Affaire des meurtres de Kičevo : femmes de ménage étranglées

Le dimanche 3 février 2008, au bord de la route qui relie Gostivar à Kičevo, dans l'ouest de la Macédoine, un chauffeur routier s'arrête quelques minutes près d'une station-service, et au fond d'un ravin, il aperçoit une main qui dépasse des déchets. C'est celle de Ljubica Ličoska, une femme de ménage de 56 ans qui avait disparu 3 mois plus tôt en sortant faire ses courses, et elle est nue, enveloppée dans du plastique et ligotée avec un câble de téléphone. Dans son quartier, une autre femme de ménage, Mitra, a déjà été retrouvée attachée avec le même genre de câble en 2005, et 2 hommes ont été condamnés à la prison à vie pour sa mort. Seulement, ces 2 hommes sont en prison depuis, et cette fois, ce ne peut pas être eux.

Une disparition sans bruit

Le vendredi 30 mai 2003, à Kičevo, Gorica Pavleska disparaît de chez elle. C'est une ancienne femme de ménage de 78 ans, elle vit seule, et dans cette petite ville posée sur un plateau, au pied du mont Bistra, une vieille dame qui ne donne plus de nouvelles n'inquiète pas grand monde. On imagine qu'elle a fait un malaise quelque part, loin de tout, ou bien qu'elle est partie travailler à Skopje, la capitale, alors personne ne prend vraiment sa disparition au sérieux.

Kičevo, c'est une ville où les cars passent sans s'arrêter, sur la route de Skopje ou du lac d'Ohrid. Le pays s'appelle encore la République de Macédoine, il est indépendant depuis l'éclatement de la Yougoslavie, en 1991, et ce n'est qu'en 2019 qu'il prendra le nom de Macédoine du Nord. Ici, il ne se passe presque rien, et pourtant, une femme âgée qui ne rentre pas chez elle ne fait même pas la une des journaux.

Les semaines passent, puis les mois, et personne ne retrouve la moindre trace de Gorica, si bien que petit à petit, la ville finit par l'oublier.

Un an et demi plus tard, dans le même quartier, une autre femme de ménage à la retraite ne donne plus signe de vie.

Mitra Simjanoska ne revient pas

Mitra Simjanoska a 64 ans. Comme Gorica, elle a passé sa vie à faire des ménages pour gagner de quoi vivre, et maintenant qu'elle est à la retraite, elle vit dans son appartement de Kičevo. Le mardi 16 novembre 2004, elle disparaît. Dans son appartement, il n'y a aucune trace d'effraction, rien qui montre qu'on l'a forcée à partir, et personne ne sait dans quelles conditions elle a quitté son immeuble, ni avec qui. Les jours passent, Noël arrive, puis le Nouvel An, et Mitra est toujours introuvable.

Le mercredi 12 janvier 2005, un homme qui ramasse de la ferraille pour la revendre fouille un chantier abandonné, à la sortie de la ville. C'est celui d'un centre sportif qui n'a jamais été terminé, et au pied d'un pilier d'acier, il y a un trou peu profond. En s'approchant, le ferrailleur s'arrête, parce qu'au fond, il y a un sac en plastique, et dans ce sac, le corps nu d'une femme.

Un câble de téléphone

C'est Mitra. Ses jambes sont attachées avec un câble de téléphone, et selon l'examen du médecin légiste, elle a été frappée, violée, puis étranglée. Surtout, les premières constatations laissent penser qu'elle n'est pas morte le jour de sa disparition, mais bien plus tard, ce qui voudrait dire qu'entre sa disparition et sa mort, elle aurait été retenue quelque part pendant des semaines.

Dans les journaux, c'est le correspondant local qui raconte l'affaire. Il s'appelle Vlado Taneski, il est né à Kičevo en 1952, et depuis 1985, il écrit pour Nova Makedonija, l'un des grands quotidiens du pays. En 2003, quand le journal change de propriétaire, il est licencié, et il continue à la pige, pour Nova Makedonija, pour Utrinski Vesnik et pour l'hebdomadaire Vreme, et pour compléter ses revenus, il vend des climatiseurs. Les faits divers de Kičevo, c'est lui qui les écrit depuis des années, et la mort de Mitra ne fait pas exception.

Très vite, les enquêteurs font un rapprochement. En décembre 2004, dans le village voisin de Malkoec, un vieil homme, Radoslav Božinoski, a été battu et volé chez lui, puis tué. 2 jeunes hommes de la région, Ante Risteski, 28 ans, et Igor Mirčeski, sont arrêtés pour ce meurtre, et pour la police, les 2 crimes se ressemblent. Pendant les interrogatoires, les 2 hommes avouent le meurtre de Radoslav, et ils avouent aussi celui de Mitra.

Des aveux qui ne tiennent pas

En 2005, Ante Risteski et Igor Mirčeski sont jugés pour les 2 meurtres. Le procès est un événement à Kičevo, et Vlado Taneski est dans la salle. Dans Nova Makedonija, il écrit un long article qu'il intitule "Des gants chirurgicaux pour un meurtre monstrueux", et qui commence ainsi, "Menottes aux poignets et le regard scrutateur, Ante Risteski, 28 ans, et son ami Igor Mirčeski…"

Sauf qu'à l'audience, les 2 accusés ne disent plus la même chose qu'au commissariat. Ils reconnaissent avoir tué Radoslav Božinoski, mais pour Mitra, ils nient tout. Ante Risteski explique que les policiers l'ont forcé à avouer, et il affirme qu'il n'a rien à voir avec ce meurtre-là.

Pourtant, les 2 hommes sont reconnus coupables des 2 meurtres, et ils sont condamnés à la prison à vie. Pour la ville, l'affaire Mitra Simjanoska est terminée.

Sauf que sur le corps de Mitra, les légistes ont retrouvé du sperme, et il ne correspond à l'ADN d'aucun des 2 condamnés.

Ljubica ne rentre pas des courses

Le samedi 10 novembre 2007, à Kičevo, Ljubica Ličoska sort faire ses courses. Elle a 56 ans, elle vit dans le même quartier que Mitra, et elle fait le ménage dans des immeubles d'habitation, parce qu'elle a une famille à nourrir. Ses proches le disent, Ljubica se bat contre la pauvreté, et ce sont ces ménages qui font vivre les siens. Ce samedi-là, elle ne rentre pas.

Son fils, Duko, ne la voit pas revenir, et 2 jours après la disparition de sa mère, il prévient la police. Ensuite, comme il sait où elle passe ses journées, il fait lui-même le tour des immeubles où elle travaille, mais il ne la trouve nulle part.

À Kičevo, la nouvelle fait parler, parce que tout le monde se souvient de Mitra, retrouvée au fond d'un trou 3 ans plus tôt. Sauf que les 2 hommes condamnés pour ce meurtre-là sont en prison depuis 2005, alors ce ne peut pas être eux. Les semaines passent, puis les fêtes de fin d'année, et la famille de Ljubica continue d'attendre. Il faut près de 3 mois, et un chauffeur routier qui a besoin d'une pause, pour que quelqu'un la retrouve.

Une main dans le ravin

Le dimanche 3 février 2008, sur la route qui relie Gostivar à Kičevo, au nord de la ville, près d'une station-service, un chauffeur routier s'arrête quelques minutes et aperçoit une main qui dépasse des déchets, au fond d'un ravin. C'est Ljubica. Elle est nue, enveloppée dans du plastique et ligotée avec un câble de téléphone, et comme Mitra, elle a été violée, puis étranglée. Pour le médecin légiste, elle aurait été retenue vivante pendant environ 3 mois avant d'être tuée.

Le mercredi 6 février, dans Utrinski Vesnik, Vlado Taneski signe l'article. Le titre dit que le nouveau crime fait la une à Kičevo, et il écrit que "les rumeurs vont bon train". Il avance même une hypothèse, puisque le corps a été jeté tout près de la route, Ljubica aurait pu être renversée par une voiture, et au lieu de l'emmener à l'hôpital, le conducteur s'en serait pris à elle.

Dans la ville, la peur s'installe. Les femmes âgées n'osent plus sortir seules, et les mères ne laissent plus leurs enfants jouer dans la rue. Une femme retrouvée attachée, qui n'est peut-être pas la première, c'est ce que les policiers de l'Ohio ont compris en fouillant une maison abandonnée, dans l'affaire Shawn Grate. À Kičevo, c'est en repensant à Gorica Pavleska, la vieille dame disparue en 2003 et qu'on croyait partie travailler à Skopje, que les habitants commencent à se poser la même question. Elle aussi faisait des ménages, elle aussi vivait dans ce quartier, et maintenant, plus personne ne pense qu'elle est simplement partie. Le mercredi 7 mai 2008, 3 mois après la découverte de Ljubica, c'est Živana Temelkoska qui disparaît.

Živana Temelkoska, une femme du quartier

Živana a 65 ans, et pendant des années, elle a fait le ménage à l'école primaire de Kičevo. Sa famille vit dans la rue du 11-Septembre, dans le même quartier que les autres victimes, et son fils s'appelle Zoran. Plus tard, un article paraîtra dans la presse locale, selon lequel 2 hommes inconnus seraient venus la chercher dans un magasin en lui disant que son fils avait eu un accident de voiture, mais ni la police ni les autres journalistes ne parviendront jamais à le confirmer.

Živana a l'âge de Mitra et de Ljubica, elle a fait le même métier qu'elles et elle vit dans le même quartier, alors à Kičevo, plus personne ne croit à une simple absence. Pendant 9 jours, personne ne sait où elle est. Le vendredi 16 mai 2008, son corps est découvert sur un tas d'ordures, à la sortie de la ville, à côté du terrain où s'entraîne l'équipe de football locale.

Elle est nue sous une robe de chambre verte à pois, enveloppée dans un sac en nylon transparent et ligotée avec un câble de téléphone. Son crâne porte 13 plaies profondes, elle a 5 côtes cassées, et elle a été violée avec plusieurs objets, dont une bouteille en verre et un flacon d'après-rasage. Son téléphone portable, lui, est retrouvé de l'autre côté de la ville, près d'une école maternelle, comme s'il avait été jeté d'une voiture en marche. Près du corps, les policiers ramassent un vieux maillot taché de sang, et ce sang n'est pas celui de Živana.

Un détail jamais révélé

Le dimanche 18 mai 2008, 2 jours après la découverte de Živana, le téléphone sonne à la rédaction de Nova Makedonija. Au bout du fil, c'est Vlado Taneski, et il propose un article à Goce Trpkovski, un journaliste du quotidien. "Il parlait très doucement, mais il était très persuasif", racontera Goce Trpkovski. Comme Vlado est un collaborateur habituel, le journal publie son texte dès le lendemain, en tête de la rubrique faits divers, sous le titre "Un tueur en série rôde aussi à Kičevo".

Ce "aussi", c'est à cause d'Ohrid, la ville touristique au bord du lac, où un homme a tué 3 personnes en 2007, mais ses victimes étaient des changeurs d'argent installés dans la rue, et qu'il les tuait pour les voler. Goce Trpkovski, lui, n'y croit pas vraiment, parce qu'il ne se passe presque rien en Macédoine, et voilà que d'un coup, en quelques mois, 2 tueurs en série rôderaient dans ce tout petit pays.

Dans son article, Vlado écrit que les habitants de Kičevo vivent dans la peur, que le corps ressemble beaucoup à celui retrouvé l'année précédente, et que les 2 femmes ont été tuées de la même façon, ce qui exclut, selon lui, qu'il y ait 2 meurtriers différents. "Le mobile du monstre de Kičevo reste flou", ajoute-t-il, et il précise que les 2 femmes étaient amies et vivaient dans le même quartier. Il termine par un détail. Le corps a été ligoté avec un morceau de câble de téléphone, et c'est avec ce même câble que la femme a été étranglée.

Selon la police, ce détail-là n'a jamais été communiqué à la presse.

250 hommes interrogés

Au commissariat, les enquêteurs essaient d'imaginer l'homme qu'ils cherchent. Pour eux, c'est un homme d'âge moyen, fort, intelligent, qui connaissait ces femmes et qui vit tout près de chez elles. Ils font donc venir les hommes du quartier, un par un, et selon le porte-parole du ministère de l'Intérieur, Ivo Kotevski, ils sont 250 à s'asseoir en face d'eux. 15 acceptent de donner leur sang, et à la fin, il reste 3 hommes que la police surveille de près.

En ville, une rumeur court, selon laquelle la police chercherait un homme du groupe sanguin B, à cause du sang retrouvé sur le maillot. Pendant ce temps, dans le journal, Vlado Taneski continue d'écrire sur l'enquête. Il raconte que "plusieurs équipes d'experts de la police travaillent jour et nuit, sur le terrain et en laboratoire", pour établir l'identité du tueur, il écrit que la police interroge "plusieurs suspects", puis que le principal suspect a été mis hors de cause.

Pendant que Vlado écrit, au laboratoire, les analyses ADN avancent, et l'ADN, lui, ne lit pas les journaux. C'est lui qui, en Angleterre, a fini par donner un nom au meurtrier de Tunbridge Wells, 33 ans après, dans l'affaire David Fuller. À Kičevo, les échantillons de sperme retrouvés sur les corps de Mitra et de Živana sont comparés au sang des hommes prélevés, et selon la police, l'un des profils correspond. Le vendredi 20 juin 2008, en début d'après-midi, des dizaines de policiers encerclent une maison de Kičevo.

Le correspondant de Kičevo

C'est la maison de Vlado Taneski, le journaliste qui raconte l'affaire depuis le premier jour. Quand les policiers entrent, il ne résiste pas, et il se laisse emmener calmement. Pour la police, l'ADN ne laisse aucun doute. "Les résultats sont absolument catégoriques, la correspondance est de 100 %", dit Ivo Kotevski, et Vlado Taneski est poursuivi pour les meurtres de Mitra Simjanoska et de Živana Temelkoska. Les enquêteurs le soupçonnent aussi d'avoir tué Ljubica Ličoska, et ils espèrent qu'il finira par leur dire ce qui est arrivé à Gorica Pavleska. Tout ça, ce sont les accusations de la police, et aucun tribunal ne les a jamais examinées.

Les policiers fouillent sa maison, sa petite maison de campagne, à quelques kilomètres de la ville, et sa voiture. Selon eux, il y a dans la maison des chaussures et des vêtements qui auraient appartenu à certaines victimes, et dans la maison de campagne, des vidéos et des magazines pornographiques, ainsi que des cordes et des câbles semblables à ceux retrouvés sur les corps. Toujours selon la police, le vieux maillot retrouvé près de Živana est à lui, et la robe de chambre à pois appartenait à sa mère. Sa femme, Vesna, conteste, et pour elle, ces vêtements sont ceux de sa belle-mère.

Sa mère, qui s'appelait elle aussi Gorica, est morte depuis quelques années. Pendant longtemps, elle a fait le ménage à l'hôpital de Kičevo, et les policiers remarquent que les femmes tuées étaient, comme elle, des femmes de ménage, et qu'elles lui ressemblaient. Vesna, mariée à Vlado depuis 31 ans, rejette aussi les récits d'une relation difficile entre son mari et sa mère.

Face aux enquêteurs, Vlado ne répond presque rien, sauf "je ne sais pas" et "je ne me souviens pas". Le samedi matin, Vesna le voit une dernière fois au commissariat, et il lui dit, "Je n'ai rien fait, je n'ai tué personne. Un jour, toute la vérité éclatera." Le soir même, à 20h40, il arrive à la prison de Tetovo, une autre ville de l'ouest du pays, où il partage une cellule avec 3 autres détenus, et moins de 30 heures plus tard, l'un d'eux appelle les gardiens.

Un seau d'eau à Tetovo

Le dimanche, d'après le directeur de la prison, Nuriman Tefiki, Vlado est en bonne santé et il parle normalement, mais il ne sort pas dans la cour. Le lundi 23 juin 2008, vers 1h50 du matin, un codétenu donne l'alerte. Les gardiens trouvent Vlado inconscient dans la salle d'eau de la cellule, à genoux, la tête plongée dans un petit seau rempli d'eau. Ils essaient de le ranimer, sans succès, et il est déclaré mort. Il avait 56 ans.

Sur lui, il y a un billet de train aller-retour de Kičevo à Skopje, une plaquette de paroxétine, un antidépresseur, et un petit mot écrit à la main qui renvoie à son oreiller. Sous l'oreiller, il y a une lettre, où il écrit qu'il est fier de sa famille et qu'il l'aime très fort, et surtout, "Je n'ai rien fait de ce dont on m'accuse." Des graphologues confirment que c'est bien son écriture.

Pour Ivo Kotevski, Vlado s'est donné la mort en plongeant la tête dans le seau, et personne ne l'a aidé, même s'il reconnaît qu'on ne sait pas comment ni ses 3 codétenus ni les gardiens ne se sont rendu compte de rien. À l'autopsie, ses poumons sont pleins d'eau, il est mort noyé, et sur son corps, il n'y a aucune trace de lutte, seulement un bleu sur le front et sur l'arête du nez. Dans l'eau du seau, il n'y a ni somnifère, ni poison, ni produit chimique. Un mois plus tard, le procureur de Tetovo, Ljupčo Simoski, demande quand même qu'on enquête sur cette mort, et en janvier 2009, l'enquête n'est toujours pas terminée. Officiellement, Vlado Taneski s'est donné la mort.

Au marché de Kičevo, un commerçant, Naim, n'y croit pas. "Ce serait plus facile de boire l'eau de ce seau que de s'y noyer", dit-il, avant d'ajouter qu'on ne voit les poissons que si l'eau est claire, et qu'en Macédoine, l'eau n'est pas claire.

Une affaire sans procès

Avec la mort de Vlado Taneski, l'affaire s'arrête net. "C'est malheureux pour nous, mais parce que le suspect est mort, l'affaire n'ira jamais devant un tribunal", regrette Ivo Kotevski. Environ 2 semaines après l'arrestation, il confirme au journaliste bulgare Dimiter Kenarov que 7 cheveux retrouvés près du corps de Ljubica appartiennent à Vlado Taneski. En septembre 2008, la presse macédonienne annonce que l'enquête va être officiellement close.

Pourtant, une partie de la ville refuse d'y croire, et dans la rue, on murmure qu'il a été piégé. Vesna, elle, montre la carte militaire de son mari, datée de 1972, sur laquelle il est écrit que son groupe sanguin est O+, et non B, comme le disait la rumeur. Ivo Kotevski répond que la police n'a jamais cherché un groupe sanguin précis. Pour Vesna, l'État et une grande partie du public "ont lynché un homme innocent", et un journaliste d'Utrinski Vesnik, Ljubomir Kostovski, reproche à la police d'avoir fait oublier la présomption d'innocence en annonçant l'arrestation à la télévision. À l'inverse, Ognen Čančarević, de Nova Makedonija, dit qu'il ne connaît aucun cas de journaliste piégé pour meurtre, et qu'il ne croit pas que le ministère de l'Intérieur en aurait le courage.

Du côté des familles, Cvetanka, la sœur de Ljubica, se souvient que Vlado est venu chez elle lui demander des détails et une photo de sa sœur, et elle n'a jamais imaginé qu'il puisse être le meurtrier. Zoran, le fils de Živana, raconte qu'il est venu chez eux aussi, pour lui poser des questions sur sa mère. "Qui aurait pu imaginer que ce serait notre voisin, au bout du compte", dit-il.

Après les meurtres de 2008, un juge ordonne de réexaminer la condamnation d'Ante Risteski et d'Igor Mirčeski, et selon ce réexamen, une analyse ADN qui aurait montré qu'ils n'avaient pas tué Mitra aurait été écartée du dossier.

Un corps jamais retrouvé

Vlado Taneski n'a jamais été jugé, et aucun tribunal ne s'est prononcé sur sa culpabilité. Pour la police macédonienne, c'est lui qui a tué Mitra, Ljubica et Živana, et c'est l'ADN qui l'a désigné, mais cette version des faits n'a jamais été confrontée à une défense, et les résultats des autres analyses n'ont jamais été rendus publics. Sa femme, ses amis et une partie de Kičevo pensent toujours qu'il a été piégé, et sa mort dans une cellule de Tetovo n'a jamais complètement cessé d'alimenter les doutes.

Le corps de Gorica Pavleska, lui, n'a jamais été retrouvé. Elle avait 78 ans, et en mai 2003, quand elle a disparu de chez elle, presque personne ne s'est inquiété pour elle.

L'affaire des meurtres de Kičevo en vidéo ⬇️

Vue aérienne de Kičevo, en Macédoine du Nord, affaire des meurtres de Kičevo
Vue aérienne de Kičevo, en Macédoine du Nord, affaire des meurtres de Kičevo

Sources :

The Guardian, Helena Smith, le journaliste de Kičevo et l'enquête de la police, 24 juin 2008 : https://www.theguardian.com/media/2008/jun/24/pressandpublishing.internationalcrime
The Irish Times, Daniel McLaughlin, les victimes, l'arrestation et la mort en détention, 28 juin 2008 : https://www.irishtimes.com/news/the-strange-case-of-a-journalist-with-a-killer-deadline-1.1273294
Associated Press via CBS News, la mort du suspect à la prison de Tetovo, 23 juin 2008 : https://www.cbsnews.com/news/crime-reporter-turned-murder-suspect-dies/
AFP via ABC News (Australie), l'inculpation pour 2 meurtres, 23 juin 2008 : https://www.abc.net.au/news/2008-06-23/journalist-charged-after-reporting-on-own-murders/2480512
Esquire (édition britannique), Philip Watson, "Murder, He Wrote", janvier 2009 : https://www.philipwatson.info/vlado-taneski/
Virginia Quarterly Review, Dimiter Kenarov, "The Mask of Sanity", printemps 2009 : https://dimiterkenarov.com/2009/04/the-mask-of-sanity
Wikipédia (en anglais), Vlado Taneski : https://en.wikipedia.org/wiki/Vlado_Taneski