Affaire Broderick : abattus dans leur lit avant l'aube

Photo d'archive de Daniel Broderick lors d'une soirée, à San Diego en Californie, affaire Broderick
Photo d'archive de Daniel Broderick lors d'une soirée, à San Diego en Californie, affaire Broderick

Pour son mariage avec Linda Kolkena, le 22 avril 1989, dans le jardin de leur maison de Marston Hills, à San Diego, en Californie, l'avocat Daniel Broderick a engagé une société de sécurité, qui surveille la maison pendant toute la cérémonie. 6 mois plus tard, le dimanche 5 novembre, vers 5h30 du matin, quelqu'un ouvre la porte de cette maison avec une clé, celle que la fille aînée de Daniel a perdue environ 3 semaines plus tôt. Cette personne monte l'escalier sans bruit jusqu'à la chambre où Daniel et Linda dorment, et 5 coups de feu partent.

Daniel Broderick, l'étudiant de Notre Dame

À l'automne 1965, pendant un week-end de football à l'université de Notre Dame, dans l'Indiana, un étudiant rencontre une jeune fille de 17 ans venue de New York avec des amies. Lui s'appelle Daniel Thomas Broderick III, il est né en 1944, et il veut devenir médecin. Elle s'appelle Elisabeth Anne Bisceglia, mais tout le monde l'appelle Betty. Elle est née le 7 novembre 1947, c'est la troisième d'une famille catholique de 6 enfants, et elle a grandi à Bronxville, une banlieue chic au nord de New York.

Betty étudie l'éducation des jeunes enfants au College of Mount Saint Vincent, et Dan et elle restent ensemble, jusqu'à leur mariage, le 12 avril 1969, dans l'État de New York. Betty a 21 ans, et comme Dan est encore étudiant en médecine à Cornell, à New York, c'est elle qui fait vivre la famille. La journée, elle garde chez elle les enfants des autres, et le soir, elle travaille comme vendeuse dans des grands magasins ou comme serveuse, pour que son mari puisse réviser à la maison. Leur première fille, Kim, naît en 1970, et Lee arrive en 1971.

Avec les études, les déménagements s'enchaînent, au point qu'en 7 ans, selon Betty, la famille déménage 12 fois, au gré des stages d'été de Dan. Pourtant, en 1970, quand il obtient enfin son diplôme de médecin, Dan n'exerce pas. Il s'inscrit en droit, à Harvard, parce qu'il veut devenir à la fois médecin et avocat.

Le pari de Dapper Dan

En 1973, Dan sort de Harvard, et la famille traverse les États-Unis jusqu'à San Diego, une grande ville de Californie au bord du Pacifique, tout près de la frontière mexicaine, parce qu'il a été embauché dans le plus grand cabinet d'avocats de la ville. Les Broderick s'installent à La Jolla, le quartier chic au nord de San Diego, mais au début, l'argent manque encore, et Betty continue de travailler. Selon elle, elle a été enceinte 9 fois en 10 ans, et elle a eu 5 enfants, dont un petit garçon qui ne survit pas. Daniel, qu'on appelle Danny, naît en 1976, et Rhett, le dernier, en 1979.

En 1976, le couple participe à une retraite de l'Église catholique pour les couples mariés, et Betty y remplit un carnet qu'elle gardera pendant des années. En 1978, Dan quitte le cabinet où il travaille depuis 5 ans pour ouvrir le sien, spécialisé dans les fautes médicales. C'est un pari, parce que dans ce genre d'affaires, l'avocat n'est payé qu'une fois le dossier réglé, et en attendant, Betty continue de travailler le soir. Vers cette époque, lors d'une séance de conseil conjugal, Dan s'excuse longuement, selon Betty, parce qu'il n'est pas le mari ni le père qu'il voudrait être. Il lui explique qu'il veut devenir un homme très important et très riche, que pour ça, il doit se concentrer sur ses objectifs, et que s'il travaille autant, c'est pour elle et pour les enfants.

Le pari finit par réussir. Au début des années 80, Dan devient un avocat très en vue à San Diego, au point de présider plus tard le barreau du comté, et il gagne bientôt plus d'un million de dollars par an. Il adore les beaux vêtements, il les porte très bien, et Betty le surnomme "Dapper Dan", Dan le dandy. La famille s'installe dans une grande maison de Coral Reef Avenue, à La Jolla, avec 5 chambres, une piscine et un trampoline, et selon Betty, ils partent en Europe chaque année, en première classe, et elle reçoit jusqu'à 200 invités à ses fêtes.

À cette époque, dans l'immeuble de bureaux où Dan a son cabinet, une jeune femme travaille à l'accueil.

Linda Kolkena, la jeune femme de l'accueil

Elle s'appelle Linda Kolkena, et c'est là, à l'accueil, que Dan la remarque. Linda a grandi à Salt Lake City, dans l'Utah. Ses parents sont des immigrés néerlandais arrivés aux États-Unis dans les années 50, elle est la plus jeune de 4 enfants, et elle n'a que 11 ans quand sa mère meurt d'un cancer du sein. Après l'accueil de l'immeuble, elle devient hôtesse de l'air chez Delta Airlines, jusqu'en 1982.

En 1983, Dan l'embauche comme assistante juridique, et pour Betty, à partir de là, quelque chose ne va plus. Selon ce qu'elle racontera au tribunal, son mari se met à lui dire qu'elle est vieille, grosse, laide, ennuyeuse et stupide, et qu'il ne s'amuse plus dans la vie. Alors elle lui demande s'il a une liaison avec cette jeune femme, et il répond que non, en laissant entendre qu'elle est folle de l'imaginer.

Le 7 novembre 1983, le soir de ses 36 ans, Betty s'entaille les poignets et elle avale tous les cachets qu'elle trouve dans la maison. Elle survit, et 2 semaines plus tard, pour les 39 ans de Dan, elle se rend à son cabinet, sauf qu'elle n'y trouve que les restes d'une fête, et plus personne. Dans le bureau de Linda, il y a une photo de son mari accrochée au mur, et on lui apprend qu'ils sont partis tous les 2. Betty rentre à la maison, et dans le jardin, elle brûle les vêtements de Dan. Quand il rentre, il lui assure encore qu'il ne se passe rien avec Linda.

Une maison envahie par les rats

Le 28 février 1985, Dan s'en va. Depuis le début de l'année, la famille vit provisoirement dans une maison de location, à La Jolla, et cette maison est envahie par les rats, au point que Betty parlera plus tard d'un film d'horreur. Pendant des mois, Dan refuse de lui parler de quoi que ce soit, ni des rats, ni de l'argent, ni des enfants.

Alors peu de temps après son départ, Betty dépose les 4 enfants chez leur père, les uns après les autres. Elle expliquera qu'elle voulait que Dan s'occupe enfin de sa famille, et qu'elle ne pouvait pas élever 4 enfants sans savoir de quoi elle allait vivre. Les enfants restent chez lui, et en août 1985, Dan accepte de lui verser 9 036 dollars par mois pour ses dépenses, et de lui acheter une maison de 650 000 dollars à La Jolla. Le 23 septembre 1985, il dépose une demande de divorce, et en octobre, selon Betty, il finit par lui avouer qu'elle avait raison depuis le début, et qu'il a une liaison avec Linda depuis 1983.

Dans les déclarations qu'il remet ensuite à la justice, Dan décrit une ex-femme qu'il n'arrive pas à tenir à l'écart. En juin 1985, elle aurait aspergé de peinture noire les murs de sa chambre et du salon. En octobre, elle étale un gâteau à la crème sur son lit, sur la moquette et sur une dizaine de ses pulls, un gâteau qui, pour Betty, avait été fait par Linda. Quelques jours plus tard, il retrouve des bouteilles de vin jetées à travers 2 grandes fenêtres, et à chaque fois, précise-t-il, les enfants étaient à la maison.

Le psychologue des enfants, Stephen Sparta, lui conseille de limiter leurs contacts avec leur mère, et Dan obtient une ordonnance qui interdit à Betty de s'approcher à moins d'une centaine de mètres de chez lui.

Une voiture dans la porte d'entrée

Le 4 février 1986, un juge signe à la place de Betty les papiers de la vente de la maison de Coral Reef. La maison est vide, et Dan veut la vendre, mais Betty a refusé 2 fois de signer, si bien qu'il est passé par une procédure peu connue. Betty l'apprend le jour même, et pour elle, c'est une façon brutale et inutile de vendre la maison sous ses pieds.

Le soir, Kim, Lee et leur père préparent le dîner dans la cuisine de sa nouvelle maison quand ils entendent un énorme fracas, comme une explosion, et un moteur qui s'emballe. Betty vient d'encastrer sa Chevrolet Suburban dans la porte d'entrée, qui est arrachée de son cadre, et elle recule pour recommencer. Selon la déclaration de Dan, au moment où il ouvre la portière pour la sortir de la voiture, elle tend la main vers un grand couteau de boucher glissé sous le siège. Il la maîtrise jusqu'à l'arrivée de la police, et Betty est conduite à l'hôpital psychiatrique du comté, où on la garde 72 heures.

Ce soir-là, Dan se rend aussi à la maison de Coral Reef. Le lustre de l'entrée est cassé, une baie vitrée a été brisée, et dans l'escalier, il y a une forte odeur d'essence, une marche de moquette brûlée et des allumettes un peu partout. Devant le tribunal, Betty reconnaîtra une partie de ce qu'il y a découvert, en expliquant qu'elle était paniquée, que Dan lui avait claqué la porte au nez, et qu'elle voulait seulement qu'il l'écoute.

100 dollars par insulte

Le 16 juillet 1986, le divorce est prononcé, sauf que rien n'est encore réglé, ni l'argent ni la garde des enfants. La maison de Coral Reef a été vendue, Betty a reçu sa moitié, et en attendant le jugement, Dan continue de lui envoyer un chèque chaque mois. Les enfants, eux, vivent chez lui, et c'est lui qui décide quand leur mère peut les voir.

Seulement, Betty laisse des messages sur son répondeur, et ces messages sont remplis d'insultes, contre lui et surtout contre Linda. Le 9 septembre 1986, Dan lui écrit donc une lettre où il fixe lui-même des amendes, qu'il retiendra sur son chèque. Chaque mot grossier au téléphone lui coûtera 100 dollars, chaque visite près de sa maison 250 dollars, chaque entrée dans la maison 500 dollars, et si elle voit les garçons sans son accord, ce sera 1 000 dollars. Dans la même lettre, il lui retient déjà 100 dollars pour un mot qu'elle a employé au sujet de Linda, et sur la copie conservée au dossier, quelqu'un, Betty selon la presse, a écrit dans la marge que c'est Linda qui est répugnante.

Le 31 octobre 1986, une deuxième lettre fait les comptes, et pour novembre, Dan ne lui versera que 2 300 dollars. Betty, elle, fait d'autres calculs, et selon elle, ce mois-là, c'est elle qui lui doit 1 300 dollars. Elle va lui demander des comptes, et elle finit en prison pour outrage au tribunal.

Cette lettre du 31 octobre contient aussi un avertissement, parce que d'après Dan, Betty a dit aux enfants que s'il retenait de l'argent ce mois-ci, elle le tuerait et ne laisserait pas une brique debout dans sa maison. "Tu ferais mieux d'y réfléchir à 2 fois", lui écrit-il.

34 minutes sur un répondeur

En décembre 1986, devant le juge Napoleon Jones Jr., Betty réclame 30 000 dollars par mois pour garder la vie qu'elle avait, alors que pour Dan, 7 316 dollars suffisent. Le juge les regarde tous les 2 et leur dit qu'aucun n'est raisonnable, puis il fixe la pension entre les deux.

Dan garde les cassettes de son répondeur, et il les verse au dossier. Sur l'une d'elles, enregistrée en mars 1987 et longue de 34 minutes, Betty parle au téléphone avec son fils Danny, qui a 11 ans. Le petit garçon la supplie, encore et encore, d'arrêter de dire des gros mots, et il lui répète qu'elle est en colère depuis assez longtemps. "Tout ce qui t'intéresse, c'est ton argent", lui dit-il, mais sa mère lui répond qu'elle ne changera pas, "parce que je déteste papa".

Pendant ce temps, Betty passe sa vie au tribunal, puisque dans les 6 premiers mois de 1987, selon son avocat, il y a plus d'une audience ou d'une requête par semaine. Souvent, c'est Dan qui l'attaque pour outrage, parce qu'elle ne respecte pas les décisions du juge, et pour Betty, c'est sa façon à lui de l'écraser, pendant qu'il fait traîner ce qui compte vraiment, l'argent et les enfants.

Ce même mois de mars 1987, Betty rencontre aussi Ruth Roth, une thérapeute des services familiaux du tribunal, qui doit aider les parents à s'entendre sur les enfants, mais il n'y aura jamais d'accord. Ruth Roth témoignera plus tard au procès, et selon le récit qui en est fait, Betty lui aurait dit qu'elle refusait de devenir une mère seule avec 4 enfants, et que Dan mourrait avant.

Un mariage sous surveillance

À la fin de l'année 1988, devant le juge William Howatt Jr., s'ouvre enfin le procès qui doit tout régler, et au début de l'année 1989, la décision tombe. Les filles sont majeures, et les 2 garçons, Danny et Rhett, restent chez leur père, si bien que Betty ne les verra plus que le week-end. Pour l'argent, selon les récits de l'affaire, elle obtient une pension d'environ 16 000 dollars par mois.

En ce début d'année 1989, Dan prépare son mariage avec Linda. Un jour, Betty entre chez lui malgré l'interdiction du tribunal, et elle emporte la liste des invités. Au printemps, selon l'ancienne femme de ménage de Betty, qui en témoignera au procès, c'est Linda qui serait entrée à son tour chez Betty sans y être invitée, et qui aurait emporté des papiers de sa chambre avant de les rapporter quelques heures plus tard.

Le 22 avril 1989, Dan Broderick épouse Linda Kolkena dans le jardin de leur maison de Marston Hills. Pour ce jour-là, il a engagé une société de sécurité, qui surveille la maison pendant toute la cérémonie, et qui a suivi les faits et gestes de Betty jusqu'au mariage.

Sauf qu'à la même période, Kim entend sa mère dire qu'elle va les tuer, qu'elle va leur tirer dessus, et environ un mois avant le mariage, Betty a acheté un revolver Smith and Wesson de calibre 38, à 5 coups.

Une clé perdue

À l'automne 1989, Linda et Dan vivent à Marston Hills avec les 2 garçons. Environ un mois avant le 5 novembre, Dan souscrit une assurance-vie de 2 millions de dollars, dont 1 million pour Linda et 250 000 dollars pour chacun de ses 4 enfants. Betty le sait, et selon Kim, elle répète souvent qu'ils seraient riches, sans jamais dire qu'elle pense à cette assurance.

Environ 3 semaines avant ce dimanche de novembre, Kim perd son trousseau de clés. Sur ce trousseau, il y a la clé de la maison de son père, une clé qu'elle doit "garder au péril de sa vie", parce que pour Dan, c'est très important. Betty l'aide à les chercher, sans résultat.

Le vendredi 3 novembre 1989, Betty reçoit une lettre de l'avocat de Dan, qui la menace de nouvelles procédures pour outrage, d'amendes et de prison si elle continue de laisser des messages grossiers sur le répondeur. Betty la pose sans la lire en entier, et dans 4 jours, elle aura 42 ans.

Dans la nuit du samedi au dimanche, elle n'arrive pas à dormir, et au petit matin, assise dans sa cuisine, elle lit enfin la lettre en entier. Plus tard, elle dira que cette lettre l'a fait partir comme une mèche, qu'elle ne supportait plus d'aller au tribunal ni d'aller en prison, et qu'elle voulait que tout s'arrête. Alors elle prend sa voiture, avec son revolver chargé, et elle roule jusqu'à Marston Hills.

5 coups de feu avant l'aube

Il est environ 5h30 quand Betty arrive devant la maison de Dan et Linda, et pour entrer, elle a une clé. C'est celle de Kim.

Betty ouvre la porte, elle monte l'escalier sans bruit, et elle entre dans la chambre où Dan et Linda dorment. 5 coups de feu partent. 2 balles touchent Linda, à la poitrine et à la tête, et elle meurt sur le coup. Une balle atteint Dan dans le dos et lui traverse un poumon, une autre se loge dans le mur, et la dernière dans la table de nuit. Selon le médecin légiste, Dan met probablement quelques minutes à mourir.

Avant de partir, Betty arrache du mur le téléphone qui se trouve du côté de Dan, et les policiers le retrouveront dans le couloir, les fils arrachés, hors de portée de Dan. Au tribunal, elle expliquera qu'elle ne voulait pas qu'il appelle la police pour la faire arrêter. Mourir dans sa propre maison, là où on se croit le plus en sécurité, c'est aussi ce qui arrive à un couple de Tampa, en Floride, dans l'affaire Nicole Nachtman.

Peu après, Betty appelle sa fille Lee. "J'ai tiré sur ton père", lui dit-elle, et elle lui répète ce que Dan aurait dit en étant touché. "D'accord, tu m'as eu. Je suis mort."

Une fille contre sa mère

Betty appelle aussi une amie, Diane Black, à qui elle explique qu'elle voulait se tuer, et qu'elle pensait qu'il lui restait une balle pour elle. Elle se rend ensuite chez Lee, dans son appartement de Pacific Beach, et dans son sac, Lee voit le revolver. Dans la journée, accompagnée de 2 amies et d'un avocat, Betty Broderick se rend à la police.

Le 15 novembre 1989, elle plaide non coupable des 2 meurtres, et elle est placée en détention à la prison pour femmes de Las Colinas. En mars 1990, à l'audience préliminaire, son compagnon depuis plusieurs années, Bradley Wright, raconte qu'elle lui a souvent dit qu'elle détestait Dan et Linda, et qu'elle voulait les tuer. Il ajoute qu'après les faits, elle lui a dit que les médecins de San Diego devraient la remercier d'avoir tué l'avocat qui les attaquait en justice.

Le procès s'ouvre le 22 octobre 1990, et l'affaire passionne tellement San Diego qu'une partie des audiences est retransmise en direct à la télévision. La ville se divise, entre ceux qui voient une mère de 4 enfants poussée à bout par un divorce qui a duré 4 ans, et ceux qui voient une femme qui a tué de sang-froid. Son avocat, Jack Earley, ne conteste pas qu'elle a tiré, donc toute la question est de savoir ce qu'elle voulait faire en entrant dans cette chambre. Face à lui, la procureure adjointe Kerry Wells soutient qu'il s'agit d'un meurtre prémédité, et elle fait entendre au jury 30 messages laissés par Betty sur le répondeur, entre mai 1986 et décembre 1988.

Kim témoigne contre sa mère, en pleurant. Elle raconte que Betty la traitait de traîtresse, qu'elle détestait son père et qu'elle voulait que ses 4 enfants le détestent aussi. Betty, elle, passe plusieurs jours à la barre. Elle raconte son mariage, les insultes, sa tentative de suicide, la maison vendue sans sa signature, et elle affirme pour la première fois que Dan la frappait pendant leur mariage, sans donner ni date ni lieu. Ce matin-là, selon elle, elle voulait seulement lui parler, puis se tuer devant lui. "Ils ont bougé, j'ai bougé, et c'était fini", dit-elle, en assurant qu'elle ne se souvient pas d'avoir appuyé sur la détente.

À la fin de l'année 1990, le jury n'arrive pas à se mettre d'accord, parce que 10 jurés veulent la déclarer coupable de meurtre et que 2 ne veulent retenir qu'un homicide, un crime moins grave, et le procès est annulé. En avril 1991, la défense propose que Betty plaide coupable en échange d'une peine de 20 ans, mais l'accusation refuse, parce que l'accord ne comprend pas de plaidoyer de culpabilité pour meurtre, et il faudra un second procès.

Un lit dans la salle d'audience

Le second procès s'ouvre le 15 octobre 1991, devant le juge Thomas J. Whelan, et cette fois, l'accusation réclame un meurtre au premier degré, une exécution de sang-froid. Devant les jurés, la défense fait installer un lit garni des draps de la scène du crime, pour montrer qu'il y a eu du mouvement dans cette chambre. Elle plaide un homicide commis sous le coup de l'émotion, moins grave qu'un meurtre, celui d'une femme poussée à bout par des années de pression psychologique, et sa psychologue, Katherine DiFrancesca, voit chez Betty une dépression profonde, aggravée depuis 1983. Une séparation qui finit dans le sang, et une province entière qui se demande si l'accusé savait ce qu'il faisait, c'est aussi ce qu'on retrouve au Québec, dans l'affaire Guy Turcotte.

Le 26 novembre 1991, l'accusation fait témoigner le psychiatre Park Dietz, qui n'a jamais pu examiner Betty, parce que le juge l'a refusé. À partir des pièces du dossier, de ses journaux intimes et du carnet de la retraite de 1976, il conclut qu'elle souffre de dépression, sans être folle ni malade mentale, et qu'elle a 2 troubles de la personnalité, l'un narcissique et l'autre histrionique. Pour lui, elle reste maîtresse de ses actes.

Une détenue de Chino

Le 10 décembre 1991, le jury déclare Betty Broderick coupable de 2 meurtres au second degré. En février 1992, le juge Whelan la condamne à 32 ans à perpétuité, et le 26 février, elle franchit les portes de la prison pour femmes de Chino, en Californie.

En janvier 2010, elle passe pour la première fois devant la commission des libérations conditionnelles. L'audience dure 5 heures, et ses 4 enfants sont divisés, puisque 2 d'entre eux demandent qu'elle reste en prison. Lee voudrait l'accueillir chez elle, alors que son frère Danny explique qu'en libérant une personne perdue, on pourrait commettre une erreur dangereuse. La commission refuse, pour la durée la plus longue possible, 15 ans. "Votre cœur est toujours amer, et vous êtes toujours en colère", lui dit le commissaire Robert Doyle.

En janvier 2017, la commission refuse de nouveau, pour 15 ans, ce qui repousse sa prochaine demande à 2032. Pour le procureur adjoint Richard Sachs, Betty n'a ni remords ni aucune compréhension de ce qu'elle a fait, et elle dit simplement qu'on l'a poussée à le faire.

Au printemps 2026, selon son fils Rhett, Betty trébuche en prison, elle se casse des côtes, et une infection provoque une septicémie. Le 18 avril, elle est transférée dans un hôpital extérieur, et le vendredi 8 mai 2026, à 3h40 du matin, elle meurt, à 78 ans, toujours détenue. L'administration pénitentiaire parle d'abord d'une mort naturelle, puis selon les registres en ligne repris par la presse américaine, le coroner du comté de San Bernardino classe sa mort comme accidentelle.

Daniel Broderick avait 44 ans, et Linda en avait 28. Le matin du 5 novembre 1989, ils dormaient dans leur chambre de Marston Hills, mariés depuis 6 mois.

L'affaire Daniel et Linda Broderick en vidéo ⬇️

À lire aussi :

➡️ Affaire Kouri Richins
➡️ Affaire Steven Mineo

Sources :

Los Angeles Times, chronologie de l'affaire Broderick, 11 décembre 1991 : https://www.latimes.com/archives/la-xpm-1991-12-11-me-258-story.html
Los Angeles Times, les déclarations du dossier de divorce, 19 novembre 1989 : https://www.latimes.com/archives/la-xpm-1989-11-19-mn-190-story.html
Los Angeles Times, les finances du divorce Broderick, 19 novembre 1989 : https://www.latimes.com/archives/la-xpm-1989-11-19-me-237-story.html
Los Angeles Times, le témoignage de Betty Broderick au premier procès, 1er novembre 1990 : https://www.latimes.com/archives/la-xpm-1990-11-01-mn-4591-story.html
San Diego Union-Tribune (repris par le Los Angeles Times), second refus de libération conditionnelle, 4 janvier 2017 : https://www.latimes.com/local/sd-me-broderick-hearing-20170104-story.html
Los Angeles Times, mort de Betty Broderick en prison, 8 mai 2026 : https://www.latimes.com/california/story/2026-05-08/betty-broderick-who-killed-ex-husband-his-new-wife-dies