Elle dénonçait des viols, elle est retrouvée enterrée


Le mardi 20 octobre 2026, dans le Finistère, un homme de 55 ans placé en garde à vue finit par dire aux enquêteurs que sa fille est morte, et il leur indique où la trouver. Le lendemain, à Châteaulin, au sud de Brest, ils mettent au jour un corps enterré qui, selon le parquet, est compatible avec celui d'une mineure. Sa fille a 16 ans, et elle est portée disparue depuis le 8 mars. Presque 2 ans plus tôt, c'est elle qui a raconté à son école que son père l'avait violée.
Une confidence à l'école
Le 28 novembre 2024, dans son école de Brest, une adolescente née en 2009 confie qu'elle a été violée par son père entre ses 11 et ses 14 ans. Elle parle aussi d'un médicament qu'il lui aurait fait prendre à ces moments-là. Ce mois-là, le parquet de Brest ouvre une enquête pour viols et agressions sexuelles incestueuses sur mineure de 15 ans.
Cette famille, la justice la connaît déjà, puisque selon le procureur de Brest, Stéphane Kellenberger, elle fait l'objet d'une mesure d'assistance éducative depuis les années 2020, une mesure que décide un juge des enfants quand il estime que des enfants ont besoin d'être protégés. L'adolescente a 2 sœurs, une grande, née en 2006, et une petite, née en 2011, et après ses confidences, toutes les 3 sont placées en famille d'accueil, à titre provisoire.
Elle a parlé une fois, à l'école, et c'est déjà beaucoup.
Une parole restée seule
Devant les enquêteurs, l'adolescente ne veut pas revenir sur ce qu'elle a confié. Selon le procureur, elle déclare ne pas souhaiter évoquer les faits, et elle dit se sentir "dans un état second". Ses proches sont entendus eux aussi, sauf que, toujours selon le parquet, la famille ne rapporte "aucun élément pouvant confirmer ou infirmer les propos de la mineure".
Ce qu'elle a dit en novembre, personne ne vient donc le confirmer, si bien que l'enquête ne peut pas aboutir tout de suite. Les semaines passent, puis les mois, et sa parole reste la seule, jusqu'au mois de mars 2026.
Plus de nouvelles depuis le 8 mars
En mars 2026, c'est sa mère qui donne l'alerte. Selon le procureur, elle fait savoir que sa fille "n'aurait plus donné de ses nouvelles depuis le 8 mars", un dimanche, et l'adolescente est portée disparue depuis le domicile familial du Relecq-Kerhuon, une commune de l'agglomération de Brest.
Le 31 mars, son père est placé en garde à vue. Face aux enquêteurs, il affirme qu'il ne sait pas où se trouve sa fille, et il nie tout fait de nature sexuelle.
Ses sœurs prennent la parole
Après la disparition, ce sont ses 2 sœurs qui parlent à leur tour, celles qui ont été placées avec elle à l'automne 2024. Selon le parquet, elles évoquent "le comportement déplacé du père ainsi que des passages à l'acte". Pendant plus d'un an, la parole de l'adolescente était la seule, alors que maintenant, les 2 filles qui ont grandi avec elle disent ce qu'elles savent de leur père.
Le 2 avril, son père est mis en examen pour viols incestueux et agressions sexuelles sur mineure, administration de substance nuisible et soustraction de mineure. En juin, il est placé sous contrôle judiciaire, présumé innocent, et pendant tout ce temps, sa fille, elle, n'est toujours pas rentrée.
Une enquête pour meurtre contre X
Le 6 juillet, 4 mois après le 8 mars, le parquet de Brest demande l'ouverture d'une deuxième information judiciaire, contre X, pour enlèvement, séquestration et meurtre aggravé. Contre X, ça veut dire que personne n'est encore visé par cette enquête. Pourtant, le mot meurtre est déjà écrit, alors qu'aucun corps n'a été retrouvé.
Il faut encore attendre plus de 3 mois.
Un mardi d'octobre
Le mardi 20 octobre 2026, le père est de nouveau placé en garde à vue, dans le cadre de cette enquête pour enlèvement, séquestration et meurtre aggravé. Au mois de mars, il disait qu'il ne savait pas où était sa fille, et ce mardi, il déclare qu'elle est morte, puis il donne aux enquêteurs de quoi retrouver son corps.
Selon le procureur, "il évoquait une altercation, au cours de laquelle il aurait frappé sa fille", et il situe ces faits au dimanche 8 mars 2026, chez lui, au Relecq-Kerhuon. C'est sa version à lui, et c'est à l'instruction de dire si elle est vraie.
L'endroit qu'il indique se trouve à Châteaulin.
Une découverte à Châteaulin
Le mercredi 21 octobre, à Châteaulin, les enquêteurs mettent au jour un corps enterré. Pour le parquet de Brest, il est "compatible avec celui d'une mineure", et c'est une autopsie qui doit confirmer qu'il s'agit bien de l'adolescente du Relecq-Kerhuon.
Le soir même, son père est déféré, puis mis en examen pour meurtre aggravé et pour arrestation, enlèvement ou séquestration de mineure, et le juge des libertés et de la détention le place en détention provisoire. Selon ICI Bretagne, il n'avait aucun antécédent judiciaire avant ce dossier, et aujourd'hui, il encourt la réclusion criminelle à perpétuité, même si, tant qu'aucun tribunal ne l'a jugé, il reste présumé innocent, pour les viols comme pour le meurtre.
L'adolescente du Relecq-Kerhuon
Son prénom n'a pas été rendu public, et de sa vie, on ne sait presque rien, sinon qu'elle était scolarisée à Brest, qu'elle avait une grande sœur et une petite sœur, et qu'un jour de novembre 2024, c'est dans son école qu'elle a trouvé la force de raconter les viols qu'elle dit avoir subis enfant.
Elle avait 16 ans, elle a été la première à parler, et pendant 7 mois, sa mère n'a pas su où elle était.
Sources :
France 3 Bretagne (Lili Pateman), la chronologie donnée par le procureur de Brest, 22 octobre 2026 : https://france3-regions.franceinfo.fr/bretagne/finistere/brest/un-pere-mis-en-examen-pour-le-meurtre-de-sa-fille-disparue-depuis-mars-qui-avait-denonce-des-viols-incestueux-deux-ans-plus-tot-3437346.html
ICI Bretagne (Joan Bizien et Sébastien Paour), la mise en examen et le signalement de la mère, 22 octobre 2026 : https://www.ici.fr/bretagne/finistere-29/brest-un-pere-mis-en-examen-pour-les-viols-et-le-meurtre-de-sa-fille-mineure-8042814
Outre-mer La 1ère avec AFP, les déclarations du procureur Stéphane Kellenberger, 22 octobre 2026 : https://la1ere.franceinfo.fr/un-quinquagenaire-originaire-de-mayotte-mis-en-examen-pour-le-meurtre-de-sa-fille-1750590.html
Actu17, la garde à vue du 20 octobre et la découverte à Châteaulin, 22 octobre 2026 : https://actu17.fr/faits-divers/brest-deja-mis-en-examen-pour-viols-incestueux-un-pere-ecroue-pour-le-meurtre-de-sa-fille-retrouvee-enterree.html
