Affaire Ana Kriégel : 14 ans, frappée à mort dans une ferme

Le lundi 14 mai 2018, à 16h55, à Leixlip, près de Dublin, en Irlande, on sonne chez les Kriégel, et pour une fois, c'est pour Ana. Elle a 14 ans, et depuis son entrée au collège, elle ne s'est fait aucune amie, si bien que quand elle remonte chercher son sweat à capuche noir, son père la trouve contente, et elle lui dit qu'elle n'en a pas pour longtemps. Quand sa mère l'apprend, elle s'inquiète tout de suite, parce qu'elle connaît sa fille, et personne ne vient jamais la chercher. 3 jours plus tard, dans une ferme abandonnée au bord du parc où elle est partie, un policier aperçoit une forme sur le sol, dans la pénombre.

Ana Kriégel, la petite fille venue de Sibérie

Dans le salon des Kriégel, Ana peut passer des heures à répéter ses mouvements de danse. Elle chante, elle nage très bien, mais ce qu'elle préfère, c'est danser, au point qu'elle est entrée dans une troupe de Leixlip, Dance LA. Elle crée aussi ses propres chaînes YouTube, et son hôtel, l'AnaLove Hotel, elle en dessine les plans dans le moindre détail.

Geraldine et Patric, eux, ont attendu Ana pendant des années. Elle s'appelle en réalité Anastasia, elle est née le 18 février 2004 à Novokouznetsk, une ville industrielle de Sibérie, en Russie, et toute petite, elle est placée dans un orphelinat. Près de Dublin, Geraldine et Patric Kriégel, un Français originaire de Paris, espèrent depuis longtemps pouvoir adopter un enfant. Le 10 août 2006, quand un tribunal valide enfin l'adoption de cette petite fille de 2 ans et demi, c'est pour eux le plus beau jour de leur vie, et pour l'annoncer à leurs amis, ils leur offrent une poupée russe, avec à l'intérieur une photo d'Ana.

Ils lui laissent son prénom russe, pour qu'elle garde un lien avec ses racines, et chaque année, Ana fête 2 anniversaires, le 18 février, le jour de sa naissance, et le 10 août, le jour de son adoption. Elle sait aussi qu'en Russie, elle a 2 petites sœurs, et qu'elle doit bientôt les rencontrer pour la première fois.

Leixlip est une ville-dortoir au bord de la Liffey, à une vingtaine de kilomètres de Dublin, là où Arthur Guinness a ouvert sa première brasserie au 18e siècle. Les Kriégel habitent à Newtown Park, et non loin de chez eux, il y a le parc Saint-Catherine, qui longe la rivière jusqu'à Lucan.

Une adolescente qu'on traite de bizarre

En septembre 2017, quand Ana entre au collège, Geraldine est terrifiée. À l'école primaire, une enseignante spécialisée aidait sa fille, qui avait du mal à suivre et à se faire des amis, et pour Patric, ce sont de très belles années. Mais cette enseignante a prévenu Geraldine, Ana est si vulnérable et si innocente que les autres risquent de se moquer d'elle.

C'est exactement ce qui arrive. Ana mesure 1,75 m à 14 ans, alors on se moque de sa taille, et on se moque aussi de son adoption, au point que des élèves lui disent qu'elle a de "faux parents". Elle ne se fait aucune amie, elle rentre à la maison avec des histoires tristes, et elle répète à son père qu'on la traite de bizarre. Pourtant, Ana est incapable de détester qui que ce soit, même ceux qui la harcèlent, et devant les jurés, Patric la décrira en une phrase, "Elle était elle-même, elle était pleine de vie".

En ligne, c'est encore pire. Sur Snapchat, sur Instagram et sur YouTube, Ana reçoit des messages à caractère sexuel et des menaces de mort, dont l'une promet de la faire "exécuter". Ses parents lui demandent les mots de passe de tous ses comptes, et selon son père, ils découvrent qu'Ana a aussi créé de faux comptes pour s'envoyer à elle-même des messages méchants. Aux États-Unis, dans l'affaire Bianca Devins, une jeune fille de 17 ans qui trouvait refuge en ligne y subissait aussi du harcèlement depuis au moins 2 ans. Un matin, Ana part même au collège avec un œil au beurre noir dessiné sur le visage, et pour sa mère, c'est sa façon de montrer la douleur qu'elle ressent à l'intérieur.

À l'automne 2017, Ana aide à encadrer une fête d'Halloween quand 4 garçons plus âgés s'approchent d'elle. L'un d'eux lui annonce qu'elle va coucher avec lui, et quand elle répond non et s'éloigne, il lui donne une claque sur les fesses. Ses parents préviennent la police, et le garçon reçoit un avertissement officiel.

Ana va mal, au point qu'en 2017, elle se fait du mal, une fois. En 2018, ses parents l'emmènent voir une conseillère aux Kildare Youth Services, un service d'aide aux jeunes du comté, et Ana y parle de ses idées noires. Pour une adolescente aussi timide, se confier à une inconnue, c'est loin d'être facile, mais elle y va quand même, parce que Geraldine le sait, ce que sa fille veut plus que tout, c'est trouver quelqu'un qu'elle pourrait appeler sa meilleure amie.

Un visiteur à 16h55

Le lundi 14 mai 2018 au matin, Geraldine écrit à Ana un mot pour qu'elle puisse quitter le collège plus tôt, puisqu'elle a rendez-vous avec sa conseillère. Elle l'embrasse, et elle part à une réunion dans le centre de Dublin. C'est la dernière fois qu'elle voit sa fille vivante.

Après sa séance, Ana rentre à la maison, où son père est là. Elle enlève son uniforme, et à 16h02, elle appelle sa mère, puis elle rappelle une minute plus tard, mais Geraldine est en réunion, alors elle lui répond par SMS.

Ana est remontée dans sa chambre quand, à 16h55, on sonne. C'est Patric qui ouvre, et devant lui, il y a un garçon de 13 ans qui n'est jamais venu à la maison, et qui demande à voir Ana. Son nom, on ne le donnera pas ici, parce que la loi irlandaise protège son identité, et pour la suite, on l'appellera le garçon B. Ana descend, et Patric la voit chuchoter avec lui sur le pas de la porte. Elle remonte chercher son sweat à capuche noir, celui qu'elle met tout le temps, et pour Patric, elle a l'air contente. C'est assez logique finalement, parce que pour une fois, quelqu'un est venu la chercher. Ana dit à son père qu'elle n'en a pas pour longtemps, et elle part avec le garçon vers le parc Saint-Catherine.

"Personne ne vient jamais chercher Ana"

Vers 17h10, dans le train du retour, Geraldine rappelle sa fille, et elle tombe directement sur la messagerie, ce qui ne ressemble pas du tout à Ana. Quand elle arrive à la maison, Patric lui explique qu'Ana est sortie avec un garçon. Pour beaucoup de parents, une adolescente solitaire qui sort enfin avec quelqu'un de son âge, ce serait une bonne nouvelle. Sauf que Geraldine connaît sa fille, et personne ne vient jamais la chercher.

Peu après 17h30, elle lui envoie un SMS pour qu'elle rentre tout de suite, puis un deuxième, beaucoup plus sec, "Réponds-moi maintenant ou j'appelle la police". Ana ne répond à aucun des 2. Geraldine court dans le parc Saint-Catherine, puis elle prend sa voiture et elle tourne dans les rues de Leixlip, pendant que Patric et elle cherchent où habite ce garçon. Vers 21h, ils signalent la disparition d'Ana au commissariat de Leixlip.

À 22h45, le garda Conor Muldoon sonne chez le garçon B. L'adolescent se tient derrière sa mère, dans l'entrée, et il explique qu'il est allé au parc avec Ana, puis qu'il l'a laissée là-bas à 17h40 pour rentrer faire ses devoirs. Ce qu'elle a fait ensuite, il dit qu'il n'en sait rien.

2 hommes dans le parc

Le mardi 15 mai au matin, le sergent John Dunne retourne voir le garçon B, et cette fois, son histoire contient un nouveau personnage. S'il est allé chercher Ana, c'est pour rendre service à un ami de leur âge, dont le nom est lui aussi protégé, et que l'on appellera le garçon A. D'après le garçon B, Ana a un faible pour lui, et le garçon A voulait la voir au parc pour lui dire qu'il n'était pas intéressé. Une fois les 2 réunis, le garçon B est parti.

En pleines recherches, le sergent Dunne croise justement le garçon A et son père dans le parc, et le garçon A raconte la même chose. Ana lui a demandé de sortir avec lui, il a refusé, et chacun est parti de son côté. Seulement, il ajoute un détail. En repartant, il a été attaqué par 2 hommes, l'un trapu, d'environ 1,73 m, l'autre grand et mince, d'environ 1,85 m, et il s'est défendu à coups de pied, avant de rentrer chez lui vers 18h, avec des bleus, la lèvre en sang et des blessures aux jambes.

Les blessures sont bien réelles, mais pour les policiers, un garçon de 13 ans qui met en fuite 2 adultes, c'est peu crédible. Et quand un gardien du parc le voit revenir sur place avec son père, il le décrit comme un lapin pris dans les phares.

Un regard de trop

L'après-midi du 15 mai, pendant que la police lance un appel à témoins dans les médias, les policiers demandent au garçon B de refaire devant eux le chemin pris avec Ana, cette fois en présence du garçon A et de son père. Normalement, quand on refait un trajet qu'on a déjà montré le matin même, on passe par les mêmes endroits. Sauf qu'à un moment, le garçon B s'arrête et ne prend plus le même chemin, et c'est là que le sergent Dunne voit les 2 garçons échanger un regard.

Le sergent Aonghus Hussey le voit aussi. "J'ai vu un regard entre le garçon A et le garçon B qui ne m'a pas plu. J'ai tout de suite senti que quelque chose n'allait pas."

Les 2 garçons font chacun une déposition, avec une carte du parc, et leurs versions ne collent pas. Aux États-Unis, dans l'affaire Gannon Stauch, des centaines de personnes se mobilisent aussi pour retrouver un garçon de 11 ans parti jouer chez un ami et jamais rentré. À Leixlip, les recherches continuent, et pour l'instant, les 2 garçons restent des témoins.

Une forme dans la pénombre

Le jeudi 17 mai 2018, l'équipe du sergent Declan Birchall fouille le parc et le champ voisin. Depuis 3 jours, toute la ville cherche Ana, et les recherches se sont étendues aux champs et aux bois entre Leixlip et Lucan. Au bord du parc, il y a Glenwood House, une vieille ferme abandonnée de Laraghcon, sur Clonee Road, du côté de Lucan, dans le comté de Dublin, à environ 3 km de chez Ana. Le garda Seán White regarde dans une pièce du rez-de-chaussée, la pièce 1, et dans la pénombre, il aperçoit une forme sur le sol. Pour lui, c'est "soit un mannequin, soit quelque chose de terrible", alors il appelle à l'aide.

Le sergent Birchall entre dans la pièce, et devant lui, il y a le corps d'Ana. Elle est nue, elle ne porte plus que ses chaussettes noires, et ses cheveux sont collés sur son visage. Ses vêtements et les morceaux de son iPhone sont éparpillés dans la pièce, il y a du sang sur les murs et sur la moquette, et tout près d'elle, il y a un bloc de béton et un gros bâton couverts de sang. Autour de son cou, un ruban adhésif de chantier bleu est en partie enroulé, et 3 de ses doigts sont coincés en dessous.

Partout autour d'elle, il y a ses faux ongles, et pour les enquêteurs, ça veut dire qu'Ana s'est beaucoup défendue.

Un masque de tête de mort

Sur la table d'autopsie, la médecin légiste de l'État, la professeure Marie Cassidy, relève environ 50 zones de blessures. Ana est morte de coups violents à la tête et au cou, elle porte des traces de compression du cou, et la légiste trouve des blessures qui montrent une tentative de pénétration. Pour les enquêteurs, Ana a été frappée avec le bâton peu après être entrée dans la pièce, puis environ 4 fois avec un objet lourd comme ce bloc de béton. Selon l'accusation, quand Geraldine court dans le parc en criant son nom, vers 17h40, sa fille est déjà morte.

Pendant ce temps, le garda Seamus Timmins visionne environ 700 heures d'images de vidéosurveillance, et il ne trouve aucune trace des 2 agresseurs décrits par le garçon A. En revanche, à 17h01, on voit le garçon B avec Ana, et à 17h05, un garçon passe dans le parc avec un sac à dos et des gants, que les policiers identifient comme le garçon A. À 18h03, on le revoit, et cette fois, il boite.

Pour fouiller les 2 maisons, les policiers ont pour consigne de ne pas porter l'uniforme et de ne pas venir en voiture de police, pour ne pas se faire remarquer dans le quartier. Chez le garçon A, ils trouvent un sac à dos avec des genouillères, des protège-tibias, des gants et un tour de cou.

Il y a aussi un masque fait maison, une tête de mort aux yeux découpés et aux dents peintes en rouge.

"Sans commentaire"

Le 24 mai 2018, les 2 garçons sont arrêtés et conduits dans 2 commissariats différents de Dublin. Le garçon A répond presque toujours "sans commentaire" ou "je ne sais pas", et quand on lui annonce qu'on a retrouvé le sang d'Ana sur ses bottes, celles que la police avait saisies pour enquêter sur son agression, il répond "Vous plaisantez ?". Il nie être entré dans la pièce, et il répète que le garçon B ment. Le 25 mai, il est inculpé du meurtre d'Ana.

Le garçon B, lui, parle beaucoup, sauf que son récit change à chaque fois. Lors du 4e interrogatoire, il reconnaît que ce qu'il a dit la veille était un mensonge, et lors du 5e, il admet avoir entendu un cri, avant de raconter qu'Ana est entrée dans la pièce 1 avec le garçon A, qu'il l'a vu l'attaquer, et qu'il s'est enfui. Sa mère est à côté de lui, comme la loi l'exige pour un mineur, et à un moment, il demande si elle peut sortir de la pièce, ce que les policiers refusent.

Pourtant, à la fin de ses interrogatoires, le garçon B est relâché sans être inculpé.

Un club satanique

Le 31 mai 2018, au crématorium de Newlands Cross, les parents d'Ana demandent à chacun de porter des paillettes et de la couleur pour ses obsèques. Sur son cercueil, il y a un drapeau russe, une poupée russe et une petite tour Eiffel, et les danseurs de Dance LA lui font une haie d'honneur.

Le 12 juillet 2018, le garçon B est de nouveau arrêté chez lui, et cette fois, il est inculpé du meurtre d'Ana. Il raconte que le garçon A portait un "masque de zombie", qu'il est entré le premier dans la ferme et qu'il a ramassé un bâton, et qu'Ana pleurait en répétant "Non, non, ne fais pas ça" pendant qu'on lui retirait ses vêtements. Surtout, il parle d'une conversation, environ un mois avant les faits, où le garçon A lui aurait demandé s'il voulait tuer quelqu'un, avant de prononcer le nom d'Ana. Le garçon B dit qu'il a cru à une blague. Chez lui, les policiers ont saisi un cahier avec les règles d'un "club satanique", dont celle-ci, "Agissez normalement, comme si rien ne s'était passé", et pour lui, c'était juste pour s'amuser.

Le ruban adhésif aussi le rattrape, parce que le garçon A affirme n'en avoir jamais eu de pareil, alors que le garçon B reconnaît le lui avoir donné peu de temps avant. Quant au téléphone du garçon A, il contient des recherches sur "Jeff the Killer", un tueur de fiction né sur Internet, et une vidéo sur les méthodes de supplice les plus atroces de l'histoire.

Il contient aussi une recherche sur les "lieux abandonnés de Lucan".

Un procès sans robes ni perruques

Fin avril 2019, quand le procès s'ouvre devant la Cour pénale centrale, à Dublin, les 2 garçons ont maintenant 14 ans, et ce sont les plus jeunes accusés de meurtre de l'histoire du pays. La salle est transformée en tribunal pour enfants. Le juge Paul McDermott et les avocats laissent leurs robes et leurs perruques, le public n'entre pas, et le box reste vide, parce que les 2 garçons s'assoient au fond de la salle, à côté de leurs parents.

Ils plaident non coupable du meurtre, et le garçon A nie aussi l'agression sexuelle aggravée. Ni l'un ni l'autre ne témoigne. Contre le garçon A, il y a son ADN sur le cou d'Ana et sur le ruban adhésif, son sperme sur le haut déchiré d'Ana, et le sang d'Ana sur ses bottes, sur le masque, sur les gants, sur les genouillères et sur le sac à dos. Pour l'expert John Hoade, le garçon A "a soit agressé Ana Kriégel, soit il était tout près d'elle au moment de l'agression". Son avocat, Patrick Gageby, plaide que rien ne prouve que le crime a été préparé, que le contact entre les 2 adolescents a pu être consenti, et que la phrase sur le meurtre n'était qu'une exagération.

Contre le garçon B, il n'y a aucune preuve matérielle, et les jurés regardent ses interrogatoires en entier, soit environ 16 heures. Pour l'accusation, il savait ce qui allait arriver, il a attiré Ana dans la ferme, il a fourni le ruban adhésif, et il a menti encore et encore. Son avocat, Damien Colgan, soutient qu'il ne savait rien et qu'il avait peur du garçon A, parce que s'il avait connu un projet de meurtre, il n'aurait jamais promené Ana devant les caméras. Le juge écarte le témoignage d'un psychologue qui voulait expliquer ses mensonges par un stress post-traumatique, et il refuse de laisser aux jurés la possibilité d'un homicide involontaire, si bien que pour chacun des 2 garçons, ils n'ont plus que 2 réponses possibles, coupable de meurtre ou non coupable.

14 heures et 24 minutes

Les jurés délibèrent pendant 14 heures et 24 minutes, sur 5 jours. Le 18 juin 2019, à 14h02, à l'unanimité, les 2 garçons sont reconnus coupables du meurtre d'Ana, et le garçon A est aussi reconnu coupable d'agression sexuelle aggravée. Pendant une trentaine de secondes, personne ne dit rien. Le garçon A semble pleurer, et le garçon B se prend la tête dans les mains. Son père, lui, se met à crier, il insulte la cour, il hurle que son fils est innocent, et quand les 2 garçons sont emmenés, il applaudit d'un air moqueur. Geraldine et Patric, eux, restent calmes, et ils remercient les jurés d'un signe de tête.

Le 29 octobre 2019, à l'audience sur la peine, Geraldine lit la déclaration de la famille. "La vie sans Ana n'est plus une vie, ce n'est même plus une existence. C'est une misère que nous devrons endurer pour le reste de nos vies." Le garçon B, lui, maintient qu'il s'est enfui, et il dit regretter de ne pas être intervenu.

Ce jour-là, on apprend aussi que le garçon A, qui a tout nié pendant le procès, a fini par reconnaître devant des psychiatres qu'il a causé la mort d'Ana. Il dit l'avoir immobilisée par une prise au cou en l'étranglant, l'avoir frappée à coups de pied et avec le bâton, puis avec le bloc de béton, à 3 reprises. L'agression sexuelle, en revanche, il la nie toujours.

Une seconde chance

Le 5 novembre 2019, le juge McDermott souligne que le garçon A a préparé son crime, avec un très haut degré de violence et de terreur pour Ana, et qu'aucun des 2 ne souffre de trouble mental. Le garçon A est condamné à la détention à perpétuité, avec un réexamen de sa peine au bout de 12 ans, et à une peine pour l'agression sexuelle qui s'exécute en même temps. Le garçon B est condamné à 15 ans de détention, avec un réexamen au bout de 8 ans. Le juge leur dit qu'ils auront un jour une seconde chance, celle-là même qu'ils ont refusée à Ana.

Les 2 garçons sont d'abord détenus au centre pour mineurs d'Oberstown, au nord de Dublin, avant d'être transférés dans une prison pour adultes à leurs 18 ans, et leur anonymat est protégé à vie. En juin 2022, Patric Kriégel meurt chez lui, à Leixlip, 4 ans après sa fille, et en octobre, le garçon B retire l'appel qu'il avait formé contre sa condamnation.

En mars 2025, la Cour suprême d'Irlande décide qu'un enfant condamné pour meurtre ne doit recevoir une peine de perpétuité que dans des cas exceptionnels. En janvier 2026, le juge McDermott reconnaît qu'il n'a pas le pouvoir de réexaminer la peine de 15 ans du garçon B, qui a aujourd'hui 21 ans. Le garçon A, lui, fait appel de sa condamnation à perpétuité, et la Cour d'appel a fixé l'audience au 4 février 2027. Aucune date de libération n'a été rendue publique.

À son entrée au collège, Ana avait écrit ses espoirs pour l'avenir. Elle voulait aller à l'université à Paris, comme son père, avoir un chien, peut-être se marier, et elle terminait par ces mots. "J'espère que tout le monde que je rencontrerai sera gentil."

L'affaire Ana Kriégel en vidéo ⬇️

Portrait souriant d'Ana Kriégel, 14 ans, à Leixlip en Irlande, affaire Ana Kriégel
Portrait souriant d'Ana Kriégel, 14 ans, à Leixlip en Irlande, affaire Ana Kriégel