Affaire Matthieu Dallibert : découpé et brûlé dans un poêle


En avril 2018, à Bellon, un petit village du sud de la Charente, les gendarmes interpellent toute une famille qu'ils soupçonnent d'escroqueries depuis des années, et parmi ceux qu'ils veulent entendre, il y a Matthieu Dallibert, un jeune homme qui vit chez eux depuis 2011 et qui dort sur un matelas posé dans le salon. Le jour du coup de filet, il n'est pas là. Quand quelqu'un vit depuis des années sous le même toit et qu'il disparaît, on s'attend à ce que les autres l'aient cherché, ou au moins qu'ils sachent où il est parti. Pourtant, dans cette maison, personne ne s'inquiète de son absence.
Matthieu Dallibert, le petit clown de la famille
Matthieu Dallibert naît le 8 mai 1990, avant terme, et à la naissance, il manque d'oxygène. Les premières années, sa mère, Nathalie, multiplie les allers-retours aux urgences, parce que son fils fait des convulsions, et il est souvent hospitalisé. Il en garde un retard de développement et une déficience intellectuelle, et aussi une habitude qu'il ne perd jamais, puisqu'adolescent, puis jeune adulte, Matthieu suce toujours son pouce.
Pourtant, ce retard ne l'empêche pas d'avancer. Entouré par sa famille, il suit sa scolarité, puis il travaille, et il gère ses sous lui-même. Il est fan de football, et il adore jouer au ping-pong.
Pour Nathalie, Matthieu, c'est "le petit clown de la famille". Il fait des blagues pour que les gens l'aiment bien, il donne de l'amour à tout le monde, et il croit que tout le monde est gentil. Il a une sœur aînée, Camille, et une grand-mère paternelle dont il est très proche. Sauf que sa mère connaît aussi sa faiblesse, parce que dès que quelqu'un lui dit quelque chose, Matthieu le croit, et en 2011, à 21 ans, ce garçon qui croit tout ce qu'on lui dit tombe amoureux d'une jeune fille.
Une famille qui ne tient pas en place
La jeune fille s'appelle Duché, et sa famille vit à Villamée, en Ille-et-Vilaine. Au centre de cette famille, il y a la mère, Isabelle, elle-même handicapée, son mari, Patrick, handicapé lui aussi, et leurs nombreux enfants, mineurs pour la plupart. Il y a aussi un gendre, Damien Aristide, le compagnon de Marion, l'une des filles, qui a croisé la route des Duché un jour de brocante, en 2008. Matthieu les rejoint, et cette même année 2011, une plainte vise déjà la famille, si bien qu'une longue enquête commence.
Les Duché, eux, ne restent jamais longtemps au même endroit. De 2010 à 2017, ils déménagent 9 fois, de Villamée à la Mayenne et à la Manche, puis à Scrignac, dans le Finistère, en 2013, à Quimperlé en 2015, et à Louargat, dans les Côtes-d'Armor, en 2016, toujours pour échapper aux gendarmes et aux huissiers.
Nathalie, elle, voit son fils pour la dernière fois en 2011. Elle vit à Redon, et autour d'elle, on lui dit que Matthieu est "dans une famille bizarre", alors elle va voir les gendarmes. Ils lui répondent que son fils est majeur et qu'ils ne peuvent rien faire, et les services sociaux lui disent la même chose. Les rares fois où elle arrive à lui parler au téléphone, Matthieu lui répond "ce qu'on lui disait de répondre". Sa grand-mère, elle, l'a parfois au bout du fil, "mais quand Isabelle Duché arrivait, il ne disait plus rien, il avait peur".
Le 16 novembre 2016, au téléphone, Matthieu se fâche contre sa mère. Il lui en veut pour tout un tas de raisons, et quand elle lui annonce que sa sœur vient d'avoir une petite fille, il ne réagit même pas.
10 mois plus tard, Matthieu ne répond plus à personne.
Un matelas au milieu du salon
Chez les Duché, Matthieu n'a pas de chambre. La nuit, il dort sur un matelas posé à même le sol, dans le salon, et le jour, c'est lui qui fait le ménage, la vaisselle, et qui ramasse les crottes des chihuahuas de la famille. On l'appelle Momo, et il n'a jamais le droit de sortir seul.
Dans cette maison, c'est Isabelle qui décide. D'après les témoignages réunis par les enquêteurs, il suffit d'un regard ou d'un mot de sa part pour que les autres s'en prennent à Matthieu, et les coups tombent presque tous les jours. Pour la famille, Matthieu sert aussi à autre chose, et selon les enquêteurs, la méthode est toujours la même. Isabelle approche des personnes vulnérables, souvent des hommes qui n'ont jamais eu de petite amie, et elle les met en couple avec ses enfants. Une fois amoureux, ces hommes s'endettent au profit de la famille, ils signent des chèques sans provision et des crédits jusqu'à être interdits bancaires, pendant que leurs aides sociales liées au handicap sont détournées, et l'argent part dans des voitures, des camping-cars, des biens immobiliers et des voyages. Faire venir des personnes fragiles dans une maison avec une promesse, c'est aussi ce qui s'est passé au Brésil, où des femmes ont poussé la porte d'une petite maison pour un simple emploi de nourrice, dans l'affaire des cannibales de Garanhuns.
Matthieu tombe amoureux d'une des filles, puis d'une autre. Laurine est mise en couple avec lui, contrainte et forcée par sa mère, alors qu'elle aime les femmes. À un moment, Matthieu est même déclaré en couple avec le fils d'Isabelle, Nicolas, à une adresse de Ribérac, en Dordogne, où il ne serait jamais allé, pour que Nicolas touche le RSA d'un couple.
Quand Matthieu parle de partir, on lui répond par des menaces. On lui promet qu'on le poussera du haut des falaises de la pointe du Raz, qu'on le donnera à manger aux cochons, ou qu'on l'enterrera dans un trou, avec de la chaux.
Un oncle infiltré
En 2013, alors que la famille vit en Mayenne, un homme, Serge, s'installe quelques jours chez les Duché. Sa nièce est elle aussi sous l'emprise du clan, et il est venu la sortir de là, alors il s'infiltre, il observe, parce qu'il y a "des trucs qui ne tournaient pas rond". Ce qui le frappe le plus, c'est Matthieu, l'esclave de la maison, celui qui dort par terre. "Vous auriez vu ce gamin au bout de la table, il était pétrifié", dit-il.
Un jour, Serge pose une question à Isabelle Duché. Il lui demande si elle n'a pas peur que Matthieu parte de chez eux et qu'il parle. D'après lui, elle lui répond froidement que ce n'est pas un problème, et qu'ils le feraient monter sur une table, lui feraient changer une ampoule et le pendraient à un fil électrique, "pour simuler un suicide".
Pour Serge, Matthieu est en danger. Il repart avec sa nièce, et il va voir les gendarmes de la Mayenne, à qui il donne tous les détails. Quand quelqu'un vient raconter aux gendarmes qu'un jeune homme handicapé dort par terre et qu'on parle de le pendre, on s'attend à ce qu'il se passe quelque chose. Aux États-Unis, pour les enfants Hart, les alertes aux services de protection de l'enfance se sont accumulées pendant des années, sans que rien ne change, dans l'affaire Famille Hart. Pour Matthieu non plus, l'alerte de Serge ne change rien, puisque 4 ans plus tard, en 2017, quand les Duché s'installent à Bellon, un petit village du sud de la Charente, Matthieu est toujours avec eux.
Des gendarmes à Bellon
En avril 2018, les gendarmes de Laval, en Mayenne, qui enquêtent sur les escroqueries de la famille depuis des années, montent une opération pour interpeller tous les Duché dans leur maison de Bellon. Matthieu fait partie des personnes qu'ils veulent entendre, parce qu'il est soupçonné d'avoir pris part aux escroqueries. Sauf que le jour du coup de filet, il n'est pas là.
Quand un jeune homme vit depuis des années avec une famille et qu'il disparaît, on s'attend à ce que cette famille l'ait cherché, ou au moins qu'elle sache où il est parti. Chez les Duché, personne ne s'en soucie. L'adjudant-chef François Giquand, de la brigade de recherches d'Angoulême, s'en souvient, parce que même Isabelle, alitée, qui le considère pourtant comme son fils, ne s'inquiète pas de son absence. Marion, elle, parle de lui comme d'"un ami". Laurine, en revanche, raconte autre chose aux enquêteurs. Elle décrit l'esclave de la maison, et des relations sexuelles forcées, "pour avoir un enfant et des prestations sociales". Le 12 avril 2018, alors qu'il doit être interrogé sur les escroqueries, Damien Aristide, le compagnon de Marion, fait aux gendarmes une déclaration qu'ils n'attendaient pas.
Une déclaration inattendue
Damien Aristide dit qu'il a tué Matthieu, quelques mois plus tôt, en septembre 2017. Les gendarmes sont "estomaqués", selon les mots d'une avocate générale, et l'enquête pour escroquerie devient une enquête pour assassinat, confiée à une juge d'instruction d'Angoulême. D'après Damien, Matthieu voulait quitter la famille, et il fallait l'empêcher de révéler les escroqueries. Dans sa première version, il raconte que tout s'est passé dans un bois.
Les gendarmes de la brigade de recherches d'Angoulême et de la section de recherches de Poitiers cherchent un corps. Ils sondent 2 puits, l'un à Bellon, l'autre à Salles-Lavalette, une commune voisine, ils font venir des chiens spécialisés dans la recherche de cadavres, et des drones survolent la propriété des Duché. Ils ne trouvent rien, ni corps, ni reste, ni trace de Matthieu.
Alors Damien Aristide revient sur sa version. Dans son nouveau récit, Matthieu est tué dans un hangar de Bellon, puis découpé et brûlé dans le poêle à bois d'une maison du bourg de Salles-Lavalette, celle qu'occupe à l'époque Nicolas Duché, le fils d'Isabelle. Nicolas, lui, nie tout, et sa mère aussi.
Sauf que dans ce nouveau récit, Damien Aristide n'est plus seul.
Un fils trop bavard
Pendant l'instruction, Nicolas Duché rencontre un homme à la caisse d'un supermarché. Il s'appelle Bernard M., il a 60 ans, il dirige des pompes funèbres à Ribérac, en Dordogne, et quand Nicolas est placé en détention provisoire dans l'affaire d'assassinat, Bernard vient le voir au parloir. Très vite, les 2 hommes se marient, Nicolas sort de prison, et entre 2020 et 2021, il travaille avec son mari comme assistant funéraire.
À Bernard, Nicolas jure qu'il n'a rien fait, jusqu'au jour où les 2 hommes sont appelés pour une levée de corps difficile à Tocane, en Dordogne. Le cadavre, en décomposition, est mis dans une bâche, puis en chambre froide, et à la sortie, Nicolas lâche une phrase, "Ton truc, c'était plus gore que de couper le bras de quelqu'un". Ensuite, il parle d'"une erreur". Il dit qu'il n'a pas tué Matthieu, qu'il aurait "juste coupé le bras", et que si c'était à refaire, il le referait pour protéger sa famille. Bernard, choqué, rapporte ces propos à la juge, et en juillet 2021, Nicolas retourne en détention provisoire, d'autant qu'il n'a pas respecté son contrôle judiciaire.
Il y a aussi les téléphones, qui eux ne mentent pas. L'adjudante Sandra Bourguignon épluche les appels de la famille, 3 portables et 2 lignes fixes, et petit à petit, une soirée se dessine, celle du 13 septembre 2017. Ce jour-là, Nicolas Duché et Alice, la compagne de l'une des filles, font l'aller-retour entre Bellon et Ribérac, et ils rentrent à Bellon à 19h43. Plus tard, le téléphone de Nicolas prend la route de Salles-Lavalette, et à partir de 23h50, il ne bouge plus de là pendant 2 heures.
Une réunion dans le confessionnal
Le 13 septembre 2017, à Bellon, tout part des chiens. D'après les récits faits devant la cour d'assises, Matthieu leur demande un peu trop vertement de se taire, et Nicolas, qui n'est pas à la maison, reçoit un coup de téléphone, où on lui dit que Matthieu s'en serait pris à son chien. Il arrive, et il roue Matthieu de coups, au point que le jeune homme se retrouve en sang.
Isabelle, elle, raconte que ce soir-là, Matthieu est venu se réfugier dans sa chambre, qu'elle l'a soigné, et qu'elle a voulu l'emmener à l'hôpital. "Mais Matthieu n'a pas voulu", dit-elle.
Cette chambre, dans la famille, on l'appelle le confessionnal, et selon Nicolas, c'est là que tout le monde est convoqué ce soir-là. "Elle a dit qu'on ne pouvait pas le laisser dans cet état-là car les gendarmes étaient passés quelques jours avant", raconte-t-il. "Isabelle a dit que c'était ce soir qu'il fallait le faire, que c'était maintenant." Dans la chambre, d'après lui, on discute de ce qu'on fera de Matthieu, le mettre dans un congélateur, ou dans un trou avec de la chaux, et c'est Damien Aristide qui parle du feu. Pour l'accusation, c'est aussi Isabelle qui fournit l'éther.
Isabelle Duché nie tout. Elle reconnaît seulement que Nicolas avait dit "je vais le tuer, je vais le brûler", et qu'elle lui a répondu d'arrêter avec ses bêtises, parce qu'elle n'y croyait pas.
Ce soir-là, une fois la réunion terminée, tout le monde passe à table, Matthieu compris.
Le dernier repas de Matthieu
Matthieu a le visage défiguré par les coups, et il est assis à table avec les autres. "Isabelle a demandé à Matthieu ce qu'il voulait manger pour son dernier repas", raconte Nicolas. "Ce n'était pas comme d'habitude, il y avait un froid."
Après le dîner, Matthieu est conduit dans le hangar. D'après Damien Aristide, c'est Nicolas qui l'y attire, et d'après la reconstitution, Matthieu est en train de ramasser les crottes d'un chien quand Damien le surprend par derrière, avec un chiffon imbibé d'éther. Matthieu se débat, et Nicolas lui tient les jambes. Des années plus tard, Nicolas se souvient encore de ses suppliques, et même de ses excuses, pour essayer d'échapper à la mort.
"On l'a roulé dans une bâche, il s'est uriné dessus", raconte Nicolas. Les 2 hommes nouent la bâche avec des sangles, et à son mari, Nicolas a confié qu'une fois enroulé, Matthieu continuait à se débattre et à gémir. Ils le chargent dans le coffre d'une Peugeot 406, puis ils partent pour Salles-Lavalette, vers la maison de Nicolas, et dans ce coffre, personne ne pourra jamais dire si Matthieu respire encore.
Un poêle allumé en septembre
Dans la maison de Salles-Lavalette, il y a un insert, un poêle à bois. Damien Aristide l'allume avec des brindilles et du petit bois, et à côté, il a préparé une scie, du white-spirit et de l'essence, achetés 2 jours plus tôt, des bâches et de l'acide chlorhydrique. Selon son récit, il commence par les chevilles, qu'il fait brûler avec les chaussures, puis il remonte, et au total, il découpe le corps en 11 morceaux, qu'il place dans l'insert au fur et à mesure. Le gendarme Franck Dantoing, de la section de recherches de Poitiers, parle d'"une audition psychédélique", parce que Damien raconte tout en détail, "avec zénitude".
Nicolas, lui, prend la scie à un moment. "Quand Damien était en train de couper la cheville, j'ai pris la scie et j'ai essayé là où la scie était déjà plantée. Cela m'a fait un haut-le-cœur", dit-il. D'après Damien, Nicolas s'assoit ensuite sur l'escalier, il recommence à échanger des messages avec son petit ami, et il finit par s'endormir sur un carton.
Le corps ne brûle pas d'un coup. Selon Damien, il faut 2 nuits, environ 23 heures, et entre 30 et 40 litres d'essence, avec de l'alcool à brûler, pour que le feu en vienne à bout.
Le propriétaire de la maison, lui, récupère son logement en octobre 2017. Il remarque une odeur "nauséabonde", "une odeur spéciale", et comme l'hiver approche, il fait ramoner le conduit du poêle, où il trouve des cendres, "rien d'anormal".
Un rire dans la chambre d'Isabelle
Après la nuit de Salles-Lavalette, il faut faire disparaître ce qui reste. Alice, la compagne de l'une des filles Duché, est envoyée "mettre de l'ordre" dans la maison avec Damien Aristide. Elle a voulu appeler les gendarmes, explique-t-elle plus tard à une psychologue, mais Isabelle l'a menacée de ne plus jamais revoir sa compagne et leur bébé. Dans la maison, elle découvre les organes de Matthieu, dans un seau, et elle reste sidérée, "comme si votre cerveau était gelé", selon la psychologue. Elle aide quand même Damien à se débarrasser des cendres, qui finissent dans un conteneur de Salles-Lavalette, et depuis, elle fait des cauchemars, parce qu'elle revoit les organes dans l'insert.
D'après Nicolas, une fois rentrés à Bellon, Damien et lui vont directement au confessionnal. "On était attendus. Elle a demandé comment ça s'était passé, on donne les détails. On a dit qu'il s'était uriné dessus, on a tous rigolé."
Patrick Duché, le mari d'Isabelle, dit qu'il s'est endormi sur le canapé ce soir-là, et que quand il s'est réveillé, il n'y avait plus personne. Plus tard, Damien lui aurait seulement confié que Matthieu n'embêterait "plus personne", et Patrick assure qu'il n'a pas voulu en savoir plus. À ceux qui demandent, la famille raconte que Matthieu est parti en train.
Une mère dans un fauteuil roulant
Le lundi 20 mars 2023, à Angoulême, la cour d'assises de la Charente juge 4 accusés. Damien Aristide, 41 ans, et Nicolas Duché, 24 ans, sont jugés pour l'assassinat de Matthieu, Isabelle Duché, 51 ans, pour complicité d'assassinat, et Alice L. pour recel de cadavre. Isabelle entre dans la salle en fauteuil roulant, et elle s'installe au pied du box des accusés. En fin de journée, la présidente projette des photos de Matthieu, "pour qu'on sache de qui on parle", et au premier rang, Nathalie s'effondre en sanglots.
Damien Aristide ne demande pas le pardon, parce qu'il estime ne pas le mériter. "Je l'ai assassiné sans réfléchir pour des gens qui n'en valaient pas la peine", dit-il. "On aurait tous pu sauver Matthieu. Personne ne l'a fait. On m'a dit de tuer quelqu'un et personne ne m'a arrêté." L'avocate générale, Élise Bozzolo, lui demande si, sans l'accord d'Isabelle, il aurait tué Matthieu, et il répond "Non".
Le 29 mars, après 5 ans de dénégations, Nicolas se met à pleurer à la barre, et il reconnaît que ce que disent les autres est "presque exact". Isabelle, elle, ne lâche rien. "Non. J'ai fait des conneries, mais il y a des limites", répond-elle quand la présidente lui demande si elle a donné son accord. "Chez nous, tout le monde manipule tout le monde."
Le 31 mars, vers 19h15, le verdict tombe. Isabelle Duché est condamnée à la réclusion criminelle à perpétuité, avec 22 ans de sûreté, Nicolas à la perpétuité avec 18 ans de sûreté, Damien Aristide à 30 ans de réclusion, et Alice à 2 ans de prison, dont 6 mois avec sursis. Nathalie attrape son téléphone et appelle sa fille. "Camille, on a gagné. Ils ont perpète."
L'avocate d'Isabelle Duché, Morgane Dupoux, annonce aussitôt la suite. "C'est une honte. On relève appel."
Un couvert pour Matthieu Dallibert
Le vendredi 27 septembre 2024, Isabelle et Nicolas Duché sont rejugés en appel devant la cour d'assises de la Gironde, à Bordeaux. Damien Aristide, lui, n'a pas fait appel. À la barre, Serge fond en larmes. "Matthieu aurait pu être sauvé, je l'avais signalé, j'avais donné tous les détails !" Laurine, elle, raconte qu'elle a encore peur aujourd'hui, et elle charge sa mère, "Ma mère a dit qu'il fallait le faire".
Nicolas dit qu'il a fait appel "pour dire la vérité", et il trouve désormais sa peine "adaptée". Isabelle, elle, affirme qu'elle considérait Matthieu "un peu comme son fils". Les experts ont parlé de "perversion morale" à son sujet, et quand l'avocate générale, Véronique Compan, lui demande s'ils se trompent, elle répond en souriant "Non, ce sont des professionnels".
Le jeudi 3 octobre 2024, vers 20h, la cour d'assises d'appel condamne de nouveau Isabelle et Nicolas Duché à la réclusion criminelle à perpétuité. Le corps de Matthieu, lui, n'a jamais été retrouvé. Sa mère n'a reçu son certificat de décès qu'en juin 2024, et sans corps ni tombe, elle n'a nulle part où se recueillir.
Matthieu avait 27 ans. Pendant des années, chez sa mère, un couvert l'a attendu à table.
L'affaire Matthieu Dallibert en vidéo ⬇️

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Sources :
Charente Libre, verdict du procès en appel à Bordeaux, 3 octobre 2024 : https://www.charentelibre.fr/societe/justice/meurtre-de-bellon-perpetuite-pour-la-mere-et-le-fils-21634803.php
Charente Libre, le fils s'explique et la mère nie toujours, procès en appel, 2 octobre 2024 : https://www.charentelibre.fr/societe/justice/video-meurtre-de-bellon-le-fils-s-explique-la-mere-nie-toujours-21622864.php
Charente Libre, comment le clan Duché imposait la terreur, procès en appel, 30 septembre 2024 : https://www.charentelibre.fr/charente/bellon/meurtre-de-bellon-comment-le-clan-duche-imposait-la-terreur-21593842.php
Charente Libre, entretien avec Nathalie Dallibert avant l'appel, 25 septembre 2024 : https://www.charentelibre.fr/charente/bellon/meurtre-de-bellon-je-ne-peux-pas-faire-mon-deuil-je-n-ai-pas-de-corps-et-il-faut-retourner-au-tribunal-21458000.php
Charente Libre, verdict de la cour d'assises de la Charente, 1er avril 2023 : https://www.charentelibre.fr/societe/justice/assises-de-la-charente-perpetuite-pour-la-cheffe-de-clan-et-son-fils-30-ans-pour-le-tueur-14641799.php
Charente Libre, le fils reconnaît sa participation à l'assassinat, 29 mars 2023 : https://www.charentelibre.fr/societe/justice/angouleme-rebondissement-aux-assises-le-fils-reconnait-sa-participation-a-l-assassinat-14608676.php
France 3 Bretagne (avec l'AFP), un clan familial comparaît pour l'assassinat d'un jeune homme, 18 mars 2023 : https://france3-regions.franceinfo.fr/bretagne/ille-et-vilaine/rennes/arnaques-crime-et-handicap-un-clan-familial-comparait-devant-la-justice-pour-l-assassinat-d-un-jeune-homme-2735086.html
