Affaire Baby Hope : ligotée dans une glacière à 4 ans

Portrait reconstitué de Baby Hope, fillette de 4 ans trouvée à New York en 1991, affaire Baby Hope
Portrait reconstitué de Baby Hope, fillette de 4 ans trouvée à New York en 1991, affaire Baby Hope

Le mardi 23 juillet 1991, un peu avant 11h, sur le chantier de la Henry Hudson Parkway, au nord de Manhattan, des ouvriers remarquent dans l'herbe en pente une glacière bleue qui sent la pourriture, et quand ils la poussent, elle se renverse. De l'eau mêlée de Coca-Cola s'écoule dans l'herbe, et sous les canettes encore pleines, il y a un sac en plastique, avec à l'intérieur le corps d'une petite fille d'environ 4 ans. D'habitude, quand une enfant de cet âge ne rentre pas, sa famille appelle la police dans les heures qui suivent, et pourtant, pendant 22 ans, cette petite fille n'aura pas de nom.

Une glacière sur le talus

Le mardi 23 juillet 1991, il fait chaud sur le chantier de la Henry Hudson Parkway, la voie rapide qui longe l'Hudson jusqu'à la pointe nord de Manhattan. Juste à côté de Dyckman Street, la route passe le long d'Inwood Park, un coin boisé au milieu de la ville, et c'est là, un peu avant 11h, dans l'herbe en pente, que des ouvriers remarquent une glacière bleue, jetée comme un déchet. Sur un chantier, un objet abandonné au bord d'une route, ça n'étonne personne. Sauf que celle-ci sent la pourriture, alors les ouvriers s'approchent et la poussent.

La glacière se renverse, et de l'eau mêlée de Coca-Cola s'écoule dans l'herbe. Il y avait de la glace à l'intérieur, et des canettes, mais le soleil de juillet a fait fondre la glace et éclater une partie des canettes. Sous celles qui sont encore pleines, il y a un sac en plastique, et dans le sac, le corps d'une enfant.

Elle est nue, pliée sur elle-même, attachée avec une corde, et elle est si maigre qu'elle pèse à peine 13 kilos. La chaleur a fait son œuvre depuis plusieurs jours, au point que son visage n'est plus reconnaissable, et d'après sa taille, les policiers qui arrivent sur place pensent qu'elle a entre 3 et 5 ans. Sur ce talus, personne n'a la moindre idée de qui elle est.

Une enfant que personne ne cherche

Parmi les inspecteurs du 34e district, le commissariat de Washington Heights, il y a Jerry Giorgio. Il a déjà une longue carrière derrière lui, et ce dossier-là va le suivre pendant 22 ans. La petite fille est "squelettique", dira-t-il, elle n'a plus que la peau sur les os.

À l'institut médico-légal, l'autopsie établit que la fillette a été étouffée, il y a environ une semaine. Le légiste relève aussi des signes de violences sexuelles, mais la science de 1991 ne permet pas encore de le prouver, et un anthropologue estime son âge à 4 ans.

Les inspecteurs cherchent du côté des disparitions d'enfants, parce que d'habitude, quand une petite fille de 4 ans ne rentre pas, sa famille appelle la police dans les heures qui suivent. Sauf que cette fois, il n'y a rien, et personne n'a signalé la disparition de cette petite fille. Au Canada, dans l'affaire Phoenix Sinclair, personne ne s'aperçoit non plus, pendant des mois, de l'absence d'une petite fille de 5 ans. Si personne ne cherche une enfant, c'est que ceux qui l'élevaient ne s'inquiètent pas de son absence, ou alors qu'ils savent très bien où elle est.

2 femmes au téléphone

Pour lui rendre un visage, la police demande à un anthropologue de la Smithsonian Institution de dessiner la petite fille telle qu'elle devait être de son vivant. Le portrait est publié dans la presse et affiché dans le quartier, et les appels arrivent au commissariat. Il y a une jeune femme toxicomane, persuadée que c'est sa nièce, et une grand-mère, sûre que c'est sa petite-fille. Les inspecteurs vérifient chaque appel, et chaque fois, ça ne mène nulle part.

Un jour, pourtant, 2 femmes appellent avec quelque chose de concret. Elles racontent qu'elles ont vu un homme et une femme marcher le long de la Henry Hudson Parkway en portant une glacière. C'est exactement ce que les enquêteurs espèrent depuis le début, parce qu'avec 2 témoins, on peut dessiner un portrait-robot. Mais les 2 femmes ne donnent pas leur nom, et elles raccrochent avant d'avoir accepté de décrire le couple.

Les semaines passent, puis les mois, et pendant tout ce temps, la petite fille de la glacière reste à la morgue de la ville. Normalement, un corps que personne ne réclame finit par être enterré sans cérémonie, et sans nom, et au bout de près de 2 ans, personne n'est venu la chercher.

Elle s'appellera Baby Hope

Au commissariat, les inspecteurs refusent qu'elle parte comme ça. C'est le sergent Robert Maas qui lui trouve un nom, Baby Hope, parce que tous gardent l'espoir de retrouver un jour celui ou celle qui lui a fait ça. Ils sortent leur propre argent, et non celui du service, pour lui acheter une concession et une pierre tombale au cimetière Saint-Raymond, dans le Bronx. Les pompes funèbres Campbell s'occupent du corps, l'archidiocèse de New York aide à organiser la messe, et Catherine, la femme de Jerry Giorgio, achète à la petite fille une robe blanche de communion.

Les funérailles ont lieu le 23 juillet 1993, 2 ans jour pour jour après la découverte, à l'église Sainte-Élisabeth, sur Wadsworth Avenue. Ce jour-là, plus de 500 personnes viennent pour une enfant que personne ne connaît. Le petit cercueil blanc est porté par des policiers en uniforme, précédé de 8 enfants, et c'est le lieutenant Joseph Reznick, le chef de la brigade, qui prononce l'éloge funèbre. Dans son discours, il le dit clairement, ces funérailles ne veulent pas dire qu'on enterre l'enquête.

Sur la pierre noire, les inspecteurs font graver "Baby Hope", la date du 23 juillet 1991, et une phrase, "Because we care", parce qu'elle compte pour nous. Il y a une date, mais il n'y a pas de prénom.

Un rendez-vous chaque été

À partir de là, les inspecteurs reviennent au cimetière, de temps en temps, et surtout à chaque anniversaire de la découverte. Ils viennent pour elle, mais aussi parce qu'il arrive qu'un tueur revienne sur une tombe, ou quelqu'un qui connaît la vérité. Chaque année, quelqu'un est passé avant eux et a laissé un jouet ou une poupée, et aucun de ces cadeaux ne donne la moindre piste. Chaque 23 juillet, aussi, des policiers retournent à l'angle de Dyckman Street et de Seaman Avenue, à quelques pas du talus, pour distribuer des avis de recherche.

Jerry Giorgio, lui, ne lâche pas. Il passe 38 ans au NYPD, puis il continue au bureau du procureur de Manhattan, dans l'équipe des affaires non résolues, et il garde le dossier de Baby Hope avec lui pendant 15 ans de plus. Entre-temps, c'est en partie sur lui que les scénaristes de New York, police judiciaire ont construit l'inspecteur Lennie Briscoe. Sur la tombe, il parle à la petite fille, et il lui rappelle à chaque fois qu'elle n'est pas oubliée. Les années passent, 10 ans, puis 15, et en 2007, les enquêteurs prennent une décision difficile, celle de sortir Baby Hope de sa tombe.

Un ADN qui ne dit rien

En 1991, l'ADN existe déjà, mais il faut des échantillons importants et bien conservés, et le corps de la petite fille a passé plusieurs jours en plein été dans une glacière fermée. Depuis, la science a fait d'énormes progrès, et en 2007, l'institut médico-légal exhume le corps pour essayer d'en tirer un profil génétique. Seulement, après 14 ans sous terre, le corps est en trop mauvais état, et les scientifiques n'arrivent à rien.

En 2011, ils recommencent, avec une technique plus avancée, et cette fois, ils obtiennent un profil, même incomplet. Pour les enquêteurs, c'est un progrès immense, parce qu'il suffirait maintenant d'un parent pour faire la comparaison. Sauf qu'un ADN seul ne donne pas de nom, et celui de Baby Hope ne correspond à personne. En Angleterre, dans l'affaire David Fuller, un profil ADN tiré en 1999 ne correspond lui non plus à personne dans le fichier national.

En juin 2013, Jerry Giorgio a 79 ans, et une greffe de rein met fin à sa carrière, après plus d'un demi-siècle passé dans la police et la justice. Cette année-là, il se remet de son opération, et pour le 22e anniversaire de la découverte, il ne peut pas aller sur la tombe.

Quelques semaines plus tard, l'appel qu'il attend depuis 22 ans arrive enfin, et il n'est plus là pour le prendre.

Une conversation dans une laverie

Le lundi 22 juillet 2013, des policiers sont de nouveau à l'angle de Dyckman Street et de Seaman Avenue, et cette année, l'opération est beaucoup plus grande. Ils distribuent des affiches avec le portrait de 1991, mais aussi un nouveau portrait de la petite fille, plus vivant. Une camionnette avec un haut-parleur passe dans toutes les rues de Washington Heights, et la police promet 12 000 dollars à quiconque donnera une information qui mènera à une arrestation et à une condamnation. "Quelqu'un devait forcément la connaître", explique l'inspecteur Robert Dewhurst, de la brigade des affaires non résolues.

Le lendemain, une femme appelle la ligne de Crime Stoppers. Elle habite Washington Heights, elle est mère de famille, et elle a vu les affiches. Quelques années plus tôt, dans une laverie du quartier, elle a entendu une autre femme parler d'une petite fille de sa famille, morte, et peut-être tuée. Sur le moment, elle n'a pas prévenu la police, mais avec le visage de Baby Hope placardé dans les rues, cette conversation lui est revenue.

Cette fois, la femme qui appelle ne raccroche pas.

Une enveloppe cachetée

L'enquête est maintenant entre les mains de l'inspectrice Elena Donnell, et la personne au bout du fil lui donne des détails précis sur la famille, et même l'endroit où chercher. "Et elle avait raison", dira l'inspectrice. Les enquêteurs retrouvent la femme de la laverie, puis, de proche en proche, ils remontent jusqu'à une mère de famille d'origine mexicaine, qui vit dans le Queens. Elle s'appelle Margarita Castillo.

Avant toute chose, il faut une preuve. Selon l'institut médico-légal, ils récupèrent une enveloppe qu'elle a léchée pour la fermer, et le profil ADN qu'ils en tirent est comparé à celui de Baby Hope. Le mardi 8 octobre 2013, le résultat tombe, et il y a bien un lien.

Pendant 2 jours, Margarita Castillo raconte son histoire aux enquêteurs et aux procureurs de Manhattan. Au début de l'année 1991, son mari, un homme violent, a disparu en emmenant 2 de leurs filles, et elle n'a jamais prévenu la police, parce qu'elle avait peur de ce qu'il pourrait lui faire, à elle ou aux petites, et parce qu'elle espérait qu'elles reviendraient. Environ 8 ans plus tard, l'aînée des 2, devenue adolescente, a sonné à sa porte, et d'après une source policière, la mère et la fille n'ont jamais parlé de la petite sœur. Pour la police, Margarita Castillo n'est pas suspecte, elle est traitée comme une victime.

Grâce à elle, après 22 ans, la petite fille de la glacière a enfin un prénom. Elle s'appelle Anjelica.

Anjelica Castillo, née à Elmhurst

Anjelica Castillo est née le 24 avril 1987, à l'hôpital d'Elmhurst, dans le Queens. Sa famille est nombreuse, et une grande partie vient du Mexique, avec des proches qui vivent à New York sans papiers et qui ont peur d'avoir affaire à la police. De sa vie à elle, on ne sait presque rien, à part sa date de naissance. Une de ses grandes sœurs, Laurencita, a appris à 11 ans qu'elle avait eu une sœur et que cette sœur avait été tuée. En 2013, elle a 27 ans, elle a le même nez, les mêmes yeux et la même bouche que le portrait de Baby Hope, et leur mère lui dit qu'Anjelica lui aurait ressemblé.

Quand ses parents se séparent, Anjelica et une de ses sœurs se retrouvent chez leur père. Margarita les y a conduites pour quelques jours, et quand elle revient les chercher, les petites ne sont plus là, alors elle pense que des proches s'en occupent. En réalité, leur père les a laissées dans la famille de son côté, à Astoria, dans le Queens, chez une cousine, Balvina Juarez-Ramirez, et il n'est jamais revenu.

Balvina a près de 50 ans, elle n'a jamais eu d'enfants, et elle partage son appartement avec 7 membres de la famille. D'après son frère, elle attache les fillettes à une chaise ou elle les frappe quand elles ne se tiennent pas bien, et selon des sources policières, Anjelica aurait aussi été attachée à une table et privée d'eau. Le jour où on la retrouve, elle est si maigre que pour Jerry Giorgio, "dans 6 mois, elle serait morte".

Les enquêteurs veulent interroger Balvina. Le problème, c'est qu'elle est morte d'un AVC en 1995, et qu'elle a été enterrée au Mexique. Son frère, lui, vit toujours à New York.

Un plongeur de Greenwich Village

Il s'appelle Conrado Juarez, il a 52 ans, et c'est un cousin d'Anjelica, du côté de son père. Il vit dans le Bronx, il a 4 enfants adultes, et il ne parle presque pas anglais. Pour le retrouver, les inspecteurs passent d'abord par sa famille, une de ses filles, puis sa femme, et le vendredi 11 octobre 2013, ils l'attendent devant le restaurant italien de Greenwich Village où il travaille comme plongeur.

Au début, il a l'air surpris que la police s'intéresse à lui. L'interrogatoire dure environ 14 heures, et selon les procureurs, son récit change plusieurs fois. D'abord, il dit qu'il a seulement aidé sa sœur à se débarrasser d'une glacière, sans savoir ce qu'il y avait dedans. Ensuite, il dit qu'il a trouvé Anjelica déjà morte, par terre, qu'il a mis son corps dans la glacière, qu'il a empilé des canettes de soda par-dessus pour la cacher, et qu'il a aidé sa sœur à la déposer au bord de la route. Plus tard, il reconnaît qu'il a agressé sexuellement la petite fille un soir où il avait bu, mais d'après lui, ça n'a rien à voir avec sa mort. Aux premières heures du samedi 12 octobre, selon les enquêteurs, il fait un dernier récit.

Les aveux d'un samedi matin

C'est la version que la police et les procureurs présentent ce jour-là, et ce sont des aveux qu'il contestera ensuite. Un soir de l'été 1991, Conrado Juarez arrive ivre à l'appartement d'Astoria, et il croise Anjelica dans le couloir. Selon les procureurs, il l'agresse sexuellement, puis il l'étouffe avec un oreiller. "Quand elle ne bouge plus, il appelle sa sœur, qui est dans une autre pièce", explique le chef de la police, Raymond Kelly.

Toujours selon ces aveux, c'est Balvina qui décide qu'il faut se débarrasser du corps, et c'est elle qui apporte la glacière. Avec son aide, raconte la procureure adjointe Melissa Mourges, il plie la petite fille en 2, il l'attache, il la met dans un sac-poubelle au fond de la glacière, et il pose des canettes de soda par-dessus. Le frère et la sœur appellent un taxi, qui les emmène du Queens jusqu'à Inwood Park, ils laissent la glacière dans le bois, puis ils repartent chacun de leur côté. Pour une personne qui connaît l'enquête, il a dit sur la mort d'Anjelica quelque chose que seul celui qui l'a tuée pouvait savoir, et en 1991, au bord de la Parkway, 2 femmes avaient justement vu un homme et une femme porter une glacière.

Le soir même, il est présenté à un juge du tribunal pénal de Manhattan, et il est poursuivi pour meurtre. Melissa Mourges annonce qu'il a reconnu avoir imposé un contact sexuel à l'enfant, et lui plaide non coupable. "Les affaires non résolues ne sont pas des affaires oubliées", déclare le procureur de Manhattan, Cyrus Vance. Quelques jours plus tard, depuis la prison de Rikers Island, Conrado Juarez raconte tout autre chose.

Une autre version à Rikers

À Rikers Island, il est placé à l'isolement pour sa protection, et il passe des évaluations psychiatriques. C'est là qu'il reçoit une journaliste du New York Times, Frances Robles, à qui il explique qu'il n'a pas tué Anjelica, et que ses aveux lui ont été arrachés. "Ils insistaient, ils insistaient, ils me disaient 'Tu l'as tuée !'", raconte-t-il, "alors au bout d'un moment, avec toute cette pression, j'ai accepté et j'ai dit ce qu'ils voulaient." À la fin, on lui a fait signer des papiers en anglais, qu'il ne comprenait pas.

Dans sa version, un jour de 1991, Balvina l'appelle sur son téléphone portable. Anjelica courait, elle est tombée dans l'escalier et elle est morte, et sa sœur a besoin de lui pour se débarrasser du corps. Il reconnaît qu'il l'a aidée à mettre la petite fille dans la glacière, et qu'ils ont pris un taxi jusqu'à la Parkway, mais rien de plus. Or, en 1991, moins de 3 % des Américains ont un téléphone portable, et lui travaille dans une cuisine, sans papiers et sans parler anglais.

Il raconte aussi la suite. Après la mort de Balvina, en 1995, il part au Mexique pour l'enterrement, puis il revient clandestinement, environ un mois plus tard, pour ramener la sœur d'Anjelica à sa mère. Quelques années après, c'est lui qui annonce à Margarita la mort de sa fille. "Je lui ai dit 'Elle n'est plus avec nous', et c'est tout", dit-il.

Margarita Castillo, elle, a sa propre version. Des années après la disparition des petites, raconte-t-elle, Conrado Juarez l'appelle pour lui dire qu'il élève ses filles, et il lui réclame de l'argent. Quand elle se rend chez lui, il n'y a qu'une seule des 2 sœurs, et à propos d'Anjelica, il lui dit "Je ne sais pas où elle est, mais ma sœur m'a dit qu'elle était morte". Pourtant, elle ne va toujours pas voir la police, parce qu'elle a peur de ne pas être écoutée, et qu'elle ne parle pas la langue. "Peut-être qu'ils l'avaient placée chez quelqu'un d'autre de la famille", explique-t-elle, "c'était mon espoir, qu'un jour je la retrouverais."

Le 21 novembre 2013, Conrado Juarez plaide de nouveau non coupable, et pour son avocat, Michael Croce, ces aveux sont "complètement suspects". Il va attendre son procès pendant 5 ans.

Un nom gravé sous Baby Hope

Quelques jours plus tôt, le 15 novembre 2013, au cimetière Saint-Raymond, on a gravé de nouveau la pierre noire, et sous "Baby Hope", il y a maintenant "Anjelica Castillo". Sa mère et sa famille déposent des fleurs et des bougies, un prêtre, le père Rudy Gonzalez, bénit l'inscription, et sa petite sœur, Lorena, dit simplement qu'elle est contente de voir son nom sur sa pierre. "On n'arrivait pas à imaginer qu'on puisse être aussi cruel avec une enfant aussi innocente", dit Jerry Giorgio, qui a gardé ce dossier pendant 22 ans.

Le procès, lui, n'arrive jamais. En 2015, Conrado Juarez est transféré de Rikers Island à la prison du comté de Rockland, pour sa sécurité, et les procureurs veulent faire témoigner Frances Robles, parce que ce qu'il lui a dit contredit ses aveux. La journaliste refuse, parce qu'elle veut protéger son travail et ceux qui se confient aux journalistes, et pendant des années, l'affaire passe de tribunal en tribunal, jusqu'à la plus haute juridiction de l'État de New York. Le 27 juin 2018, à 4 voix contre 3, elle donne tort à Frances Robles, qui devra donc venir témoigner, et pour Anjelica, le procès est enfin prévu pour le mois de mars suivant.

Le dimanche 18 novembre 2018, Conrado Juarez meurt à l'hôpital Montefiore Nyack, à 57 ans, d'un cancer du pancréas. Il n'a jamais été jugé, et aucun tribunal n'a jamais dit ce qui s'est passé dans l'appartement d'Astoria.

Anjelica Castillo avait 4 ans. Pendant 22 ans, sa tombe n'a porté que le nom que des policiers lui avaient donné, et aujourd'hui, son vrai nom est gravé juste en dessous.

L'affaire Baby Hope en vidéo ⬇️

Sources :

DNAinfo New York, la mère de Baby Hope retrouvée 22 ans après, 8 octobre 2013 : https://www.dnainfo.com/new-york/20131008/washington-heights/baby-hopess-mother-found-22-years-after-girls-murder
DNAinfo New York, l'arrestation dans l'affaire Baby Hope, 12 octobre 2013 : https://www.dnainfo.com/new-york/20131012/washington-heights/arrest-made-baby-hope-case
ABC News, un cousin arrêté 22 ans après, 12 octobre 2013 : https://abcnews.go.com/US/baby-hope-case-cousin-arrested-22-year-killing/story?id=20554415
CBS News, la mère d'Anjelica Castillo explique pourquoi elle n'a rien signalé, octobre 2013 : https://www.cbsnews.com/news/baby-hope-update-mother-of-slain-child-anjelica-castillo-says-fear-not-knowing-english-kept-her-from-reporting-daughter-missing
NBC New York (Associated Press), le suspect a changé de version selon le procureur, 21 novembre 2013 : https://www.nbcnewyork.com/news/local/suspect-due-baby-hope-court-case/2071641/
U.S. Press Freedom Tracker, la journaliste du New York Times citée à comparaître, 2016 à 2018 : https://pressfreedomtracker.us/all-incidents/new-york-times-reporter-subpoenaed-testify-murder-trial/
NBC New York, l'homme accusé meurt en détention avant son procès, 20 novembre 2018 : https://www.nbcnewyork.com/news/local/baby-hope-nyc-killing-cold-case/549078/