Tuerie de Polytechnique : 14 femmes tuées en 20 minutes


Le mercredi 6 décembre 1989, à 17h10, au deuxième étage de l'École polytechnique de Montréal, un étudiant présente son exposé quand un homme entre dans la classe, sa carabine dans les 2 mains, et tire un coup de feu dans le plafond. Il ordonne aux étudiants de se séparer, les filles à gauche, les gars à droite, et d'abord, personne ne bouge, parce qu'en fin de session, tout le monde est épuisé et beaucoup croient à une blague. Il répète son ordre, plus fort, puis il fait sortir tous les garçons. Dans la salle, il ne reste plus que lui et 9 étudiantes en génie.
Geneviève Bergeron, douée pour tout
En ce début décembre, les étudiants de Polytechnique préparent leurs derniers examens et présentent leurs derniers exposés. L'école se trouve sur le campus de l'Université de Montréal, qui s'étend sur le flanc du mont Royal, la colline couverte d'arbres au milieu de la ville, et c'est elle qui forme les ingénieurs de la province.
Geneviève est en deuxième année, et elle partage un appartement avec sa meilleure amie. Sa mère, Thérèse Daviau, est l'une des premières femmes élues au conseil municipal de Montréal, et pour sa petite sœur, Catherine, Geneviève est une fille douée pour tout et très gentille, qui donne à chacun l'impression d'être important, sans même s'en rendre compte.
Dans les salles de cours, les jeunes femmes comme elle sont encore peu nombreuses, parce que pendant des décennies, le génie a été un métier d'hommes. Pourtant, elles sont là, en génie mécanique, chimique ou métallurgique, parce qu'elles veulent devenir ingénieures. Sauf que ce 6 décembre, vers 16h40, au deuxième étage, un homme de 25 ans est assis sur un banc, à l'entrée du bureau des inscriptions.
Un homme sur un banc
L'homme bloque à moitié le passage, au point que les étudiants doivent l'enjamber, et il fouille dans un sac en plastique sans montrer ce qu'il contient. Quand une employée lui demande si elle peut l'aider, il ne répond pas, et il s'en va. Cet homme n'est pas étudiant à Polytechnique. Il s'appelle Marc Lépine, et ce n'est pas le nom qu'il porte à sa naissance.
Il voit le jour le 26 octobre 1964, à Montréal, sous le nom de Gamil Gharbi. Son père, Rachid Gharbi, est un immigré algérien qui vend des fonds de placement, et sa mère, Monique Lépine, est infirmière. En 1967, une petite sœur arrive, Nadia. Derrière la porte de la maison, Rachid est violent avec sa femme et avec ses enfants. Quand Monique fait une faute de frappe en lui servant de secrétaire, il la gifle, et un jour, il frappe son fils au visage si fort que les marques restent visibles pendant une semaine. Il interdit aussi toute tendresse, parce que pour lui, consoler un enfant, c'est le gâter.
Le garçon qui change de nom
Monique finit par partir quand son fils a environ 5 ans, et la séparation devient officielle en 1971. Très vite, Rachid cesse tout contact, si bien que son fils ne le reverra jamais. Le garçon grandit en enfant timide et secret, qui ne parle pas de ses problèmes, et à 14 ans, il entame les démarches pour abandonner le nom de son père. Il prend celui de sa mère, Lépine, avec un nouveau prénom, Marc, et le changement devient officiel en 1981.
Comme il n'a plus de père, sa mère l'inscrit à un programme de Grands Frères, qui associe un garçon à un homme adulte bénévole. Pendant environ 2 ans, ça se passe bien. En 1979, ce grand frère est arrêté, soupçonné d'agressions sur de jeunes garçons. Marc et cet homme ont toujours affirmé qu'il ne s'était rien passé entre eux, mais pour l'adolescent, c'est encore un homme qui disparaît de sa vie.
En septembre 1981, à 17 ans, il veut entrer dans les Forces armées canadiennes comme élève-officier, et il est recalé à l'entretien. Plus tard, il écrira qu'on l'avait trouvé "antisocial". En août 1982, il entre au cégep de Saint-Laurent, l'étape qui sépare le secondaire de l'université au Québec, et il échoue à 2 cours dès le premier semestre. Il se rattrape ensuite, et au bout d'un an, il passe à une formation technique en électronique, jusqu'à ce qu'en février 1986, à la dernière session, il arrête d'y aller, sans explication.
Pendant ce temps, il travaille à temps partiel dans l'hôpital où travaille sa mère, où il sert les repas et fait l'entretien. En 1987, 2 ans avant Polytechnique, il est renvoyé, pour son comportement agressif et son manque de respect envers ses supérieurs, et selon l'enquête de police menée après le drame, il aurait alors décrit à des proches un projet de tuerie suivie de sa propre mort.
Un cadeau d'anniversaire en avance
Ce dont Marc rêve vraiment, c'est l'ingénierie, et en 1986, il est admis à Polytechnique, à condition de réussir 2 cours de cégep qui lui manquent. Il laisse traîner pendant plus de 2 ans, et ce n'est qu'à l'hiver 1989 qu'il suit l'un de ces cours, en chimie, où il obtient 100 % à l'examen final. Il postule à nouveau, mais comme il lui manque toujours l'autre cours, Polytechnique refuse son admission.
À l'automne 1989, il vit seul, il n'a pas de travail, et à la mi-octobre, il reçoit le certificat qui lui permet d'acheter une arme à feu. À l'époque, ce certificat suffit, sans formation obligatoire ni long délai, alors le 21 novembre 1989, dans un magasin d'articles de sport de Montréal, il achète une carabine semi-automatique Ruger Mini-14, en expliquant qu'il veut chasser le petit gibier. Il a aussi un couteau de chasse, et dans les jours qui suivent, on le voit plusieurs fois dans les couloirs de Polytechnique.
Le 2 décembre, il passe voir sa mère, et il lui apporte un cadeau d'anniversaire. Offrir un cadeau en avance, en soi, n'a rien d'étrange, sauf que son anniversaire est dans plusieurs semaines, et Monique se demande pourquoi il n'attend pas. C'est la dernière fois qu'elle voit son fils vivant. Ce mois-là, lui qui a toujours payé son loyer à l'heure ne le paie pas.
Le 6 décembre, il écrit une lettre, qu'il glisse dans sa veste, et en fin d'après-midi, il se rend à Polytechnique.
Les filles d'un côté, les garçons de l'autre
À 17h10, dans la classe des professeurs Adrian Cernea et Yvon Bouchard, un étudiant présente son exposé quand Marc Lépine entre, sa carabine dans les 2 mains. Il tire un coup de feu dans le plafond, puis il ordonne aux étudiants de se séparer, les filles à gauche, les gars à droite. D'abord, personne ne bouge, parce qu'en fin de session, tout le monde est épuisé, et beaucoup croient à une blague. Il répète son ordre, plus fort, il envoie les garçons du côté de la porte et les filles au fond de la classe, puis il ordonne aux garçons de sortir. Les derniers sortent en courant, en pensant encore qu'il tire peut-être à blanc. "Il a tué mes étudiantes. Elles avaient l'âge de ma fille", dira des années plus tard le professeur Adrian Cernea.
Dans la salle, il ne reste plus que lui et 9 femmes. Il s'approche d'elles et il leur demande si elles savent pourquoi elles sont là. Nathalie Provost, 23 ans, lui répond que non. "Je lutte contre le féminisme", dit-il. Elle essaie de le raisonner, en lui disant qu'elles ne sont pas des féministes et qu'elles n'ont jamais lutté contre les hommes.
Pour toute réponse, il ouvre le feu sur le groupe, de gauche à droite.
Une trentaine de balles atteignent les 9 étudiantes. Nathalie Provost est touchée 4 fois, 2 autres jeunes femmes sont blessées, et les 6 autres ne se relèvent pas. Elles s'appellent Hélène Colgan, 23 ans, Nathalie Croteau, 23 ans, Barbara Daigneault, 22 ans, Anne-Marie Lemay, 22 ans, Sonia Pelletier, 28 ans, et Annie St-Arneault, 23 ans. Avant de quitter la salle, il écrit 2 fois le mot "shit" sur le projet d'un étudiant.
La porte de Maryse Laganière
Dans le couloir, il blesse un homme et 2 femmes près des photocopieuses. Il entre dans une autre classe et il vise une étudiante, mais son arme ne fonctionne pas, alors il ressort recharger près d'un escalier de secours, et quand il revient, la porte a été verrouillée. Partout dans l'école, des étudiants s'enferment dans les salles et se cachent sous les tables.
Il passe ensuite devant le service des finances, où travaille Maryse Laganière, 25 ans, la petite dernière d'une famille de 13 enfants. En 1986, un étudiant, Jean-François Larivée, est venu à son bureau payer ses frais d'inscription, il est tombé sous son charme, et en août 1989, ils se sont mariés. Ce soir-là, Maryse a déjà son manteau sur le dos et son sac à l'épaule quand elle comprend ce qui se passe, et elle a le réflexe de verrouiller la porte. Le tireur arrive en courant pour l'en empêcher, il la voit s'éloigner, et il tire à travers la vitre. Maryse est tuée sur le coup.
Il descend ensuite par l'escalier mécanique jusqu'à la cafétéria, où se trouve une centaine de personnes, et dès son arrivée, il touche Barbara Klucznik-Widajewicz, 31 ans. En Pologne, Barbara a déjà une maîtrise en génie économique, mais depuis qu'elle est arrivée à Montréal en 1987 avec son mari, Witold, étudiant en médecine, elle étudie les sciences infirmières, pour pouvoir le suivre partout au Québec. Ce soir-là, ils dînent à Polytechnique, parce que c'est là que les repas coûtent le moins cher sur le campus, et dans la cohue, ils se perdent de vue. Barbara ne survit pas.
Cachées au fond de la cafétéria
Au fond de la cafétéria, 2 étudiantes se sont réfugiées dans une petite pièce de rangement. La première s'appelle Anne-Marie Edward, elle a 21 ans et elle étudie le génie chimique, et la seconde, c'est Geneviève Bergeron. Le tireur les trouve, et toutes les 2 sont tuées là où elles s'étaient cachées.
Au troisième étage, il blesse encore 2 hommes et une femme dans le couloir. Vers 17h25, il entre dans une salle où des étudiants en génie métallurgique écoutent l'exposé de 4 camarades, et il tire sur Maryse Leclair, 23 ans, qui se tient sur l'estrade, avant de se retourner pour tirer sur les premières rangées. Maud Haviernick, 29 ans, et Michèle Richard, 21 ans, essaient de s'enfuir par la porte, et elles sont abattues. Ensuite, il marche dans la salle et il tire sur les étudiants cachés sous les pupitres, il en blesse 3, et il tue Annie Turcotte.
Sur l'estrade, Maryse Leclair est toujours en vie, et elle appelle à l'aide. Il la rejoint, et il la poignarde 3 fois. Il pose son couteau, sa casquette et des boîtes de balles sur le bureau du professeur, il s'assoit sur l'estrade, il enroule son manteau autour du canon de sa carabine, et il se tire une balle dans la tête. Il est 17h28 ou 17h29, et il lui reste 60 balles inutilisées.
Des policiers qui attendent dehors
En une vingtaine de minutes, il a tué 14 femmes et il a blessé 14 personnes, 10 femmes et 4 hommes. Pourtant, dès 17h14, quelqu'un appelle la police. Le problème, c'est que le campus est immense, et que les étudiants qui appellent ne connaissent pas l'adresse exacte de leur propre école. À 17h22, les premiers policiers arrivent devant Polytechnique, et à l'intérieur, le tireur est encore en train de tirer. Seulement, à l'époque, face à un tireur, la règle est de boucler le périmètre et d'attendre le groupe tactique d'intervention, et les policiers restent dehors. 14 voitures de police finissent par entourer l'école, dans une grande confusion, et c'est seulement à 17h35, quand un policier apprend que le tireur se serait donné la mort, que 7 policiers entrent enfin.
Plus tard, la coroner Teresa Sourour conclura qu'aucune des 14 femmes n'aurait pu être sauvée par des secours plus rapides, parce que pour plusieurs d'entre elles, une seule des balles reçues suffisait à tuer. On reproche quand même durement à la police d'avoir attendu dehors, et après Polytechnique, les règles changent, pour que les premiers policiers sur place entrent tout de suite. En 2006, quand un tireur entre au collège Dawson, à Montréal, c'est ce qu'ils font, et ils en seront salués.
Ce soir-là, devant l'école, le policier qui répond aux journalistes s'appelle Pierre Leclair. À un moment, il entre dans le bâtiment pour voir la situation. "En tournant le coin du corridor, j'ai vu ma fille étendue par terre, dans le local. Je l'ai reconnue tout de suite en la voyant. Elle avait les mêmes vêtements que le dimanche précédent, quand elle était venue souper à la maison." Sa fille, c'est Maryse Leclair, et son nom est le premier à être rendu public.
Une lettre dans la veste
Dans la veste du tireur, les policiers trouvent la lettre, datée du jour même. Il y écrit qu'il va mourir pour des "raisons politiques", et qu'il a décidé d'envoyer "Ad Patres", c'est-à-dire dans l'autre monde, "les féministes qui m'ont toujours gâché la vie". Il y cite Denis Lortie, un caporal qui, le 8 mai 1984, avait tué 3 personnes à l'Assemblée nationale du Québec, et à la fin, il dresse une liste de 19 Québécoises qu'il qualifie de "féministes radicales", parmi lesquelles des journalistes, des syndicalistes et 6 policières.
Le 8 décembre 1989, tôt le matin, la journaliste Francine Pelletier reçoit un appel de son patron, à La Presse, parce que la liste a fuité jusqu'au journal, et que son nom est dessus. Le texte de la lettre, lui, reste secret, et ce n'est qu'à l'approche du premier anniversaire de la tuerie qu'elle en reçoit une photocopie, dans une enveloppe anonyme. Elle la fait publier dès le lendemain, sans la liste des noms.
Malgré les protestations, le gouvernement refuse d'ouvrir une enquête publique. Au Manitoba, en 2011, c'est au contraire une commission d'enquête publique qui s'ouvrira sur la mort d'une petite fille, dans l'affaire Phoenix Sinclair.
Au Québec, on se dispute très vite sur le sens de la tuerie. Certains n'y voient que le geste d'un homme seul. D'autres rappellent qu'il a fait sortir les hommes pour ne garder que les femmes, et qu'il a écrit pourquoi, et pour eux, c'est le signe d'une hostilité envers les femmes bien plus répandue qu'on ne veut l'admettre.
14 noms lus à Notre-Dame
Le 11 décembre 1989, plus de 8 500 personnes se rassemblent à la basilique Notre-Dame de Montréal, et dehors, 5 000 d'entre elles suivent la messe par haut-parleurs, dans le froid. Le Québec et Montréal ont décrété 3 jours de deuil, et ce jour-là, 9 des 14 victimes reçoivent des funérailles communes. Au premier rang, il y a la gouverneure générale Jeanne Sauvé, le premier ministre Brian Mulroney et le premier ministre du Québec, Robert Bourassa. Pendant la messe, les noms des jeunes femmes sont lus l'un après l'autre, et à la fin, ce sont des étudiants et des étudiantes qui portent les cercueils.
Hélène Colgan, de Laval, finissait ses 4 années de génie mécanique, et à la fin de la session, elle devait partir au Mexique avec sa meilleure amie, Nathalie Croteau, de Brossard, à qui il restait 3 mois avant son diplôme. Barbara Daigneault jouait du piano, du violon et de la contrebasse, et elle était déjà auxiliaire d'enseignement pour son père, professeur de génie. Anne-Marie Edward faisait du kayak, de l'escalade, de la voile et du ski. Maud Haviernick avait travaillé en design intérieur avant de revenir aux études, parce qu'elle voulait être celle qui décide. Barbara Klucznik-Widajewicz, elle, est enterrée dans sa ville natale de Wroclaw, en Pologne.
Maryse Leclair, l'aînée de sa famille, aimait le punk britannique, et elle terminait sa quatrième année en génie des matériaux. Anne-Marie Lemay avait choisi le génie mécanique parce que les ingénieurs conçoivent aussi des prothèses, et ce soir-là, son amoureux était dans la même classe qu'elle. Sonia Pelletier venait de Saint-Ulric, un village de Gaspésie, et elle avait déjà fini ses cours, mais elle était venue écouter les exposés de ses camarades. Michèle Richard, que ses amis de Lac-Mégantic appelaient "Mimi", devait se fiancer au printemps 1990. Annie St-Arneault, de La Tuque, aimait la poésie, et elle suivait son dernier cours avant son diplôme. Annie Turcotte, enfin, donnait des leçons de natation aux enfants du motel de ses parents, à Granby, et la veille, son frère Donald l'avait aidée pour un travail de physique. "J'étais fier de ma petite sœur", dira-t-il.
Une prière pour la mère du tireur
Le soir du 6 décembre, Monique Lépine ne sait pas encore qui est le tireur. Elle se rend à une réunion de prière, et elle demande au groupe de prier pour la mère de ce jeune homme.
Le lendemain, au travail, elle apprend que cette mère, c'est elle.
Pendant 17 ans, Monique se tait. Sa fille Nadia, qui porte le nom de Gharbi, étudie la photographie au collège Dawson, où elle entend sans cesse parler de son frère en classe, et en 1996, elle meurt d'une overdose. En septembre 2006, après la fusillade du collège Dawson, Monique Lépine accepte enfin de parler, à la télévision. Elle raconte la violence de son ex-mari, elle dit qu'elle n'avait rien vu venir, et elle demande pardon aux familles des 14 victimes. En 2008, elle publie un livre, écrit avec le journaliste Harold Gagné.
Un demi-million de signatures
Ce soir-là, Heidi Rathjen est dans une classe où le tireur n'est pas entré. Moins d'une semaine après la tuerie, une pétition pour un meilleur contrôle des armes part de Polytechnique, et plus d'un demi-million de personnes la signent. Avec une professeure, Wendy Cukier, Heidi fonde ensuite la Coalition pour le contrôle des armes, et dans les années qui suivent, la loi change. Au début des années 1990, il faut désormais une formation et un délai pour acheter une arme, alors qu'en 1989, le tireur n'avait eu besoin que d'un certificat, et en 1995, la loi C-68 crée un permis obligatoire et un registre de toutes les armes à feu du pays.
Mais ce registre ne dure pas. En avril 2012, le gouvernement de Stephen Harper abolit celui des armes d'épaule, et le Québec, qui voulait garder ses données, perd devant la Cour suprême du Canada en mars 2015, et il finit par créer son propre registre. Entre-temps, en 2009, des survivantes, des familles et des étudiants ont fondé PolySeSouvient, avec comme porte-parole Nathalie Provost, la jeune femme qui avait essayé de raisonner le tireur. Finalement, le 1er mai 2020, après la tuerie de Nouvelle-Écosse, le Canada interdit environ 1 500 modèles d'armes de style arme d'assaut, et parmi eux, il y a la Ruger Mini-14, la carabine achetée en 1989 pour "chasser le petit gibier".
14 lumières sur le mont Royal
Depuis 2014, chaque 6 décembre à 17h10, 14 faisceaux de lumière s'allument au sommet du mont Royal, un par un, à l'appel du nom de chacune des victimes. En 2009, le cinéaste Denis Villeneuve a consacré à la tuerie un film, "Polytechnique", et chaque année, l'école remet l'Ordre de la rose blanche, une bourse destinée à une étudiante en génie.
En 1991, le Parlement a fait du 6 décembre la Journée nationale de commémoration et d'action contre la violence faite aux femmes. Pourtant, la haine qui visait ces étudiantes n'a pas disparu. En décembre 2019, juste avant le 30e anniversaire, la police arrête à Montréal Jean-Claude Rochefort, un blogueur antiféministe qui faisait en ligne l'éloge du tireur, et en janvier 2023, il est condamné à un an de prison pour avoir fomenté la haine contre les femmes. Aux États-Unis, dans l'affaire Bianca Devins, il s'est trouvé, là aussi, des internautes pour célébrer en ligne le meurtre d'une jeune fille de 17 ans.
Même les mots ont mis du temps à changer. Sur la place du 6-Décembre-1989, à Montréal, la plaque installée en 1999 parlait d'un "événement tragique", et il faut attendre décembre 2019 pour que la Ville de Montréal la remplace par une plaque qui parle des 14 femmes assassinées lors de l'attentat antiféministe.
Le combat de PolySeSouvient, lui, n'est pas fini. En janvier 2026, Ottawa commence à racheter les armes interdites en 2020. Au printemps, d'après l'association, seule la moitié environ de ces armes a été déclarée, un peu plus de 67 000, par quelque 38 000 propriétaires. Nathalie Provost, la jeune femme de la salle du deuxième étage, est élue députée à Ottawa en avril 2025, et en mai, elle devient secrétaire d'État à la Nature dans le gouvernement de Mark Carney.
Geneviève Bergeron avait 21 ans. Entre la musique et les sciences, elle avait choisi les sciences.
La tuerie de Polytechnique en vidéo ⬇️

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Sources :
La Presse, récit minute par minute et portraits des 14 victimes, 6 décembre 2019 : https://www.lapresse.ca/actualites/2019-12-06/polytechnique-le-recit-d-une-tragedie
La Presse, funérailles à la basilique Notre-Dame (archive du 12 décembre 1989), 1er décembre 2014 : https://www.lapresse.ca/actualites/dossiers/polytechnique-25-ans-plus-tard/201412/01/01-4824069-des-adieux-emouvants-et-grandioses-aux-victimes-de-la-fusillade-de-polytechnique.php
The Globe and Mail, Monique Lépine rompt 17 ans de silence, 25 septembre 2006 : https://www.theglobeandmail.com/news/national/mother-breaks-17-year-silence-for-dawson-victims/article968995/
Radio-Canada International, Francine Pelletier et la liste du tireur, 6 décembre 2024 : https://ici.radio-canada.ca/rci/en/news/2124950/polytechnique-murderer-marc-lepine-had-her-on-his-kill-list-she-never-forgot-the-moment-she-found-out
L'Encyclopédie canadienne, tragédie de Polytechnique, 29 mars 2021 : https://www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/tragedie-de-polytechnique
Wikipédia, tuerie de l'École polytechnique de Montréal : https://fr.wikipedia.org/wiki/Tuerie_de_l%27%C3%89cole_polytechnique_de_Montr%C3%A9al
