Affaire Elisa Claps : retrouvée momifiée dans une église


Photo : Grandinetti Giulia, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons
Le dimanche 12 septembre 1993, un peu après 11h, à Potenza, dans le sud de l'Italie, Elisa Claps dit à son grand frère qu'elle va à la messe et qu'elle revient juste après. Elle a 16 ans, et toute la famille doit déjeuner à la campagne, chez ses parents, avec les orecchiette qu'elle a préparées la veille avec sa mère. Elle ne rentre pas. Pendant 16 ans et demi, les pistes vont mener jusqu'en Albanie et au Brésil, et quand on la retrouve enfin, en 2010, elle est à quelques centaines de mètres de chez elle, à un endroit où personne n'est jamais monté la chercher.
Elisa Claps, celle que ses frères appellent Sœur Thérésa
Potenza est une ville d'environ 63 000 habitants, perchée sur une colline au creux de la botte italienne. Dans le vieux centre, sur la via Pretoria, il y a une église, la Santissima Trinità, et la famille Claps vit à quelques centaines de mètres de là, via Mazzini.
Elisa est née ici le 21 janvier 1977. Elle a de longs cheveux châtains, des lunettes rondes, et elle sourit tout le temps. Ses parents s'appellent Antonio et Filomena, et elle a 2 grands frères, Gildo, 25 ans, qui fait des études de droit, et Luciano, 19 ans. Tous les 2 veillent sur leur petite sœur, ce qui ne les empêche pas de la taquiner, évidemment, et ils lui ont trouvé un surnom, Sœur Thérésa, parce qu'Elisa est croyante, douce, et qu'elle pense tout le temps aux autres.
Tout ce qu'elle ne dit pas, elle l'écrit dans son journal. Le lundi de Pâques 1992, elle a 15 ans, et elle s'est tellement amusée qu'elle pourrait revivre 10 000 journées comme celle-là. Quand 2 juges qui luttent contre la mafia, Giovanni Falcone et Paolo Borsellino, sont tués la même année, elle découpe les articles et les colle dans ses cahiers, pour qu'on ne les oublie pas. Plus tard, elle veut devenir médecin et partir en Afrique avec Médecins sans frontières. D'ailleurs, quand elle enferme des lucioles dans un bocal avec sa meilleure amie, Angelica, c'est toujours Elisa qui finit par les relâcher.
À la fin de l'été 1993, elle réussit ses examens de rattrapage, et elle fait sa rentrée en première au lycée classique de Potenza.
Un cadeau derrière l'église
Le samedi 11 septembre au soir, un garçon de 21 ans appelle Elisa. Il veut la voir le lendemain matin, derrière l'église de la Trinità, pour lui offrir un cadeau, parce qu'elle vient de réussir ses examens.
Le dimanche matin, ses parents et Luciano partent pour la maison de campagne de la famille, à Tito, un village à quelques kilomètres, et Gildo et Elisa doivent les rejoindre pour le déjeuner. Un peu plus tard, son amie Eliana passe la chercher. Un peu après 11h, sur le pas de la porte, Elisa dit à Gildo qu'elle va à la messe et qu'elle revient juste après.
À 11h30, devant le Bar Nuovo, piazza Mario Pagano, Elisa explique à Eliana qu'elle la laisse quelques minutes, le temps de retrouver ce garçon derrière la Trinità, à 350 mètres de là. Eliana va appeler son petit ami depuis une cabine téléphonique, puis elle attend. Midi passe, puis 12h30, et à 12h45, comme Elisa ne revient toujours pas, elle va sonner chez les Claps.
À 12h50, quand Gildo voit Eliana seule à l'interphone, il comprend que les 2 jeunes filles ne sont jamais allées à la messe ensemble. Il apprend aussi le nom du garçon. Il s'appelle Danilo Restivo, et c'est le fils du directeur de la Bibliothèque nationale de Potenza.
À peu près au même moment, vers 13h, Danilo arrive en bas de chez ses parents, en sueur, et il veut qu'on l'emmène tout de suite à l'hôpital.
Une coupure à la main
En bas de l'immeuble, il y a sa sœur, Anna, et son petit ami, Giovanni Motta. Danilo leur montre sa main gauche. C'est une petite coupure, ça saigne à peine, et pour Giovanni, ce n'est pas assez grave pour aller aux urgences. Pourtant Danilo insiste, et il explique qu'il est tombé dans le chantier des escaliers mécaniques que la ville est en train de construire à travers la colline.
Comme il est très agité, ils finissent par l'emmener à l'hôpital, et à 13h45, on lui fait un point de suture. Giovanni remarque que Danilo est trempé de sueur, et que son pantalon, lui, est mouillé de partout, sans savoir dire si c'est de la sueur ou autre chose. Quand ils arrivent enfin chez les Restivo pour déjeuner, il est plus de 14h, et Danilo va se changer.
Chez les Claps, ça fait presque 3 heures qu'Elisa a disparu, et Gildo appelle chez les Restivo. Au téléphone, Danilo bégaie. Il dit qu'il a bien vu Elisa ce matin, derrière l'autel, pas plus de 15 minutes, et qu'ensuite elle est partie pendant que lui restait prier. Angelica, la meilleure amie d'Elisa, prend le combiné à son tour. À elle, Danilo explique qu'il voulait un conseil au sujet d'une fille qui lui plaît, et il ajoute un détail qu'il n'a pas donné à Gildo. D'après lui, Elisa avait peur, parce qu'un homme l'avait embêtée devant l'église.
Gildo n'y croit pas, et il décide d'aller voir cette église de ses propres yeux.
Une porte fermée à clé
À 15h, Gildo entre dans la Trinità, et son premier réflexe, c'est de monter aux étages. Seulement, la porte qui y mène est fermée à clé, et les personnes présentes lui répondent que seul le curé a les clés. Ce curé, c'est don Domenico Sabia, que tout le monde appelle don Mimì, et cet après-midi-là, il est parti faire une cure thermale à Fiuggi, près de Rome, un séjour qu'il avait réservé depuis longtemps.
Quelques heures plus tôt, Elisa est entrée dans cette église, et Gildo reste bloqué devant la seule porte qu'il ne peut pas franchir.
À Tito, ses parents apprennent qu'Elisa n'est pas rentrée, et ils reviennent à Potenza. Luciano, lui, va jusque chez les Restivo, et sur la main de Danilo, il voit le pansement. Quand il demande comment le joindre, la famille refuse, agacée, de l'aider. Gildo et son père vont au commissariat signaler la disparition d'Elisa, et aux policiers, ils parlent tout de suite de Danilo.
Danilo est donc la dernière personne à avoir vu Elisa. Sauf que ce même après-midi, il prend un bus pour Naples, où il doit passer un examen à l'université le lendemain.
Une chute impossible
Le lundi 13 septembre, au retour de Naples, Danilo n'arrive au commissariat central, la Questura, que vers 19h. L'inspecteur Donato Pace l'emmène sur le chantier où il dit être tombé. Danilo raconte qu'il a perdu ses lunettes dans sa chute, qu'il les a retrouvées sans une rayure, et qu'un morceau de tôle s'est planté dans le dos de sa main.
L'inspecteur regarde autour de lui. Les marches et les murs sont en béton brut, très rugueux, il n'y a ni tôle ni la moindre trace de sang, et Danilo n'a pas un bleu, pas une écorchure, seulement cette coupure d'environ 1 cm entre le pouce et l'index. Le soir même, Donato Pace écrit un rapport de 2 pages. Pour lui, cette chute est invraisemblable, et Danilo joue la comédie.
Les policiers entendent aussi Paola Santarsiere, une jeune fille qu'Elisa a présentée à Danilo pendant l'été. Danilo l'a invitée à venir voir ce chantier, mais elle n'y est jamais allée. Il lui a aussi dit qu'il connaissait les secrets des églises de Potenza, et que même s'il avait l'air gentil, quand on le mettait en colère, il pouvait devenir violent.
Pourtant, le dossier est ouvert pour ce que la justice italienne appelle un éloignement volontaire, c'est-à-dire une fugue. Devant l'église, des gens racontent qu'Elisa serait partie avec des militaires, qu'elle serait enceinte, et les policiers font le tour des pharmacies.
Pendant un an, les policiers cherchent une fugueuse, jusqu'au samedi 10 septembre 1994, quand ils viennent chercher Danilo Restivo.
Une musique de film d'horreur au téléphone
Danilo n'est pas arrêté pour la disparition d'Elisa. Les magistrats lui reprochent d'avoir menti sur ce dimanche-là, et surtout sur sa chute dans le chantier.
Pour Gildo, ce n'est pas une surprise. En août 1993, sur une plage, il a vu sa sœur se raidir quand Danilo s'est approché d'elle, et Elisa, gentille avec tout le monde, lui a quand même demandé de le laisser tranquille. Ses amies, elles, voient bien qu'il lui tourne autour, et pour elles, Danilo, c'est celui des coups de fil bizarres. Quand une fille l'intéresse, il l'appelle sans parler, et il laisse tourner une musique, toujours la même, celle d'un film d'horreur italien, Profondo Rosso. En 1992 déjà, des étudiantes qui vivent en face de chez lui ont porté plainte pour ces appels.
Le 7 mars 1995, Danilo est condamné à 9 mois de prison pour ses mensonges. Le 28 janvier 1998, la cour d'appel alourdit sa peine à 2 ans et 8 mois, et cette fois, les juges écrivent ce qu'ils pensent. La plaie de sa main a été faite par une lame, et aux urgences, il s'est assuré que l'hôpital note son heure d'arrivée, comme pour se fabriquer un alibi. Seulement, sans corps, personne ne peut le juger pour meurtre.
Un mail envoyé du Brésil
Le vendredi 23 avril 1999, à 21h45, un mail arrive sur le site que la famille a ouvert pour retrouver Elisa. La personne se présente comme Elisa elle-même. Elle écrit qu'elle est au Brésil, qu'elle va bien, qu'elle est partie de son plein gré et qu'il ne faut pas la chercher.
Après plus de 5 ans de silence, c'est la première nouvelle de sa sœur, et Gildo n'y croit pas une seconde. Elisa, celle qui lui a promis de revenir juste après la messe, ne l'aurait jamais laissé 5 ans sans un mot pour lui écrire de ne pas la chercher. Alors il remonte la trace du message, et il découvre qu'il n'est pas parti du Brésil, mais d'un bar du centre de Potenza, le Tatì, qui met quelques ordinateurs à la disposition de ses clients. En 1999, presque personne n'a internet chez soi, et n'importe qui, dans la ville, a pu s'asseoir devant l'un d'eux.
Le 11 mai, Gildo raconte l'histoire de ce mail dans Chi l'ha visto?, l'émission que toute l'Italie regarde pour retrouver les personnes disparues. Le message ne fait pas avancer l'enquête pour autant, et en 2002, après 9 ans d'attente, Gildo fonde Penelope, une association pour les familles de disparus.
Cette même année, le mardi 12 novembre 2002, sur la côte sud de l'Angleterre, 2 enfants rentrent de l'école.
Le voisin d'en face
Terry a 14 ans, sa sœur Caitlin en a 11, et ils habitent au 211 Capstone Road, à Bournemouth, une ville au bord de la mer. Leur mère, Heather Barnett, a 48 ans. Elle est couturière, elle élève seule ses enfants, et elle travaille à la maison, si bien que ses clients viennent chercher leurs commandes chez elle.
Le 6 novembre, un homme qui habite juste en face est venu lui commander des rideaux, et après son passage, Heather a l'impression qu'il lui a pris sa clé. Alors elle fait changer la serrure.
Ce mardi-là, un peu après 16h, Terry trouve sa mère dans la salle de bains, morte. Il appelle les secours, et pendant ce temps, le voisin d'en face arrive, celui des rideaux. Il console les 2 enfants et il les emmène chez lui, de l'autre côté de la rue.
Heather a été tuée le matin, après le départ de ses enfants pour l'école. Elle a été attaquée dans son atelier, frappée à la tête à coups de marteau, avant d'être traînée jusqu'à la salle de bains. Après sa mort, son meurtrier lui a tranché la gorge et lui a coupé les seins. Sous sa main gauche, les policiers trouvent quelques-uns de ses propres cheveux, coupés, et dans sa main droite, une mèche de cheveux qui ne sont pas les siens.
Le voisin qui a recueilli les enfants s'appelle Danilo Restivo.
Un surpantalon en plein soleil
Danilo vit à Bournemouth depuis le printemps 2002, avec Fiamma Marsango, une femme rencontrée sur internet. Quelques jours après le meurtre, les policiers du Dorset trouvent chez lui des baskets qui trempent dans de l'eau de Javel, et au début de l'année 2003, il devient leur principal suspect. C'est là qu'ils découvrent ce qui s'est passé à Potenza en 1993.
Avec la police italienne, ils retrouvent des jeunes femmes qui l'ont connu, et elles racontent toutes la même chose. Danilo a toujours une paire de ciseaux sur lui, et dans les bus, il s'assoit derrière des jeunes filles pour leur couper une mèche de cheveux en cachette.
Au printemps 2004, les policiers anglais se mettent à le suivre. Le mercredi 12 mai, par une journée chaude et sèche, ils le contrôlent dans Pig Shoot Lane. Danilo porte un surpantalon imperméable, et dans ses affaires, il y a des vêtements de rechange, un couteau à lame fine, 2 paires de ciseaux, une cagoule et des gants.
Il est arrêté une première fois en juin 2004, puis une 2e fois le 21 novembre 2006, quand les policiers trouvent chez lui une mèche de cheveux nouée d'un fil vert. Faute de preuve, il est relâché les 2 fois.
Une église qu'on refuse d'ouvrir
En 2007, à Potenza, Barbara Strappato prend la tête de la Squadra Mobile, la brigade d'enquête de la police, et elle reprend le dossier Elisa Claps depuis le début. Tout a commencé à la Trinità, alors elle se présente devant l'église avec son équipe.
D'habitude, quand la police frappe à la porte d'une église, le curé la laisse entrer. Ce jour-là, don Mimì leur referme la porte au nez, et il faut que Barbara Strappato appelle le parquet, puis l'archevêque, pour qu'il les laisse passer.
Ils descendent fouiller les sous-sols et posent des scellés sur les pièces souterraines. Don Mimì demande à l'archevêque, Agostino Superbo, de les faire retirer, puisque d'après lui, il n'y a personne. Personne ne monte sous le toit.
En 2008, don Mimì meurt. La même année, en Angleterre, les scientifiques trouvent l'ADN de Danilo sur une serviette verte, chez Heather, et le lundi 14 septembre 2009, les policiers anglais reviennent à Potenza interroger des témoins.
Le mercredi 17 mars 2010, un ouvrier est appelé à la Trinità pour une fuite d'eau.
Sous les tuiles des combles
Pour trouver d'où vient la fuite, l'ouvrier monte jusqu'aux combles de l'église, où presque personne ne va jamais. Il avance entre les poutres, dans la poussière, et dans un coin, sous un tas de tuiles, de gravats et de feuilles, il découvre un corps momifié. Tout près, il y a une montre, des boucles d'oreilles, des sandales, des restes de vêtements, et une paire de lunettes.
Le lendemain matin, devant les objets que lui montrent les policiers, Filomena reconnaît les lunettes de sa fille et un morceau de son pull. Gildo traverse la crypte avec Luciano, il monte les 2 premières marches de l'escalier qui mène aux combles, et il s'arrête. Il demande à son frère d'y aller à sa place. 16 ans et demi plus tôt, il cherchait les clés pour monter là-haut, et maintenant que la porte est ouverte, il ne peut pas.
À Bari, le médecin légiste Francesco Introna compare l'ADN d'un fémur avec celui de Filomena, et la probabilité qu'elle soit la mère est de 99,9992 %. C'est Elisa.
Elle n'a jamais quitté la Trinità. Entre 1996 et 1997, des ouvriers ont même travaillé dans ces combles, du côté gauche, alors qu'elle était du côté droit, derrière un mur, dans le noir. En dessous, pendant tout ce temps, les gens de Potenza venaient à la messe.
D'après Francesco Introna, Elisa est arrivée vivante là-haut. Elle a reçu 13 coups d'une petite lame, dont 9 dans le dos, et elle a des blessures de défense sur les mains. Des mèches de ses cheveux, prises dans son sang, ont été coupées au moins 20 à 30 minutes après sa mort.
Les jurés de Winchester
Le mercredi 19 mai 2010, à 6h40, les policiers anglais frappent chez Danilo, et le lendemain, il est inculpé du meurtre de Heather.
En Italie, la justice ordonne à son tour son arrestation, et en mars 2011, les experts des carabiniers trouvent sur le pull d'Elisa l'ADN de Danilo, mêlé à son sang à elle. Depuis 1993, il raconte qu'il a passé 15 minutes avec elle au pied de l'autel.
Le procès s'ouvre à Winchester le 11 mai 2011, et le juge accepte que les jurés entendent parler d'Elisa, parce que les cheveux coupés ressemblent à une signature. Gildo vient témoigner à quelques mètres de Danilo, qui ne le regarde pas une seule fois.
Le 20 juin, Danilo reconnaît qu'il coupe des mèches de cheveux depuis ses 15 ou 16 ans, au départ pour un pari entre garçons de sa classe, et qu'il ne pensait pas que c'était un crime. Elisa lui plaisait, elle l'a repoussé, et ce dimanche-là, il voulait son avis sur Paola, à qui il hésitait à envoyer des fleurs. Quant au meurtre, il répète qu'il n'a jamais tué personne.
Le 29 juin, après 5 heures à peine de délibération, les jurés le déclarent coupable du meurtre de Heather Barnett, et le lendemain, le juge Ian Burnett le condamne à la prison à vie.
Un crâne, ou un Ukrainien
Le samedi 2 juillet 2011, des milliers de personnes accompagnent enfin Elisa sur la piazza Don Bosco de Potenza. Son cercueil a passé la nuit dans le lycée où elle venait de faire sa rentrée, en septembre 1993. Le 11 novembre, à Salerne, au terme d'une procédure qui se joue sur le seul dossier, la juge Elisabetta Boccassini condamne Danilo Restivo à 30 ans de prison pour le meurtre d'Elisa, la peine la plus lourde possible dans ce cadre. Pour elle, il est le seul qui a pu la tuer, et sa famille l'a protégé.
Une autre question hante les Claps. Le 20 mars 2010, le vice-curé de la Trinità, don Wagno, a raconté aux enquêteurs que 2 femmes qui faisaient le ménage dans l'église avaient vu un crâne dans les combles, des mois avant l'ouvrier. Il est monté, il a vu des lunettes, une chaussure, et ce qu'il a pris pour une belle écharpe. Il dit avoir prévenu l'archevêque au téléphone, qui affirme avoir compris "ucraino", un Ukrainien, et pas "cranio", un crâne. Personne n'a appelé la police.
Les 2 femmes nient avoir vu quoi que ce soit, et en septembre 2015, elles sont condamnées à 8 mois avec sursis pour avoir menti. En 2018, la cour d'appel déclare les faits prescrits.
Le cœur d'Elisa à Goma
En janvier 2014, Antonio, le père d'Elisa, meurt, malade depuis longtemps, sans avoir pu assister aux funérailles de sa fille. La condamnation de Danilo pour Elisa devient définitive la même année, et en Angleterre, il ne pourra pas demander à sortir avant 2050. Il aura 78 ans.
Le 10 mai 2024, la ville de Potenza donne le nom d'Elisa au petit espace devant l'église, le Largo Elisa Claps. Ce bout de rue, Filomena l'évite depuis plus de 30 ans, et ce jour-là, elle dit qu'elle va recommencer, petit à petit, à passer par là. Dans l'église, il reste pourtant une plaque en latin qui rend hommage à don Mimì, et Gildo demande qu'on la retire. En juillet 2026, le parquet de Potenza confirme qu'il a rouvert l'enquête pour complicité de meurtre, parce qu'il veut savoir si Danilo a agi seul.
Loin de Potenza, en octobre 2023, la famille a lancé avec une ONG italienne, le VIS, un projet à Goma, dans l'est de la République démocratique du Congo, près d'un camp où vivent environ 30 000 personnes chassées de chez elles. Dans le dispensaire, les enfants de 0 à 5 ans, les femmes enceintes et celles qui allaitent reçoivent chaque matin un repas enrichi et les médicaments dont ils ont besoin. Le 12 septembre 2024, 31 ans jour pour jour après sa disparition, une plaque au nom d'Elisa y est posée, dans la salle d'attente. Pour Gildo, à Goma, le cœur d'Elisa bat de nouveau.
Elle s'appelait Elisa Claps, elle avait 16 ans, des lunettes rondes, et elle voulait devenir médecin en Afrique.
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Sources :
Cour d'appel d'Angleterre et du pays de Galles, décision R v Restivo, [2012] EWCA Crim 2435 : https://caselaw.nationalarchives.gov.uk/ewca/crim/2012/2435
ANSA, les étapes de l'affaire Claps, 10 septembre 2018 : https://www.ansa.it/sito/notizie/cronaca/2018/09/10/delitto-claps-le-tappe-della-vicenda_19cd1b0d-94e1-477a-9936-12dc2564d9b9.html
Quotidiano del Sud, les 48 premières heures de l'enquête, 1er juillet 2011 : https://www.quotidianodelsud.it/2011/07/01/claps-le-sviste-degli-investigatori-le-prime-quarantotto-ore
Il Giornale, le témoignage de Danilo Restivo à Winchester, 20 juin 2011 : https://www.ilgiornale.it/news/claps-restivo-giudice-elisa-mi-aveva-rifiutato-i-capelli.html
ANSA, l'enquête rouverte pour complicité de meurtre, 2 juillet 2026 : https://www.ansa.it/sito/notizie/cronaca/2026/07/02/linchiesta-su-elisa-claps-riaperta-per-concorso-in-omicidio_499d3ea9-e76d-4576-a5ed-89baf83c540f.html
ANSA, le projet Il cuore di Elisa à Goma, 10 septembre 2024 : https://www.ansa.it/basilicata/notizie/2024/09/10/il-cuore-di-elisa-claps-per-aiutare-i-bambini-del-congo_52125ced-65fb-4820-b90c-c71b59ddbb1e.html
