Affaire Jacqueline Sauvage : 3 balles dans le dos du mari

Jacqueline Sauvage sur le plateau du JT de France 2 en janvier 2017, affaire Jacqueline Sauvage
Jacqueline Sauvage sur le plateau du JT de France 2 en janvier 2017, affaire Jacqueline Sauvage

Le lundi 10 septembre 2012, vers 19h25, à La Selle-sur-le-Bied, un petit village du Loiret, des voisins entendent des coups de feu du côté du pavillon des Marot, et 2 minutes plus tard, la femme de Norbert Marot appelle elle-même les pompiers. Sur la terrasse, Norbert, 65 ans, est mort sur sa chaise de jardin, le dos tourné à la maison, et il a été touché de 3 coups de fusil de chasse. Le soir même, 2 de ses filles prennent la route pour être entendues par les gendarmes, et comme leur frère, Pascal, ne répond pas au téléphone, elles passent le chercher chez lui. Quand elles entrent, elles le trouvent pendu.

10 fusils dans la maison

Ce lundi soir, vers 19h25, des voisins entendent des coups de feu du côté du pavillon des Marot, à La Selle-sur-le-Bied, une petite commune du Loiret, en région Centre-Val de Loire. 2 minutes plus tard, à 19h27, Jacqueline Sauvage, 64 ans, appelle les pompiers, et quand les secours arrivent, Norbert Marot, 65 ans, est mort, sur sa chaise de jardin en plastique. Il a bu, au point que son taux d'alcoolémie atteint les 2 grammes. Au moment des tirs, Jacqueline, elle, se trouvait à l'intérieur, et la porte d'entrée était ouverte.

Le fusil, c'est un fusil de chasse, et dans cette maison, ce n'est pas une arme qu'on va chercher au fond d'un placard, parce qu'il y en a 10. Norbert et Jacqueline sont chasseurs, ils font partie du club de chasse du village, et Jacqueline elle-même est une chasseuse habituée. Ce fusil-là était rangé derrière une porte, et d'après elle, il y avait toujours des cartouches à côté.

Juste après avoir appelé les pompiers, Jacqueline compose un autre numéro, celui de leur fils, Pascal. Normalement, quand sa mère l'appelle, un fils décroche, et ce soir-là plus que jamais. Sauf que Pascal ne répond pas.

Le frère qui ne décroche pas

Jacqueline est hospitalisée et placée en garde à vue, et les gendarmes, eux, veulent entendre la famille tout de suite, le soir même, "à chaud". Les 3 filles du couple s'appellent Sylvie, Carole et Fabienne. Fabienne et Carole prennent la route avec leurs maris, et comme Pascal ne répond toujours pas au téléphone, elles passent le chercher chez lui en chemin, pour qu'il vienne avec elles.

Quand elles entrent chez leur frère, elles le trouvent pendu.

Ce sont leurs maris qui le décrochent. Pascal n'est pas mort ce soir-là, il est mort 2 jours plus tôt, le samedi 8 septembre, et pendant 2 jours, personne ne l'a trouvé. En l'espace de quelques heures, les 3 sœurs apprennent que leur père a été tué, que leur mère est entre les mains des gendarmes et que leur frère s'est donné la mort. Jacqueline, elle, apprend la mort de son fils pendant sa garde à vue, à l'hôpital.

Aux yeux des gendarmes, la situation semble pourtant assez simple, puisqu'une femme a tiré sur son mari et qu'elle a appelé elle-même les secours. Ce que les enquêteurs ignorent encore, c'est ce que les enfants Marot ont gardé pour eux pendant des dizaines d'années, au point que plus tard, devant la cour d'assises, l'une des filles le dira à voix haute. La mort de son père, pour elle, "c'est un soulagement".

Norbert Marot, le bagarreur des bals

Jacqueline Sauvage est née le 27 décembre 1947. C'est la petite dernière d'une famille qui compte 5 garçons et qui a perdu une fille, et à 15 ans, à une fête organisée par le curé dans la salle des jeunes du village, elle rencontre un garçon à peine plus âgé qu'elle, de quelques mois seulement. Il s'appelle Norbert Marot.

Norbert, c'est le loubard du coin. Des années plus tard, sa fille Fabienne le décrit comme un bel homme, impressionnant, avec du charisme, quelqu'un qui sait amadouer les gens, et Jacqueline tombe éperdument amoureuse de lui. Mais sa famille ne veut pas de ce garçon. "C'était un bagarreur", raconte Sylvie, leur fille aînée, "les bals se terminaient toujours mal avec lui."

Vers 17 ans, Jacqueline tombe enceinte, et le 5 juin 1965, contre l'avis de sa famille, elle épouse Norbert. Peu après, Sylvie vient au monde, puis arrivent Carole, Pascal et enfin Fabienne, la plus jeune, si bien qu'à 23 ans à peine, le couple élève déjà 4 enfants. D'après leurs filles, dans ce couple, les coups commencent très tôt, et ils ne s'arrêtent plus.

Un homme que le village craint

En 1981, Norbert perd son emploi, alors le couple monte sa propre entreprise de transport routier. À partir de 1982, Jacqueline y travaille avec lui, avec le statut de conjointe collaboratrice, ce qui veut dire qu'elle participe à l'activité de son mari sans être salariée. Plus tard, Pascal et Fabienne deviennent chauffeurs de poids lourds dans l'entreprise, si bien que les parents, le fils et l'une des filles travaillent tous les jours ensemble.

À La Selle-sur-le-Bied, Norbert Marot a une réputation de chien enragé. "Les gens voyaient qu'il était caractériel, violent et très irrespectueux. Il faisait peur à beaucoup de monde", raconte Fabienne, qui ajoute qu'il s'en prenait toujours à plus faible que lui. Au club de chasse, le couple est plus craint qu'aimé, au point que Norbert, Jacqueline et Pascal finissent par en être exclus, à cause du comportement de Norbert.

Jacqueline, de son côté, n'a aucune amie, elle n'a plus de lien avec sa propre famille, et à son procès, elle dira avoir fait plusieurs tentatives de suicide, notamment après avoir appris que son mari la trompait. Au procès, une voisine dit aussi tout haut ce que pense une partie du village. "Tout le monde avait quelque chose à dire mais personne ne voulait porter plainte contre le couple. Moi je n'ai pas eu peur, je l'ai fait. Mon mari a reçu des menaces de mort." Plus tard, une voisine qualifie Norbert Marot de "tyran", au point de remercier Jacqueline de l'avoir tué.

Un secret entre sœurs

Ce que racontent Sylvie, Carole et Fabienne après la mort de leur père, elles l'ont gardé pour elles pendant des dizaines d'années. Selon elles, quand elles sont petites, il faut toujours nettoyer, faire les travaux de la maison, tout faire pour que leur père en fasse le moins possible. "Très jeunes, nous avons connu les sévices physiques violents", se souvient Sylvie, et d'après elle, quand les filles grandissent, les violences deviennent sexuelles.

Au procès en appel, Sylvie raconte que leur père se glissait dans le lit qu'elle partageait avec Carole, pour "se frotter contre nous". Carole dit avoir été violée sur le tapis de la salle de bains, et Fabienne, la plus jeune, dit avoir été violée à 15 ans et demi. "Il était tellement manipulateur que par moments, je doutais de moi-même, je pensais avoir inventé le geste qu'il a eu envers moi", explique-t-elle. Chacune croit être la seule, parce qu'entre elles, personne n'en parle. "C'était complètement invisible, personne ne savait, même entre nous", raconte Carole.

À la barre, des témoins vont dans le même sens. Un ancien ami de Norbert explique qu'il "chahutait" avec ses filles, mais qu'il leur touchait les seins et les fesses, et que c'est pour ça qu'il s'est éloigné de lui. Un ami de Fabienne raconte que Norbert a cassé le nez de sa fille, et qu'il a "eu la peur de [sa] vie". Pendant toutes ces années, dans un village où tout le monde se connaît, personne ne voit rien, ou personne ne dit rien, comme dans le Nord, où une famille et tout un village passent à côté de 8 grossesses pendant plus de 10 ans, dans l'affaire Dominique Cottrez.

Aucune plainte n'a jamais été déposée pour ces faits, et Norbert Marot, qui est mort, n'a jamais été jugé. Une seule fois, pourtant, l'une des sœurs essaie de parler à la police.

Une déposition retirée

Fabienne est encore adolescente quand elle fugue, et elle se retrouve au commissariat. Là, elle dépose plainte, et selon ses sœurs, elle raconte tout ce qu'elle garde pour elle depuis des années. Seulement, ses parents arrivent, et devant la colère de son père, Fabienne panique, et elle retire sa déposition.

D'après Carole, le gendarme lui met une claque et la laisse repartir avec ses parents. "Plutôt que d'appeler une assistante sociale ou de la rassurer, ils l'ont prise pour une délinquante qui racontait n'importe quoi", dit-elle. Au procès en appel, Jacqueline Sauvage reconnaît que sa fille lui avait parlé des attouchements à cette époque, mais qu'elle ne l'avait pas crue.

Après ça, les sœurs se taisent encore davantage. Elles quittent la maison, elles se marient, elles ont des enfants à leur tour, et quand elles doivent emmener leurs propres filles chez leurs parents, elles font au plus court. "On évitait le plus possible de les amener là-bas", raconte Sylvie. Carole, elle, coupe vite les ponts avec ses parents, alors que les 2 autres gardent le contact, pour leur mère.

À 24 ans, après une nouvelle dispute où son père a encore frappé sa mère, Carole se confie à l'une de ses belles-sœurs. Des années plus tard, la belle-sœur en parle, et c'est comme ça que Jacqueline apprend ce que ses filles disent avoir subi. Selon elles, leur mère ne dit rien, et elle ne part pas. Quant à Pascal, il ne l'apprend que bien plus tard, à 40 ans.

"Ton père, j'en peux plus"

Pascal est père de 3 enfants, et d'après ses sœurs, lui-même a été violent autrefois avec une ancienne compagne. Quand il apprend ce que racontent ses sœurs, il n'y croit pas, puis il en veut à son père, au point qu'il lui reproche d'avoir gâché sa vie. Un jour, selon Carole, Norbert vient chez lui et commence à le frapper, et Pascal lui lance "comment peux-tu vivre après ce que tu as fait aux filles ?". Norbert se tait et s'en va, et c'est à Jacqueline qu'il s'en prend ensuite. "Tes connasses de filles ont été raconter des mensonges à Pascal", lui reproche-t-il.

À 42 ans, Fabienne arrête de travailler dans l'entreprise familiale, et d'après elle, plus les enfants partent, plus Norbert s'en prend à ceux qui restent, c'est-à-dire Pascal et Jacqueline. "Les derniers mois ont été les pires de la vie de ma mère. Il n'arrêtait pas de les menacer, de les insulter", raconte-t-elle. Selon ses filles, Jacqueline vient plusieurs fois se réfugier chez l'une ou l'autre, mais Norbert revient toujours la chercher, et il les menace, elles, leurs maris et leurs enfants.

Le samedi 8 septembre 2012, Sylvie croise sa mère au village, en faisant ses courses. "Elle était défaite, on aurait dit un poisson rouge hors de son bocal", se souvient-elle, et Jacqueline lui répète la même phrase, "ton père, j'en peux plus".

Ce même samedi, chez lui, Pascal se pend, et son corps reste là 2 jours, jusqu'au lundi soir.

Une sieste de 5 heures

Ce lundi 10 septembre 2012, d'après le récit de Jacqueline, le matin, elle travaille dans le bureau de la maison, et avec Norbert, ils se disputent au sujet de l'entreprise. Après le déjeuner, fatiguée par les cachets qu'elle prend, elle avale des somnifères et monte s'allonger, et elle ferme la porte de sa chambre à clé.

D'après elle, Norbert, saoul, vient cogner à la porte, et elle finit par lui ouvrir. "Il m'a tiré par les cheveux, m'a dit va faire le manger, il m'a poussée", raconte-t-elle devant la cour. Selon elle, il crie aussi "je vais te crever, je vais crever tes gosses", et il lui ouvre la lèvre, avant de redescendre se servir un whisky sur la terrasse.

Jacqueline dit qu'elle a eu "un éclair dans la tête". "Il y avait toujours des cartouches. J'ai pris le fusil derrière la porte, j'ai armé." Elle descend, et elle tire. "J'ai explosé. Je me suis rendu compte de mon geste ensuite, et j'ai appelé le 18. Je n'étais plus moi-même. Il m'avait ouvert la lèvre une nouvelle fois."

Sur le moment, ce récit semble tenir, parce que l'expertise confirme bien un coup à la lèvre. Sauf que Jacqueline dit avoir été réveillée vers 16h, et que les voisins entendent les coups de feu vers 19h25.

Entre les 2, il manque plus de 3 heures.

Les yeux fermés

Fin octobre 2014, Jacqueline Sauvage, 66 ans, est jugée devant la cour d'assises du Loiret, à Orléans. La présidente, Catherine Paffenhoff, revient sur cet après-midi, parce que dans les analyses toxicologiques de Jacqueline, on ne trouve aucune trace des médicaments qu'elle dit avoir pris. Une sieste de 5 heures sans médicament, la présidente a du mal à y croire, et elle veut savoir ce qui s'est passé entre le réveil et les tirs. Jacqueline répète qu'elle dormait, qu'elle avait pris des cachets, et que son mari l'a frappée ce jour-là. Sauf qu'en dehors de la lèvre, l'expertise ne relève aucune autre trace de violence.

Il y a aussi les tirs. Jacqueline affirme qu'elle a fermé les yeux en appuyant sur la détente, alors l'avocate générale se demande comment on peut toucher 3 fois sa cible sans regarder. Pour l'expert, c'est possible, mais il parle d'une belle régularité, et un gendarme s'en étonne à la barre. "Elle m'explique qu'elle a tiré les yeux fermés alors que c'est une chasseuse habituelle."

Ensuite, il y a la peur. L'accusation demande à Fabienne si elle n'a pas eu peur pour ses enfants quand son père les a emmenés en camping-car dans la Somme, en 2011. "Il savait qu'il n'avait pas le droit de toucher à nos gosses", répond-elle. Pour l'avocate générale, Norbert Marot est violent, mais il ne représente pas un danger immédiat. "Il ne s'agit pas de banaliser, une gifle reste une gifle de trop", dit-elle aux jurés, avant de leur demander si Jacqueline vivait dans une peur assez extrême pour devoir tuer son mari.

L'expert psychiatre, lui, note que Jacqueline "déclare ne pas comprendre pourquoi elle serait condamnée alors que son mari tyrannisait la famille depuis plus de 20 ans". L'avocate générale requiert de 12 à 14 ans de réclusion, sans retenir la préméditation, et le 28 octobre 2014, les jurés rendent leur décision. Jacqueline Sauvage est condamnée à 10 ans de réclusion criminelle, pour meurtre.

Un deuxième jury à Blois

Jacqueline fait appel, et elle change d'avocates. Désormais, elle est défendue par Nathalie Tomasini et Janine Bonaggiunta, et le 1er décembre 2015, son procès en appel s'ouvre devant la cour d'assises du Loir-et-Cher, à Blois. Cette fois, le jury compte 9 citoyens, 5 femmes et 4 hommes.

Ses avocates plaident la légitime défense, et pour Nathalie Tomasini, Jacqueline souffre des "syndromes post-traumatiques des femmes battues". C'est aussi ce que pensent ses filles, pour qui leur mère "a souffert tout au long de sa vie de couple, victime de l'emprise de [leur] père, homme violent, tyrannique, pervers et incestueux". Selon Suzie Rojtman, porte-parole du Collectif national pour les droits des femmes, si Jacqueline n'a pas réussi à porter plainte, c'est "parce qu'elle n'était pas aidée".

L'avocat général, Frédéric Chevallier, voit les choses autrement. Il parle d'un "tyran domestique", mais il estime que les témoins cités par la défense ont changé de version, et qu'ils sont "bien briefés". Pour lui, "aux violences de son mari, elle aurait dû répondre par un acte proportionné, immédiat et nécessaire", alors "la légitime défense n'est absolument pas soutenable", et il demande la confirmation de la peine. Dans le dossier, il y a aussi un épisode de 1992, que Jacqueline reconnaît, le jour où elle se rend chez la maîtresse de son mari avec une arme pour lui faire peur. Quant au journaliste de Reuters Thierry Levêque, il relève qu'aucune trace médicale ni aucune plainte ne vient confirmer les violences décrites.

Le 3 décembre 2015, après 5 heures de délibéré, le verdict tombe, et c'est la même peine qu'à Orléans, 10 ans de réclusion criminelle.

Plus de 400 000 signatures

Dès le lendemain, l'association Osez le féminisme parle d'un "déni de justice", et autour de Jacqueline, des femmes se mobilisent. La comédienne Eva Darlan monte un comité de soutien, avec l'actrice Anny Duperey et la productrice Fabienne Servan-Schreiber. Le 22 janvier 2016, devant sa prison, à Saran, dans le Loiret, des militantes Femen manifestent seins nus, et le lendemain, à Paris, entre 100 et 200 personnes défilent pour demander sa libération. Sur internet, une pétition, "Libérez Jacqueline !", finit par dépasser les 400 000 signatures.

Ses 3 filles, elles, demandent au président de la République de gracier leur mère, et des responsables politiques de tous bords les soutiennent, de Nathalie Kosciusko-Morizet et Valérie Boyer, qui vont voir Jacqueline en prison, à Anne Hidalgo et Jean-Luc Mélenchon. Au Québec, c'est aussi un verdict qui soulève une immense colère, au point que beaucoup de gens ne comprennent plus leur justice, dans l'affaire Guy Turcotte.

Le problème, c'est qu'en 2012, pendant sa campagne, François Hollande avait critiqué ce droit de grâce, qui "rappelle quand même une autre conception du pouvoir". Pourtant, le 29 janvier 2016, il ouvre les portes de l'Élysée aux 3 sœurs et aux 2 avocates, et 2 jours plus tard, le 31 janvier, il accorde à Jacqueline une grâce partielle. On lui retire 2 ans et 4 mois de peine, et surtout, sa période de sûreté disparaît, si bien qu'elle peut demander tout de suite à sortir.

Jacqueline est transférée à la prison de Réau, en Seine-et-Marne, pour qu'on évalue sa dangerosité, et la commission chargée de donner son avis rend un avis défavorable.

Jacqueline Sauvage, graciée

Le 12 août 2016, alors que le parquet était d'accord pour la laisser sortir, le tribunal de l'application des peines de Melun lui dit non. Pour les juges, "l'importante médiatisation de son affaire rend difficile une authentique démarche de réflexion pour Mme Sauvage, qui est encouragée à se cantonner dans un positionnement exclusif de victime". Ses avocates se disent "choquées" et parlent d'une "décision politique", et le 24 novembre 2016, la cour d'appel de Paris confirme le refus.

Le 28 décembre 2016, à 3 jours de la fin de l'année, François Hollande lui accorde une grâce totale, et le soir même, Jacqueline Sauvage, 69 ans, franchit la porte de la prison de Réau. Elle reste condamnée, mais elle ne retournera plus jamais en prison pour ces faits. Chez les magistrats, la décision passe mal. Pour Marie-Jane Ody, secrétaire générale de l'Union syndicale des magistrats, 2 cours d'assises ont prononcé la même peine, et la grâce "gomme" tout leur travail. "La vérité n'est pas celle des comités de soutien, c'est celle qui est débattue dans les prétoires", dit-elle, en rappelant qu'"il y a d'autres moyens pour une femme battue en France que de tuer un mari violent".

Jacqueline rentre chez elle, à La Selle-sur-le-Bied, et c'est là, dans sa maison, qu'elle meurt le 23 juillet 2020, à 72 ans. Le jour de l'enterrement de Norbert Marot, seules ses 3 filles étaient là. Elles avaient demandé qu'il soit inhumé dans le caveau familial de Melun, ce qu'on leur avait refusé, et sur le moment, elles n'ont pas fait poser de pierre tombale, parce que Fabienne voulait attendre de savoir ce que sa mère souhaitait, et qu'elle avait peur que la tombe soit profanée.

Norbert Marot avait 65 ans. Le soir du 10 septembre 2012, il buvait un whisky sur sa terrasse, le dos tourné à la maison.

L'affaire Jacqueline Sauvage en vidéo ⬇️

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Sources :

France 3 Centre-Val de Loire, le procès d'Orléans et les contradictions du dossier, 31 octobre 2014 : https://france3-regions.francetvinfo.fr/centre/2014/10/31/affaire-sauvage-la-cour-d-assises-t-elle-ete-trop-severe-581415.html
La République du Centre, la condamnation en appel à Blois, 3 décembre 2015 : https://www.larep.fr/loiret/actualite/pays/gatinais/2015/12/03/assises-jacqueline-sauvage-condamnee-a-10-ans-de-reclusion-en-appel-pour-le-meurtre-de-son-mari_11685571.html
Le Monde avec AFP, le refus de la libération conditionnelle, 12 août 2016 : https://www.lemonde.fr/societe/article/2016/08/12/la-demande-de-liberation-conditionnelle-de-jacqueline-sauvage-rejetee_4981797_3224.html
Le Monde, l'Union syndicale des magistrats contre la grâce totale, 29 décembre 2016 : https://www.lemonde.fr/societe/article/2016/12/29/grace-de-jacqueline-sauvage-la-verite-n-est-pas-celle-des-comites-de-soutien_5055402_3224.html
franceinfo, 5 questions sur l'affaire Jacqueline Sauvage, 27 janvier 2016 : https://www.francetvinfo.fr/faits-divers/justice-proces/cinq-questions-pour-comprendre-l-affaire-jacqueline-sauvage_1287363.html
Madame Figaro, les 3 filles racontent leur histoire familiale, 31 janvier 2016 : https://madame.lefigaro.fr/societe/jacqueline-sauvage-les-filles-racontent-lenfer-familial-310116-112185
Wikipédia, affaire Jacqueline Sauvage : https://fr.wikipedia.org/wiki/Affaire_Jacqueline_Sauvage