Rhin : ils cherchaient leur ami, ils trouvent une jambe

Le Rhin et le pont en bois de Stein, en Argovie, où des sacs contenant un corps ont été trouvés
Le Rhin et le pont en bois de Stein, en Argovie, où des sacs contenant un corps ont été trouvés

Photo : Jag9889, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Ce dimanche 25 octobre 2026, très tôt, 3 hommes marchent le long du Rhin, à Stein, en Suisse, parce qu'un de leurs amis n'est pas rentré depuis vendredi soir et qu'ils veulent le retrouver. Près de la rive, sous la surface, ils aperçoivent un sac poubelle noir, ils le tirent vers le bord avec des bâtons, et dans ce sac, il y a une jambe humaine. Dans les heures qui suivent, les plongeurs de la police cantonale d'Argovie remontent d'autres sacs du fleuve, et pour les enquêteurs, tout indique un homicide. Le corps est celui d'un homme, et 2 jours plus tard, personne ne peut encore dire officiellement qui il est.

Un sac noir dans le Rhin

Faustin a 36 ans, il est originaire du Burundi, et il vit au foyer pour demandeurs d'asile de Stein, une petite commune d'Argovie posée au bord du Rhin, juste en face de l'Allemagne. Depuis le samedi, avec d'autres résidents, il cherche un ami qui habite le même foyer et que personne n'a revu depuis le vendredi soir.

Le dimanche, vers 6h, un de ses camarades descend jusqu'à la rive pour chercher encore, et Faustin le rejoint une demi-heure plus tard. Dans l'eau, pas très loin sous la surface, les hommes repèrent un grand sac noir, de ceux qu'on utilise pour les ordures. Ils le ramènent vers le bord avec des bâtons, et au moment où ils le tirent, une jambe glisse hors du sac. Elle est entière, et en haut, elle est coupée net, pas arrachée.

Faustin ne peut pas savoir si c'est son ami. "Je ne sais pas à 100 % si c'est lui", confie-t-il à 20 Minuten le lendemain. Les 3 hommes voudraient fouiller l'eau, sauf que la police, qui arrive sur place, leur demande de s'éloigner.

D'autres sacs au fond de l'eau

La police cantonale d'Argovie est prévenue peu après 7h30, et elle lance aussitôt de grandes recherches, avec un bateau et des plongeurs. Au fil de la journée, les plongeurs remontent d'autres sacs, qui contiennent eux aussi des parties d'un corps d'homme, si bien que le porte-parole de la police, Bernhard Graser, explique à l'Aargauer Zeitung qu'ils ont désormais "pratiquement tout le corps".

Pour la police, les circonstances indiquent un homicide, alors le ministère public ouvre une enquête pénale, et l'Institut de médecine légale d'Argovie examine le corps pour établir la cause de la mort et l'identité de cet homme. D'habitude, dans une affaire de meurtre, les enquêteurs savent vite qui est la victime, où le crime a eu lieu, et vers qui regarder. Sauf qu'ici, rien de tout ça n'est connu, et pour Bernhard Graser, interrogé par la radio SRF, c'est une situation de départ hors du commun.

Comme le Rhin marque la frontière, la police argovienne travaille aussi avec les autorités allemandes. Personne ne sait encore depuis combien de temps les sacs étaient dans l'eau, et tout près de la rive, au foyer, un homme manque toujours à l'appel.

Un ami parti un vendredi soir

Le foyer de Stein compte 45 places, selon la Basler Zeitung. L'homme que ses amis cherchent depuis le samedi a 27 ans selon 20 Minuten, il est originaire du Burundi, comme Faustin, et selon Blick, il vit en Suisse depuis environ 4 ans, avec une admission provisoire.

Le vendredi soir, vers 22h, son colocataire, un homme de 43 ans originaire du Bangladesh, le voit pour la dernière fois dans leur chambre. Il lui dit qu'il sort, et il laisse son chargeur de téléphone derrière lui. Pour ce colocataire, c'est un homme fiable, toujours à l'heure, et Faustin le décrit comme quelqu'un qui ne boit pas d'alcool et qui a la foi.

Alors quand il ne réapparaît pas le samedi, ses amis s'inquiètent, ils le cherchent, et ils signalent sa disparition à la police. Selon la Basler Zeitung, les policiers saisissent ensuite le téléphone du colocataire, sans lui dire si les restes retrouvés dans le Rhin sont ceux de l'homme avec qui il partage sa chambre.

Un homme qui se sentait surveillé

Selon Faustin, son ami servait d'intermédiaire entre les résidents comme eux et des militants politiques suisses qui les soutiennent, et selon la Basler Zeitung, il s'engageait pour les droits humains au Burundi, le pays que Faustin a lui-même fui. Dans la semaine qui précède sa disparition, son ami se serait senti surveillé.

Faustin soupçonne un lien entre cet engagement et ce qui est arrivé, pourtant aucune autorité n'a confirmé quoi que ce soit dans ce sens. Il ne croit pas non plus à un crime raciste, et il précise que les résidents du foyer n'ont pas de problème avec les habitants de Stein.

Depuis le dimanche, il a peur. "Et si j'étais le prochain ?", demande-t-il à la Basler Zeitung. Il a demandé une protection policière à la direction du foyer, il aimerait être transféré ailleurs, et il dit n'avoir reçu aucun soutien psychologique depuis qu'il a vu cette jambe sortir du sac.

Un nom que tout le monde attend

Le lundi 26 octobre, la police maintient que l'identité du mort n'est "pas définitivement établie". Elle examine un possible lien avec un résident du foyer voisin, mais sans le confirmer, et le département cantonal de la santé et des affaires sociales ne confirme pas non plus qu'il s'agit d'un de ses résidents. Selon la Basler Zeitung, le ministère public devrait annoncer l'identité de la victime dans les prochains jours.

Le lieu du crime, le jour et l'heure, l'auteur et le mobile restent inconnus, et la rive où les sacs ont été retrouvés n'est pas forcément l'endroit où cet homme a été tué. Interrogé par l'Aargauer Zeitung, l'ancien enquêteur Markus Melzl avance une hypothèse, celle d'un auteur qui aurait pu paniquer.

La police criminelle d'Argovie lance un appel à témoins. Toute personne qui a remarqué quelque chose de suspect au bord du Rhin à Stein, ou ailleurs, même avant le dimanche, peut écrire à leibleben.kripo@kapo.ag.ch.

Dans le Rhin, les plongeurs ont retrouvé presque tout le corps de cet homme, et toujours pas son nom.

Sources :

Keystone-SDA via SWI swissinfo.ch, le communiqué de la police cantonale d'Argovie, 26 octobre 2026 : https://www.swissinfo.ch/ger/leichenteile-eines-mannes-im-rhein-bei-stein-ag-gefunden/92274792
Aargauer Zeitung, les déclarations du porte-parole Bernhard Graser et de Markus Melzl, 26 octobre 2026 : https://www.aargauerzeitung.ch/aargau/fricktal/rhein-bei-stein-fussgaenger-finden-leichenteil-im-fluss-ld.4256128
SRF, la coopération avec les autorités allemandes, 26 octobre 2026 : https://www.srf.ch/news/schweiz/leichenfund-im-rhein-ag-teile-einer-maennlichen-leiche-in-saecken-im-rhein-gefunden
20 Minuten (Céline Trachsel), le témoignage de Faustin et du colocataire, 26 octobre 2026 : https://www.20min.ch/story/leichenfund-in-stein-ag-faustin-fand-bein-vermisster-freund-fuehlte-sich-ueberwacht-103656690
Blick (Karin Frautschi, Nicolas Lurati et Angela Rosser), le récit de la découverte et l'homme disparu, 26 octobre 2026 : https://www.blick.ch/schweiz/mittelland/aargau/stein-ag-finder-erzaehlt-wie-er-leichenteile-am-rhein-fand/t3rhwrj
Basler Zeitung, la peur de Faustin et le foyer de Stein, 26 octobre 2026 : https://www.bazonline.ch/leichenfund-stein-ag-asylsuchender-fand-bein-im-rhein-223548800241