Affaire David Castor : empoisonné à l'antigel


La porte de la chambre est restée fermée tout le week-end, si bien que le lundi 22 août 2005, à Clay, dans la banlieue de Syracuse, dans l'État de New York, un sergent du shérif finit par l'enfoncer, et sur le lit, il trouve David Castor, 48 ans, mort. Sur la table de nuit, il y a 2 verres, l'un avec des traces de jus de canneberge, l'autre à moitié rempli d'un liquide vert vif, et sous le lit, un bidon d'antigel ouvert. Pour le coroner, c'est un suicide, et pourtant, dans la poubelle de la cuisine, le sergent a trouvé une poire à dinde qui a l'air neuve, alors que dans cette cuisine, il n'y a ni nourriture ni vaisselle sale, rien qui montre qu'on a cuisiné.
David Castor, un homme qui aime la vie
Dès qu'il a un peu de temps, David Castor le passe dehors, parce qu'en plus des motos et des jet-skis, il adore les motoneiges et les camping-cars. Le reste du temps, il travaille beaucoup, puisqu'il est à la tête de sa propre entreprise, Liverpool Heating and Air Conditioning, qui installe et répare le chauffage et la climatisation dans la région de Syracuse. D'un premier mariage avec Janice, il a un fils, David Jr., et pour sa sœur, Linda Horzempa, comme pour ses amis, David, c'est quelqu'un qui profite de chaque jour.
En 2001, c'est le patron d'une mère de 2 filles qui la lui présente. Elle s'appelle Stacey, ses filles s'appellent Ashley et Bree, et l'année précédente, elle a perdu son mari. Stacey devient la directrice de bureau de l'entreprise de David, et en 2003, ils se marient. Pour les amis du couple, David est aux petits soins avec elle, et Stacey et ses filles vivent désormais avec lui, dans la maison de Wetzel Road, à Clay, une commune de la banlieue nord de Syracuse.
Clay, c'est justement la ville où Stacey est née, le 24 juillet 1967. Mais jusqu'en janvier 2000, c'est à l'ouest de Syracuse, dans le comté de Cayuga, qu'elle vivait avec son premier mari, Michael Wallace, jusqu'à sa mort, à 38 ans.
Une autopsie refusée
Stacey Daniels est encore adolescente quand, par des amis, elle rencontre Michael Wallace, et pour elle, c'est l'homme de sa vie, au point qu'elle racontera avoir su 5 minutes après l'avoir rencontré qu'elle allait l'épouser. En 1987, leur première fille, Ashley, vient au monde, et quelques années plus tard, le couple se marie chez les parents de Stacey, avant l'arrivée d'une deuxième petite fille, Bree.
Avec ses filles, Michael n'est pas le même père. Pour une amie de toujours de Stacey, Bree est sa petite préférée, celle qui ne peut rien faire de mal à ses yeux. Ashley le voit bien, et ça lui fait de la peine, et c'est vers sa mère qu'elle se tourne, au point que toutes les 2 deviennent très proches, et que pour Ashley, sa mère est aussi sa meilleure amie.
Vers les fêtes de fin d'année 1999, Michael tombe malade. Il a du mal à marcher, il a du mal à parler, et un jour, il vomit sur la table basse du salon. En janvier 2000, Ashley, qui a 12 ans, rentre à la maison et trouve son père allongé sur le canapé. Elle n'imagine pas une seconde que c'est grave, si bien qu'elle repart chercher sa petite sœur à l'école, et c'est Stacey, en rentrant, qui trouve Michael inconscient. Une ambulance l'emmène à l'hôpital, où il meurt, à 38 ans, et pour les médecins, c'est une crise cardiaque.
Un homme de 38 ans qui meurt d'une crise cardiaque, ça arrive, mais pour une famille, c'est souvent le genre de mort qu'on veut comprendre. Alors la sœur de Michael demande une autopsie. Stacey refuse, et Michael est enterré comme ça, dans un petit cimetière de campagne.
Un anniversaire qui tourne mal
En 2005, sur Wetzel Road, Ashley a 17 ans et Bree 15. Dans une famille recomposée, il faut souvent du temps pour que des adolescentes acceptent le nouveau mari de leur mère, et c'est assez logique finalement. Sauf que chez les Castor, le temps ne règle pas grand-chose, et les relations entre les 2 filles et David restent difficiles. Pour la mère de Stacey, Judie Eaton, il était "difficile avec les enfants".
Au cours de l'été, le père de David meurt, et David le vit très mal. Autour d'elle, Stacey explique que son mari va mal, et que la mort de son père et les soucis de l'entreprise pèsent sur lui.
En août, pour leurs 2 ans de mariage, David veut donc partir en voyage, seul avec Stacey. Mais Stacey refuse de laisser Bree à la maison, et la dispute monte très fort. Le week-end qui suit, David ne sort plus de leur chambre.
Une chambre fermée tout le week-end
Le lundi 22 août 2005, vers 14h, Stacey appelle les secours. Elle explique que David n'est pas sorti de la chambre de tout le week-end, que vendredi soir, ils se sont disputés, et qu'il lui a dit de partir avec les enfants, puis qu'elle regretterait de partir. Elle ajoute qu'il est déprimé depuis la mort de son père, qu'il y a un fusil sous le lit, et qu'elle a peur qu'il se soit fait du mal. Elle dit aussi qu'elle a essayé de l'appeler plusieurs fois dans la journée, sur le téléphone de la maison et sur son portable, sans réponse.
Quand le sergent Robert Willoughby, du bureau du shérif du comté d'Onondaga, arrive sur place, Stacey l'attend devant la maison. Il frappe à la porte de la chambre, il entend la télévision, mais personne ne répond. Il essaie de voir par la fenêtre, sans y arriver, alors il enfonce la porte.
David est allongé nu en travers du lit, et il est mort.
Les secours arrivent, mais il n'y a plus rien à faire. Stacey demande s'il va bien, et quand on lui répond que non, elle se met à hurler qu'il n'est pas mort et qu'il faut le ramener. Une amie proche, Lynn Pulaski, arrive peu après, et elle la trouve inconsolable.
Dans la chambre, sur la table de nuit, il y a une bouteille d'eau-de-vie d'abricot, une bouteille de jus de canneberge et 2 verres. Dans l'un, il ne reste que des traces de jus, alors que l'autre est à moitié rempli d'un liquide vert vif, et sous le lit, il y a un bidon d'antigel ouvert.
Une poire à dinde dans la poubelle
À l'autopsie, le médecin légiste adjoint Robert Stoppacher trouve dans les reins de David des cristaux qui confirment un empoisonnement à l'éthylène glycol, le produit toxique de l'antigel. Avec le bidon, le verre vert et un homme décrit comme déprimé, le coroner conclut à un suicide, et au début, le détective Dominick Spinelli, du bureau du shérif, le pense aussi.
Pourtant, en fouillant la maison, le sergent Willoughby a trouvé dans la poubelle de la cuisine une poire à dinde qui a l'air neuve, avec quelques gouttes de liquide à l'intérieur et une odeur d'alcool. Dans une cuisine où l'on vient de faire rôtir une volaille, une poire à dinde dans la poubelle, ce n'est pas étonnant. Sauf que dans cette cuisine, il n'y a ni nourriture, ni vaisselle sale, ni rien qui montre qu'on a cuisiné.
Dans la famille de David, personne ne croit au suicide non plus. Sa sœur, Linda Horzempa, rappelle qu'il travaillait sur des voitures, et qu'il savait très bien que l'antigel donne une mort lente et douloureuse. Son ex-femme, Janice, est formelle, il n'aurait jamais mis fin à ses jours, parce qu'il aimait trop la vie. Dominick Spinelli, arrivé de New York, refuse de classer le dossier, parce que pour lui, quand trop de petites choses ne vont pas, c'est que quelque chose ne va pas.
Pendant un entretien avec les enquêteurs, Stacey aborde aussi un sujet étrange. Elle parle d'un documentaire qu'elle a vu sur Julia Lynn Turner, une femme de Géorgie condamnée pour avoir empoisonné à l'antigel son mari, puis son compagnon.
Des empreintes sur le verre
Les bouteilles, les verres et la poire à dinde partent au laboratoire. Si David avait bu seul le verre d'antigel, on s'attendrait à trouver ses empreintes dessus. Or sur le verre à moitié plein, les seules empreintes sont celles de Stacey, et leur position fait penser à quelqu'un qui tenait le verre par en dessous. Sur le bidon d'antigel, il n'y a aucune empreinte, et la poire à dinde n'en porte pas non plus, mais à l'intérieur, il y a de l'antigel, et sur son embout, l'ADN de David.
Pour le procureur du comté d'Onondaga, William Fitzpatrick, un suicide à la poire à dinde, c'est du jamais vu, et peu à peu, la mort de David est requalifiée en homicide. Les enquêteurs reprennent aussi ce que Stacey a dit le 22 août, quand elle a expliqué avoir appelé la maison et le portable de David plusieurs fois dans la journée. Ils vérifient les relevés, et ils ne trouvent qu'un seul appel.
Pendant ce temps, Stacey présente un testament, daté d'août 2003, qui lui laisse tout, à elle et à ses filles, c'est-à-dire la maison, l'entreprise, les camping-cars, les motos, les jet-skis et les motoneiges. Le fils de David, David Jr., n'y a rien, et il le conteste devant le tribunal des successions, et les biens de son père sont bloqués. Stacey, elle, enterre David dans le petit cimetière de campagne où repose déjà Michael Wallace, sur l'emplacement voisin.
Un premier mari exhumé
Pour les enquêteurs du comté d'Onondaga, il y a maintenant 2 maris morts dans la vie de Stacey, le premier à 38 ans, d'une crise cardiaque, et le deuxième à l'antigel, et ça, ils ne peuvent pas le laisser passer. Ils se procurent le dossier médical de Michael Wallace, et son cœur était normal.
Le problème, c'est que Michael est mort il y a plus de 7 ans, sans autopsie. Mais les cristaux que laisse l'éthylène glycol dans les organes ne disparaissent pas, et pour le sergent Michael Norton, c'est pour ça qu'une exhumation a encore un sens.
Début septembre 2007, avec l'autorisation d'un tribunal, le corps de Michael est exhumé dans le comté de Cayuga. Le médecin légiste trouve ces cristaux dans ses organes, et la mort de Michael Wallace est requalifiée en homicide par ingestion d'éthylène glycol. Avant d'interroger Stacey de nouveau, les enquêteurs obtiennent un mandat pour mettre ses téléphones sur écoute, et ils installent des caméras devant chez elle.
Un mot coupé en deux
Le 7 septembre 2007, 2 jours après avoir appris que Michael est mort à l'antigel, Dominick Spinelli et sa collègue Valerie Brogan viennent chercher Stacey chez elle et l'emmènent au siège du bureau du shérif. L'entretien dure environ 3 heures, et Stacey est nerveuse, elle n'arrête pas de marcher de long en large.
Elle répète qu'elle a appelé chez elle plusieurs fois le jour de la mort de David, alors Dominick Spinelli lui montre les relevés, sur lesquels il n'y a qu'un appel. Ensuite, il l'interroge sur les verres de la table de nuit et sur le jus de canneberge. Stacey commence à dire qu'elle a versé de l'"anti-free", puis elle s'arrête au milieu du mot et se reprend, pour dire du jus de canneberge. En anglais, l'antigel se dit "antifreeze", et ce mot tronqué est si inhabituel que Dominick Spinelli le note.
Quand Stacey aperçoit dans son dossier la photo de la poire à dinde, elle demande ce que c'est, et Dominick Spinelli met fin à l'entretien. Elle réclame un avocat, et elle dit qu'on cherche à lui faire porter le chapeau. À ce stade, les enquêteurs n'ont pas de quoi l'arrêter, donc elle rentre chez elle, où les écoutes continuent.
Un verre au goût horrible
Ashley a maintenant 20 ans, et elle vient de commencer ses études. Le jour de sa rentrée, des enquêteurs viennent la voir pour lui annoncer que le corps de son père a été exhumé, et qu'il a été tué, alors que tout le monde croyait à une crise cardiaque. Ashley se met à pleurer, et ensuite, elle dit à sa mère qu'elle aurait préféré que les enquêteurs la soupçonnent, elle, plutôt que Stacey, parce qu'elle a toujours été très proche de sa mère, et qu'elle veut la protéger.
Stacey lui propose de venir à la maison pour boire un verre ensemble, comme pour se changer les idées. Le premier soir, Ashley boit ce que lui sert sa mère, et elle s'endort. Le lendemain, elles boivent de nouveau, et cette fois, la boisson que lui prépare Stacey a un goût horrible. Ashley la boit quand même, parce qu'elle a confiance en sa mère, puis elle monte se coucher en se sentant mal. Pendant ces mêmes jours, les 12 et 13 septembre, les enquêteurs écoutent les conversations de Stacey, et sur l'un des appels, avec une amie, on entend quelqu'un taper sur un clavier d'ordinateur.
Une lettre de 750 mots
Le vendredi 14 septembre 2007 au matin, Bree entre dans la chambre de sa sœur, et elle trouve Ashley inconsciente, qui respire à peine. Stacey appelle les secours, et elle explique que sa fille a pris des médicaments et qu'elle a bu. Dans la chambre, Bree trouve aussi une lettre tapée à l'ordinateur, et quand Valerie Brogan arrive, elle voit Ashley partir sur un brancard, pendant que son sergent lui tend cette feuille.
À l'hôpital universitaire Upstate de Syracuse, le docteur Daniel Olsson reçoit une jeune femme consciente mais incohérente, avec un taux d'alcool de 0,14 % dans le sang, et pour les médecins, elle n'est plus qu'à quelques minutes de la mort.
La lettre fait plus de 750 mots, et elle est signée Ashley, mais la signature est tapée à la machine. C'est à la fois une lettre d'adieu et des aveux, puisqu'on y lit qu'Ashley a tué son père, Michael, puis son beau-père, David, parce qu'ils étaient méchants avec sa mère et avec elle, et elle y demande pardon. La lettre dit aussi que maintenant, tout le monde saura que ce n'était pas sa mère, que c'était elle.
Des brouillons effacés
Sauf qu'Ashley survit. Quand le sergent Michael Norton lui parle de ce qu'elle aurait fait, elle répond qu'elle n'a rien fait de tout ça, qu'elle n'a pas écrit cette lettre, et qu'elle n'a jamais voulu mourir.
Le jour même, à l'hôpital, Stacey Castor est arrêtée. Elle est inculpée du meurtre de David Castor et de la tentative de meurtre de sa fille, et elle est placée en détention sans caution. Le 20 décembre 2007, un grand jury du comté d'Onondaga l'inculpe aussi pour le testament, parce que selon l'accusation, elle a fait signer à 2 personnes une déclaration selon laquelle elles avaient vu David le signer en août 2003, alors que c'est faux. Ces 2 témoins, ce sont son amie Lynn Pulaski et son mari, Paul.
Dans la maison de Wetzel Road, l'ordinateur familial a été saisi le 14 septembre, et un expert du Centre de sciences forensiques, Frank Brackin, y retrouve des fragments de 2 brouillons de la lettre, qui avait été effacée. L'un a été écrit avant 15h34 le 11 septembre, et l'autre avant 14h27 le 12 septembre, c'est-à-dire, selon l'accusation, à des heures où Ashley était en cours. La lettre parle aussi de mort-aux-rats donnée à Michael, et selon le procureur, ce détail n'avait jamais été rendu public.
Dans la lettre, le mot antifreeze est écrit "anti-free", et ce, 4 fois.
Une fille face à sa mère
Le 13 janvier 2009, à Syracuse, le procès de Stacey Castor s'ouvre devant le juge Joseph Fahey, du tribunal du comté d'Onondaga. Pour l'accusation, William Fitzpatrick et son adjointe Christine Garvey s'appuient sur les empreintes, l'ADN, les analyses toxicologiques, les écoutes, l'exhumation et l'ordinateur. Selon eux, Stacey a fait boire l'antigel à David pendant le week-end de leur anniversaire de mariage, en se servant de la poire à dinde, puis elle a mis en scène le suicide d'un homme déprimé et ivre. Toujours selon l'accusation, quand l'étau s'est resserré, elle a voulu faire passer la mort d'Ashley pour un suicide, et lui faire porter les 2 morts, en l'endormant d'abord avec des somnifères, avant de lui faire avaler à la petite cuillère de la vodka et un mélange de médicaments, sur 17 heures.
Le 14 janvier, Ashley est le premier témoin de l'accusation. Devant sa mère, elle doit raconter la mort de son père, celle de son beau-père, et ces 2 soirs de septembre, et souvent, elle pleure à la barre. Bree, la petite sœur, témoigne elle aussi contre sa mère.
Stacey Castor n'est pas poursuivie pour la mort de Michael Wallace, mais le juge accepte que l'accusation présente au jury les preuves de son empoisonnement, ce que la défense conteste. L'avocat de la défense, Charles Keller, défend une autre version. Pour lui, c'est Ashley qui aurait tué Michael quand elle avait 12 ans, par colère contre les fessées et par jalousie envers sa petite sœur, la préférée de leur père, puis David, qu'elle détestait, et ensuite, rongée par la culpabilité et la peur de voir sa mère aller en prison, elle aurait tenté de mettre fin à ses jours en laissant ces aveux.
Stacey témoigne pour sa propre défense, et elle répète cette version. Face aux questions très dures de William Fitzpatrick, elle reste calme. Elle reconnaît avoir dit "anti-free" pendant l'interrogatoire, mais elle explique qu'elle s'est coupée au milieu du mot, parce qu'elle voulait dire autre chose.
Une catégorie à part
Le jury, 10 femmes et 2 hommes, délibère 16 heures en 4 jours, et le 5 février 2009, il déclare Stacey Castor coupable du meurtre de David, de la tentative de meurtre d'Ashley et de la falsification du testament. À la lecture du verdict, Stacey ne montre aucune émotion. Ashley, elle, quitte le tribunal en larmes, sans un mot, et pour David Jr., justice est faite. Une femme qui verse la mort dans le verre de son mari, c'est une histoire qui se répète, jusque dans l'Utah, où un jury a reconnu une veuve coupable d'avoir tué le sien au fentanyl, dans l'affaire Kouri Richins.
Le 5 mars 2009, au moment de la peine, Ashley lit une déclaration, avec Bree debout à côté d'elle. Elle dit qu'elle déteste sa mère d'avoir détruit tant de vies, qu'elle ne sait même pas pourquoi elle a fait ça, et qu'elle ne savait pas ce qu'était la haine avant. "Mais je l'aime encore en même temps", ajoute-t-elle, et elle voudrait seulement que sa mère s'excuse, pour tout, y compris pour ses mensonges. Stacey garde les yeux baissés, et quand le juge lui demande si elle veut dire quelque chose, elle répond seulement "Non, monsieur".
En 34 ans de carrière, le juge Joseph Fahey dit avoir vu des tueurs en série et des tueurs à gages, mais pour lui, Stacey Castor est "dans une catégorie à part", parce qu'il n'avait jamais vu un parent prêt à sacrifier son enfant pour détourner les soupçons. Il lui donne donc la peine la plus lourde possible, si bien qu'elle devra passer au moins 51 ans en prison avant de pouvoir demander à sortir. Une mère prête à faire du mal à son propre enfant, avec un produit qu'on trouve dans toutes les cuisines, c'est aussi ce qu'on découvre quelques années plus tard, dans le même État, avec du sel, dans l'affaire Lacey Spears.
Stacey Castor fait appel, et pendant des années, elle continue de se battre. En 2012, les juges d'appel estiment que le jury avait bien le droit d'entendre parler de Michael Wallace, parce que trop de choses la reliaient à sa mort, l'assurance qu'elle avait prise sur sa vie, l'autopsie qu'elle avait refusée, et cette mort-aux-rats dont parlait la lettre, et qu'elle avait reconnu garder chez elle. En mai 2015, sa condamnation pour le meurtre de David est confirmée.
Pour la mort de Michael Wallace, en revanche, personne n'a jamais été jugé. En 2010, le procureur du comté de Cayuga, Jon Budelmann, explique que le dossier est en attente, parce que le témoin principal serait Ashley, et qu'il ne veut pas lui faire revivre un procès. Ashley, par la voix de son avocat, dit qu'elle estime que justice a été rendue, et qu'elle ne veut pas revivre tous ces souvenirs.
Le samedi 11 juin 2016, au matin, Stacey Castor, 48 ans, est retrouvée morte dans sa cellule de la prison pour femmes de Bedford Hills, dans le comté de Westchester. Quelques mois plus tard, le bureau du procureur annonce qu'elle est morte d'une crise cardiaque, sans intervention de quiconque, et elle n'a jamais reconnu les faits.
David Castor avait 48 ans. Il adorait ses motos et ses jet-skis, et autour de lui, personne n'a jamais cru qu'il avait voulu mourir.
L'affaire David Castor en vidéo ⬇️

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Sources :
CNYCentral (Associated Press), ouverture du procès et lettre "anti-free", 14 janvier 2009 : https://cnycentral.com/news/local/recap-of-tuesdays-events-in-stacey-castor-trial
CNYCentral, témoignages du médecin et de l'expert informatique, 20 janvier 2009 : https://cnycentral.com/news/local/day-six-of-the-stacey-castor-trial
CNYCentral (Associated Press), peine et déclaration d'Ashley Wallace, 5 mars 2009 : https://cnycentral.com/news/local/stacey-castor-gets-50-years-for-poisonings
ABC News, la scène du 22 août 2005 et l'enquête, 21 avril 2009 : https://abcnews.com/amp/2020/black-widow-stacey-castor-accused-anti-freeze-murder/story?id=7380832
ABC News, chronologie de l'enquête, 7 février 2019 : https://abcnews.com/US/detectives-caught-black-widow-deadly-web-lies/story?id=60854018
New York Daily Record, condamnations confirmées en appel, 9 octobre 2012 : https://nydailyrecord.com/2012/10/09/murder-conviction-upheld-in-castor-case
