Affaire Sébastien Legendre : découpé à sa sortie de prison


Le vendredi 27 janvier 2017, à 9h, Sébastien Legendre, 38 ans, franchit la porte de la prison de Ploemeur, près de Lorient, après 3 mois de détention, et ce matin-là, il n'a qu'une envie, celle de fêter sa liberté. Toute la journée, il retire de l'argent aux distributeurs, d'abord 200 euros, puis 250, pour payer l'alcool et la drogue de la fête, et le soir, vers 23h, il arrive dans une maison du centre-bourg de Melrand, un petit village du centre Bretagne. 3 jours plus tard, dans l'insert de la cheminée de cette maison, les gendarmes trouvent des ossements calcinés.
Sébastien Legendre, 3 mois à Ploemeur
Fin 2016, Sébastien Legendre est condamné à 3 mois de prison pour un refus d'obtempérer et une conduite en état d'ivresse, et ce, en récidive. C'est un vrai délit, évidemment, parce qu'un homme ivre au volant qui refuse de s'arrêter peut tuer quelqu'un. Mais Sébastien n'a rien d'un habitué des cellules. Il ne connaît pas le monde de la prison, et avant qu'il entre, on lui a juste conseillé de se méfier de certaines personnes.
Il vient d'Erdeven, une commune du Morbihan au bord de la mer, près de Carnac. Ceux qui l'aiment parlent d'un homme gentil et généreux, qui aime faire la fête, et c'est d'ailleurs ce qui lui joue des tours, parce qu'il a un problème avec l'alcool. Il purge sa peine à la maison d'arrêt du centre pénitentiaire de Ploemeur, et en prison, on passe ses journées à quelques mètres des mêmes hommes, alors forcément, on finit par se parler.
L'un de ceux avec qui Sébastien se lie s'appelle Frédéric Catrevaux. Il a 36 ans, et lui, la prison, il la connaît par cœur, parce qu'il y entre et en sort depuis l'adolescence, au point qu'en additionnant toutes ses condamnations, on arrive à près de 23 ans de prison. Les 2 hommes n'ont pas grand-chose en commun, et pourtant, pendant ces semaines de détention, ils deviennent amis. Sébastien parle de lui, de sa vie dehors, et un jour, il raconte qu'il a 1 300 euros sur son compte en banque, de quoi repartir sans avoir les mains vides le jour de sa sortie.
Ce chiffre, Frédéric Catrevaux ne l'oublie pas.
Une visiteuse au parloir
À l'automne 2016, une femme de 35 ans vient régulièrement au parloir de Ploemeur. Elle s'appelle Ludivine Quenehen, et elle rend visite à son mari, qui est détenu lui aussi dans cet établissement, et qui est un codétenu de Frédéric Catrevaux.
Ludivine a grandi à Beauvais, dans l'Oise, au milieu de 5 frères et sœurs. Elle décrit une enfance "stricte et sévère", avec une mère dont elle a l'impression qu'elle ne l'aime pas, et un père plutôt protecteur. Adolescente, elle subit des violences sexuelles de la part de son frère aîné, elle fugue, elle est placée, et à 17 ans, elle quitte le foyer familial. Elle tombe enceinte d'une petite fille, elle se marie un an plus tard, et 3 mois après la naissance, son mari la quitte. Avec le temps, elle finit par s'installer avec sa fille dans une maison du centre-bourg de Melrand, un bourg du centre Bretagne d'environ 1 600 habitants, entre Pontivy et Lorient. Comme beaucoup de villages de la région, Melrand se vide depuis un siècle, et personne ne le traverse pour aller ailleurs, si bien que quand on y vient, c'est qu'on a une raison d'y aller.
C'est lors d'un parloir, environ 3 mois avant les faits, que Frédéric croise Ludivine, et pour lui, c'est le coup de foudre. Entre eux, une relation commence, alors que le mari de Ludivine est toujours détenu à quelques mètres de là. Le 26 janvier 2017, Frédéric sort de prison, et devant la porte, c'est Ludivine qui l'attend. "Vu mon passé malsain, je voulais avoir une vie décente avec elle et retaper sa maison", expliquera-t-il. Ce soir-là, il s'installe chez elle, à Melrand, et le lendemain, c'est au tour de Sébastien de sortir.
Quelqu'un l'attend à la sortie
Le vendredi 27 janvier 2017, à 9h, Sébastien récupère ses affaires et franchit la porte du centre pénitentiaire. Devant, il y a une voiture, et dedans, il y a Frédéric et Ludivine, revenus exprès de Melrand pour venir le chercher. Pour Sébastien, c'est plutôt une bonne nouvelle, parce qu'on n'a pas toujours quelqu'un qui vous attend à la sortie de prison, et là, c'est son ami de détention qui a fait le déplacement, pour fêter leur liberté à tous les 2. "On voulait fêter notre sortie", dira Frédéric Catrevaux.
Sébastien monte dans la voiture, et la journée commence. Le trio fait de nombreux trajets, avec des arrêts aux distributeurs de billets, et à chaque fois, c'est Sébastien qui retire de l'argent, d'abord 200 euros, puis 250 euros. Avec ces 450 euros, ils achètent de la cocaïne à Vannes, du cannabis à Pontivy, et de l'alcool, du whisky, de la vodka et de la bière. Tout l'après-midi, ils roulent, ils s'arrêtent, ils repartent, et à chaque étape, ils boivent et ils consomment de la drogue.
Jusqu'ici, on pourrait croire à une sortie de prison qui dérape, 3 adultes qui font la fête n'importe comment avec l'argent de l'un d'eux. Mais pour 2 d'entre eux, cette fête a un tout autre sens.
"Un bon pigeon"
Des années plus tard, devant la cour d'assises, Frédéric Catrevaux le reconnaîtra. Avec Ludivine, ils étaient d'accord pour faire payer toutes les dépenses à Sébastien, et pour "le dépouiller". Selon lui, Ludivine aurait même dit que c'était "un bon pigeon", et Sébastien, il le décrit comme "quelqu'un de vraiment gentil, du genre victime idéale".
Pendant que Sébastien paie les tournées en croyant fêter sa liberté avec des amis, ces 2-là le regardent vider ses poches, et lui ne s'en rend pas compte, parce qu'à mesure que la journée avance, il en est de moins en moins capable.
Au fil des trajets, Ludivine se plaint aussi de gestes de Sébastien, et de paroles déplacées à propos de sa fille. Frédéric, lui, dit avoir prévenu Sébastien qu'il devait arrêter, sinon il allait lui "mettre une patate". Vers 23h, le trio arrive enfin à Melrand, devant la maison du centre-bourg, et ce soir-là, la fille de Ludivine n'est pas là, parce qu'elle est invitée chez une amie.
4,95 grammes
À ce moment-là, Sébastien tient à peine debout. Les analyses montreront plus tard qu'il avait 4,95 grammes d'alcool par litre de sang, et ce, en plus de la cocaïne, du cannabis et de médicaments psychotropes. Frédéric, lui, dit qu'à partir de là, tout devient "un peu flou", parce qu'il commence à être "défoncé".
D'après lui, à table, il y a un premier incident, quand Sébastien brise un verre, puis un second dans le salon, quand il renverse une table ancienne. Toujours selon lui, Ludivine s'énerve, elle gifle Sébastien, et elle commence à dire qu'elle allait "lui faire la peau". À partir de là, il n'y a plus de témoin, il n'y a plus que 2 récits, et ils ne racontent pas du tout la même nuit.
Dans la version de Frédéric, c'est Ludivine qui va chercher un couteau dans la cuisine, pour menacer Sébastien, qu'on maintient sur une chaise, et pour lui faire donner le code de sa carte bancaire. Ensuite, il dit l'avoir vue lui porter 3 coups de couteau, à la gorge et dans le bas du dos.
Dans la version de Ludivine, c'est l'inverse. Elle dit être restée assise sur sa chaise, "tétanisée", pendant que Frédéric se déchaînait. "Il lui a mis une arme à feu sur la tempe, je lui ai dit d'arrêter. Après, il a pris un tournevis et je l'ai encore supplié." Selon elle, Frédéric prend le couteau qui sert à couper le cannabis, il égorge Sébastien, il le retourne, puis il lui porte un coup au ventre et d'autres au niveau du sexe. Elle assure qu'elle n'a porté aucun coup, parce qu'elle n'en serait pas capable.
Les 2 récits ont tout de même un point commun, la carte bancaire. Une fois au sol, Sébastien reçoit encore des coups de pied, des coups de poing et des coups de couteau, et il meurt cette nuit-là, dans la maison de Melrand, quelques heures après sa sortie de prison.
Une cheminée qui brûle encore
Après sa mort, la carte de Sébastien sert à retirer de l'argent. Les 1 300 euros dont il avait parlé en cellule, c'était tout l'intérêt de cette carte, et au final, le retrait rapporte 50 euros. Une vie prise pour presque rien, c'était déjà le cas en 1869, dans l'affaire Troppmann, quand l'assassin de Jean Kinck, qui espérait 5 500 francs, n'en avait trouvé que 212 sur lui.
À Melrand, il y a maintenant un corps dans la maison. Frédéric reconnaît avoir aidé Ludivine à le faire disparaître, et jusqu'au bout, il niera avoir porté les coups de couteau. "Elle m'a dit qu'on allait le découper et le jeter dans un lac", raconte-t-il. Sauf qu'ils ne vont nulle part, et tout se passe sur place, dans la maison. "Elle a commencé par une jambe, elle l'a charcuté. J'ai continué, elle m'expliquait comment faire, je voulais qu'il disparaisse. Un moment, je me suis demandé si tout cela était réel, et j'ai pris des photos avec mon téléphone." Ludivine, elle, conteste avoir participé au découpage.
Pour découper le corps, il y a une scie à métaux et un couteau électrique. Les membres et la tête sont brûlés dans l'insert de la cheminée, celle qui chauffe la maison, et le buste est mis dans un sac-poubelle, puis caché dans le hangar, juste à côté. Pendant que le feu brûle encore, Ludivine nettoie la maison, parce que sa fille ne va pas tarder à rentrer.
Le lendemain, la jeune fille revient avec l'idée de recevoir des amis à la maison. Or d'après Le Parisien, dans la cheminée, la tête de Sébastien serait encore en train de brûler, si bien que le couple aurait dû la cacher. Frédéric montre aussi à l'adolescente les photos qu'il a prises du corps avec son téléphone, et il lui demande de les enregistrer.
Une femme en état de choc
Le dimanche 29 janvier au soir, après 2 jours pendant lesquels personne à Melrand ne sait rien, Ludivine se rend à la brigade de gendarmerie de Pontivy. Elle est en état de choc, et ses déclarations sont confuses. Elle laisse entendre qu'elle a été victime de violences, voire d'agressions sexuelles, de la part de son compagnon, chez elle, et elle évoque aussi la disparition d'un autre homme.
C'est elle qui parle en premier, et ce détail va peser dans tout le dossier, parce que les gendarmes ne savent pas encore s'ils ont devant eux une femme qui vient dénoncer ce qu'elle a subi, ou une femme qui prend les devants pour accuser l'autre la première. Ils se rendent donc à Melrand, et dans la maison, ils interpellent Frédéric.
Le lundi 30 janvier, une vingtaine de gendarmes de la compagnie de Pontivy fouillent la maison. Dans l'insert de la cheminée, ils trouvent des ossements calcinés, et dans un hangar tout proche, un sac-poubelle qui contient le buste d'un homme. Dans la maison, il y a aussi les outils, une scie à métaux, une feuille de boucher et un couteau électrique. Dans le village, la présence des gendarmes ne passe pas inaperçue, et le maire, Charles Boulouard, est sous le choc. "C'est une affaire glauque, sur fond d'alcool et de misère sociale. C'est dramatique. Elle bouscule la vie tranquille des Melrandais."
En garde à vue, Ludivine et Frédéric s'accusent tout de suite l'un l'autre. Frédéric explique que c'est sa compagne qui a porté les coups de couteau, et qu'il a seulement accepté de l'aider à démembrer le corps pour le brûler, alors que Ludivine, elle, accuse Frédéric.
17 côtes cassées
Le 31 janvier, l'autopsie est pratiquée sur le buste retrouvé dans le hangar, et ce qu'elle révèle, c'est un déferlement de violence. Sébastien a reçu au moins 10 coups de couteau, et pourtant, selon la procureure de Lorient, Laureline Peyrefitte, ces coups n'ont pas directement entraîné sa mort. "Des traces de violences graves ont été également localisées au niveau de la cage thoracique faisant penser à de violents coups de pied", explique-t-elle, et au procès, on parlera de 17 côtes cassées.
Le soir même, la procureure donne une conférence de presse, et le mobile est désormais connu. "Lors de la soirée, durant laquelle les trois personnes ont consommé des produits stupéfiants, le couple a cherché à lui dérober sa carte bancaire et à lui extorquer son code."
Vers 21h, Ludivine et Frédéric se retrouvent devant un juge, qui les poursuit pour avoir tué Sébastien afin de lui extorquer son code, et ils risquent tous les 2 la prison à vie. Même là, dans le bureau du juge, ils continuent de s'accuser l'un l'autre, "sur fond de menaces". Frédéric dit avoir agi "par amour éperdu", et il ajoute "J'ai du mal à comprendre comment j'ai pu la suivre aussi loin dans ses délires". L'avocat de Ludivine, Gilles Régnier, demande sa mise en liberté, parce que selon lui, c'est "une femme sous influence, à la fois de son compagnon et de la cocaïne". La juge refuse, alors Ludivine part pour la prison des femmes de Rennes, et Frédéric pour celle de Vézin-le-Coquet, près de Rennes, chacun avec sa version de la nuit.
Deux récits qui ne collent pas
Les enquêteurs ont le corps, les outils, la maison, le mobile et 2 aveux. Il leur manque l'essentiel, puisqu'il n'y a aucun témoin, et que les 2 seules personnes présentes racontent 2 nuits incompatibles. Pendant des mois, il y a des expertises et des confrontations, et en octobre 2018, une reconstitution est organisée à Melrand, dans la maison. Les 2 accusés y rejouent la scène, chacun selon sa version, et ça ne fait que confirmer qu'elles ne peuvent pas être vraies toutes les 2.
En mars 2020, Ludivine attend son procès en prison depuis 3 ans, et elle demande à sortir. Les juges de Rennes refusent, et ce jour-là, un détail du dossier remonte à la surface. Dans sa première version, Ludivine raconte que c'est une histoire de cocaïne qui aurait poussé Frédéric à égorger Sébastien. Sauf que cette affirmation est démentie par les résultats de l'autopsie.
Pour la première fois, un élément qui ne vient ni de la parole de l'un ni de celle de l'autre fragilise une des 2 versions, et c'est celle de Ludivine, la première à avoir parlé aux gendarmes. Ça ne prouve pas pour autant que celle de Frédéric est vraie, parce que dans ce dossier, chaque élément affaiblit l'un des 2 accusés sans jamais innocenter l'autre.
Face à face à Vannes
Le lundi 7 septembre 2020, à 9h, 3 ans et 7 mois après les faits, Ludivine Quenehen, 39 ans, et Frédéric Catrevaux, 40 ans, comparaissent devant la cour d'assises du Morbihan, à Vannes, sous la présidence de Claire Le Bonnois. Ils sont séparés depuis longtemps, et dans le box, ils ne se regardent même pas. Pendant 5 jours, les jurés vont écouter 2 personnes qui racontent la même nuit, dans la même maison, de 2 façons opposées. Ce face-à-face où chacun montre l'autre du doigt, une autre cour d'assises le vivra en Haute-Vienne, avec 2 hommes qui s'étaient eux aussi rencontrés en prison, dans l'affaire du double meurtre de Nexon.
À la barre, les proches de Ludivine se succèdent. Son père, qui la décrit comme "une enfant adorable", dit être "tombé des nues", et il la croit quand elle lui dit qu'elle n'a rien fait. Sa mère, elle non plus, ne la croit pas capable "de faire des choses comme ça", et elle met son parcours sur le compte de mauvaises fréquentations. Son second mari, lui, dresse un tout autre portrait. Pour lui, elle est "la reine des manipulatrices", quelqu'un "qui sait toujours arriver à ses fins et se positionner comme victime".
Frédéric, lui, ne varie pas. "Toute cette affaire, c'est son idée", dit-il, et il le répète, "je n'ai pas voulu la mort de Sébastien". La fille de Ludivine, devenue une jeune femme, est entendue elle aussi comme témoin.
Le jeudi, c'est la famille de Sébastien qui parle. Ses 2 ex-femmes, comme sa petite sœur, sont là jusqu'au bout pour défendre sa mémoire, et sa famille décrit un homme gentil, généreux, qui aimait faire la fête, même s'il se battait contre l'alcool. Sa petite sœur fait face aux 2 accusés, et elle crie sa colère contre "les agissements monstrueux de deux bourreaux qui l'ont découpé comme une pièce de boucher". Dans le box, ni l'un ni l'autre ne réagit.
Un butin lamentable
L'avocate de la famille, Louise Aubret-Lebas, demande une dernière fois aux accusés d'avouer, pour que les proches de Sébastien puissent faire leur deuil. "Sébastien Legendre ne connaissait pas le monde de la prison, on lui avait dit de se méfier de certaines personnes. Il n'a pas eu le flair et il est tombé dans un piège." Pour elle, l'extorsion était préméditée, et elle ne croit ni la version de l'un, ni celle de l'autre. Les psychiatres ont conclu que Ludivine était "plus manipulable qu'agissant dans la manipulation", sauf que l'avocate rappelle que ses ex-maris, ses anciens employeurs et même le maire d'une commune où elle a vécu disent le contraire, et elle rappelle aussi les violences que Ludivine a déjà commises sur ses 2 conjoints et sur un autre homme. Quant à Frédéric, qui se présente comme un suiveur, il est selon elle "incontrôlable" et a "toujours vécu dans la violence". Alors elle pose la question au cœur de ce procès, celle de savoir qui est à l'origine de ces 10 coups de couteau et de ces 17 côtes cassées.
L'avocat général, Mathieu-Jean Thomas, refuse de choisir entre les 2. Pour lui, rien n'empêche de les condamner tous les 2 pour meurtre, quel que soit leur degré d'implication, parce que "leur responsabilité est largement équivalente". Il parle d'un crime "atroce pour un butin lamentable", et contre chacun d'eux, il requiert 30 ans de réclusion criminelle, avec une période de sûreté de 20 ans.
Vient le tour de la défense. L'avocat de Ludivine, Gilles Régnier, la décrit comme une femme "très influençable, sous emprise", qui aurait agi sous la contrainte d'un Frédéric Catrevaux "qui fait peur". Celui de Frédéric, Jean-Guillaume Le Mintier, pense au contraire que les experts ont pu être dupés par Ludivine. "C'est elle qui l'a poignardé", affirme-t-il. "Il a commis un acte monstrueux, mais ce n'est pas un monstre."
La même peine pour 2
Le vendredi 11 septembre 2020, après 7 heures de délibéré, la cour d'assises du Morbihan rend son verdict. Ludivine Quenehen et Frédéric Catrevaux sont condamnés tous les 2 à 30 ans de réclusion criminelle, assortis d'une période de sûreté de 20 ans, exactement ce qu'avait demandé l'avocat général.
Pour Gilles Régnier, c'est "une peine sévère" pour sa cliente. Jean-Guillaume Le Mintier, lui, annonce que Frédéric n'envisage pas de faire appel, parce qu'il estime que son geste est "abyssal", et que la peine prononcée contre Ludivine "vient accréditer sa version". Du côté de la famille de Sébastien, Louise Aubret-Lebas explique que le verdict correspond à ce que ses clients attendaient. "Ils sont extrêmement soulagés et satisfaits que les deux accusés aient la même peine."
La même peine, donc, pour 2 personnes dont aucune n'a jamais reconnu avoir tué Sébastien, parce que les jurés ont jugé que l'un et l'autre étaient coupables de ce meurtre, sans que personne puisse dire avec certitude lequel des 2 a porté les coups. Ce verdict, Ludivine le refuse, et elle fait appel.
Sébastien Legendre, tué pour 50 euros
En février 2021, Frédéric Catrevaux se retrouve de nouveau devant des juges, pour une tout autre histoire. Sa fille l'accuse de l'avoir violée en 2011, quand elle avait 15 ans, et il est condamné à 12 ans de prison, puis à 10 ans en appel, en novembre 2021. Les jurés de Vannes, eux, ne savaient rien de tout ça, et ces viols ne disent rien de ce qui s'est passé à Melrand.
En septembre 2021, à Rennes, d'autres jurés rejugent Ludivine pendant 5 jours, avec la même question, celle de savoir qui a porté les coups mortels, et à la fin, ils prononcent eux aussi 30 ans. Ludivine tente un dernier recours, mais le 11 janvier 2023, la Cour de cassation le rejette, et les 2 condamnations deviennent définitives. Son avocat de première instance, Gilles Régnier, maintient pourtant qu'"elle n'est pas l'instigatrice de ce crime horrible", et depuis, aucun fait nouveau n'a été rapporté dans l'affaire.
Sébastien Legendre avait purgé sa peine, et le matin du 27 janvier 2017, il était libre. Il est monté dans une voiture pour fêter sa sortie avec un ami, et il a été tué pour 50 euros.
L'affaire Sébastien Legendre en vidéo ⬇️

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Sources :
Le Télégramme, verdict de la cour d'assises du Morbihan, 11 septembre 2020 : https://www.letelegramme.fr/bretagne/meurtre-de-melrand-le-couple-condamne-a-30-ans-de-reclusion-criminelle-11-09-2020-12615300.php
Le Télégramme, la Cour de cassation rejette le pourvoi, 13 janvier 2023 : https://www.letelegramme.fr/bretagne/meurtre-de-melrand-la-cour-de-cassation-rejette-le-pourvoi-de-l-une-des-deux-coaccuses-13-01-2023-13257831.php
Ouest-France, la peine de 30 ans confirmée en appel à Rennes, 17 septembre 2021 : https://www.ouest-france.fr/bretagne/melrand-56310/bretagne-en-appel-les-meurtriers-de-melrand-condamnes-a-trente-ans-de-reclusion-c8721c36-1795-11ec-9f73-6fd91ee9f0dd
Le Télégramme, réquisitions et plaidoiries au 4e jour du procès, 10 septembre 2020 : https://www.letelegramme.fr/bretagne/meurtre-de-melrand-30-ans-de-reclusion-requis-contre-les-deux-coaccuses-10-09-2020-12614720.php
Le Télégramme, la journée du 27 janvier 2017 racontée au procès, 8 septembre 2020 : https://www.letelegramme.fr/morbihan/melrand-56310/melrand-les-deux-accuses-se-rejettent-le-meurtre-sordide-157361.php
Europe 1 (AFP), mise en examen du couple et premières constatations, 1er février 2017 : https://www.europe1.fr/faits-divers/morbihan-mise-en-examen-du-couple-soupconne-davoir-tue-et-demembre-un-homme-2966588
France 3 Bretagne, ouverture du procès en appel, 13 septembre 2021 : https://france3-regions.franceinfo.fr/bretagne/ille-et-vilaine/rennes/assises-le-meurtre-de-melrand-juge-en-appel-a-partir-de-ce-lundi-a-rennes-2248060.html
