Affaire Candace Newmaker : étouffée pendant sa thérapie

Portrait souriant de Candace Newmaker, 10 ans, dans le Colorado, affaire Candace Newmaker
Portrait souriant de Candace Newmaker, 10 ans, dans le Colorado, affaire Candace Newmaker

Le mardi 18 avril 2000, à 9h44, à Evergreen, une petite ville des montagnes du Colorado, Candace Newmaker, 10 ans, enlève ses chaussures et s'allonge, roulée en boule, sur un grand drap de flanelle bleu, parce qu'on lui a expliqué qu'elle allait devoir se battre pour naître une seconde fois. Juste avant, on lui a promis qu'à l'intérieur, elle aurait "plein d'air pour respirer". On l'enroule dans le drap, on pose des oreillers tout autour d'elle, et 4 adultes s'installent contre son corps pour pousser, alors qu'à eux 4, ils pèsent environ 305 kilos, et Candace à peine 32. Dans un coin de la pièce, une caméra posée sur un trépied filme toute la séance.

Candace Newmaker, le petit joyau de Paw Paw

À l'heure des histoires, Candace grimpe sur les genoux de David Davis, le mari de sa grand-mère, pour écouter Boucle d'or et les 3 ours, à condition qu'il la raconte comme il faut. Dès qu'elle a su parler, il est devenu son "Paw Paw", et c'est lui qui a choisi son deuxième prénom, Tiara, parce que pour lui, ce bébé est un joyau.

Candace est née le 19 novembre 1989 dans le comté de Lincoln, en Caroline du Nord, une région de fermes et de petites églises, et à sa naissance, elle s'appelle Candace Tiara Elmore. Sa mère, Angela, que tout le monde appelle Angie, a 18 ans, et le prénom Candace, elle l'a entendu à la télévision et elle l'a trouvé magnifique. Angie a grandi en famille d'accueil, et sa propre mère aussi. Mary, la grand-mère de Candace, a été abandonnée toute petite au coin d'une rue de Morgantown, en Virginie-Occidentale, et elle a connu 17 familles d'accueil. Angie, elle, en a connu 10, et à 16 ans, encore placée, elle a eu un petit garçon qu'elle a confié à l'adoption, parce qu'avec elle, il n'aurait eu aucune chance. Alors Candace, pour Angie, c'est une deuxième chance, et pendant sa grossesse, elle lui a fait écouter de la musique classique et elle lui a lu des histoires à voix haute, parce qu'on lui avait dit que ça rendrait son bébé intelligent.

À 17 ans, Angie a épousé Todd Elmore, qui a 6 ans de plus qu'elle. Ils ont 2 autres enfants, Chelsea, en février 1991, et Michael, en octobre 1992, et la famille déménage sans arrêt, d'un parc à caravanes à une cité, au point que Todd dépose 76 objets au mont-de-piété, dont la chaise haute de Candace. Les adjoints du shérif viennent souvent pour des disputes, et quand ses parents se battent, Candace se glisse entre eux. Elle a déjà du caractère, mais elle ne supporte pas de voir quelqu'un pleurer, et c'est elle qui s'occupe de son petit frère et de sa petite sœur. En 1992, Angie a tellement peur qu'elle part avec ses enfants dans un foyer pour femmes battues, et c'est là que Candace fête ses 3 ans, devant un gâteau décoré d'une petite poupée troll.

Des égratignures dans le dos

Un jour, quelqu'un remarque des égratignures dans le dos de Chelsea, et c'est le premier signalement. Pour Angie, la petite est tombée par la porte arrière de la caravane, qui fermait mal, sauf que quand elle apprend que les services sociaux enquêtent, elle quitte le comté avec Todd et les enfants. Quelques mois plus tard, les services sociaux les retrouvent, et les 3 enfants sont placés.

Angie a pourtant droit à une autre chance, puisqu'on lui rend Candace, jusqu'au jour où elle se dispute violemment avec sa mère et que Mary part avec la voiture. Angie n'a pas de téléphone, alors elle ne peut pas aller chercher Candace à la maternelle, et quand les éducateurs finissent par joindre Mary, elle leur dit de garder la petite pour la nuit, le temps que les choses se calment. Pour les services sociaux, ça suffit, et à 5 ans, Candace devient pupille du comté, comme sa mère et sa grand-mère avant elle.

Chez les familles d'accueil, Candace va mal. Les travailleurs sociaux parlent de crises de larmes et de colère, et une mère d'accueil l'accuse même de lui avoir déclenché une crise d'asthme. Alors quand Angie, 24 ans, se présente devant le juge pour récupérer ses 3 enfants, il lit dans le dossier que Candace est trop colérique et trop rebelle, et Angie se souvient de ce qu'il lâche ce jour-là, "Telle mère, telle fille".

Angie et Todd perdent leurs droits de parents. David et Mary pensent à prendre les 3 petits, sauf qu'ils s'occupent déjà de la mère âgée de David, et ils se disent qu'une famille adoptive leur offrira une vie meilleure. Avec les années, David s'en voudra beaucoup.

Une infirmière qui rêve d'adopter

À Durham, en Caroline du Nord, au centre médical de l'université Duke, il y a une infirmière qui soigne des enfants. Elle s'appelle Jeane Newmaker, elle est infirmière praticienne depuis le début des années 1980, spécialisée dans les problèmes de digestion et de nutrition des enfants, et elle vit dans une grande maison de briques de 5 chambres, payée, d'après ses voisins, grâce à un fonds laissé par son grand-père.

Ce grand-père, Floyd Henry Newmaker, a fait fortune dans le meuble à Warren, une petite ville du nord de la Pennsylvanie où tout le monde connaît la famille, et c'est là que Jeane a grandi. Au lycée, elle faisait partie du conseil des élèves et de plusieurs clubs, et ceux qui l'ont connue se souviennent d'une fille sérieuse, sans être snob. En 1980, elle a obtenu une maîtrise en soins infirmiers à l'université de Virginie, et en 1986, elle est rentrée à Warren pour s'occuper de sa mère, malade d'un cancer, qui est morte cette année-là. L'année suivante, elle a aussi perdu son père, d'une maladie des poumons.

Jeane ne s'est jamais mariée, et au début de la quarantaine, elle décide d'adopter, parce qu'elle rêve de donner de l'affection à un enfant qui en a manqué, et d'en recevoir. Elle choisit une petite fille de 6 ans, que d'autres n'auraient peut-être pas adoptée, et quand Candace arrive chez elle, Jeane prend 2 mois de congé pour être avec elle.

Le 14 juin 1996, la Caroline du Nord délivre un nouvel acte de naissance, et Candace Tiara Elmore devient Candace Elizabeth Newmaker, née à Durham, d'une mère qui s'appelle Jeane, dont elle prend le deuxième prénom. En Géorgie, dans l'affaire Laila Daniel, c'est aussi une petite fille suivie par les services de protection de l'enfance qu'on confie à un nouveau foyer.

Un vélo rose dans le quartier

Jeane inscrit Candace à l'école primaire d'Easley, l'une des meilleures du comté, et elle paie pour ça. Le jour de la rentrée, la petite refuse d'entrer en classe parce qu'il y a "un garçon" dedans, sauf que ce garçon, c'est son maître, Ray Alban. Très vite, il s'attache à elle, et pour lui, Candace n'a aucun problème de comportement. Ce qui le frappe, c'est qu'elle va toujours vers les plus petits et vers les enfants en fauteuil roulant, qu'elle veut pousser elle-même.

Candace adore les chevaux, au point qu'en CE1, Jeane l'inscrit à l'équitation. Elle fait aussi de la gymnastique et de la natation, elle file dans le quartier sur son vélo rose, et quand son voisin d'en face, qui se déplace en fauteuil, se retrouve à l'hôpital, elle lui fabrique une carte sur l'ordinateur. Elle aide aussi une petite voisine, qui a 3 ans de moins qu'elle, à apprendre à lire, et un jour, elle lui explique qu'elle est adoptée, que Jeane est sa maman maintenant parce qu'elle l'a voulue, et qu'elle est née de son cœur. "Parfois, les mamans ne veulent pas de leurs enfants", ajoute-t-elle.

La semaine où elle est l'élève à l'honneur, elle prépare une affiche sur sa vie, et dans la case de la famille, elle parle de Chelsea et de Michael. Les autres se moquent d'elle, parce que pour eux, une enfant adoptée ne peut pas avoir de frère et de sœur, si bien qu'elle apporte leurs photos pour le prouver.

Une petite fille "difficile"

À la maison, sur Georgia Avenue, ce n'est pas la même petite fille, en tout cas, d'après ce que Jeane raconte à ses amis. Candace refuse qu'elle la prenne dans ses bras, et elle ne la regarde pas dans les yeux. Quand un enfant a connu une mère qu'on lui a retirée et plusieurs familles d'accueil, il lui faut du temps pour faire confiance à un nouvel adulte, et c'est assez logique finalement. Or pour Jeane, Candace est "difficile". Plus tard, elle affirmera que la petite a mis le feu dans la maison, qu'elle pique des colères d'une heure, et qu'un jour, elle a renversé la bibliothèque où Jeane rangeait ses chevaux en verre, et devant le tribunal, elle dira qu'elle avait l'impression de voir sa fille "se dégrader sous ses yeux".

Les adultes qui voient Candace en dehors de la maison ne reconnaissent rien de tout ça, et son professeur de catéchisme, Wade Marlett, n'a jamais rien remarqué qui ressemble, de près ou de loin, à une enfant perturbée. On retrouve ce décalage entre ce que raconte une mère adoptive et ce que voient les autres dans l'affaire de la famille Hart, où une mère adoptive expliquait aux voisins qu'il ne fallait pas croire ce que disait sa fille.

Jeane, elle, enchaîne les rendez-vous médicaux. Elle emmène Candace chez une pédiatre de Duke qui étudie le trouble de l'attention, la docteure Ave Lachiewicz, puis chez d'autres médecins et chez des spécialistes de la dépression et du stress post-traumatique. Candace se retrouve à prendre de la Dexedrine, une amphétamine contre le trouble de l'attention, de l'Effexor, un antidépresseur, et du Risperdal, un antipsychotique censé la calmer. La docteure Lachiewicz va même voir son enseignante, qui lui dit que la petite fait beaucoup d'efforts en classe, et pour la pédiatre, si Candace est froide, c'est pour se protéger, après tant de familles d'accueil. Mais pour Jeane, rien ne marche.

Une liste à cocher dans un couloir

Un jour, pendant un atelier en Caroline du Nord, Jeane entend une liste de symptômes, l'incapacité à donner ou à recevoir de l'affection, l'absence de contact visuel avec les parents, la colère, le besoin de tout contrôler, le charme superficiel avec les étrangers. Pour elle, c'est exactement Candace, et ce que la petite a porte un nom, le trouble réactionnel de l'attachement. Elle se met à chercher sur internet, et elle tombe sur des forums, où des parents qui vivent la même chose qu'elle ont déjà fait le voyage jusqu'à une petite ville du Colorado, Evergreen.

Du 30 septembre au 2 octobre 1999, elle se rend au congrès d'ATTACh, une association de thérapeutes de l'attachement, dans un hôtel d'Alexandria, en Virginie. Dans un couloir plein de monde, elle aborde un psychologue de Caroline du Nord, Bill Goble, et elle lui parle de tous les traitements qui ont échoué. Il lui tend une liste de comportements à cocher, et quand elle la lui rend, elle a coché presque tous les symptômes principaux. Bill Goble n'a jamais vu Candace, et il dira plus tard qu'il n'aurait jamais posé de diagnostic dans ces conditions. Pourtant, ce jour-là, il juge le cas "assez sévère", il lui conseille un programme intensif de 2 semaines, et il lui donne un nom, celui de Connell Watkins, à Evergreen.

La ville des 14 thérapeutes

Le 20 janvier 2000, Jeane signe un contrat avec Connell Watkins pour 2 semaines de thérapie, à 7 000 dollars. Ce qui la rassure, c'est que Candace logera chez une assistante, parce qu'elle redoute de se retrouver seule avec elle à l'hôtel.

Evergreen, c'est une petite ville de 8 000 habitants, à une cinquantaine de kilomètres à l'ouest de Denver, et en 2000, on y trouve 14 thérapeutes de l'attachement, ce qui est énorme. Leur méthode, c'est le "holding". On garde l'enfant sur les genoux du thérapeute, qui lui tient le menton pour l'obliger à le regarder et qui le provoque jusqu'à ce qu'il explose, avant de le consoler, et pour ses critiques, aucune étude sérieuse n'a jamais montré que ça marche.

Connell Watkins pratique depuis 1977, et dans ce milieu, on la voit comme la marraine de la thérapie de l'attachement. Elle n'a pas de licence pour exercer au Colorado, ce que la loi de l'État permet. En 1988, après la plainte d'un garçon de 11 ans, d'autres thérapeutes adoucissent leurs méthodes. Elle, elle refuse, si bien qu'en 1992, elle ouvre sa propre clinique, chez elle, sur Meadow Drive.

Le lundi 10 avril 2000, pendant les vacances de printemps, Jeane et Candace arrivent à Evergreen. Autour de Connell Watkins, il y a Julie Ponder, 40 ans, thérapeute conjugale et familiale agréée en Californie, mais pas au Colorado, et Brita St. Clair, qui gère l'administratif du cabinet et chez qui Candace va dormir. Il y a aussi le fiancé de Brita, Jack McDaniel, qui n'a aucune formation de thérapeute et qui est payé 700 dollars comme "stagiaire", et Candace doit l'appeler "papa Jack".

Enroulée dans un drap pendant 3 heures

Le 11 avril, un psychiatre d'Evergreen, le docteur John Alston, trouve le cas de Candace "sévère", et il arrête l'Effexor et il augmente le Risperdal. Les jours suivants, Candace devient passive, au point que Connell Watkins lui trouvera dans les yeux "un regard comme s'il n'y avait personne", et pour l'équipe, la petite ne "travaille" pas assez.

Le 17 avril, le psychiatre lui redonne de l'Effexor, et ce jour-là, l'équipe tente une "thérapie par compression". On enveloppe Candace dans un drap, la tête dehors, entre 2 coussins, et Jeane s'allonge en travers sur elle. Au bout de 3 heures, on la déroule, et on lui demande de ramper jusqu'à Jeane, de se blottir dans ses bras comme un nourrisson et de se laisser nourrir. Candace obéit, elle regarde Jeane dans les yeux, et Jeane éclate en sanglots, parce que pour la première fois, elle a l'impression que sa fille s'attache à elle. Le lendemain, Connell Watkins décide d'aller plus loin.

"Plein d'air pour respirer"

Le mardi 18 avril 2000, à 9h04, la journée commence dans une pièce du rez-de-chaussée de la maison de Meadow Drive, par une séance de dessin avec Julie Ponder. Dans un coin, sur un trépied, une caméra filme tout, parce que Connell Watkins enregistre souvent ses séances pour montrer aux parents les moments où ça marche. À 9h35, Julie Ponder explique à Candace qu'on va l'envelopper comme dans le ventre de sa mère, et qu'elle va devoir se battre pour naître.

Candace bâille beaucoup. Elle raconte que cette nuit, elle a refait le cauchemar où on la tue, et elle dit qu'elle a le vague souvenir que sa mère biologique l'a peut-être lâchée d'une fenêtre du deuxième étage. Julie Ponder la rassure, sa nouvelle maman l'aime, et elle lui demande si elle veut renaître auprès d'elle. Candace répond que oui, qu'elle veut être en sécurité et ne pas tomber par la fenêtre, et Julie Ponder lui promet qu'à l'intérieur, elle aura "plein d'air pour respirer".

À 9h44, Candace, en jean et en t-shirt, enlève ses chaussures. Elle s'allonge sur le côté, roulée en boule, sur un grand drap de flanelle bleu, et Julie Ponder l'enroule dedans, avant de rassembler les 4 coins au-dessus de sa tête et de les tordre. On pose des oreillers tout autour d'elle. Connell Watkins s'installe à ses pieds, Brita St. Clair s'adosse contre ses genoux, Jack McDaniel s'allonge le long de sa poitrine, et Julie Ponder se place à sa tête, en tenant le drap fermé dans sa main gauche. Jeane, elle, reste près de la tête, là où Candace doit sortir, et les 4 adultes commencent à pousser pour imiter les contractions.

À 4, ils pèsent environ 305 kilos, et Candace en pèse à peine 32.

"Je vais mourir maintenant"

Au début, Candace ne comprend pas comment sortir. "Celui qui appuie sur ma tête, ça n'aide pas. S'il vous plaît, arrêtez d'appuyer sur moi. Je n'y arrive pas." Au bout de 10 minutes et 45 secondes, elle dit qu'elle ne peut plus respirer, et à 11 minutes 35, elle pleure en disant qu'elle va mourir. Moins d'une minute plus tard, elle dit "Je vais mourir maintenant. Non, je ne veux pas mourir, mais je suis en train de mourir." Dans les 24 premières minutes, elle répète 7 fois qu'elle ne peut plus respirer.

Les adultes ne s'arrêtent pas, ils appuient même plus fort, Connell Watkins en calant ses pieds contre un canapé, et Julie Ponder contre l'âtre de la cheminée. "Tu veux mourir ? D'accord, alors meurs. Vas-y, meurs maintenant", lui répond-on. Pour les thérapeutes de l'attachement, un enfant qui dit qu'il ne peut plus respirer cherche à manipuler les adultes, et Connell Watkins a prévenu Jeane que ce serait comme ça. Plus tard, devant les enquêteurs, elle le reconnaîtra, "Nous n'avons pas pris Candace au sérieux". À 21 minutes, Candace vomit, et elle dit qu'elle a besoin d'aller aux toilettes, et on lui répond de rester là, "dans le caca et le vomi".

Au bout d'une demi-heure, elle ne fait presque plus que gémir. On lui ordonne de hurler pour sauver sa vie, et elle répond que non. Julie Ponder se repositionne et appuie encore, en grognant sous l'effort. "Elle a besoin de plus de pression ici, pour qu'elle doive vraiment se battre si elle veut de l'air." Jack McDaniel obéit, et il se place sur l'oreiller qui couvre la tête de Candace. "Ça devient bien serré là-dedans", dit Connell Watkins, et Julie Ponder approuve, il y a de moins en moins d'air. À 40 minutes, Jeane se penche vers l'ouverture du drap. "Bébé, tu veux naître ?" Sous les oreillers, on entend un "non" très faible.

C'est le dernier mot de Candace.

Des lèvres et des doigts bleus

10 minutes passent. Julie Ponder glisse sa main sous le drap, devant le visage de Candace, et Connell Watkins lui assure qu'elle respire bien. 7 minutes plus tard, elle recommence. "Elle transpire pas mal, c'est bien. C'est humide là-dedans." Connell Watkins porte la main à son propre visage, comme pour demander si la petite respire, et Julie Ponder répond qu'elle n'est pas sûre, avant d'ajouter "On pourrait faire ça indéfiniment, rester là."

Connell Watkins demande ensuite à Jeane de sortir, parce que Candace risque de "sentir sa tristesse". Jeane monte à l'étage, où la séance passe sur un écran, et elle pleure. Ce n'est pas de peur pour sa fille, c'est qu'elle se sent rejetée, parce que Candace ne fait pas l'effort de naître pour elle. 6 minutes plus tard, Brita St. Clair et Jack McDaniel sortent à leur tour, et Connell Watkins et Julie Ponder restent seules avec l'enfant encore 4 minutes, avant de décider de la dérouler.

Le visage de Candace est pâle et couvert de vomi, ses lèvres et ses doigts sont bleus. "Oh, la voilà, elle dort dans son vomi", dit Connell Watkins. Elle l'appelle, puis plus fort, et Candace ne bouge pas. Il est 10h53, et la caméra tourne toujours. Jeane redescend en courant, et avec Julie Ponder, elle commence un massage cardiaque, pendant que Connell Watkins appelle le 911, à 10h56. 10 minutes plus tard, Jack McDaniel accueille les ambulanciers Larry Ferree et Joe Yordt devant la maison, en leur disant que Candace n'a été laissée seule que 5 minutes. Or ce qu'ils trouvent, c'est une enfant bleue et froide, les pupilles fixes, qui d'après eux ne respire plus depuis bien plus longtemps que ça.

Vers 11h20, ils retrouvent un pouls très faible, et un hélicoptère emmène Candace à l'hôpital pour enfants de Denver. Son cerveau a gonflé, parce qu'elle a manqué d'air, et pour le médecin, elle a été étouffée pendant qu'on la maintenait au cours d'une séance de thérapie. Le lendemain, le 19 avril 2000, à 9h, Candace est déclarée en état de mort cérébrale.

"Où est ma Candace ?"

À Durham, personne ne comprend ce qui s'est passé au Colorado. Toute la classe de CM1 de Candace vient à la cérémonie à sa mémoire, et pas un mot n'est dit sur la façon dont elle est morte. Il faut attendre un mois, et l'arrestation de Connell Watkins, Julie Ponder, Brita St. Clair et Jack McDaniel, les 18 et 19 mai 2000, pour que la photo de classe de Candace passe à la télévision. Les 4 sont poursuivis pour maltraitance d'enfant ayant entraîné la mort, par imprudence, et ils risquent de 16 à 48 ans de prison. Quelques jours plus tard, c'est au tour de Jeane, poursuivie pour maltraitance d'enfant ayant entraîné la mort, par négligence, une accusation moins lourde. Connell Watkins, elle, écrit à ses soutiens que la petite a cessé de respirer "de manière inexplicable", et elle leur demande de prier pour que les poursuites soient abandonnées.

À Hickory, en Caroline du Nord, Angie ne sait rien, parce qu'avec le secret de l'adoption, personne n'est obligé de la prévenir. Le 22 septembre 2000, 5 mois et 3 jours après la mort de Candace, des journalistes du Rocky Mountain News frappent à la porte de sa caravane. Angie a 29 ans, elle élève seule son petit dernier, né le 1er avril, et elle a toujours espéré que Candace reviendrait vers elle un jour. Quand on lui demande si elle a une fille qui s'appelle Candace, elle attrape une photo. "Où est mon bébé ? Où est ma Candace ?" Puis elle comprend. "Ils l'ont étouffée. On ne met pas un enfant sous un oreiller pour appuyer dessus."

Elle appelle Mary, qui arrive en hurlant "Pas Candy, pas ma Candy". David les rejoint dans la soirée, et pour lui, Mary et Angie ont toujours voulu être de bonnes mères, seulement personne ne leur a jamais appris comment. Peut-être que Candace n'était pas toujours sage, dit-il, "mais elle savait aimer". De Chelsea et de Michael, on a juste dit à Angie qu'ils avaient été adoptés ensemble, pas loin de chez Candace.

Quand elles apprennent le cauchemar de la fenêtre, Angie jure qu'elle n'a jamais fait ça. Elle se souvient seulement d'un jour où elle avait puni Candace et Chelsea dans une chambre de l'étage, et où elle les avait trouvées debout sur le rebord de la fenêtre.

70 minutes devant les jurés

Fin mars 2001, à Golden, devant la juge Jane Tidball, les jurés du procès de Connell Watkins et de Julie Ponder doivent regarder la vidéo de la séance, 70 minutes, et plus de 10 heures d'enregistrements des autres séances que Candace a vécues à Evergreen. Le procès dure 3 semaines, et Jeane vient témoigner. Elle savait que c'était une thérapie qui provoque l'enfant, et elle l'explique, "je pensais que c'était notre seule chance". Pendant ce temps, le gouverneur du Colorado, Bill Owens, signe la "loi Candace", qui interdit de reconstituer une naissance avec des techniques de contention qui peuvent blesser ou tuer.

Le 20 avril 2001, après environ 5 heures de délibéré, Connell Watkins, 54 ans, et Julie Ponder, 40 ans, sont reconnues coupables de maltraitance d'enfant ayant entraîné la mort, par imprudence, et Connell Watkins aussi d'usurpation d'identité, d'obtention d'une signature par tromperie et d'exercice illégal de la psychothérapie. "J'espère que ça envoie un message clair, on ne doit pas traiter des enfants comme ça au nom de la psychologie ou de la psychothérapie", déclare le procureur Steve Jensen. Le 18 juin 2001, la juge Jane Tidball les condamne chacune à 16 ans de prison, la peine la plus basse que la loi permet. "Le crime lui-même était horrible", dit-elle, et Connell Watkins déclare qu'elle accepte "l'entière responsabilité".

Jeane Newmaker, elle, n'ira jamais en prison. À l'automne 2001, elle plaide coupable de maltraitance d'enfant ayant entraîné la mort, par négligence, et elle repart avec 4 ans de probation et 400 heures de travaux d'intérêt général, une condamnation qui doit ensuite disparaître de son casier. Brita St. Clair et Jack McDaniel, qui étaient appuyés contre les genoux et contre la poitrine de Candace sous le drap, plaident coupables de la même accusation, et ils prennent chacun 10 ans de probation. La cour d'appel du Colorado confirme ensuite la condamnation de Julie Ponder, et le 14 février 2005, la Cour suprême de l'État refuse de se pencher sur son dossier. L'appel de Connell Watkins échoue lui aussi.

Connell Watkins passe environ 7 ans en prison, et le 6 juin 2008, elle sort pour un centre de réinsertion de la région de Denver, avec un bracelet électronique, l'interdiction de travailler comme conseillère et des restrictions sur ses contacts avec des enfants. À ce moment-là, on a refusé le même programme à Julie Ponder, et elle devait repasser devant la commission des libérations conditionnelles en avril 2009, sans qu'aucune source fiable ne dise ce qui a été décidé ensuite. La loi Candace, elle, est toujours en vigueur au Colorado.

Candace avait 10 ans. Elle avait dit 7 fois qu'elle ne pouvait plus respirer, et on lui avait promis qu'elle aurait plein d'air.

L'affaire Candace Newmaker en vidéo ⬇️

Sources :

Rocky Mountain News, enquête sur la vie de Candace et la séance du 18 avril 2000, 29 octobre 2000 : https://web.archive.org/web/20090616035739/http://www.rockymountainnews.com/drmn/local/article/0%2C1299%2CDRMN_15_691211%2C00.html
Los Angeles Times, la thérapie de l'attachement à Evergreen et la mort de Candace, 4 février 2001 : https://www.latimes.com/archives/la-xpm-2001-feb-04-mn-21072-story.html
The Guardian, procès et condamnation des thérapeutes, 20 juin 2001 : https://web.archive.org/web/20060925103407/http://www.guardian.co.uk/Archive/Article/0%2C4273%2C4206910%2C00.html
CBS News, peine de 16 ans pour Connell Watkins, 18 juin 2001 : https://www.cbsnews.com/news/rebirthing-therapist-sentenced/
Summit Daily (Associated Press), la Cour suprême du Colorado refuse l'appel de Julie Ponder, 14 février 2005 : https://www.summitdaily.com/news/colorado-supreme-court-refuses-to-hear-therapists-appeal-in-rebirthing-death/
CBS4 Denver (Associated Press), Connell Watkins sort de prison pour un centre de réinsertion, août 2008 : https://web.archive.org/web/20080806161320/http://cbs4denver.com/local/denver.rebirthing.watkins.2.786701.html