Affaire Gloria Kowalewicz : abattue en allant à la messe


Le samedi 12 novembre 1960, à Chicago, Esther Kowalewicz regarde depuis son porche sa fille Gloria, 8 ans, remonter Damen Avenue en robe à carreaux pour aller seule à la messe. La fillette n'arrive jamais à l'église, et on la retrouve morte peu avant midi dans un ravin boisé, à plus de 24 km de chez elle. Le 12 octobre 2026, plus de 65 ans après, la police de Chicago annonce que l'ADN désigne son meurtrier présumé, un homme mort en 2006 sans avoir jamais été inculpé ni jugé.
Gloria Kowalewicz, 8 ans, part pour la messe
Gloria est l'aînée des 2 enfants d'Esther et d'Edward Kowalewicz, qui habitent au 2002 West 67th Place, dans le quartier de West Englewood, au sud de Chicago. Edward, un ancien de la Seconde Guerre mondiale, tient une station-service au croisement de la 63rd Street et de Hoyne Avenue. Gloria est en CE2, et depuis quelques mois, elle a un petit frère, Adam, qui n'est encore qu'un bébé.
Depuis 2 semaines, Gloria va communier chaque matin à St. Mary of Mount Carmel, une église à environ 3 rues et demie de chez elle. Le samedi 12 novembre 1960, c'est le dernier jour. Ce matin-là, Esther l'habille d'une robe à carreaux rose et marron et d'un collant bleu, puis comme Edward a besoin de la voiture, Gloria part à pied, toute seule, un peu avant 8h. Le trajet est court, et depuis le porche, sa mère la regarde remonter Damen Avenue, vers le nord.
Sauf que Gloria n'arrive jamais à St. Mary of Mount Carmel. Peu après son départ, des témoins disent avoir vu une fillette qui lui ressemble, en compagnie d'un homme qui aurait entre 25 et 40 ans.
Une robe à carreaux au fond d'un ravin
Ce samedi-là, peu avant midi, un chauffeur qui travaille pour une blanchisserie de McKinley Park, un quartier de Chicago, s'arrête au bord de la 104th Avenue. Ici, on est déjà loin de la ville, dans une réserve forestière du secteur de Palos, au sud-ouest de Chicago, à plus de 24 km de chez les Kowalewicz. Dans un ravin boisé, à environ 6 m de la route, il aperçoit une robe à carreaux.
Il s'approche. C'est une petite fille, et quand il cherche son pouls, il n'en trouve aucun. Il reprend la route jusqu'à une taverne, d'où il appelle le bureau du shérif du comté de Cook. Environ 4 heures se sont écoulées depuis que Gloria a quitté le porche de sa maison. Le jour même, Edward Kowalewicz identifie le corps de sa fille.
Ce que les bois ont gardé
Le samedi 12 novembre 1960, dans le ravin boisé de la réserve forestière de Palos, l'examen du corps de Gloria montre qu'elle a reçu 2 balles dans la tête et qu'elle a des ecchymoses au cou. Selon le Chicago Tribune et CBS Chicago, il y a tellement de sang à cet endroit que les enquêteurs en concluent qu'elle a été tuée sur place, dans ces bois.
Ce jour-là et le lendemain, les enquêteurs ramassent tout ce qui peut servir. Au détecteur de métaux, ils retrouvent une balle, puis ils emportent le manteau de Gloria, ses chaussures et le petit sac de communion blanc, avec son livre de prières à l'intérieur. Sur la bandoulière, ils relèvent une empreinte, et le livre en porte d'autres. Sur place, des traces de pneus sont aussi moulées dans le plâtre. Chaque objet est inventorié avec soin avant de rejoindre les scellés de l'affaire.
Un dernier retour à l'église
Le mercredi 16 novembre 1960, c'est à St. Mary of Mount Carmel, l'église où elle n'est jamais arrivée ce samedi-là, que Gloria revient. Plus de 1 000 personnes assistent à ses funérailles, la police de Chicago escorte le cortège, et ce sont 6 enfants de sa classe qui portent son cercueil.
Une enquête sans coupable
Dès novembre 1960, après le meurtre de Gloria Kowalewicz, 3 services travaillent ensemble, le bureau du shérif du comté de Cook, la police d'État de l'Illinois et la police de Chicago, réunis dans une équipe spéciale. Les enquêteurs frappent à des centaines de portes, et ils interrogent plus de 1 300 personnes. Plus d'une douzaine d'entre elles passent au détecteur de mensonge. Les délinquants sexuels connus dans le secteur sont interrogés eux aussi.
Sur le terrain, des pompiers, des anciens combattants et des scouts participent aux recherches, et des plongeurs fouillent les cours d'eau. Le 19 novembre, une photo du Chicago Tribune montre des plongeurs dans le canal Cal-Sag, à Alsip, au niveau de Ridgeland Avenue, en train de chercher l'arme.
Avec autant de monde mobilisé, on imagine qu'un nom va bien finir par sortir. Pourtant, personne n'est jamais inculpé.
Un profil ADN sans nom
Pendant 50 ans, les scellés de Gloria restent conservés tels qu'ils ont été inventoriés en 1960. Edward meurt en 1978, puis Esther en 2000, sans que personne ait jamais pu leur dire qui a tué leur fille.
En juillet 2010, grâce à une subvention, la police de Chicago envoie la robe à carreaux dans un laboratoire d'analyses ADN. 5 mois plus tard, le laboratoire en tire un profil génétique masculin, à partir de traces de sperme. En 1960, d'après le Chicago Tribune, la police pensait que Gloria n'avait pas subi d'agression sexuelle, et dans les déclarations rapportées par la presse en 2026, elle ne dit pas ce que ces traces signifient. Les empreintes de la bandoulière et du livre de prières partent elles aussi au laboratoire.
Le profil entre dans CODIS, le fichier national d'ADN géré par le FBI, et au fil des années, plusieurs nouveaux suspects apparaissent. Sauf qu'à chaque fois, un prélèvement de salive suffit à les écarter, si bien que pendant 14 ans, le profil reste sans nom. Ce genre d'attente, d'autres familles l'ont connu, comme en Angleterre, dans l'affaire David Fuller, où il faut plus de 30 ans pour que l'ADN désigne l'auteur de 2 meurtres commis en 1987.
Un manteau envoyé au FBI
En 2024, avec une subvention fédérale, la police de Chicago envoie au FBI un autre vêtement de Gloria, son manteau, pour tenter une généalogie génétique. Le principe, c'est de comparer le profil d'un inconnu avec l'ADN que des particuliers ont déposé sur des sites de généalogie, souvent pour retrouver leurs origines. Si un cousin, même éloigné, apparaît, les enquêteurs remontent l'arbre de sa famille jusqu'à trouver l'homme qui correspond. C'est aussi le FBI qui, dans l'affaire Suzanne Sevakis, a fini par rendre son vrai nom à une jeune femme enterrée sous celui d'une autre.
Cette fois, la généalogie aboutit à un nom.
Une empreinte sur la bandoulière
En juillet 2026, le lieutenant Mark Kearns, de la police de Chicago, obtient la confirmation. Selon lui, l'homme désigné par la généalogie est formellement identifié comme celui à qui appartient le sperme retrouvé sur les vêtements de Gloria.
Reste l'empreinte de la bandoulière, et pour la comparer, les enquêteurs n'ont pas à chercher bien loin, parce que les empreintes de cet homme sont déjà dans leurs archives, sur une fiche de 1959. Selon la police, l'empreinte laissée sur le sac de Gloria correspond à cette fiche.
Cette fiche date de sa demande d'embauche dans la police de Chicago. En novembre 1960, quand Gloria part pour la messe, il est policier.
Il a 24 ans, il est entré dans la police l'année précédente, et selon le Chicago Tribune et NBC News, il est alors simple patrouilleur. Il ne devient inspecteur qu'en 1964. En 1987, il prend sa retraite après 28 ans de carrière, comme inspecteur aux crimes violents, puis il part dans le Nevada. À Las Vegas et à Reno, il travaille jusqu'en 2004 comme enquêteur pour le défenseur public fédéral, le service qui défend devant la justice fédérale les accusés qui n'ont pas les moyens de payer un avocat.
Toujours selon la police, il a possédé 3 revolvers Colt, le type d'arme dont provient la balle retrouvée. Le même type d'arme ne veut pas dire la même arme, et rien, dans ce qui a été rendu public, n'indique que l'une d'elles ait servi ce matin-là. D'après le Chicago Tribune, ses parents habitaient à environ 1,2 km à l'est de chez les Kowalewicz. On ne lui connaît pourtant aucun lien avec Gloria. Il est mort en 2006, à Las Vegas, à 70 ans.
Gloria Kowalewicz, 65 ans plus tard
Le 12 octobre 2026, la police de Chicago annonce avoir élucidé le meurtre de Gloria Kowalewicz, et NBC News et CBS Chicago publient l'identification de l'ancien policier. Pour la police, élucidé veut dire qu'elle estime connaître l'auteur, même s'il ne pourra jamais être poursuivi. Cet homme n'a jamais été inculpé, et puisqu'il est mort, il ne sera jamais jugé. Ce que la police affirme n'a donc jamais été examiné par un tribunal, ni contesté par un avocat de la défense.
Le mobile, lui, reste inconnu, et selon NBC News, on ne sait pas s'il a joué le moindre rôle dans l'enquête de 1960. Les journalistes n'ont pas pu joindre sa famille.
Dans sa déclaration, la police de Chicago écrit que cet homme n'aurait jamais dû porter l'insigne, et qu'il est dévastateur d'accepter qu'il n'ait jamais été identifié ni tenu responsable de son vivant. Elle rappelle aussi que les parents de Gloria sont morts sans avoir pu obtenir justice.
Le chef des inspecteurs de la police de Chicago, Kevin Bruno, parle d'un "meurtrier qui agissait en tant que policier". Pour lui, "le fait qu'il ait été policier nous trouble tous profondément".
Dans la famille de Gloria, une seule personne prend la parole. C'est Adam, le bébé de novembre 1960.
Le petit frère
Adam Kowalewicz, le frère cadet de Gloria, n'avait pas un an le 12 novembre 1960, bien trop petit pour garder un souvenir d'elle. Quelques jours avant l'annonce, il parle au Chicago Tribune, et il dit qu'il est sous le choc. Il remercie aussi les enquêteurs pour leur travail.
Il parle de ses parents et de sa sœur. "Maintenant, je sais que l'âme de ma mère et celle de mon père peuvent reposer en paix. Gloria peut reposer en paix."
Mais pour Adam, il manque quelque chose. "Il n'a jamais payé sa dette. On espère qu'il la paiera devant le bon Dieu." Une autre pensée ne le quitte pas non plus. "Ce qui me reste en tête, malheureusement, c'est qu'il a eu une vie correcte avant de mourir."
Des dossiers à rouvrir
Depuis l'annonce, le profil ADN de cet homme est enregistré dans CODIS, et le FBI dit suivre chaque piste qui pourrait apporter des réponses sur d'autres crimes non résolus. À Chicago, le bureau du procureur du comté de Cook cherche de son côté les affaires dans lesquelles il aurait pu être impliqué. Au 21 octobre 2026, aucune autre victime n'a été identifiée.
Elle s'appelait Gloria Kowalewicz, elle avait 8 ans, et ce samedi-là, elle allait à la messe.
À lire aussi :
➡️ Affaire David Fuller
➡️ Affaire Gabriel Fernandez
➡️ Affaire Dylan Groves
Sources :
Chicago Tribune (Sam Charles), reprise TNS dans le News Tribune, l'affaire Gloria Kowalewicz élucidée selon la police de Chicago, 15 octobre 2026 : https://www.newstribune.com/news/2026/oct/15/closing-65-year-old-cold-case-cpd-says-8-year-old/
Associated Press (Cybele Mayes-Osterman), reprise par l'Atlanta Journal-Constitution, l'ADN relie un ancien policier au meurtre de Gloria Kowalewicz, 13 octobre 2026 : https://www.ajc.com/news/2026/10/chicago-police-say-dna-ties-a-former-detective-to-decades-old-unsolved-killing-of-8-year-old-girl/
NBC News (Corky Siemaszko), la police de Chicago identifie le meurtrier présumé de Gloria Kowalewicz, 12 octobre 2026 : https://www.nbcnews.com/news/us-news/chicago-police-find-killer-65-year-old-cold-case-murder-little-girl-on-rcna602947
CBS Chicago (Sara Tenenbaum), le cold case Gloria Kowalewicz, 12 octobre 2026 : https://www.cbsnews.com/chicago/news/former-chicago-police-officer-killer-cold-case-murder-gloria-kowalewicz/
CNN Newsource, reprise par KOLN 10/11 Now, un ancien policier désigné dans le meurtre de 1960, 13 octobre 2026 : https://www.1011now.com/2026/10/13/former-officer-identified-suspect-cold-case-murder/
