Affaire de la famille Posey : 3 corps sous le fumier


Le mardi 6 juillet 2004, près de Hondo, au Nouveau-Mexique, le journaliste Sam Donaldson ne croise de toute la journée personne de la famille de son contremaître, pas même la petite Marilea, 13 ans, qui met de la vie partout où elle passe, alors que sur un ranch, avec les bêtes à nourrir chaque jour, on se croise forcément. Il finit par aller frapper chez eux, et sur le perron, à côté d'une casquette et d'une paire de lunettes, il y a une grande traînée rougeâtre et sèche, qu'il reconnaît tout de suite, parce qu'il a couvert la guerre du Vietnam. Dans la nuit, les enquêteurs du shérif trouvent dans la maison un mot écrit à la main, adressé à la police, "Désolé les flics, j'avais besoin du gamin pour faire le sale boulot".
Marilea et la famille du contremaître
En octobre 2001, Sam Donaldson, l'un des journalistes les plus connus de la télévision américaine, et sa femme, Jan, cherchent quelqu'un pour s'occuper de leur ranch, parce qu'ils passent une grande partie de l'année loin du Nouveau-Mexique. Ils embauchent un homme qui s'appelle Delbert Paul Posey, mais que tout le monde appelle Paul, et dès son arrivée, il remet de l'ordre dans le ranch, au point que Sam le trouve honnête et travailleur. Paul s'installe avec sa famille dans la maison du contremaître, sur la propriété, et pour son patron, c'est une famille de ranch "100 % américaine". En 2004, Paul a 34 ans.
Il y a d'abord Cody, le fils que Paul a eu avec sa première femme. Il a 14 ans, il vient de finir l'équivalent de la quatrième, et il travaille au ranch avec son père. Sam le voit comme un garçon renfermé, comme beaucoup d'adolescents, et il trouve Paul "un peu dur" avec lui, mais dans l'Ouest, c'est comme ça qu'on élève les garçons, et aux yeux de Sam, Paul attend simplement beaucoup de son fils.
Il y a aussi Tryone, qui a 44 ans et qui est la troisième épouse de Paul, une femme vive et pétillante, qui a le chic pour trouver du travail qu'on ne lui a pas demandé de faire. Marilea est sa fille, née d'un premier mariage avec Jake Schmid. Le dimanche, à l'église, la monitrice de catéchisme de Marilea voit bien que ses parents sont toujours autour d'elle, à la prendre dans leurs bras et à lui répéter qu'elle est une bonne élève et qu'elle est belle.
Comme beaucoup d'enfants de ranch, Marilea a son cheval, et dans la sacoche de sa selle, elle garde un revolver chargé de cartouches à plombs, celles qui servent à tuer les serpents.
Une traînée sur le perron
Le week-end du 4 juillet, la fête nationale américaine, Sam et Jan Donaldson le passent à Santa Fe, dans le nord de l'État. Le mardi 6 juillet, ils sont de retour, et ils passent la journée à pique-niquer dans les montagnes de Capitan. Autour de Hondo, une petite communauté posée le long de la rivière du même nom, au milieu des pâturages et des canyons, les ranchs sont immenses et les voisins sont rares. Seulement, sur un ranch, il y a les bêtes à nourrir et les enclos à nettoyer tous les jours, si bien que d'habitude, Sam croise forcément quelqu'un de la famille Posey. Sauf que ce mardi-là, il ne les voit ni le matin ni l'après-midi, et il finit par aller jusqu'à leur maison.
Sur le perron, il voit d'abord la casquette et la paire de lunettes, posées sur les planches, et à côté, la grande traînée rougeâtre et sèche. Sam la reconnaît tout de suite, parce qu'il a couvert la guerre du Vietnam et qu'il a déjà vu beaucoup de sang. Il entre, et dans la cuisine, il retrouve la même traînée, avec cette fois, près de la porte, une énorme masse de sang coagulé et des débris de verre. Quelqu'un a traîné quelque chose de lourd sur ce carrelage, de la cuisine jusqu'au perron, et même dans la buanderie, il y a du sang.
Alors Sam ressort et il appelle le bureau du shérif. Comme il n'a vu aucun corps, il ne peut pas en signaler un, et au téléphone, il dit seulement qu'il ne trouve pas son contremaître et qu'il a trouvé une grande quantité de sang coagulé.
Le shérif du comté de Lincoln, Tom Sullivan, arrive avec ses adjoints, et ce qu'il découvre ressemble à une scène de crime très violente. Il y a du sang sur le perron, dans la cuisine et dans le salon, des traînées comme si on avait déplacé des corps d'une pièce à l'autre, et sur le perron, des mèches de cheveux. Pourtant, les policiers ne savent même pas combien de personnes vivaient là, et ils ne trouvent personne, ni vivant ni mort.
Les enquêteurs éclairent la maison comme en plein jour, et ils travaillent jusque tard dans la nuit. C'est là qu'ils trouvent un mot écrit à la main, adressé à la police, "Désolé les flics, j'avais besoin du gamin pour faire le sale boulot". Si on le lit au premier degré, un homme est entré dans cette maison, il s'en est pris à la famille, et il est reparti avec un enfant.
Une nuée de mouches
Dehors, un adjoint remarque des traces de chenilles. Elles viennent d'une tractopelle John Deere, l'engin qu'on utilise sur un ranch pour creuser une tranchée ou déplacer de la terre, et dans le godet, il y a du sang. L'adjoint suit les traces, qui s'éloignent de la maison, contournent des falaises et mènent à un tas de fumier, où une nuée de mouches tourne au-dessus d'un endroit précis. Avec un bâton, il écarte un peu le fumier et la terre, et il dégage l'arrière d'une ceinture, un jean et une chemise.
Le mercredi 7 juillet au matin, par plus de 38 degrés, les adjoints sortent 3 corps de ce tas de fumier, en partie décomposés. Ce sont ceux de Paul Posey, de Tryone et de la petite Marilea, et tous les 3 ont été tués d'une balle dans la tête. Sauf que dans cette famille, ils étaient 4.
Cody, le garçon de 14 ans, reste introuvable.
Les larmes aux yeux
Au moment où les adjoints dégagent les corps, Cody est à une vingtaine de kilomètres de là, chez Faustino Salcido, dont les 2 fils, Leo et Gilbert, sont ses copains. Il est arrivé le lundi au volant de la camionnette de son père, et pendant 2 jours, les garçons ont joué au basket, se sont baignés dans la rivière et ont tiré des feux d'artifice toute la nuit. D'habitude, Cody parle peu, et Leo découvre un côté de son ami qu'il ne connaissait pas, et il ne l'a jamais vu aussi heureux. Faustino, lui, ne se doute de rien, justement parce que le garçon a l'air si content.
Le mercredi 7 juillet, vers 17h, on frappe à la porte, et ce sont des policiers. Ils commencent à poser des questions à Cody sur place, devant 2 adultes, dont l'oncle de ses copains, Eli Salcido, un ouvrier de ranch. Au bout d'un moment, Eli ne comprend plus ce qui se passe, et il va demander au shérif pourquoi on interroge un garçon de 14 ans sans avocat, et on lui répond que Cody n'est pas interrogé.
Pourtant, les enquêteurs emmènent ensuite Cody dans une pièce prévue pour entendre les enfants, avec le père de ses copains, et là, 2 policiers, le sergent Robert Shepperd et une adjointe, Melissa, reprennent les questions. Pendant la première heure, Cody répète qu'il n'a rien fait. Il explique que le lundi matin, il s'est disputé avec son père à propos du nettoyage des enclos à chevaux, que son père l'a giflé, et que la dernière fois qu'il a vu sa famille, c'était à ce moment-là, quand il est parti. Il raconte aussi des souvenirs d'enfance, des gifles, des coups de poing, en tripotant sa casquette et ses lunettes, jusqu'à ce que le sergent Shepperd change de ton. "Je suis assis là et je te regarde, Cody. Tu as les larmes aux yeux, et j'ai besoin de savoir pourquoi."
Il y a un long silence, puis Cody répond qu'il en avait assez que son père le frappe et lui crie dessus tout le temps, qu'il n'en pouvait plus. "J'ai essayé de me débarrasser de lui. De le faire disparaître de cette planète, parce que je serais mieux ici sans lui."
Le revolver de la sacoche
Alors Cody raconte. Après la dispute, il est allé à l'écurie, il a pris le revolver de calibre 38 dans la sacoche de Marilea, il a retiré les cartouches à serpents et il l'a rechargé avec de vraies balles. Il est entré dans la maison, où Tryone lisait un livre sur le canapé du salon, et il lui a tiré 2 balles dans la tête, la première pour qu'elle ne puisse pas appeler le 911, et parce que, selon lui, elle était méchante et qu'elle le frappait. Quand son père est arrivé en courant, avec Marilea juste derrière lui, Cody l'attendait derrière le réfrigérateur, et il lui a tiré dans la tête. Ensuite, il a tiré sur Marilea "pour qu'elle n'aille pas le dire", et une deuxième fois parce qu'elle bougeait encore.
Il a traîné les corps dehors et il les a chargés dans le godet de la tractopelle. Il a d'abord essayé de les enterrer. En juillet, la terre est si dure qu'il n'arrivait pas à creuser, donc il les a cachés dans le tas de fumier. Il s'est changé, il a jeté le revolver dans la rivière, et il a laissé le mot pour lancer les enquêteurs sur une fausse piste. Avant de partir, il a même coupé la pompe à eau, pour ne pas gaspiller l'électricité et l'eau de Sam, puis il a pris la camionnette, il s'est acheté une canette de Sprite, et il est allé chez ses copains.
Plus tard, quand le sergent sort et que Cody se retrouve seul avec l'adjointe, il raconte aussi que la veille au soir, son père et Tryone auraient voulu le forcer à avoir un rapport sexuel avec elle, et que son père l'aurait brûlé avec une sorte de tige à souder quand il a refusé. Sur ses bras, il montre des brûlures.
À un moment, Eli Salcido demande s'il ne faudrait pas un avocat, puisque Cody est mineur, mais les enquêteurs ont déjà ses aveux. Au Texas, dans l'affaire Trey Sesler, c'est aussi un fils de la famille qui avait tué ses parents et son frère, dans la maison familiale de Waller. À la fin de l'interrogatoire, Cody dit qu'il regrette, que c'était une mauvaise chose à faire, et que sa famille lui manque, même s'ils étaient méchants.
Une ceinture de cow-boy
Cody a environ 2 ans, il porte encore des couches, et ce jour-là, un ami de la famille, James Forrester, installe un chauffage chez les Posey. Le petit garçon joue près des ouvriers, sans comprendre qu'on lui demande de s'écarter. Selon James Forrester, qui racontera plus tard ce souvenir au juge, Paul retire sa grosse ceinture de cow-boy, il attrape son fils par le bras et il le frappe à la tête, aux oreilles, au visage et dans le dos, jusqu'à ce que la mère de Cody lui arrache le bébé.
Cody est né en octobre 1989, et en 1992, ses parents, Paul Posey et Carla Clees, divorcent. Il vit d'abord avec sa mère, mais en 1994, Carla s'engage dans la Navy, la marine américaine, et Cody, qui a 4 ans, repart vivre chez son père et sa deuxième femme, Sandy. Pour Sandy, c'est un petit garçon adorable, gentil et poli, et pendant les 5 ans de son mariage, elle l'élève comme son propre fils, en passant ces années à s'interposer entre l'enfant et son père. Elle a vu Paul tirer Cody du lit superposé du haut pour le faire tomber par terre, et elle a trouvé Cody, à 6 ans, en train de remplir un abreuvoir à chevaux avec un gobelet en carton, pour une punition.
Un soir, en rentrant du travail, Sandy surprend Paul en train de frapper son fils avec une planche. Cody a 7 ans, et cette fois, sa mère, en permission, voit les bleus et appelle la police. Il y a des photos et un examen à l'hôpital, mais le dossier est classé, parce que l'incident est jugé isolé.
D'après l'avocat de Cody, la violence remonte encore plus loin dans cette famille, puisque sa grand-mère paternelle aurait tué son mari, qui la battait, avant de retourner l'arme contre elle. Paul, lui, se remarie une troisième fois avec Tryone, qu'il a rencontrée alors qu'ils étaient tous les 2 encore mariés, selon la défense, et Cody part vivre avec eux et avec Marilea, à Roswell. À l'école chrétienne de la ville, 2 mères d'élèves entendent Tryone dire qu'elle déteste ce garçon, qu'il est "un bon à rien", et qu'elle ne le laissera jamais se mettre entre elle et Paul.
Un nom en lettres capitales
En avril 2000, Cody obtient enfin ce qu'il demande depuis longtemps. Son père signe un document dans lequel il renonce à tous ses droits sur lui, et Cody, qui a 10 ans, part vivre avec sa mère et son nouveau mari, William Brust, qu'elle a rencontré dans la marine. Pour Cody, c'est le plus beau moment de sa vie, parce qu'avec eux, il se sent traité comme un fils.
3 mois plus tard, en juillet 2000, ils prennent la route pour commencer une nouvelle vie dans l'État de Washington, et près de Sheridan, dans le Wyoming, William s'endort au volant. La voiture fait plusieurs tonneaux, Carla est éjectée, et Cody, emmené en ambulance, demande sans arrêt si sa mère va bien. Le soir, un médecin vient lui dire qu'elle n'a pas survécu.
Le jour des obsèques, Paul vient récupérer son fils, et c'est là que la famille de Carla découvre que la renonciation ne vaut rien, parce que Paul a écrit son nom en lettres capitales au lieu de signer. Une amie de la famille, Courtney Taylor, se souvient d'un garçon dévasté, qui pleurait "comme dans un film d'horreur", et une cousine de Carla, Sherry Gensler, l'entend répéter la même phrase pendant qu'on l'emmène, "Ne le laissez pas me prendre, il me bat."
Après ça, William Brust lui envoie du papier à lettres et des timbres, mais il ne reçoit qu'une seule réponse, et selon Cody, il ne reverra personne de la famille de sa mère avant 2004. Un peu plus tard, la famille s'installe sur le ranch de Sam Donaldson.
Comme un chien battu
Le soir du 7 juillet 2004, Cody est arrêté, et le shérif Tom Sullivan reconnaît que ses services n'ont jamais enquêté sur des violences dans cette famille, parce que personne ne les a jamais signalées. En 36 ans de carrière, c'est l'affaire la plus triste qu'il ait connue, et pour lui, si quelqu'un avait parlé, tout ça aurait pu être évité. Car autour du ranch, des voix commencent à raconter ce qu'elles ont vu, et 18 mois plus tard, elles le répéteront sous serment.
Slim Britton est un vacher qui a travaillé 8 mois sous les ordres de Paul Posey. Pour lui, Cody abat le travail d'un homme, mais quand il n'est pas assez rapide, son père l'insulte et il le frappe. Il l'a vu arriver à cheval derrière son fils et le frapper dans le dos avec un lasso enroulé, au point de presque le faire tomber de sa monture, et il l'a vu lui taper sur la main avec un crochet à foin. "Je ne l'ai jamais vu poser la main sur lui avec amour." Un autre ouvrier du ranch, Isabel Vasquez, que tout le monde appelle Pilo, raconte que Paul a menacé son fils, avec un crochet à foin, de lui couper les testicules, parce que Cody avait fait caler le pick-up. Un ancien ouvrier, Steven Chavez, a vu Paul lâcher sur son fils des bottes de foin de 18 kilos depuis le haut d'une meule, et lui serrer un doigt avec une pince, parce qu'il avait claqué la portière d'un camion.
Clint Skeen, un voisin qui travaille lui aussi au ranch, voit Cody joyeux quand ils sont tous les 2, mais dès que Paul arrive, Cody baisse la tête, comme "un chien battu". Les fils Salcido ont déjà vu leur copain arriver au collège avec un œil au beurre noir, et Alvera Lerma, la femme d'un employé, qui sert d'interprète à Paul parce qu'il ne parle pas espagnol, a vu un jour des brûlures de cigarette sur le bras du garçon. 4 mois avant le drame, elle a dit à son mari qu'il allait se passer quelque chose dans cette famille, que soit Cody tuerait Paul, soit Paul tuerait Cody.
Au printemps 2004, 9 semaines avant la fin de l'année scolaire, Paul et Tryone changent Cody d'établissement, et il quitte le collège de Hondo pour celui de Capitan. Quand sa petite amie, Brenda Lucero, essaie de l'appeler, Tryone lui répond qu'il n'a plus le droit de parler à personne de son passé. Une professeure de sciences, Donna Crawford, se souvient d'une réunion parents-professeurs où Paul et Tryone se sont mis à crier, jusqu'à ce que Cody éclate en sanglots, et Paul lui a dit qu'il allait voir en rentrant à la maison. Pourtant, comme ses collègues, elle n'a jamais pensé à de la maltraitance, et elle n'a rien signalé. En Californie, dans l'affaire Gabriel Fernandez, une institutrice, des assistants sociaux et des policiers avaient eux aussi vu ce qui arrivait à un petit garçon, sans que personne ne le sorte de là.
Dans la famille de Paul, en revanche, personne ne croit à cette histoire. Son frère aîné, Verlin Posey, vient d'enterrer son frère, sa belle-sœur et une petite fille de 13 ans, et pour lui, ces violences n'ont jamais existé. Selon lui, chaque fois que Cody recevait une fessée, la famille de sa mère lui disait que c'était de la maltraitance, et si ce garçon avait été battu à ce point, un professeur, un directeur ou un conseiller d'éducation l'aurait signalé. Sandy, la deuxième femme de Paul, reconnaît d'ailleurs qu'il ne l'a jamais frappée, elle.
"Seuls les forts survivent"
Le vendredi 9 juillet 2004, Cody comparaît pour la première fois devant le tribunal pour enfants, à Alamogordo. Il porte le même tee-shirt gris que le jour de son arrestation, avec l'inscription "Only the Strong Survive", "seuls les forts survivent", et il est poursuivi pour 3 meurtres et 4 altérations de preuves. Le juge James Waylon Counts nomme Corliss Clees, la sœur de sa mère, comme tutrice, et devant les journalistes, son avocat, Gary Mitchell, prévient que beaucoup de gens vont devoir expliquer pourquoi ils ont ignoré les signes d'un garçon "qui se battait désespérément pour sa santé mentale et pour obtenir de l'aide".
Cody passe les 18 mois suivants en détention, à Albuquerque, où il fête 2 anniversaires. Il est jugé sous un statut particulier du Nouveau-Mexique, celui de jeune délinquant, si bien que le jury décide s'il est coupable, mais que c'est le juge, et lui seul, qui choisira ensuite entre une peine de mineur et une peine d'adulte. La défense essaie de faire écarter l'enregistrement de ses aveux, sans succès, et comme l'affaire a fait beaucoup de bruit dans la vallée, l'accusation obtient que le procès se tienne à Alamogordo, à environ 110 kilomètres de Hondo.
Le mardi 17 janvier 2006, le procès s'ouvre devant 7 femmes et 5 hommes, et le premier témoin, c'est Sam Donaldson, qui raconte le sang sur le perron. Pour la procureure Sandra Grisham, Cody a décidé que son monde serait meilleur sans sa famille, et c'est une décision "d'un égoïsme incroyable". Elle rappelle qu'il a choisi l'ordre de ses victimes, changé les munitions, puis maquillé les lieux en cambriolage. "Leur monde est devenu le tas de fumier dans lequel il les a enterrés."
Un ancien camarade, Ramon Zamora, raconte à contrecœur que Cody lui avait dit, des mois avant, qu'il voulait la mort de ses parents. Un psychiatre spécialiste des enfants qui tuent, le docteur Wade Myers, de l'université de Floride du Sud, a examiné Cody pendant 8 heures en décembre 2005, et le juge lui interdit de dire au jury qu'il pense que Cody ment sur les violences, parce que ça, c'est aux jurés de le décider. Le docteur Myers trouve ses capacités intellectuelles au-dessus de la moyenne pour son âge, et selon lui, Cody savait qu'il avait d'autres choix, fuguer ou parler à un professeur, et il lui aurait dit "rien d'autre n'a marché, alors autant les tuer". À un test qui mesure les traits psychopathiques chez les adolescents, il lui donne 19 sur 40, alors qu'un enfant moyen obtient environ 3,2.
Cody à la barre
Le jeudi 19 janvier 2006, Cody, qui a maintenant 16 ans, s'assoit à la barre, et il parle d'une voix calme pendant 2 jours. Il dit qu'il a perdu le compte des coups, et qu'à force, il croyait que c'était normal de frapper les enfants. Il raconte les réveils avec de l'eau froide au visage, les coups de pied dans le ventre et l'aiguillon électrique qu'on utilise pour les bêtes, la dent de lait que son père aurait fait sauter d'un coup de poing parce qu'il jouait avec, et les bottes de foin qu'on lui jetait dessus parce qu'il n'allait pas assez vite. Il dit aussi que Marilea était payée pour rapporter à ses parents ce qu'il faisait au collège. "Je voulais une famille. Je voulais être le gamin dont le père dit, regardez, c'est mon fils."
Il revient ensuite sur le 4 juillet 2004. Ce jour-là, Verlin Posey et sa famille passent quelques heures au ranch, avant de repartir au rodéo de Capitan, le Smokey Bear Stampede, sans Cody. Le soir, toujours selon Cody, son père et Tryone l'appellent dans leur chambre. Tryone est allongée nue sur le lit, elle lui dit que comme ils ne sont pas du même sang, ce n'est pas grave, et son père lui ordonne d'avoir un rapport avec elle. Cody refuse, et son père chauffe une tige de métal et il le brûle. Tryone lui attrape la tête, il la mord pour qu'elle le lâche, et il est brûlé une deuxième fois avant de réussir à s'enfuir. Le lendemain matin, après la gifle dans l'enclos, il dit qu'il a perdu la tête. "J'étais submergé, j'ai perdu le contrôle de mes émotions. Je ne savais pas ce que je pensais, je ne savais pas ce que je faisais."
Pour appuyer cette version, la défense s'intéresse aux ordinateurs. Un enquêteur de la police de l'État a déjà expliqué aux jurés que des 3 ordinateurs de la maison, seul celui du bureau de Paul était relié à internet par la ligne téléphonique, et la défense fait venir un expert en informatique, et dans la mémoire de cet ordinateur, l'expert retrouve une recherche avec les mots "histoires d'inceste gratuites", et des images liées aux mots "inceste" et "fille".
Sauf que Sandra Grisham affirme qu'elle n'avait jamais entendu 98 % de ce que Cody raconte à la barre, et elle lui demande s'il ne se souvient pas aujourd'hui de bien plus d'épisodes qu'il n'en a raconté aux médecins. Cody répond qu'il pense que oui.
3 verdicts pour Paul, Tryone et Marilea
Le 24 janvier, un témoin inattendu vient parler pour la défense. C'est Jake Schmid, le père de Marilea, l'homme qui a le plus de raisons d'en vouloir à Cody, et il dit qu'il n'a aucune rancune contre lui, parce que quand Cody revenait chez son père après un week-end, il avait l'air d'un "chien qu'on a fouetté". Jake s'est d'ailleurs remarié avec Sandy, l'ancienne femme de Paul, et elle aussi témoigne pour Cody. Plus tard, Jake le dira en une phrase. "Cody n'a pas à être puni pour ça. Ce sont Paul et Tryone qui ont fait de lui l'arme qui les a tués, avec ma fille."
Le juge autorise les jurés à envisager la légitime défense, et dans sa plaidoirie, Gary Mitchell leur pose 3 questions. "Combien est-ce qu'on exige d'un enfant ? Combien est-ce qu'on lui demande de supporter ? Et est-ce qu'on lui permet de se défendre ?" Pour la procureure Janice Schryer, au contraire, Paul et Tryone étaient des parents aimants, et ce garçon, qui n'aimait pas la vie au ranch, a simplement "saisi l'occasion de se débarrasser de ces exigences et de cette vie".
Les jurés délibèrent environ 12 heures, et au départ, ils sont très divisés, mais les instructions du juge sont claires, la légitime défense suppose un danger immédiat, et ce lundi matin-là, Cody n'était pas en danger de mort. Le mardi 7 février 2006, ils rendent 3 verdicts différents pour 3 morts, coupable de meurtre au premier degré pour Marilea, de meurtre au second degré pour Tryone, et d'homicide volontaire sans préméditation pour Paul, la qualification la plus légère, celle qui tient compte d'une provocation. Cody est aussi reconnu coupable des 4 altérations de preuves.
À l'annonce du verdict, Cody baisse la tête et il pleure. Gary Mitchell passe son bras autour de ses épaules. "Je l'ai tenu comme j'aurais tenu mon propre fils", dira-t-il. Dans la salle, Corliss Clees s'effondre au premier rang, et elle doit être évacuée sur un brancard. Verlin Posey aurait voulu le premier degré pour son frère, mais il dit qu'il peut vivre avec, parce que pour lui, ce jour-là, Cody s'est fait "juré et bourreau". Plus tard, une jurée, Diane, explique qu'avec les instructions reçues, ils ont fait ce qu'il fallait, même si ça n'en faisait pas la bonne chose pour un enfant, et 7 jurés écrivent au juge pour lui demander de ne pas envoyer Cody en prison.
Une chance de grandir
L'audience sur la peine s'ouvre le 20 février 2006, et devant le tribunal d'Alamogordo, des manifestants se rassemblent chaque jour pour soutenir Cody. Le psychiatre qui le suit en détention, le docteur Robert Buser, explique que Cody souffre très probablement d'un stress post-traumatique depuis l'accident qui a tué sa mère, et que le soir du 4 juillet, "si c'est une histoire vraie", a pu le pousser à bout. Pour lui, le risque de récidive est très faible, et Cody est "très soignable". Jake Schmid promet au juge que si on donne une chance à ce garçon, il ne sera jamais un danger, et la grand-mère de Marilea, Mary Harrington, demande elle aussi une peine de mineur.
Le mercredi 22 février, Marilea aurait eu 15 ans, et Sandra Grisham le rappelle au juge. Pour elle, Cody n'a pas craqué, il a tué Tryone et Marilea pour qu'elles ne puissent pas témoigner, et c'est un crime "froid, calculé et glaçant", et elle demande la prison à vie. Cody parle en dernier. "Pendant ces 2 derniers mois, vous avez entendu qu'on m'accusait d'être un menteur et un psychopathe. Je peux vous dire aujourd'hui que je ne tuerai plus jamais."
Le jeudi 23 février 2006, le juge Counts rend sa décision. Il retient que Cody souffrait d'un stress post-traumatique et d'une dépression au moment des faits, qu'il n'est pas convaincu que ce garçon ait des traits antisociaux qui empêcheraient de le soigner, et que la violence était liée à une situation, ce qui le rend moins dangereux pour l'avenir. Il précise que cette décision ne dit pas que les meurtres étaient justifiés, et que si les élus veulent des peines d'adulte pour tous les garçons de 14 ans reconnus coupables de meurtre au premier degré, ils n'ont qu'à changer la loi. Cody est donc confié aux services de l'enfance du Nouveau-Mexique jusqu'à ses 21 ans, avec une possibilité de libération conditionnelle au bout de 40 jours seulement.
Jake Schmid remercie le juge, parce que ce qu'ils voulaient pour Cody, c'était une chance de grandir et de devenir quelqu'un, et Sandy dit qu'il sera le bienvenu chez eux. Verlin Posey, lui, quitte la salle sans un mot. Après la décision, Cody n'a qu'une phrase pour son avocat. "Ne vous inquiétez pas, monsieur Mitchell. Je ne décevrai personne."
Libre la veille de ses 21 ans
Le 25 septembre 2006, Verlin Posey et les parents de Tryone, Pat et Leona Basham, qui sont aussi les grands-parents de Marilea, portent plainte avec l'avocat Jack Thompson contre Sony, Take-Two et Rockstar Games, les éditeurs du jeu vidéo Grand Theft Auto, ainsi que contre Cody. Ils réclament 600 millions de dollars, parce que selon eux, Cody jouait sans arrêt à GTA Vice City, et sans ce jeu, il n'aurait pas tué. En 2010, dans une procédure contre Cody lui-même, un juge accorde 87 millions de dollars aux proches des victimes, mais leur avocat, Steven Sanders, reconnaît qu'ils ne toucheront sans doute jamais cet argent, parce que cette condamnation sert surtout à empêcher Cody de gagner un jour de l'argent avec cette histoire.
Le vendredi 8 octobre 2010, la veille de ses 21 ans, Cody Posey sort libre, sans aucune mise à l'épreuve. Pendant sa détention, il a obtenu son diplôme de fin d'études secondaires et presque 2 années de crédits universitaires, et selon son oncle, Carl Clees, il n'a jamais posé de problème de discipline, au point de servir de repère aux plus jeunes. Gary Mitchell lui conseille de changer de nom, et ni lui ni l'État ne disent où il est parti. Depuis, aucune information fiable n'a été rendue publique sur ce qu'il est devenu.
Paul avait 34 ans et Tryone 44. Marilea avait 13 ans, et pour Sam Donaldson, c'était une petite étincelle, une gamine qui mettait de la vie partout où elle passait.
L'affaire de la famille Posey en vidéo ⬇️

À lire aussi :
Sources :
Court TV (Emanuella Grinberg), ouverture du procès et contexte de l'affaire, 13 janvier 2006 : https://web.archive.org/web/20090225154123/http://www.courttv.com/trials/posey/011306_background_ctv.html
Court TV (John Springer), décision du juge Counts sur la peine, 23 février 2006 : https://web.archive.org/web/20081201173823/http://www.courttv.com/trials/posey/022306_sentencing_ctv.html
Associated Press (CBS News), découverte de la scène par Sam Donaldson et arrestation, 9 juillet 2004 : https://www.cbsnews.com/news/grisly-scene-at-newsmans-ranch/
NBC News (Dateline, John Larson), « Canyon of secrets », enquête, procès et jurés, 6 mai 2006 : https://www.nbcnews.com/id/wbna12665680
Associated Press (Fox News), condamnation comme mineur, 23 février 2006 : https://www.foxnews.com/story/teen-ranch-killer-sentenced-as-juvenile
CNN (Beth Karas), libération de Cody Posey à 21 ans, 9 octobre 2010 : https://www.cnn.com/2010/CRIME/10/08/new.mexico.posey.release/index.html
