Affaire Aurore Gagnon : 54 blessures et aucun soin

Portrait en noir et blanc d'Aurore Gagnon, 10 ans, au Québec en 1920, affaire Aurore Gagnon
Portrait en noir et blanc d'Aurore Gagnon, 10 ans, au Québec en 1920, affaire Aurore Gagnon

Le 12 février 1920, à Sainte-Philomène-de-Fortierville, au Québec, une voisine téléphone au curé, parce que dans une chambre de la ferme des Gagnon, la petite Aurore, 10 ans, est couchée sans connaissance. En 15 minutes, le curé et le juge de paix du village sont là, et quand le juge de paix la retourne, il voit sur ses bras et sur ses jambes des blessures tous les 5 à 7 centimètres. Aurore meurt vers 19h, sans avoir repris connaissance, et le lendemain, dans le soubassement de la sacristie, le médecin chargé de l'autopsie compte 54 blessures sur son corps.

Aurore Gagnon, l'élève très sage

À l'école du village, l'institutrice, Yvonne St-Onge, connaît bien Aurore Gagnon. Pour elle, c'est "une enfant très tranquille, très sage et obéissante", et une petite fille très intelligente.

Aurore est née Marie-Aurore-Lucienne Gagnon le 31 mai 1909, à Sainte-Philomène-de-Fortierville, un village de cultivateurs de la rive sud du Saint-Laurent. Elle est la deuxième fille de Télesphore Gagnon, un cultivateur du village qui est aussi charpentier, forgeron et bûcheron, et de Marie-Anne Caron, originaire de Leclercville, tout près de là. Avant elle, il y a Marie-Jeanne, née le 1er août 1907, et comme les 2 sœurs ont moins de 2 ans d'écart, elles grandissent ensemble. Après elles viennent 2 garçons, Georges-Étienne, puis Joseph, né en 1915.

Aujourd'hui, le village s'appelle Fortierville, dans le Centre-du-Québec, au Canada, mais à l'époque, il porte encore le nom de sainte Philomène, une jeune martyre dont les restes ont été retrouvés en 1802 dans les catacombes de Rome. Ici, les familles vivent de la terre, elles vont à la messe le dimanche, et tout le monde connaît les Gagnon. Vers 1916, la mère d'Aurore tombe malade, au point qu'elle ne peut plus tenir sa maison.

Une mère internée à Beauport

Aurore part environ 2 ans en pension chez des religieuses. À la ferme, Télesphore ne peut pas s'occuper à la fois des bêtes, de la terre et des enfants, si bien qu'une femme entre au service de la famille. Elle s'appelle Marie-Anne Houde, elle est née en 1890 à Sainte-Sophie-de-Lévrard, et c'est la veuve de Napoléon Gagnon, un cousin de Télesphore. Sur les 6 enfants qu'elle a eus avec lui, plusieurs sont morts en bas âge, et il lui reste 2 garçons, Gérard, né en 1909, et Georges, né en 1911.

Marie-Anne Caron, elle, est internée à l'asile de Beauport, près de Québec, et selon plusieurs sources, elle souffrirait de tuberculose. Pendant qu'elle est loin de chez elle, le 6 novembre 1917, on retrouve le petit Joseph, 2 ans et demi, mort à la ferme. D'après le Dictionnaire biographique du Canada, il a été étouffé sous un matelas, et pourtant, le coroner conclut à une mort naturelle. Le 23 janvier 1918, c'est Marie-Anne Caron qui meurt à Beauport, à 29 ans.

Un remariage en 9 jours

Le 1er février 1918, 9 jours après la mort de sa femme, Télesphore épouse Marie-Anne Houde, qui vit sous son toit depuis 2 ans. À l'époque, pour un cultivateur seul avec des enfants, se remarier vite n'a rien de rare, et pendant ce temps, ses enfants partent quelques mois chez leurs grands-parents maternels, à Leclercville.

En 1919, Aurore et Marie-Jeanne reviennent à la ferme, alors que Georges-Étienne, lui, ne vit plus avec la famille. Dans la maison, il y a maintenant Télesphore, Marie-Anne Houde, ses 2 fils, et un bébé, Pauline, la fille du couple, née vers le mois de mai. Comme Télesphore part souvent travailler au bois, c'est sa femme qui s'occupe seule des enfants.

Très vite, Aurore n'est plus traitée comme les autres. En juillet 1919, le couple l'emmène chez Oréus Mailhot, le marchand général du village, qui est aussi juge de paix. Aurore a des blessures aux pieds et au côté, et pour ses parents, ce sont des petits garçons qui lui ont fait ça. Ils ajoutent qu'ils la battent beaucoup, parce qu'elle a "un caractère des plus vicieux".

Oréus Mailhot la ramène à ses parents en leur disant que c'est correct. Sauf qu'à partir de ce jour-là, il a des doutes.

Un fer à friser sur la lampe

À la fin du mois d'août 1919, une nièce du couple, Marguerite Leboeuf, une adolescente de Deschaillons, vient passer une semaine à la ferme, "pour me promener" et "pour voir comment ça se passait", dit-elle. Pendant ces quelques jours, elle voit sa tante frapper Aurore sur les jambes et les doigts avec un éclat de bois, puis avec une hart, une branche souple coupée dehors, pendant que la petite va vider le pot.

Un jour, alors qu'Aurore lave la vaisselle, sa tante se tourne vers Marguerite. "Je vais te montrer comme qu'elle lave bien la vaisselle quand je la bas", lui dit-elle, avant de frapper Aurore par derrière avec un éclat de bois. Une autre fois, elle la frappe au genou, à 3 reprises, avec un rondin terminé par une boule, et Marguerite la voit aussi chauffer un fer à friser sur la lampe pour brûler les cheveux d'Aurore. Le soir, Aurore monte dormir au grenier, sur un petit lit sans paillasse, sans drap ni couverture. Marguerite, elle, finit sa semaine, et elle rentre chez ses parents.

Aurore reste à la ferme, et pendant l'été, sa blessure au pied ne guérit pas. Selon Marie-Jeanne, elle vient d'un coup donné avec un éclat de planche, et sa belle-mère a aussi brûlé le pied de sa sœur avec un tisonnier. Le docteur Andronic Lafond, le médecin de la famille, la soigne jusqu'au 14 septembre 1919, et comme la plaie ne s'améliore pas, il conseille de l'envoyer à l'hôpital. Le 16 septembre, Aurore entre à l'Hôtel-Dieu de Québec pour un ulcère au pied.

La lettre qu'on lui attribue, sans date, est aujourd'hui conservée aux Archives nationales du Québec. Elle commence par "Bien cher maman", et la petite fille y écrit qu'elle s'ennuie beaucoup. Le 17 octobre 1919, après 31 jours loin de la ferme, Aurore rentre à Fortierville.

Une sœur à la fenêtre

Cet hiver-là, de décembre à février, Aurore est frappée presque tous les jours, avec des éclats de planche, des harts et un fouet. Ce qu'elle vit dans cette maison, ce sont surtout les enfants qui le raconteront devant la justice, à commencer par sa sœur, Marie-Jeanne. À partir de janvier, sa belle-mère chauffe le tisonnier et la brûle aux jambes, aux pieds et aux cuisses, au point que la peau "partait". À 3 reprises, Aurore est attachée par les pieds et les mains avec une corde, et quand elle crie, sa belle-mère lui serre une courroie de cuir sur la bouche. Environ 15 jours avant le 12 février, avec le fer à friser, elle lui arrache des cheveux, si bien qu'il lui reste une plaque sans cheveux à l'arrière de la tête.

Georges, le plus jeune fils de Marie-Anne Houde, qui a 9 ans, raconte aussi qu'on fait boire de la lessive à Aurore en lui disant que c'est sucré, alors que c'est un produit caustique, qui brûle la bouche et la gorge. On lui interdit le pot, une "pénitence", dit Marie-Jeanne, et il lui arrive de sauter 4 repas de suite. La nuit, elle dort par terre, sur une paillasse, sans couverture.

Pendant ce temps, Marie-Jeanne doit guetter par la fenêtre pour prévenir si quelqu'un arrive, et les enfants se taisent, parce que leur mère les a prévenus qu'elle leur ferait la même chose s'ils parlaient.

Un manche de hache

Télesphore, lui aussi, frappe sa fille. Devant le coroner, il dira qu'il la corrigeait au fouet ou avec un morceau de bois, quand il voyait une faute ou quand sa femme la lui signalait. Georges le voit monter l'escalier avec le fouet à bœufs, et Gérard raconte qu'un été, son beau-père a frappé Aurore avec un manche de hache, qu'il a coupé ensuite. Selon Georges, si Télesphore la bat, c'est parce que sa mère lui raconte des mensonges sur elle.

Ce manche de hache, la voisine des Gagnon l'a justement vu. Tout près de la ferme vit Exilda Auger, la femme d'Arcadius Lemay, qui connaît Aurore depuis 4 ans. À l'été 1919, Marie-Anne Houde lui a montré un manche de hache, en lui expliquant que son mari avait corrigé Aurore avec, et quand Exilda lui a fait remarquer qu'on ne bat pas un enfant avec ça, sa voisine lui a simplement répondu que "l'enfant ne pleure même pas". En janvier, Marie-Anne Houde lui raconte qu'elle a posé un rondin près de la porte de la chambre, parce qu'Aurore descend la nuit.

Puis elle ajoute qu'elle voudrait bien que la petite vienne à mourir sans que personne en ait connaissance.

Des yeux noircis

Le 16 janvier 1920, une sœur de Télesphore, Mme Octave Hamel, voit Aurore avec les yeux noircis et réclame un médecin, mais sa belle-sœur lui répond qu'il faudrait encore dépenser de l'argent pour cette enfant. Entre le 18 et le 20 janvier, un journalier du voisinage, Adjutor Gagnon, voit lui aussi Aurore avec les yeux noircis et des blessures à la tête, et cette fois, il va dire à Oréus Mailhot que la petite est maltraitée.

Le juge de paix a des doutes depuis l'été, alors au début du mois de février, il se rend à Québec pour savoir comment obtenir des preuves. De retour à Fortierville, il parle de l'affaire au curé, Ferdinand Massé, qui reste, selon lui, "bien surpris".

Il faut dire qu'en 1920, au Québec, aucun service public n'est chargé de protéger les enfants, et l'école n'est même pas obligatoire, alors personne n'est tenu de signaler un enfant couvert de bleus. Bien plus tard, en Californie, dans l'affaire Gabriel Fernandez, une institutrice, des assistants sociaux et des policiers verront eux aussi, pendant 8 mois, ce qui arrive à un petit garçon de 8 ans, sans que personne ne le sorte de là.

D'après La Presse, au moment du voyage à Québec, un notable du village, que le journal ne nomme pas, dénonce les Gagnon à la Couronne. On lui conseille de vérifier les faits et de porter plainte lui-même, et le policier qu'il réclame ne vient jamais.

2 pommes de terre sur une assiette

Le 9 février 1920, vers 14h30, Exilda Lemay est inquiète, et elle se rend chez les Gagnon avec sa petite fille. Dans la cuisine, Marie-Anne Houde essaie de la retenir. "Ma petite fille est en haut, ma petite fille a trop de bobos", lui dit-elle, et elle n'aime pas que l'enfant d'Exilda reste là. Sauf qu'Exilda monte quand même.

En haut, la chambre est sale, la paille est répandue par terre et des planches de couchette traînent au sol. Aurore est couchée sur un petit grabat contre le mur, sous un drap de laine, la tête sur un oreiller sale. Ses mains sont enflées et ses doigts recourbés, ses pieds et ses genoux ont gonflé, et elle a des marques sur le front, au visage et autour des yeux. À côté d'elle, sur une assiette, il y a 2 pommes de terre, un couteau et une fourchette, et Aurore se plaint d'avoir mal aux genoux.

Pour Exilda, cette enfant est en train de mourir, alors elle redescend réclamer un médecin. "Le docteur, c'est pas nécessaire", lui répond Marie-Anne Houde, puisqu'on peut téléphoner pour avoir des remèdes et des onguents. Exilda téléphone donc au curé pour lui demander d'aller voir Aurore, et elle lui conseille aussi d'appeler un médecin.

3 jours plus tard, le 12 février, c'est Marie-Anne Houde elle-même qui lui téléphone.

Les derniers sacrements d'Aurore

Ce matin-là, selon Marie-Jeanne, Marie-Anne Houde monte chercher Aurore. "Tu n'es pas pour passer la journée au lit, ma vache", lui lance-t-elle. Aurore descend, elle tombe contre le poêle, et sa belle-mère lui donne 3 coups de manche de fourche dans le dos, pendant que Télesphore est au bois.

Dans la journée, quand Exilda arrive, Aurore est couchée dans une chambre du rez-de-chaussée, sans connaissance, et c'est encore elle qui téléphone au curé. Ferdinand Massé appelle Oréus Mailhot pour qu'il le conduise, et en 15 minutes, les 2 hommes sont là. Le curé donne à Aurore les derniers sacrements, et comme sa belle-mère refuse de la retourner, c'est Oréus Mailhot qui le fait, et sur ses bras et ses jambes, il voit des blessures tous les 5 à 7 centimètres.

Le juge de paix fait venir 3 voisins, Adjutor Gagnon, Alphonse Chandonnet et Arcadius Lemay, pour qu'ils voient l'enfant de leurs propres yeux. Quand on demande à Marie-Anne Houde depuis quand Aurore a ces blessures, elle répond "Depuis ce matin", et à Adjutor, elle parle d'une méningite, en ajoutant que le petit frère d'Aurore est mort "de la même maladie". Alphonse Chandonnet part chercher Télesphore, qui rentre vers 16h, puis le docteur Lafond arrive, mais il n'y a plus rien à faire.

Aurore Gagnon meurt vers 19h, sans avoir repris connaissance. Elle a 10 ans et 8 mois.

54 blessures

Le lendemain, le coroner William Jolicoeur arrive de Québec avec le docteur Albert Marois, un spécialiste de la médecine légale, et Lauréat Couture, un constable de la police provinciale chargé de réunir les preuves. L'autopsie a lieu dans le soubassement de la sacristie de l'église, et Albert Marois compte 54 blessures, dont il retiendra 50 qui viennent de coups, les autres étant des plaies causées par l'infection. Au-dessus du sourcil droit, il relève un enfoncement qu'il attribue à un coup direct, une partie de la jambe gauche est gangrenée, et sous le cuir chevelu décollé, il trouve près d'un demi-litre de liquide mêlé de pus et de sang.

Aucune de ces blessures n'est mortelle à elle seule. Pour Albert Marois, Aurore est morte d'un empoisonnement général du sang causé par toutes ces plaies infectées, et l'autopsie montre "d'une façon évidente" qu'elle n'a pas reçu les soins que demandait son état. Ses viscères partent à Montréal, au laboratoire médico-légal du docteur Wilfrid Derome, qui ne trouvera aucun poison.

Le jour même, à l'église, un jury de 6 personnes entend 7 témoins, et Marie-Jeanne, qui a 12 ans, jure qu'elle n'a jamais vu son père ni sa belle-mère corriger Aurore. Pourtant, le 14 février, le jour où Aurore est enterrée au cimetière de Fortierville, après une messe célébrée par le curé Massé, Télesphore Gagnon et Marie-Anne Houde sont arrêtés, puis conduits en prison à Québec.

Le mensonge de Marie-Jeanne

Le 18 mars, après les enquêtes préliminaires, la cour de police retient contre les 2 époux une accusation de meurtre, et le 13 avril 1920, le procès de Marie-Anne Houde s'ouvre devant les assises criminelles de Québec, présidées par le juge Louis-Philippe Pelletier. Elle a 30 ans, elle est enceinte, elle se présente voilée, et les journaux de tout le Québec suivent chaque audience.

Le 15 avril, c'est au tour de Marie-Jeanne. À la barre, elle pleure à plusieurs reprises, au point de demander une pause, et quand la défense lui rappelle ce qu'elle a juré devant le coroner, elle reconnaît qu'elle a menti, parce qu'elle avait peur de recevoir "une bonne volée". Gérard, qui a la grippe, est entendu à l'hôpital, et il confirme ce que disent les autres enfants.

Face à ces témoignages, les avocats de l'accusée, Joseph-Napoléon Francoeur et Marc-Aurèle Lemieux, renoncent à plaider l'innocence, et ils plaident la folie. Des médecins aliénistes examinent Marie-Anne Houde, mais à la barre, ils ne sont pas d'accord entre eux. Le 21 avril, après près de 3 heures d'instructions du juge, les jurés délibèrent 10 minutes seulement, ils rejettent la folie, et Marie-Anne Houde est déclarée coupable du meurtre d'Aurore.

Le 23 avril, le procès de Télesphore s'ouvre devant un autre juge, Joseph-Alfred Désy, parce que le juge Pelletier est épuisé. Le procès établit qu'il a battu Aurore, et sa défense plaide donc qu'il était sous l'influence de sa femme, qu'il était souvent absent et qu'elle lui racontait des mensonges sur la petite pour qu'il la punisse. Le 29 avril, le jury le déclare coupable d'homicide involontaire, et le 4 mai, le juge Désy le condamne à la prison à vie. Pour Marie-Anne Houde, la date est fixée depuis le 21 avril, puisque le juge Pelletier l'a condamnée à être pendue le 1er octobre 1920.

Des jumeaux en prison

Le 8 juillet 1920, à la prison de Québec, Marie-Anne Houde accouche de jumeaux, et le 29 septembre, 2 jours avant la date prévue pour l'exécution, après une campagne en faveur de la clémence, sa peine est commuée en prison à vie. Elle est transférée au pénitencier de Kingston, en Ontario, puis libérée à l'été 1935, quand un cancer ne lui laisse plus que quelques mois à vivre, et elle meurt à Montréal le 12 mai 1936. Télesphore, lui, sort de prison le 8 juillet 1925, après 5 ans, pour bonne conduite ou parce qu'on le croit atteint d'une tumeur à la gorge, selon les versions. Il retourne vivre à Fortierville, il se remarie, et il y meurt le 30 août 1961, à 78 ans.

Pendant que le couple est en prison, le 17 janvier 1921, moins d'un an après la mort d'Aurore, 2 comédiens, Léon Petitjean et Henri Rollin, créent à Montréal le mélodrame Aurore l'enfant martyre. La pièce tourne au Québec, en Ontario, dans les Maritimes et jusqu'en Nouvelle-Angleterre, et jusqu'aux années 1950, elle est jouée plus de 5 000 fois.

En 1951, quand la société France-Film prépare un film tiré de la pièce, Télesphore Gagnon et des membres de sa famille essaient d'en bloquer la sortie en justice, sans y arriver. La petite Aurore l'enfant martyre sort le 25 avril 1952, puis en 2005, Luc Dionne réalise un nouveau film, Aurore, et le 7 décembre 2015, Fortierville reconnaît officiellement Aurore Gagnon comme personnage historique.

Sur scène, chaque soir, le public retrouve une marâtre qu'il peut détester, si bien que pendant des décennies, c'est surtout elle que le Québec retient, beaucoup plus que les adultes qui ont vu Aurore sans la sortir de cette maison.

Le doute, 100 ans après

En 2021, Daniel Proulx, un auteur spécialisé dans les affaires criminelles, publie Aurore, le mensonge du siècle. Il y soutient qu'Aurore n'aurait peut-être pas subi le martyre qu'on a raconté, et que Marie-Anne Houde aurait probablement été victime d'une erreur judiciaire. Plus de 100 ans après, l'affaire divise donc encore, et certains points du dossier posent effectivement question, puisqu'en 1920 déjà, la défense reprochait au docteur Marois de ne pas avoir examiné la moelle épinière, que l'analyse des viscères n'a trouvé aucun poison et que Marie-Jeanne a d'abord juré le contraire de ce qu'elle a dit au procès. Sauf que des témoins qui ne vivaient pas dans la maison, Exilda Lemay, Marguerite Leboeuf, Mme Hamel ou Adjutor Gagnon, ont vu les blessures de leurs propres yeux, et que les 54 blessures, elles, ont bien été comptées à l'autopsie.

En décembre 2025, le documentaire Aurore, entre mythe et réalité, diffusé sur ICI Télé, revient sur l'affaire à partir des archives et des objets saisis en 1920. Le Québec, lui, a mis longtemps à protéger vraiment ses enfants. Une première loi est adoptée en 1944, sous le gouvernement d'Adélard Godbout, mais elle n'est jamais appliquée, et c'est seulement en 1979 qu'entre en vigueur la Loi sur la protection de la jeunesse, qui permet à l'État d'intervenir dans une famille pour protéger un enfant. Au Manitoba, dans l'affaire Phoenix Sinclair, les services de protection de l'enfance connaissaient pourtant une petite fille de 5 ans depuis le jour de sa naissance. En 2019, une fillette de 7 ans meurt à Granby alors qu'elle était suivie par la DPJ, et sa mort conduit le gouvernement à créer une commission spéciale sur la protection de la jeunesse.

Aurore avait 10 ans. Pour son institutrice, c'était une petite fille tranquille, sage et obéissante.

L'affaire Aurore Gagnon en vidéo ⬇️

Sources :

Grands mystères de l'histoire canadienne, déposition d'Exilda Auger au procès de Marie-Anne Houde, 14 avril 1920 : https://canadianmysteries.ca/sites/gagnon/proces/roicontremarieannehoude/140fr.html
Grands mystères de l'histoire canadienne, déposition de Marie-Jeanne Gagnon au procès de Marie-Anne Houde, 15 avril 1920 : https://canadianmysteries.ca/sites/gagnon/proces/roicontremarieannehoude/138fr.html
Grands mystères de l'histoire canadienne, déposition du docteur Albert Marois à l'enquête du coroner, 13 février 1920 : https://canadianmysteries.ca/sites/gagnon/mortetrange/enqueteducoroner/329fr.html
La Presse, compte rendu du procès et des démarches à Québec, 17 avril 1920 : https://canadianmysteries.ca/sites/gagnon/proces/roicontremarieannehoude/152fr.html
Grands mystères de l'histoire canadienne, chronologie de l'affaire Aurore Gagnon : https://canadianmysteries.ca/sites/gagnon/contextes/chronologie/indexfr.html
Radio-Canada, le documentaire Aurore, entre mythe et réalité, 8 décembre 2025 : https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2212236/aurore-documentaire-histoir-mythe-realite