Affaire Colleen Slemmer : un morceau de crâne en souvenir

Portrait de Colleen Slemmer, 19 ans, tuée à Knoxville en 1995, affaire Colleen Slemmer
Portrait de Colleen Slemmer, 19 ans, tuée à Knoxville en 1995, affaire Colleen Slemmer

Vers 22h, le 12 janvier 1995, May rappelle sa fille, Colleen Slemmer, 19 ans, partie apprendre l'informatique à Knoxville, dans le Tennessee, parce que quelques heures plus tôt, la ligne était si mauvaise que leur appel s'est coupé. Sauf que Colleen est sortie à pied de sa résidence vers 20h, dans la nuit, et ce soir-là, sa mère n'arrive plus à la joindre. Le lendemain matin, sur le campus de l'université, un employé aperçoit une forme couchée sur un tas de gravats, derrière une vieille centrale à vapeur, et sur le moment, il pense à un animal mort pendant la nuit.

Une forme près des serres

Le vendredi 13 janvier 1995, vers 8h05, l'employé de l'Université du Tennessee fait sa tournée sur le campus agricole. Sur un tas de gravats, il voit cette forme couchée face contre terre, au bord d'une mare de sang, et sur le moment, il pense à un animal mort pendant la nuit. Sauf qu'en s'approchant, il comprend que c'est une jeune femme, à moitié dévêtue, le crâne fracassé, et que quelqu'un lui a noué un chiffon autour du cou.

Quand les policiers arrivent, ils comprennent vite qu'elle n'est pas morte là où on l'a trouvée. Autour du corps, sur une zone d'environ 30 mètres sur 18, la terre est trempée et boueuse, les buissons sont écrasés, et dans la boue, il y a des empreintes de mains et de genoux, et de longues traces, comme si on avait traîné quelque chose par terre. À environ 9 mètres du corps, il y a une grande mare de sang.

Les enquêteurs ramassent des morceaux d'asphalte couverts de sang, puis, dans les buissons, des vêtements, et le chiffon serré autour de son cou est taché de sang lui aussi. Ce qui s'est passé ici a donc duré un moment, et d'un bout à l'autre de cet endroit, la jeune femme a bougé, ou on l'a déplacée.

Pour être sûrs de son identité, les enquêteurs comparent ses dents à son dossier dentaire, et c'est bien Colleen Slemmer. Elle a 19 ans, elle est élève au Job Corps de Knoxville, un programme fédéral qui loge et forme gratuitement des jeunes pour leur apprendre un métier, et elle vit dans la résidence du centre, sur Dale Avenue, depuis qu'elle est arrivée de Floride, 2 mois et demi plus tôt.

Colleen Slemmer, la fille d'Orange Park

Colleen est née le 20 septembre 1975 à Orange Park, une petite ville du nord-est de la Floride, au sud de Jacksonville. Elle grandit avec sa mère, May, son beau-père et sa petite sœur, et à la maison, il y a toujours des enfants, parce que May tient une garderie, ce qu'elle fera pendant 40 ans. Colleen adore s'en occuper, alors elle fait du baby-sitting, et sa mère le dit simplement, elle aime "tout ce qui touche aux enfants".

C'est une jeune fille douce et calme, gentille, et ses professeurs savent qu'ils peuvent compter sur elle. Elle fait du roller tous les week-ends, elle court des marathons, et elle donne de son temps aux Special Olympics, au point qu'à l'école, pendant le déjeuner, c'est elle qui s'occupe des élèves handicapés. Un jour, elle aide même à repeindre son école.

Lire lui demande beaucoup d'efforts, sauf que Colleen est loin d'être bête, et ce qu'elle préfère, ce sont les ordinateurs. Elle passe des heures à les démonter et à les remonter avec son beau-père, alors quand son grand-père l'encourage à s'inscrire au Job Corps pour en faire son métier, Colleen dit oui, et elle part suivre une formation en informatique au centre de Knoxville.

Le soir d'Halloween 1994, elle dit au revoir à sa famille, et elle prend la route du Tennessee. C'est la dernière fois que les siens la voient vivante.

Un appel coupé

Le jeudi 12 janvier 1995, Colleen essaie d'appeler sa mère, en Floride. L'appel est court, parce que la ligne est mauvaise et que la communication se coupe, si bien que May n'arrive pas vraiment à parler avec sa fille.

À Knoxville, vers 20h, Colleen sort de la résidence du Job Corps avec 3 autres élèves du centre, et ils partent à pied, dans la nuit, vers la 17e Rue.

Vers 22h ou 22h15, May rappelle sa fille, parce qu'elle veut reprendre la conversation qui a été coupée. Or Colleen n'est déjà plus là. Plus de 30 ans après, May s'en souvient encore, "Je l'ai rappelée vers 22h, 22h15, elle était déjà partie", et ce soir-là, elle n'arrive pas à la joindre.

Au même moment, vers 22h15, 3 élèves repassent la porte de la résidence du Job Corps. Ce sont ceux qui sont partis avec Colleen à 20h.

Colleen n'est pas avec eux.

Une étoile gravée sur la poitrine

Le 13 janvier, à l'institut médico-légal du comté de Knox, la médecin légiste Sandra Elkins examine le corps de Colleen. Il est couvert de sang et de boue, alors avant toute chose, elle le nettoie, et c'est là qu'elle découvre, sur la poitrine de la jeune femme, une étoile à 5 branches gravée à même la peau, un pentagramme.

Sur la gorge, il y a une plaie béante d'environ 15 centimètres, et autour d'elle, 10 autres entailles. Sur le reste du corps, il y a tellement de coupures que la légiste renonce à les compter une par une, et elle voit aussi des blessures de défense, celles qu'on a quand on essaie de se protéger. Le crâne, lui, a reçu au moins 4 coups. À gauche, il est fracturé, au point que des éclats d'os se sont enfoncés dans le cerveau, et à droite, le front est enfoncé.

Ce que Sandra Elkins comprend ensuite est encore plus dur. Autour des plaies, les tissus sont rouges, et ça veut dire que le cœur de Colleen battait encore pendant qu'on la blessait. Dans ses sinus, il y a du sang, donc elle respirait encore, et pour la légiste, Colleen était probablement consciente pendant une grande partie de ce qu'elle a subi. Ce sont les coups à la tête qui finissent par la tuer.

Le crâne est si brisé qu'un anthropologue légiste de l'université, Murray Marks, doit en rassembler les morceaux pour le reconstituer, et une fois tous les morceaux en place, il reste un trou.

Un morceau du crâne de Colleen manque.

Une visiteuse sur la scène de crime

Le même jour, entre 16h et 17h, un policier de l'université, Harold Underwood, garde le périmètre autour de la centrale à vapeur, quand un petit groupe de 3 à 5 jeunes femmes du Job Corps s'approche. Après une découverte pareille, que des curieux viennent voir, c'est assez logique. Or l'une d'elles pose des questions sur ce qui s'est passé, et pendant qu'elle les pose, elle glousse. Autour du cou, elle porte un collier avec un pendentif en forme de pentagramme.

Elle s'appelle Christa Pike, elle a 18 ans, et elle est élève au Job Corps, comme Colleen. Son petit ami, Tadaryl Shipp, 17 ans, est inscrit au même centre, et lui aussi porte un pentagramme autour du cou. Très vite, les enquêteurs s'intéressent à eux 2, et à une amie du couple, Shadolla Peterson, 18 ans.

Le 14 janvier 1995, environ 36 heures après la mort de Colleen, les 3 élèves sont arrêtés. Quand on les interpelle, Christa et Tadaryl portent toujours leurs pentagrammes, et Tadaryl parle aux policiers des objets sataniques qu'il garde dans sa chambre, au Job Corps.

Au même moment, le personnel du centre remet aux enquêteurs la veste que Christa portait le soir du 12 janvier. Dans la poche intérieure, il y a un petit morceau d'os.

Ce que Kim sait

Au Job Corps, Christa est persuadée que Colleen essaie de lui voler Tadaryl, alors que les amis de Colleen, eux, affirment le contraire. Elle répète aussi que Colleen l'aurait menacée avec un cutter, une version qu'on ne connaît que par elle.

Le mercredi 11 janvier 1995, Christa se confie à une autre élève, Kim Iloilo, et elle lui annonce qu'elle a l'intention de tuer Colleen, parce qu'elle se sent "méchante" ce jour-là. Entre élèves, ce genre de phrase se lance sous le coup de la colère, et la plupart du temps, ça ne veut pas dire grand-chose. Pourtant, le lendemain soir, vers 20h, Kim voit Christa, Tadaryl et Shadolla partir à pied avec Colleen, et vers 22h15, elle les voit revenir à 3.

Vers 23h, Christa entre dans la chambre de Kim. Elle lui dit qu'elle a tué Colleen, et elle lui montre un morceau d'os, qui vient, dit-elle, du crâne de Colleen. Le lendemain matin, au petit-déjeuner, Kim lui demande ce qu'elle en a fait, et Christa lui répond qu'il est dans sa poche. "Et oui, je prends mon petit-déjeuner avec."

Un peu plus tard, en cours, Christa montre le même morceau d'os à une autre élève, Stephanie Wilson. Elle lui dit qu'elle a tranché 6 fois la gorge de Colleen et qu'elle lui a frappé la tête avec une pierre, puis elle lui montre ses chaussures. "Ce n'est pas de la boue sur mes chaussures, c'est du sang." Dans l'État de New York, dans l'affaire Bianca Devins, c'est aussi celui qui a tué la jeune fille qui montre lui-même son crime, en publiant des photos de son corps sur Discord.

Ni Kim ni Stephanie ne préviennent la police, et le 14 janvier, au commissariat de Knoxville, c'est Christa elle-même qui accepte de tout raconter.

Un rendez-vous pour faire la paix

Le 12 janvier au soir, d'après ce que Christa raconte aux enquêteurs, c'est elle qui propose à Colleen de sortir. Elle lui dit qu'elle a caché de l'herbe à Tyson Park, et elle lui présente cette sortie comme une façon de faire la paix. Colleen accepte, et le petit groupe marche jusqu'au campus agricole de l'université, près des serres et de la vieille centrale à vapeur, pendant que Shadolla fait le guet.

Là-bas, Christa s'en prend à Colleen, en voulant seulement se battre, d'après ce qu'elle dit aux policiers. Elle la frappe, elle lui donne des coups de pied, et elle lui cogne la tête contre le sol. Quand Colleen réussit à se relever et essaie de s'enfuir, on la rattrape, et Christa et Tadaryl l'obligent à enlever son chemisier et son soutien-gorge, pour qu'elle n'ose plus partir en courant. Tadaryl la maintient au sol et lui entaille la poitrine, et Christa la coupe au ventre et dans le dos, avec un cutter et un petit hachoir à viande qu'elle a emprunté au Job Corps. Le pentagramme, c'est Tadaryl qui reconnaît devant la justice l'avoir gravé.

Colleen demande "Pourquoi tu me fais ça ?". Elle supplie, et elle propose de rentrer chez elle, en Floride, à pied, sans même repasser au centre chercher ses affaires. Christa lui ordonne de se taire, parce que, dit-elle aux policiers, "c'est plus dur de faire du mal à quelqu'un quand il te parle", et elle lui noue un chiffon autour de la bouche, avant de lui trancher la gorge, à plusieurs reprises. Ensuite, Christa et Tadaryl lui frappent la tête avec des pierres, et Christa lui écrase un gros morceau d'asphalte sur le crâne. Tout ça dure entre 30 minutes et une heure, et quand le groupe repart vers le centre, Colleen reste seule, près des serres. Christa, elle, emporte un morceau de son crâne.

La pièce manquante

Au laboratoire, Murray Marks reprend le crâne de Colleen, et il approche du trou le morceau d'os trouvé dans la poche de la veste de Christa. Il s'emboîte parfaitement dans le vide qui restait, et de son côté, Sandra Elkins arrive à la même conclusion. Le souvenir que Christa montrait à ses camarades au petit-déjeuner est bien un morceau du crâne de Colleen.

D'après Christa, après le meurtre, Tadaryl et elle se sont lavé les mains et les chaussures dans une flaque de boue. Elle emmène les enquêteurs jusqu'à une poubelle de la station-service Texaco de Cumberland Avenue, où elle a jeté les 2 cartes d'identité de Colleen et une paire de gants noirs. Dans sa chambre, les policiers trouvent son jean, couvert de boue et taché de sang, et les analyses ADN montrent que le sang sur les vêtements de Christa et sur ceux de Tadaryl, c'est celui de Colleen.

Christa Pike, Tadaryl Shipp et Shadolla Peterson sont inculpés de meurtre avec préméditation et de complot en vue de commettre un meurtre. Shadolla, celle qui faisait le guet, choisit de passer un accord avec l'accusation. Elle témoignera contre les 2 autres, elle plaide coupable de complicité après les faits, et elle repart avec une mise à l'épreuve, sans aller en prison. Tadaryl, lui, a 17 ans, mais il sera jugé comme un adulte.

À Christa aussi, l'accusation propose un marché. Si elle plaide coupable, elle échappe à la peine de mort, et elle passera sa vie en prison, sans possibilité de libération conditionnelle. Christa refuse.

"Est-ce que je peux serrer ma mère dans mes bras ?"

En mars 1996, à Knoxville, le procès de Christa Pike s'ouvre devant la juge Mary Beth Leibowitz. À la barre, Murray Marks montre aux jurés le crâne reconstitué de Colleen, le policier Harold Underwood raconte la visite de l'accusée sur la scène de crime, et Kim Iloilo répète ce que Christa lui a dit la veille du meurtre. Le 22 mars 1996, le jury la déclare coupable de meurtre avec préméditation et de complot en vue de commettre un meurtre.

Pour lui éviter la peine de mort, la défense raconte son enfance. Sa tante, Carrie Ross, décrit une mère qui ne s'est jamais attachée à sa fille, une famille où l'on boit et où l'on se drogue, et une maison où rien n'est stable, avant d'admettre, quand l'accusation l'interroge, que sa nièce ment sans arrêt. Son père, Glenn Pike, explique qu'il l'a mise à la porte de chez lui, et sa mère, Carissa Hansen, reconnaît qu'elle fumait de la marijuana avec sa fille. Un psychologue, Eric Engum, diagnostique chez Christa un trouble de la personnalité borderline et une dépendance aux drogues, sans la déclarer folle.

Le 30 mars 1996, le jury condamne Christa Pike à mort, sur la chaise électrique, et la juge ajoute 25 ans de prison pour le complot. Christa a eu 20 ans 3 semaines plus tôt, et au moment où elle entend sa peine, elle demande "Est-ce que je peux serrer ma mère dans mes bras ?". Or quelques jours après sa condamnation, Christa écrit une lettre à Tadaryl.

Une lettre et un lacet

Dans cette lettre, Christa se plaint. Elle écrit qu'elle a fracassé la tête de Colleen pour qu'elle meure plus vite, et qu'en échange, l'État va la faire "frire" sur la chaise électrique. "Tu vois ce que j'obtiens pour avoir essayé d'être gentille", écrit-elle, avec une insulte pour désigner Colleen. En janvier 1997, Tadaryl Shipp est reconnu coupable à son tour, et il est condamné à la prison à vie avec possibilité de libération conditionnelle, plus 25 ans pour le complot.

Christa entre dans le couloir de la mort de la prison pour femmes du Tennessee, à Nashville. Plus de 25 ans plus tard, au Texas, dans l'affaire Taylor Parker, un jury condamnera lui aussi à mort une femme, pour le meurtre d'une jeune femme qu'elle connaissait. En 1998, la Cour suprême du Tennessee confirme la condamnation de Christa. En 2001, elle demande à renoncer à ses appels pour être exécutée, et une date est même fixée, le 19 août 2002, avant qu'elle change d'avis et que tout reprenne. Entre-temps, le 24 août 2001, pendant qu'on évacue la prison à cause d'un incendie, elle essaie d'étrangler une autre détenue, Patricia Jones, avec un lacet de chaussure. Elle dit qu'elle voulait protéger une codétenue, Natasha Cornett, mais la justice ne la croit pas, et en 2004, elle prend 25 ans de plus pour tentative de meurtre.

En 2012, les enquêteurs découvrent qu'une évasion se prépare, avec un gardien de 23 ans, Justin Heflin, et un homme du New Jersey qui venait voir Christa en prison, Donald Kohut. Le plan est arrêté bien avant d'aboutir, Donald Kohut est condamné à 7 ans de prison, le gardien est licencié, et Christa n'est pas poursuivie.

Le 30 septembre 2025, la Cour suprême du Tennessee fixe la date de son exécution, au 30 septembre 2026.

Un morceau qui ne revient pas

À Orange Park, May n'a jamais pu rester dans la maison où Colleen a grandi. Juste après le meurtre, elle déménage avec sa famille, et quand sa fille cadette, la sœur de Colleen, meurt du Covid, en 2021, elle quitte la ville pour de bon. "Je ne supportais plus le coin", dit-elle. Aujourd'hui, elle vit avec son mari, Raul Martinez, à Palatka, à environ une heure de Jacksonville.

Pendant toutes ces années, May se bat pour récupérer sa fille en entier. Une partie du corps de Colleen sert de preuve, si bien que l'État du Tennessee la garde tant que la procédure n'est pas finie, et d'après May, il lui renvoie les restes de Colleen par la poste, petit à petit. Un jour, elle doit même aller chercher elle-même le crâne de sa fille au tribunal. Pourtant, d'après elle, le morceau que Christa avait emporté ne lui a jamais été rendu, et il aurait même été perdu. Les avocats de Christa Pike, eux, affirment que l'État leur a confirmé plusieurs fois que tous les restes de Colleen gardés comme preuves avaient été rendus à sa mère.

En septembre 2026, ces avocats envoient au gouverneur du Tennessee, Bill Lee, une demande de grâce de 226 pages. Ils y racontent que Christa a subi des abus sexuels avant même d'entrer à la maternelle, qu'un voisin l'a violée quand elle était enfant, et qu'à 17 ans, en janvier 1994, un inconnu l'a violée à Carrboro, en Caroline du Nord. May, elle, ne croit pas aux remords de Christa, et elle refuse de lui adresser la parole. Le 28 septembre, le gouverneur rejette la demande de grâce, et le 30 septembre 2026, grâce à l'argent réuni par une association de victimes de Jacksonville, May Martinez entre dans la prison de Riverbend, à Nashville, avec une photo de Colleen dans les mains.

Une nuit à Riverbend

Ce jour-là, une cour d'appel fédérale suspend l'exécution, puis vers 18h, la Cour suprême des États-Unis lève cette suspension, sans donner d'explication. À 18h41, les témoins entrent dans la salle, alors que l'équipe a déjà passé plus d'une heure à poser la perfusion. Comme elle l'avait annoncé, May tient la photo de sa fille, "pour lui rappeler ce qu'elle a fait".

Christa Pike a 50 ans. À 19h34, elle dit que sa veine lui donne l'impression qu'elle va "éclater", et quelques minutes plus tard, on lui injecte une dose de pentobarbital. À 19h46, les rideaux se ferment, alors que les témoins la voient encore respirer et l'entendent ronfler. On lui injecte une deuxième dose, les rideaux se rouvrent, puis se referment à 20h05, et ils ne se rouvrent plus. À 20h53, quand on fait sortir les journalistes, Christa respire toujours. On l'emmène à l'hôpital universitaire Vanderbilt, inconsciente, et on la met sous respirateur.

Un réveil à Vanderbilt

Le 1er octobre au matin, Morgan Seeley, la nièce de Colleen, appelle sa grand-mère, et au téléphone, May pleure, parce qu'elle est venue à Nashville avec l'espoir d'obtenir enfin justice pour sa fille, et depuis la veille, elle n'arrive plus à manger. Le même jour, le gouverneur Bill Lee ordonne un examen indépendant "pour déterminer exactement ce qui s'est passé", et il annule la dernière exécution prévue dans l'État avant la fin de l'année. Le samedi 3 octobre, il annonce la démission du responsable des prisons du Tennessee, Frank Strada, qui assure pourtant que son équipe a suivi le protocole, et il confie l'enquête à un ancien procureur fédéral, Ed Stanton.

À Vanderbilt, Christa reste inconsciente, les 2 bras gonflés, brûlés et couverts de cloques. Le lundi 5 octobre, on annonce à ses avocats qu'elle est en état de mort cérébrale et qu'on va probablement la débrancher. Le lendemain, contre toute attente, elle se réveille et elle parle, et d'après son avocat, Randy Spivey, ses premiers mots sont "Où suis-je ?" et "Qui êtes-vous ?". Le 7 octobre, à Nashville, la juge I'Ashea Myles ordonne à l'administration pénitentiaire de garder toutes les preuves de cette nuit, jusqu'aux aiguilles, aux cathéters et au brancard. Quand la nouvelle arrive jusqu'à May, elle n'est pas surprise, parce qu'elle s'attendait à ce que Christa survive. "Ce que je pense n'a pas d'importance, ils vont faire ce qu'ils vont faire."

Le samedi 10 octobre, Christa Pike quitte l'hôpital et retrouve le centre Debra K. Johnson, la prison pour femmes de Nashville où elle vit depuis 30 ans, et d'après ses avocats, elle reste confuse et ne garde aucun souvenir clair de cette nuit. Le 16 octobre, ils demandent au tribunal plus de temps pour préparer l'audience du 23 octobre, qui doit décider de la suite, alors que l'État n'a toujours pas dit s'il essaiera de l'exécuter une deuxième fois. Quant à Tadaryl Shipp, on lui a refusé sa libération conditionnelle en octobre 2025, et son dossier sera réexaminé en octobre 2031.

May, elle, continue de parler de sa fille. "Chaque jour, chaque heure, chaque minute, elle n'est plus là." Colleen avait 19 ans, et le soir où elle a suivi ses camarades vers les serres, elle venait d'essayer d'appeler sa mère.

L'affaire Colleen Slemmer en vidéo ⬇️

Sources :

Cour suprême du Tennessee, State of Tennessee v. Christa Gail Pike, arrêt du 5 octobre 1998 : https://www.tncourts.gov/sites/default/files/OPINIONS/TSC/PDF/984/pike.pdf
Nashville Banner, la mère de Colleen Slemmer et le passé de Christa Pike avant l'exécution, 14 septembre 2026 : https://nashvillebanner.com/2026/09/14/christa-pike-colleen-slemmer-tennessee-death-row/
NBC News, ce qu'il faut savoir de l'affaire avant l'exécution ratée, 1er octobre 2026 : https://www.nbcnews.com/news/us-news/ahead-rare-execution-lone-woman-tennessee-death-row-says-peace-rcna600279
ABC News (Australie), Christa Pike survit à l'injection létale, 2 octobre 2026 : https://www.abc.net.au/news/2026-10-02/christa-pike-colleen-slemmer-survives-execution-attempt/107211372
CBS News, l'état de Christa Pike après l'exécution ratée et l'ordre de conserver les preuves, 8 octobre 2026 : https://www.cbsnews.com/news/christa-pike-botched-execution/
Fox News, Christa Pike de retour en prison après l'exécution ratée, 15 octobre 2026 : https://www.foxnews.com/us/christa-pike-back-behind-bars-after-botched-execution-ultimate-sentence-faces-new-test
Fox 17 (WZTV Nashville), les avocats de Christa Pike demandent plus de temps avant l'audience du 23 octobre, 16 octobre 2026 : https://fox17.com/news/local/christa-pikes-attorneys-request-more-time-ahead-of-first-hearing-since-failed-execution