Affaire Jérémy Bastien-Perron : sa meurtrière veut sortir


Photo : Jean Gagnon, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons
Le lundi 26 octobre 2026, au palais de justice de Montréal, un procureur montre à 12 jurés les photos d'un petit garçon de 4 ans, Jérémy Bastien-Perron, tué en décembre 2008. À la barre, la femme condamnée pour son meurtre, Stéphanie Meunier, finit par éclater en sanglots. Elle a 47 ans, elle est en prison depuis 18 ans, et elle demande à ces jurés de pouvoir réclamer sa libération conditionnelle sans attendre 2033.
Des photos jamais montrées au premier jury
Ce lundi, son contre-interrogatoire commence dès le matin. Le procureur de la Couronne, Philippe Vallières-Roland, lui présente d'abord les croquis du pathologiste, ceux qui situent chacune des blessures de Jérémy, dont certaines datent de plusieurs jours avant sa mort. Aujourd'hui, Stéphanie Meunier reconnaît avoir tué l'enfant, sauf qu'elle répète qu'elle ne se souvient presque de rien. "Je ne regardais pas ce que je frappais quand je frappais", dit-elle, et quand le procureur lui demande si elle se servait d'une ceinture ou d'un bâton, elle répond qu'elle ne sait pas, que tout ce qu'elle sait, c'est qu'il criait.
La Couronne montre ensuite au jury des photos de Jérémy souriant, prises avant qu'il ne la rencontre, puis celles de son corps couvert de bleus et de plaies. La juge Hélène Di Salvo les décrit comme "troublantes, choquantes et difficiles à regarder", et une ordonnance interdit de les publier. En 2011, au premier procès, une autre juge avait refusé qu'elles soient déposées en preuve, ce qui veut dire que le jury de l'époque ne les a jamais vues.
Devant la dernière, celle des parties génitales de l'enfant, Stéphanie Meunier admet qu'il est "fort probable" qu'elle l'ait frappé là aussi. Puis elle craque. "Je veux arrêter… Je suis pu capable", souffle-t-elle en sanglotant. La juge lui rappelle que le procureur fait son travail, avant de suspendre l'audience jusqu'au mardi.
Jérémy, le petit Superman
En 2008, Jérémy a 4 ans. Sa mère, Julie Perron, l'appelle son Superman. Quand elle écrit au tribunal, en 2011, elle décrit un enfant "plein de vie, plein de soleil", curieux et minutieux, qui veut tout savoir et tout comprendre, et qui ne demande rien d'autre que d'être aimé. En 2025, l'une de ses grandes sœurs parle d'un petit garçon "innocent et plein de vie".
Julie Perron ne se remet jamais de sa mort. Elle meurt en 2024, à 37 ans, d'une maladie foudroyante, et dans une lettre déposée au tribunal en septembre 2025, sa meilleure amie écrit qu'elle n'a "jamais été heureuse".
À l'automne 2008, c'est son père, Francis Bastien, qui a la garde de Jérémy. Le 1er novembre, le père et le fils s'installent avec sa nouvelle compagne, une femme de 29 ans qui a déjà 4 enfants, dans un appartement de Rivière-des-Prairies, dans l'est de Montréal. Cette femme, c'est Stéphanie Meunier.
Il reste 5 semaines à Jérémy.
Une semaine seule avec lui
Le 6 décembre 2008, ça fait une semaine que le père de Jérémy n'est plus à l'appartement, parce qu'il participe, contre rémunération, à une étude clinique dans un laboratoire pharmaceutique. Stéphanie Meunier est donc la seule adulte à s'occuper du petit garçon.
Vers 18h, elle appelle le 911. Elle dit que Jérémy est tombé "sans connaissance" et qu'il s'est blessé la veille, au parc. Sauf qu'en voyant l'enfant, les ambulanciers pensent tout de suite à autre chose, parce que son corps est couvert de marques de la tête aux pieds. Jérémy ne peut pas être réanimé.
À l'autopsie, la pathologiste Caroline Tanguay constate que la plupart des blessures, dont celles à la tête, ont été faites dans les 24 heures avant sa mort. Le côté gauche de sa tête est tellement enflé qu'on ne voit plus son oreille, et pour elle, il est "clair et net" que cet enfant ne s'est pas simplement effondré. Jérémy a aussi des morsures, des ongles manquants, des plaies profondes aux fesses et des blessures aux parties génitales, au point qu'une médecin dit n'avoir jamais vu autant de bleus sur une personne. Il meurt d'une hémorragie cérébrale, causée par un coup violent à la tête.
Aujourd'hui encore, Stéphanie Meunier dit qu'elle ne se souvient pas de ce coup-là. Selon sa version, elle se trouvait dans la cuisine avec ses 4 enfants quand Jérémy s'est affaissé dans le corridor.
Un premier procès sans aveu
En 2011, devant le jury, Stéphanie Meunier plaide non coupable. Son avocate de l'époque reconnaît qu'elle a peut-être mordu Jérémy, mais elle affirme que ce n'est pas elle qui lui a porté le coup fatal, et elle fait porter toute la responsabilité au père. Pourtant, ce père n'était plus là depuis une semaine, alors que la plupart des blessures avaient moins de 24 heures.
Le 23 juin 2011, après 2 jours et demi de délibérations, les 5 femmes et les 7 hommes du jury la déclarent coupable de meurtre au premier degré. Il n'y a pas eu de préméditation, mais la loi canadienne range aussi dans le premier degré un meurtre commis pendant un harcèlement criminel, et pour le jury, c'est le cas ici. La peine est automatique, la prison à vie, sans possibilité de libération conditionnelle avant 25 ans.
Francis Bastien, lui, reconnaît au procès qu'il a battu son fils, lui aussi. Il est accusé 2 ans après sa compagne, et en 2015, il est condamné à 50 mois de prison pour négligence criminelle.
Dans la lettre déposée le jour de la peine, Julie Perron écrit aussi à son fils, "Je t'aime fort Superman, envole-toi et garde-moi une place à tes côtés."
La clause de la dernière chance
Au Canada, une personne condamnée à la prison à vie avec 25 ans de sûreté peut, après 15 ans de détention, demander à un jury de raccourcir ce délai. C'est l'article 745.6 du Code criminel, qu'on surnomme la "clause de la dernière chance". Le Parlement l'a abolie en 2011, seulement Stéphanie Meunier était déjà en prison à ce moment-là, si bien qu'elle peut encore s'en servir.
Avant d'arriver devant un jury, sa demande doit passer devant un juge. En septembre 2025, la famille de Jérémy écrit au tribunal. Pour l'une de ses sœurs, cette demande est "une trahison envers Jérémy", et sa tante, Valérie Perron, demande pourquoi la justice accepte même d'étudier la requête d'une femme qui a fait souffrir un enfant à ce point. Le procureur, lui, compare les sévices à ceux de la petite fille de Granby, et il dit qu'on "repousse les limites de l'horreur".
En mars 2026, le juge Mario Longpré reconnaît la gravité du crime, mais il estime qu'elle ne suffit pas pour refuser la demande. Il retient qu'elle a arrêté la drogue, qu'elle suit des groupes d'aide et qu'elle a obtenu plus de 300 sorties sous escorte, surtout pour voir ses enfants, si bien que l'affaire peut aller devant un jury.
Ce qu'elle raconte aux jurés
Le vendredi 23 octobre 2026, Stéphanie Meunier témoigne pour la première fois devant ce jury. "J'ai levé la main et j'ai pris cet enfant-là pour un punching bag", dit-elle. Elle reconnaît l'avoir mordu, lui avoir donné des coups de poing et des coups de pied, et elle se souvient d'au moins 5 fois, sans pouvoir donner de chiffre. Selon Radio-Canada, c'est la première fois qu'elle reconnaît sa responsabilité dans la mort de Jérémy.
Elle raconte aussi son enfance, une mère dépressive, un père qui boit et se drogue, puis la drogue dès 12 ans, la cocaïne et le crack. Selon elle, Francis Bastien frappait déjà Jérémy, et ça lui donnait "l'impression" qu'elle avait le droit, elle aussi.
En prison, elle est passée d'un établissement à sécurité maximale à un établissement à sécurité minimale. Elle a fait près de 400 sorties sous escorte, où son comportement a été jugé "irréprochable", et elle a fait du bénévolat dans des centres pour femmes. Ses 4 enfants, placés par la DPJ après le crime, elle peut les voir 2 fois par mois. Son risque de récidive violente est aujourd'hui évalué entre modéré et faible, alors qu'en 2025, un expert cité par la Couronne le jugeait "modéré" à long terme.
12 jurés face à 2033
Ces 12 jurés ne doivent pas dire si elle est coupable, puisque c'est déjà jugé. La juge Di Salvo leur demande de tenir compte de son caractère, de sa conduite en prison, de la nature du crime et de ce que dit la famille de Jérémy. Pour avancer la date de 2033, le Code criminel exige qu'ils soient unanimes. S'ils refusent, elle devra attendre au moins 5 ans avant de présenter une nouvelle demande, et le jury peut même lui interdire d'en présenter une autre.
Même un oui ne lui ouvrirait pas la porte de la prison. Il lui donnerait seulement le droit de demander une audience à la Commission des libérations conditionnelles du Canada, qui déciderait ensuite de la libérer ou non. En face, la Couronne veut que la date de 2033 reste celle qui a été fixée en 2011, et en 2025, son procureur disait déjà que "25 ans minimum, c'est peut-être la bonne peine".
Le mardi 27 octobre, Stéphanie Meunier doit revenir à la barre pour la suite de son contre-interrogatoire, et une quinzaine d'autres témoins de la défense doivent être entendus avant que la Couronne présente sa preuve. Le 6 décembre prochain, ça fera 18 ans que Jérémy est mort.
Sources :
Le Journal de Montréal (Camille Payant), le contre-interrogatoire du 26 octobre, 26 octobre 2026 : https://www.journaldemontreal.com/2026/10/26/une-belle-mere-meurtriere-craque-devant-les-photos-du-petit-corps-meurtri
La Presse (Louis-Samuel Perron), la meurtrière craque devant les photos, 26 octobre 2026 : https://www.lapresse.ca/actualites/justice-et-faits-divers/2026-10-26/meurtre-d-un-enfant-martyr-de-4-ans/la-meurtriere-craque-en-voyant-les-photos-du-corps-de-sa-victime.php
La Presse (Vincent Poirier), son témoignage devant le jury, 23 octobre 2026 : https://www.lapresse.ca/actualites/justice-et-faits-divers/2026-10-23/meurtre-de-son-beau-fils-de-4-ans-en-2008/j-ai-pris-cet-enfant-la-pour-un-punching-bag.php
La Presse (Louis-Samuel Perron), les lettres de la famille de Jérémy, 5 septembre 2025 : https://www.lapresse.ca/actualites/justice-et-faits-divers/2025-09-05/a-4-ans-il-est-martyrise-par-sa-belle-mere/liberer-la-meurtriere-de-jeremy-serait-une-injustice-insupportable-selon-la-famille.php
Radio-Canada (Jean-François Thériault), la décision du juge Mario Longpré, mars 2026 : https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2237163/stephanie-meunier-jeremy-bastien-perron-liberation
La Presse (Caroline Touzin), le verdict du premier procès, 23 juin 2011 : https://www.lapresse.ca/actualites/justice-et-faits-divers/201106/23/01-4412096-stephanie-meunier-coupable-du-meurtre-de-jeremy-bastien-perron.php
