tout un village dehors pour retrouver une petite fille, la France l'a vécu elle aussi en 2026, à Fleurance, dans le Gers, quand des habitants, des plongeurs et des hélicoptères ont fouillé la campagne pendant des jours, lors de la disparition de Lyhanna, 11 ans.

Le jeudi 20 août, l'école publique de Bargo ouvre quand même ses portes, et des conseillers du ministère de l'Éducation viennent aider les élèves. Dans la classe d'Ebony, ses camarades espèrent qu'elle va vite rentrer chez elle, saine et sauve, et pendant ce temps, des parents d'élèves préparent à manger dans l'école pour les équipes qui fouillent le bush. Pour Ray Law, un habitant de Bargo, tout le village est dévasté, parce qu'ici, les gens se disent encore que ce genre de chose n'arrive pas chez eux. Les policiers, eux, cherchent toujours l'homme qui bricolait sa voiture dans Arina Road.

Un suspect parmi les bénévoles

Pendant les recherches, beaucoup d'habitants se relaient dans le bush, et parmi eux, il y a un homme de 29 ans, plutôt frêle, qui s'appelle Andrew Peter Garforth. Il vit dans le coin depuis quelques mois seulement, parce qu'il est arrivé d'Australie-Occidentale, à l'autre bout du pays, avec sa compagne et leurs 2 enfants. À Bargo, on ne le connaît pas vraiment, et comme beaucoup d'autres, il participe lui aussi aux recherches pour retrouver Ebony.

Mais les policiers finissent par s'intéresser à lui. Andrew Garforth est arrêté, puis interrogé au commissariat de Picton, la ville voisine, et devant les enquêteurs, il avoue avoir tué la petite fille. Ce qui frappe les policiers, c'est la façon dont il le dit, parce qu'il parle de ce qu'il a fait d'un ton détaché, presque désinvolte, en donnant des détails très crus, lui qui cherchait Ebony dans le bush avec les autres habitants. Jouer l'ami inquiet pendant que tout le monde cherche, c'est aussi ce que fait un voisin en Géorgie, devant les caméras, dans l'affaire Lauren Giddings.

Après ses aveux, les enquêteurs ont encore besoin de savoir où est Ebony. En pleine nuit, Andrew Garforth les conduit jusqu'à un barrage.

Une boîte à goûter sur l'eau

Le barrage se trouve dans une réserve de faune sauvage, à quelques kilomètres seulement de la maison des Simpson. Il fait nuit noire, il fait très froid, et à la surface de l'eau, quelque chose flotte. C'est la boîte à goûter d'Ebony.

Avec ce froid, certains proposent d'attendre le matin pour aller chercher la petite fille. Sauf que 3 policiers de l'unité de secours, Bill Morris, Craig Price et Dave Trauntner, refusent de faire attendre les Simpson une minute de plus. Alors Bill Morris et Craig Price entrent dans l'eau glacée du barrage, et l'agent principal Dave Trauntner fait équipe avec eux.

Le vendredi 21 août 1992, à 0h45, ils trouvent Ebony. Elle a encore les mains et les pieds attachés.

30 ans plus tard, Bill Morris n'a rien oublié. Quand il la soulève hors de l'eau, la première chose qu'il voit, c'est son visage, "comme le visage d'un ange". Elle a les yeux fermés, on dirait qu'elle dort, et pour lui, elle a l'air en paix. C'est une image qui ne l'a jamais quitté, et il dit qu'il s'en souvient comme si c'était hier. Un plongeur de la police sort aussi du barrage le cartable rose d'Ebony, rempli de pierres.

Peter Simpson, lui, ne connaîtra longtemps qu'une chose du policier qui a sorti sa fille de l'eau, son nom de famille, "Morris". Et quelques heures après la découverte, l'homme qui a conduit les enquêteurs jusqu'au barrage doit passer devant un juge.

Une foule devant le tribunal

Le vendredi 21 août, Andrew Garforth doit comparaître devant le tribunal local de Picton. Quand il arrive, un peu après 10h, près de 200 personnes l'attendent dehors. Il y a des pancartes qui réclament qu'on le pende, des gens hurlent des insultes, d'autres lancent des pierres, si bien qu'un mur de policiers l'entoure pour le faire entrer, une serviette rose sur la tête. La foule et les journalistes se ruent dans la petite salle, au point que le magistrat, Ian McRay, doit faire fermer les portes quand elle est pleine.

Dans le box, derrière plus de 6 policiers, Andrew Garforth, père de 2 enfants, regarde le magistrat pendant que le procureur de police, le sergent Adam Sutton, raconte ce qui s'est passé le mercredi. Quelques minutes après sa descente du bus, Ebony passe à côté de la Mazda arrêtée dans Arina Road, avec son coffre et son capot ouverts, et Andrew Garforth l'attrape et la jette dans le coffre. Il prend un chemin de terre en direction du barrage, puis il s'arrête, il sort Ebony du coffre et il lui parle, pendant qu'elle le supplie de la laisser partir. Il lui attache les mains et les pieds avec du fil, il l'agresse sexuellement, puis il la jette vivante, tout habillée, dans l'eau du barrage, et il lance son cartable lesté de pierres derrière elle.

À ce moment-là, la salle se met à crier de colère. Andrew Garforth ne demande pas de liberté sous caution, le magistrat la refuse, et il est maintenu en détention.

Le commandant de la police de la région, Alf Peate, remercie les habitants et les médias au nom de Christine et Peter Simpson pour leur aide pendant les recherches. Dans le dossier, il y a aussi des aveux filmés.

Un village qui réclame la mort

À Bargo, la colère ne retombe pas. Pour Ray Law, l'horreur du crime provoque une onde de choc dans tout le village, et quand on apprend comment Ebony a été retrouvée, plus personne ne parle d'autre chose. Les habitants espéraient que celui qui avait fait ça ne soit "pas l'un des nôtres", sauf que cet homme vivait parmi eux, et qu'il avait même cherché Ebony avec eux.

Chez Ray Law, ses 2 fils, de 8 et 10 ans, supplient depuis un moment leurs parents de les laisser aller à l'école à vélo, et après Ebony, il n'en est plus question. Dans toute la région, les parents deviennent très protecteurs, au point qu'ils ne quittent plus leurs enfants des yeux. Pour Suzy Brandstater, une ancienne enseignante du lycée de Picton, ce jour-là, le coin perd son innocence, parce que jusque-là, c'était un endroit sûr, où personne ne s'inquiétait jamais.

Dans tout l'État, on se met à parler de la peine de mort, et beaucoup réclament l'exécution d'Andrew Garforth. Dès le mois d'août, un député indépendant de Tamworth, Tony Windsor, lance une pétition pour demander un référendum sur son retour, et la députée de Camden, Liz Kernohan, lance la sienne.

Pendant ce temps, le dossier avance, et Andrew Garforth ne conteste rien. Il plaide coupable du meurtre d'Ebony.

"Je ne sais pas"

Le vendredi 9 juillet 1993, près d'un an après la disparition d'Ebony, la Cour suprême de Nouvelle-Galles du Sud se réunit dans le quartier de Darlinghurst, à Sydney, pour fixer la peine d'Andrew Garforth, qui a toujours 29 ans. Dans la salle, Christine est là, avec Peter et les 2 grands frères d'Ebony, Zach, qui a maintenant 11 ans, et Tas, qui en a 15, et les bancs du public sont pleins.

Pendant que le juge Peter Newman reprend l'exposé des faits remis par l'avocat de l'accusation, Ian Lloyd, la famille d'Ebony se réconforte sur son banc. Dans ses aveux filmés, Andrew Garforth reconnaît avoir attrapé Ebony quand elle est passée à côté de sa voiture arrêtée, près de l'arrêt du bus, l'avoir mise dans le coffre, puis l'avoir emmenée jusqu'au barrage, où il lui a attaché les mains et les pieds avec du fil de chaîne stéréo, avant de l'agresser sexuellement et de la jeter dans l'eau, où elle s'est noyée.

Le juge s'arrête sur les réponses qu'il a données aux policiers, parce que pour lui, elles montrent son indifférence envers sa victime. Quand on lui demande ce qui, selon lui, allait se passer après qu'il a jeté Ebony dans le barrage, Andrew Garforth répond "Je ne sais pas". Quand on lui demande si elle pouvait se noyer, il répond qu'il pensait qu'elle avait "peut-être pu se noyer, ou atteindre la rive".

Pour le juge Newman, ce crime est "glaçant à l'extrême", et ces "commentaires insensibles et désinvoltes" montrent une absence totale de remords, qui le place dans la pire catégorie de meurtres. Il ajoute qu'en prison, Andrew Garforth devra être placé sous protection pendant longtemps, à cause de ce que pensent les autres détenus de ceux qui s'en prennent aux enfants, et d'ailleurs, il a déjà été frappé par des codétenus. Puis le juge annonce la peine.

Une salle qui applaudit

Le juge Newman condamne Andrew Garforth à la prison à vie, sans fixer de période de sûreté, ce qui veut dire qu'il ne pourra jamais demander de libération conditionnelle, et sur son dossier, il est inscrit qu'il ne doit "jamais être libéré". Depuis 1990, une loi de Nouvelle-Galles du Sud prévoit que la perpétuité dure vraiment toute la vie, mais peu de meurtriers y ont été condamnés, et pour le juge, cette peine doit dissuader tous ceux qui s'en prennent aux petites filles.

Dans la salle, le public éclate en applaudissements. Christine fond en larmes, et même certains journalistes pleurent et applaudissent avec les autres.

Devant le tribunal, Peter Simpson parle aux journalistes. Pour lui, Ebony a reçu une condamnation à mort, la famille Simpson une condamnation à perpétuité, et Andrew Garforth, lui, a eu droit au gîte et au couvert. "La mort d'Ebony était prématurée, inutile et absurde, et elle a plongé ma famille et moi dans une existence de cauchemar", dit-il, avant d'ajouter qu'Andrew Garforth n'a montré "aucun remords, aucun sentiment", et que "cet homme n'a pas d'âme".

Christine, elle, explique que la perpétuité était la seule façon pour sa famille de continuer à vivre. "C'est pour mes garçons, ça leur donne une chance de se dire, bon, la justice existe", dit-elle. "Il a eu le maximum, il a eu ce qu'il méritait, il a eu ce qu'il a donné à Ebony." Le même jour, Tony Windsor annonce que sa pétition pour un référendum sur la peine de mort a déjà recueilli 200 000 signatures, et ce jour-là, Peter Simpson a encore une phrase, que les journalistes notent. "Notre vie est comme un puzzle auquel il manquera toujours une pièce."

Un grille-pain et des privilèges

Andrew Garforth, lui, n'accepte pas sa peine, et il fait appel. Mais les juges d'appel la confirment, parce que pour eux, quand il s'agit de protéger les enfants, il y a des crimes après lesquels on ne peut plus parler de seconde chance. En 1994, la plus haute cour du pays refuse même de se pencher sur son cas, si bien que sa peine devient définitive, et qu'il ne sortira jamais.

En prison, selon la presse de Sydney, il dépose en 1995, par l'intermédiaire de ses avocats, plusieurs demandes d'indemnisation en tant que victime, à cause des agressions qu'il dit avoir subies derrière les barreaux, et devant l'indignation du public, ces demandes sont finalement retirées.

20 ans plus tard, en juillet 2015, Christine apprend que le Conseil d'examen des délinquants graves a reclassé le meurtrier de sa fille dans une catégorie moins stricte, avec laquelle Andrew Garforth pourrait demander à travailler en prison et à suivre des formations de réinsertion. Pour Christine, c'est un coup de couteau, et elle lance un appel au public. "Peu de gens comprennent la douleur de perdre un enfant, surtout dans les circonstances où nous avons perdu Ebony", écrit-elle. "Quand on est parent, on ne s'en remet jamais. Notre seule consolation, c'est d'espérer qu'Andrew Garforth vit un enfer pire que celui qu'il nous a fait vivre."

Plus de 30 000 personnes signent sa pétition, et le ministre de l'Administration pénitentiaire, David Elliott, ordonne au Conseil d'annuler sa décision. "Il n'a pas de grille-pain, il n'aura pas plus de temps dans la cour", dit-il à la radio. "Ce type n'aura rien, il mourra en prison."

Une maison pour ceux qui restent

Au moment du procès, en Nouvelle-Galles du Sud, les familles de victimes n'ont pas le droit de lire au tribunal une déclaration sur ce que le crime a détruit dans leur vie. Alors Christine et Peter Simpson se mettent à frapper à toutes les portes pour faire changer la loi, et ils finissent par l'obtenir, avec d'autres familles.

Ils rencontrent Grace et Garry Lynch, les parents d'Anita Cobby, une infirmière enlevée, violée et tuée à Blacktown, dans l'ouest de Sydney, en 1986. En 1993, Peter et les Lynch réunissent les premières familles dans un pub, le Nag's Head, et ils fondent le Homicide Victims' Support Group, le groupe de soutien aux familles de victimes d'homicide, le premier du genre en Australie. Ils confient sa direction à Martha Jabour, une conseillère qui a perdu un bébé de la mort subite du nourrisson, et qui commence sans être payée.

Christine, elle, se rend compte que les familles qui suivent un long procès pour meurtre n'ont souvent nulle part où aller, donc elle se bat pour créer un refuge. En 1995, le Premier ministre de l'État, Bob Carr, inaugure Ebony House, une maison où les proches de victimes peuvent loger gratuitement pendant les procès, ou simplement venir se réfugier. Dans le couloir d'entrée, il y a un mur couvert de photos de personnes tuées, des bébés, des enfants, des hommes, des femmes, et au centre, il y a la photo de classe d'Ebony, avec sa queue de cheval et son grand sourire. Pourtant, pendant que Peter aide les autres familles à tenir debout, sa propre vie commence à s'effondrer.

Ebony Simpson, 30 ans après

Environ 5 ans après la mort d'Ebony, Peter Simpson se retrouve seul, à Woomera, dans le désert d'Australie-Méridionale, où il travaille de longues journées comme électricien dans une mine d'uranium. Il dort dans une petite chambre où il fait chaud, où la fenêtre ne s'ouvre pas et où le robinet est à sec. Il a vendu sa ferme et sa voiture, son mariage s'est effondré, ses 2 fils ont quitté la maison, et c'est là, seul, qu'il commence enfin à faire son deuil. "Toute ma vie s'était écroulée comme un château de cartes", raconte-t-il. Pendant longtemps, on le présente seulement comme le père d'Ebony, au point qu'il a l'impression de s'être perdu lui-même.

Des années plus tard, il s'installe à Kiama, au bord de l'océan, il se remarie et il a 2 autres enfants. Mais il suit toujours une thérapie pour apprendre à contrôler sa colère, et chaque Noël, il se demande s'il doit envoyer une carte à Andrew Garforth, pour lui dire tout ce qu'il a détruit, sans savoir comment l'écrire. "Cet homme a toujours été un voleur, mais il m'a pris mon plus grand trésor, ma petite dernière", dit-il.

Depuis le milieu des années 1990, Peter et d'autres familles du groupe de soutien aident aussi à former les détectives à accompagner les familles de victimes, et il leur parle de Jim Bailey, ce policier qui, pendant les recherches, a su leur montrer de l'empathie et de la compassion. En août 2022, un journaliste qui avait couvert l'affaire retrouve pour lui l'agent "Morris". Bill Morris a quitté la police, il est devenu plombier, et le jour de leur rencontre, les 2 hommes se serrent dans les bras. "Désolé que ça ait pris autant de temps", lui dit Bill Morris.

Andrew Garforth, lui, purge toujours sa peine de prison à vie, à Goulburn. Chaque année, au mois d'août, quand Peter Simpson prend la route des Southern Highlands, il voit les mimosas en fleurs, comme le jour où sa fille est morte, et il en dépose toujours sur la tombe d'Ebony, à Thirlmere. En décembre 2022, Ebony aurait eu 40 ans.

L'affaire Ebony Simpson en vidéo ⬇️

Portrait d'Ebony Simpson, 9 ans, écolière de Bargo enlevée en 1992, affaire Ebony Simpson
Portrait d'Ebony Simpson, 9 ans, écolière de Bargo enlevée en 1992, affaire Ebony Simpson

Sources :

The Canberra Times, Town shocked at schoolgirl's disappearance, 21 août 1992 : https://trove.nla.gov.au/newspaper/article/137174485
AAP via The Canberra Times, Angry crowd waits as man faces charge of killing Bargo girl, 22 août 1992 : https://trove.nla.gov.au/newspaper/article/137174741
The Canberra Times, Ebony's killer to spend rest of his life in jail, 10 juillet 1993 : https://trove.nla.gov.au/newspaper/article/127238390
AAP via Nine News, No extra privileges for child murderer, 14 juillet 2015 : https://www.9news.com.au/national/no-extra-privileges-for-child-murderer/16f9bb65-36a1-4c12-85ae-9e7563858e6b
The Sydney Morning Herald, Ebony Simpson's murder remembered 25 years on, 17 août 2017 : https://www.smh.com.au/national/nsw/ebony-simpsons-murder-remembered-25-years-on-20170817-gxygy6.html
Illawarra Mercury, A life sentence for victims of crime, 2011, mis à jour en 2014 : https://www.illawarramercury.com.au/story/2226804/a-life-sentence-for-victims-of-crime/
Illawarra Mercury, Pain still raw on 30th anniversary of Ebony Simpson's murder, 18 août 2022 : https://www.illawarramercury.com.au/story/7865502/pain-still-raw-on-30th-anniversary-of-ebony-simpsons-murder/